“Au fond, toute âme humaine est cela : une fragile lumière en marche vers quelque abri divin, qu'elle imagine, cherche et ne voit pas.”

André Maurois


vendredi 3 février 2017

Belles images....

Une fraction de seconde aura suffi pour que l'explosion se fasse dans le cerveau et qu'une multiplicité d'images et de sensations soient extirpées des profondeurs de la mémoire.
Je la revois tout à coup cette Directrice d'école à la retraite, ses habits noirs sur son corps plat est presque décharné. La collerette blanche autour du cou. Et cette voix précise, mal perchée, qui détachait chaque syllabe comme si elle était en permanence en train d'énoncer une dictée.
C’était une amie de ma mère, souvent en visite. Elle avait l'art de raconter, non sans un certain talent, l'ordinaire de ses jours insipides, dont elle savait faire des événements exceptionnels.

Elle était veuve depuis longtemps. n'avait qu'une fille, mariée, dont elle ne cessait de vanter les mérites. Mais ce n'était encore rien, à côté de son gendre. Elle prononçait « mon geeendre » avec une rare préciosité, comme si elle évoquait je ne sais quel trésor précieux, irremplaçable, et pour tout dire unique au monde.

Parfois, certains jeudis, ma mère m'envoyait chez elle, en tramway à l'autre bout de la ville. Elle était censée améliorer mon bulletin scolaire, et m'éviter les zéros en orthographe. J'en garde un souvenir mitigé, entre les instants où je tentais de m'appliquer et réfléchir au vocabulaire, aux accords divers, participes passés présents et à venir, où elle se montrait ferme sans être vraiment intransigeante. Elle devait considérer mon cas comme désespéré ; et des moments où elle m'accordait des sortes de « récréations ». Elle allait chercher, dans je ne sais quelle pièce dérobée, des illustrés anciens, aux odeurs de poussière et de rance. Illustrés qu'il fallait cependant feuilleter  avec le plus grand soin.



C’est la vue sur le net de dessins de ce genre,  sur lesquels je m'arrêtais longuement, qui a fait remonter le souvenir. Je désirais en comprendre toute la signification et mon esprit vagabondait au milieu de cette grande pièce, dans cette maison bien trop vaste pour une femme seule.

J’avais oublié. J'avais oublié ces visites-là. Les dictées. Les illustrés.
J'avais oublié l'ambivalence de mes sentiments du moment.
Cette femme, dont je n'aurais pas voulu comme mère, mais qui semblait peut-être avoir un comportement plus ajusté que la mienne ; qui n'élevait pas le ton à tout instant pour la moindre faute ; qui tentait d'expliquer ce que je n'écoutais guère. Et qui m'a accordé des minutes de divertissement, certes limités, mais les illustrations du genre de celles que je reproduis ici furent mes minutes d'évasion, comme si j'avais la faculté de me transporter dans un ailleurs, si ce n'est un meilleur, au moins plus supportable que la réalité.

Les jeudis où j'avais un peu progressé, tandis que je consultais toujours les mêmes vieux livres, elle se rendait dans sa cuisine, en revenait avec quelques gâteaux secs sur une assiette blanche. Elle les tendait vers moi en disant quelque chose du genre :
— C’est un peu mieux aujourd’hui. Tu peux prendre un gâteau.

Il y a quelques années, mon frère, historien familial, m'a transmis quelques lettres de cette directrice d'école en retraite, envoyées à ma mère et qui parlait de moi. Entre-temps j'avais eu la polio. Elle était emphatique dans ses compliments à mon égard. Petit garçon courageux, bien éprouvé, qu'elle admirait. Et puis, bien entendu, elle priait pour moi… Tout le monde a prié pour moi…


lundi 30 janvier 2017

Comme un air de nostalgie…

Cela faisait déjà quelques années que je pensais à numériser des vieilles cassettes-audio. Elles étaient bien rangées dans une boite… attendant….
Je me suis décidé à commencer ce WE. 
Il faut numériser « en temps réel », ce qui fera des heures d’enregistrement.

Mon matos de l'époque

J’aimais cela : jouer au reporter radio… Enregistrer la famille, des interviews, des sons saisis sur le vil dans les fêtes de famille « à l’ancienne », chacun y allant de sa chanson que l’on connaissait par coeur, des histoires drôles, toujours reprises, comme la tradition y obligeait. Chacun était heureux et fier de remettre ça avec la complicité bienveillante d’un public familial conquis d’avance…



Début des années 1980 : Réentendre, la voix de ma mère, celle de mon père, de mes enfants tout jeunes… et d’autres personnes, aujourd’hui disparues….l’émotion me saisit….
micro qualité pro !
Surtout la voix de ma mère :  si « juvénile », délicieusement acidulée,  sa convivialité légendaire, son allant lorsqu’elle était dans ses phases positives et joyeuses… Une si jolie voix lorsqu’elle chantait les chansons d’amour des années d’avant-guerre…  J’avais oublié ces temps heureux avec elle. Il y en eut tant d’autres vécus dans la douleur…

La voix de mon père, et cette surprise que la mienne, avec le temps sans doute, y ressemble tellement. Un moment j’ai quasiment cru que c’était moi… Mais, ma propre voix de l’époque est plus .. jeune… qu’aujourd’hui. Son évolution m’a surpris, et encore plus de constater que j’ai aujourd’hui quasi « celle de mon père »….

Et aussi le chant en famille. Notre petite cellule familiale. Ma compagne et sa guitare, nos deux filles, moi.  Ou alors la bande son, genre karaoké, mes filles et moi, chantant du Goldman….
« il faudra leur dire »…. Un vrai petite réussite…. j’ai même les enregistrements des « répétitions », avec leurs ratages, les niveaux de son mal équilibrés, moi qui déraille,  etc… et la réussite finale !!
Que de souvenirs… presque oubliés…. 

Une nostalgie ?
Oui, un peu bien sûr, mais surtout une allégresse à posteriori. Comme le constat des « fruits d’aujourd’hui »… Comme si, un jour peut être, j’arriverai à dire : 
— Voila ! ce ne fut pas si mal nos vies, on n’a pas si mal réussi. Le « bon à rien » ne fut peut-être pas si mauvais après tout !
Car elle est toujours là cette image négative incrustée. Comme les vieilles images, elle a commencé par jaunir d’elle même, puis j’en ai arraché des morceaux pour les déchiqueter, pour mettre un terme à cette fausse propagande du fils mauvais…
Mais il reste des traces sur le dazibao. 
On me l’avait dit, il en restera, ne serait-ce que les traces de la colle, de ce qu’on t’a collé sur le visage et le corps.

Merci à ceux qui inventèrent la bande magnétique, le magnéto portable à cassettes, le microphone haute qualité, et aujourd’hui la possibilité de numériser ce qui aurait disparu sans cela. 

La passé rendu vivant extérieurement, revitalise ce qui reste en soi de vie qui ne finira pas.
Ainsi de transmission en trans-mission, d’enrichissement de vie et enrichissement de vie, et comme chantait Jean Ferrat « le Monde sera beau »….


N’en déplaise aux déclinistes aigris, désespérés de vivre et avides de nous voir tous mourir, en nous promettant l’Apocalypse demain matin…

dimanche 29 janvier 2017

Ode électorale

Pénélope, à peine éveillée, me dit d’un oeil coquin.
— J’ai très envie de voter !
Déjà, vers moi, elle tend son corps électoral
ondulant pour l’emboîtage, 
ses rondeurs promettent le ballotage

— Si on la faisait à l’envers ? proposai-je
Commençons donc par le dépouillement.

Elle se tourne sur le ventre m’offrant son urne  toute arrondie

— C’est que,  susurre-t-elle, j’ai poli les angles  
vite passe ta la langue
j’ai le gout de la mangue

Aussitôt, avide de score, mon scrutin se redresse
et je glisse mon beau bulletin entre ses…. tresses.
J’adore sa raie publique
pour des débats publics

— Viens supplie-t-elle ! 
Je veux 500.000 de tes boules 
qu’on ait enfin une vie cool.

Moi qui ne suis pas sourcilleux
d’un poil  broussailleux 
sans enlever mes socquettes
je lui enfile ma requête
avec ma belle… enquête.

J’ai fait le tour de son scrutin
sorti tout mon baratin 
comme un bon citoyen

— File on t’attend, mon candidat
Repart au combat
je serai de la revue
des deux  mondes il faut choisir la garde à vue
puisque notre amour est perdu 

Je glisse dans la coulisse
de turpitudes, elle était ma complice
Plutôt que François j’aurais dû être Ulysse


jeudi 26 janvier 2017

Bilan d'un Marathon

Comme je l'avais indiqué précédemment, j'ai organisé un nouveau «  Marathon d'écriture » la semaine dernière, et j'y ai consacré quasiment tout mon temps. Comme ce marathon est ouvert à tous, — c'est la raison pour laquelle j'en avais fait quelque peu la publicité sur ce blog, —  j'ai pensé que vous seriez intéressés, peut-être, par le bilan que j'en ai fait aux participants.
Donc, voici :


Tout d'abord, en tant qu'organisateur du marathon d'écriture, je voudrais remercier chaleureusement chacune et chacun des participants. Comme chaque fois, les textes ont été riches, diversifiés, abondants. Certains furent très personnels et engageants, d'autres plus poétiques ou relatant des souvenirs. Mais à chaque fois j'y ressens l'engagement concret et personnel, aboutissant le plus souvent à une écriture très libératrice et bénéfique, parce que installée dans la durée, selon l'esprit premier du marathon tel que je l'ai conçu. Certains d'entre vous ont marathonné jusqu'au bout de la nuit… et ont remis ça quelques jours après…

Au long de mes lectures (240 à 250 textes environ pour 20 participants sur une semaine), je suis passé par tous les registres émotionnels. J'ai vu la beauté des êtres, la variété des expériences, le respect des un et des autres, et ce quelque chose de singulier et unique qu'il m'arrivait de rencontrer dans l'animation des stages que j'organisais dans ma vie professionnelle. Une sorte « d'îlot culturel » où il fait bon se retrouver, dans une démarche individuelle, avec son aspect solitaire, mais au milieu des autres qui par leur bienveillance, leurs commentaires, suscitent un plus de vie pour chacun.

Le marathon d'écriture à plus de 10 ans, et je suis frappé de voir le désir fort exprimé que l'expérience puisse se poursuivre. C'était peut-être plus marquant cette année, au regard de ce qui a pu se dire sur la pérennité de ces lieux d'écriture auxquels beaucoup sont attachés. Il faut croire que nous sommes tous en quête de lieux authentiques, qui probablement nous manquent dans une société où l'artifice, le superficiel, les formes de suspicion généralisée, tentent d'imposer leur loi mortifère.


Puisse ce genre d'expérience continuer pour apporter une petite part à une société qui cherche à s'humaniser. Il en est bien d'autres évidemment. Elles ne font jamais la une des médias. Tant mieux ! Ils s'empresseraient de tout saccager… selon leurs bonnes vieilles mauvaises habitudes…