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mercredi 12 décembre 2012

Corps accord


Ces jours-ci, je me traîne physiquement…
C'était prévisible… Prévu même… Je savais bien que cette intervention chirurgicale allait avoir des retentissements difficiles sur la globalité de mon schéma corporel. La quasi immobilité pendant une semaine m'a encore fait perdre en tonicité musculaire.
Les séances de rééducation que j'ai reprise ne feront pas effet immédiat.

Il ne faudrait quand même pas que ça dure. Tout cela va finir par influer négativement sur mon moral. Pour l'instant ça va. Parce que j'ai bon espoir de remonter quelques marches. L'opération m'a fait dégringoler de cinq marches, J'espère en remonter quatre…

C'est pénible la fatigue persistante qui réduit mes mouvements, mon périmètre de marche et ma tonicité globale. C'est pénible quand tout nécessite un effort, surtout lorsque l'effort n'est pas véritablement récompensé rapidement.
Je sens bien le risque du « laisser aller » qui ne m'apportera que des conséquences négatives. Je sais qu'il me faudra maintenir le plus longtemps possible le concept d'efforts permanents pour garder mon autonomie maximale encore disponible. C'est comme ça depuis plus de 50 ans, sauf que, par le passé, l'effort était allègre bien que constant, parce que j'avais de l'élan intérieur, des motivations puissantes, une vitalité débordante, une capacité à me régénérer assez rapidement.
Désormais c'est différent. Il me faut retrouver un nouvel équilibre plus satisfaisant. Mais c'est dur quand même que tout soit tout le temps à recommencer.

Parfois je me demande quelles offenses j'ai faites aux Dieux, pour devoir, tel Sisyphe roulant son rocher, toujours recommencer et recommencer encore de la même chose en termes de maintien de mon corps en état suffisant de fonctionner.

Il me faut en réalité retrouver des motivations essentielles, pour sortir du sentiment absurde des inutiles efforts, pour retrouver personnellement l'injonction d'Albert Camus : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » …

32 commentaires:

  1. tiens tu m'étonnes un peu de penser aux "offenses" que tu aurais pu faire aux dieux pour expliquer l'épreuve sans cesse réactualisée
    comme si l'épreuve était une "punition"...

    Pour le reste une opération c'est l'affaire de quelques heures... mais s'en remettre, c'est bien plus long hélas
    L'anesthésie générale par exemple, je l'ai quant à moi, toujours mal vécue, fatigue intense

    Courage Alain... il y a en toi un tel potentiel de vie...

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    1. Ma référence des offenses faites aux Dieux… C'était surtout pour introduire Sisyphe !
      Reste que je ne rejetterai pas aussi vite que cela le concept de « punition »… sauf à l'exclure de la sphère divine…
      En effet, ce qui nous arrive comme difficultés, nous ne sommes pas toujours exempts d'une responsabilité dans ce qui survient.
      La punition infligée, telle une défaillance du corps, a pour but d'améliorer la conduite à venir. (c'est l'objet direct de la punition)
      Il m'étonnerait que tu ne comprennes pas ce que je dis là, en raison de ta propre expérience de vie.

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  2. Charlotte12/12/12

    Pour "les motivations essentielles" je te fais confiance... Tu as en toi une force que parfois j'envie, quand je te lis !
    Ce qu'il y a de formidable c'est aussi que quand on te lit on se sent meilleur avec ce plus innommable que tu nous transmets et qui fait du bien. Courage, Alain, je lis avec émotion tes souffrances, tes difficultés. Que te dire, que t'écrire, que t'envoyer qui te ferait du bien? Du chocolat?!!!!
    Je pense à toi avec beaucoup de gratitude pour tout ce que tu m'apportes par ton témoignage précieux.

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    1. Non non… ! Pas d' bras, pas de chocolat !
      ce qui me fait plaisir c'est de lire : « quand on te lit on se sent meilleur »
      ce n'est pas pour cela que j'écris… Mais je comprends bien… Moi aussi je lis parfois des textes qui me rendent meilleur…
      Merci à ces gens-là !

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  3. Comme ton message est touchant.
    Je ne saurai mieux exprimer les choses que Charlotte.
    Te lire est pour moi une source de réflexion, une conscientisation, que ce que je vis à mon échelle, est à relativiser.
    Mes pensées sincères t'accompagnent sur ce chemin difficile à mener avec ton corps.

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    1. Merci pour tes pensées. Je ne doute pas de ta sincérité.
      Il paraît que mes écrits donnent parfois à réfléchir… cela peut paraître prétentieux de ma part, mais je ne le réalise jamais cela, surtout quand mes écrits se contentent de rendre compte de mon vécu.
      Quand je fais des discours… C'est autre chose… Et d'ailleurs la plupart du temps je trouve que c'est inutile… Il y a bien des textes ici que je devrais supprimer…

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  4. Bonjour Alain.
    Moi aussi je suis surprise pour les offenses faites aux Dieux. Alain!
    Vous! Vous savez bien que ça n'a rien à voir, que chacun porte sa croix. Que tout ça n'est pas une punition. "Juste" des épreuves (je mets le juste entre parenthèses, je sais, je lis, que c'est une terrible épreuve). Aléatoires.
    Vous le savez. Ce sont les moments de doutes qui vous font dire cela, non?

    Je lis votre billet. J'aimerais vous aider. Et je sais que je suis impuissante. Je peux apporter quelques mots de réconfort (plutôt que de vous engueuler pour votre phrase sur les dieux). C'est tout. Cela ne changera rien à vos difficultés j'en ai peur. Mais je ne m'imagine pas lire un billet comme celui-là, et passer mon chemin.

    Vos mots m'ont beaucoup apporté, plusieurs fois. Vos paroles sont sages. Vous êtes un homme plein de ressources. Je sais que ça ira. J'en suis persuadée. En attendant il y aura des moments difficiles, ça oui. Mais vous avez en vous les ressources nécessaires.

    Je vous embrasse fort. Je pense à vous.

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    1. Merci beaucoup Val. votre commentaire me touche. D'autant que j'ai cru comprendre que vous n'étiez pas épargnée par l'épreuve en ce moment.

      Concernant les dieux… Je renvoie à ma réponse au commentaire de Coumarine.
      En même temps il est vrai que la condition humaine suppose de porter sa croix, puisqu'en général, nul n'est épargné par l'épreuve…
      Mais certaines ne sont pas le fruit du seul hasard ou le fruit d'une fatalité pesante.

      Merci de penser à moi et d'avoir pris le temps de dire tout ça.

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  5. Anonyme13/12/12

    Bonjour Alain,
    Cette fatigue qui nous englue pendant de longues semaines... Le moindre effort devenu si difficile! J'ai connu cela aussi... Pas facile!
    Aucune leçon à donner:)) Juste dire que je me suis découvert à cette occasion une dose enooooorme de patience:)) envers moi-même, envers les autres, ....
    Très souvent pour ne pas me laisser écraser, étouffer par ces heures, ces jours où rien ne semblent bouger, je les laissais défiler , tout simplement.... Comme si chaque instant était le premier... Léger... Sans le poids des instants passés, ni le brouillard de ceux à venir...
    Je ne doute pas une seconde de tes ressources intérieures:)) tu as me semble-t-il le don pour aller les réveiller, au plus profond de toi même! Et, d'ailleurs, cela fait bien souvent écho chez plusieurs d'entre nous:))
    Merci pour cela, et bon courage.
    Clementine

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    1. Tes propos ne peuvent en rien ressembler à une leçon donnée… Dans la mesure où tu parles de ton expérience difficile.
      Je retiens en particulier : «… Comme si chaque instant était le premier… ».
      Ce n'est pas une leçon que je reçois là, mais un enseignement…

      MERCI

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  6. Bonjour Alain,
    Je ne sais que vous dire tellement je vous sens découragé, pour autant je ne pouvais passer sans laisser ici une pensée, un témoignage de ma sympathie pour vous ..Ma maman disait souvent "la vie est une tartine de m....e, et on en mange un peu tous les jours" c'est pas faux...certains ont de plus grosses tartines....je persiste à penser que la vie est un cadeau, par moment, souvent, et flûte aux dieux malfaisants!!!! les ressources vous les avez et vous puiserez dedans chaque fois que nécessaire ....les motivations essentielles...seront votre moteur..j'espère que ces petits mots vous apporteront un peu de réconfort c'est le voeu que je formule et bien entendu je vous une grosse bise bien amicale.

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    1. Merci pour la bise amicale…
      Oui, il y a des jours de découragement.
      C'est être accueilli découragé qui fait du bien.
      Cela redonne de la respiration et évite de tomber dans la résignation qui parfois ouvre la porte à la déprime.
      Je comprends les propos de ta maman, mais je ne signerai pas… !
      Il y a pas mal de confiture sur la tartine de ma vie. Mais parfois il y a des morceaux de pain sec… C'est juste que c'est un peu plus difficile à mâcher, un peu moins bon au goût… !
      Faut alors se dire qu'il y aura encore de la confiture… Un peu plus loin dans les bouchées suivantes…
      :-)

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  7. Il faut que tu t'accroches Alainx, tu as le droit d'être découragé, donne-toi le droit d'être fatigué, découragé, en colère, an gardant toujours en tête que c'est un temps de pause, pour mieux remonter une marche puis l'autre. Parce que tu n'as pas d'autre choix que de monter une marche, puis l'autre, et que tu as les ressources pour le faire.
    En pensée avec toi :o)

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    1. Merci Cassy, tes mots me font beaucoup de bien.
      venant de toi, je les reçois avec toute la « valeur » qu'ils ont…

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  8. C'est toujours long de retrouver son énergie après une opération...c'est normal d'être fatigué après...Je sais, on voudrait toujours retrouver son énergie rapidement, se retrouver...cela va venir...Merci de nous faire partager ton expérience

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    1. Oui, tu as raison… J'occulte un peu trop cet aspect du temps nécessaire…
      Merci de ce rappel salutaire…

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  9. Bonjour Alain,
    j'allais écrire la même chose que Gazou, qui est valable aussi après un temps de maladie. On voudrait retrouver sa forme tout de suite, et l'impatience nous gagne, et surtout le découragement, comme tu le décris si bien d'ailleurs et qui est parfaitement compréhensible.
    J'espère bien sincèrement que tu vas (re)trouver en toi l'énergie psychologique et la force d'accepter cette période, même si c'est toujours tellement facile pour les autres de dire des choses quand on n'est pas dans LA situation.
    Je te souhaite plein de courage, plein de doux moments à te faire dorloter (ben quoi ? ;-)) et une douche d'amour de la part de ceux qui t'aiment.
    Un très bon week-end à toi

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    1. J' espère retrouver un maximum d'énergie.
      Je ne désespère pas d'y arriver…
      À toi aussi bon week-end, et merci pour tes mots.

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  10. N'est-il pas commun pour l'homme d'espérer ne plus souffrir corporellement au point de se jurer d'être heureux et meilleur ? :p C'est dans ces instants que l'on se fait les voeux les plus intenses ? :) Et pourtant, une fois soulagés, on a tendance à oublier, alors que la souffrance morale et mentale nous taraude indéfiniment..

    Etre malade physiquement m'exaspère, m'énerve en général :)
    Bon courage :)

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    1. En effet, sauf pathologie spécifique… Personne n'aime souffrir corporellement…
      quant aux souffrances psychiques qui taraudent… Il existe quand même quelques moyens de s'en sortir, si ce n'est totalement, au moins en grande partie.
      Mais bien sûr là aussi, tout comme pour les souffrances du corps, certains doivent les endurer toute une vie…
      Quelques-uns trouvent alors au fond d'eux-mêmes des ressources pour continuer l'existence…

      Mais bon comme dit l'autre : mieux vaut être heureux et en bonne santé, que triste et malade…
      :-))

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  11. Que puis-je dire de mieux que ceux qui m'ont précédée ?
    Il parait qu'il faut être patient, ce n'est pas mon fort non plus...
    Bon week end à toi et merci de ton passage chez moi
    Bises

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    1. Devenir patient… Est une longue patience…
      :-)
      Bon week-end aussi.

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  12. Ce que tu dis dans ton billet, et ce que j'ai lu dans les commentaires, me rappellent une chose, Alain. Dans ton livre "Le passage se crée", tu parlais entre autres du fait que les gens ne se rendaient pas compte du chemin qu'il y avait à parcourir pour retrouver un minimum d'autonomie (en référence à ce que tu as vécu). C'est vrai, les gens ne mesurent pas toujours la quantité d'efforts, les moments de découragement, les victoires, par lesquels il faut passer pour arriver à se redresser. Lorsque mon petit-fils a eu son accident de santé, et ensuite qu'il s'est battu pour remarcher, pour reparler, pour essayer d'être un enfant comme les autres, j'ai toujours pensé à toi (et je pense encore à toi), et ce que tu avais dit dans ton livre. Tout cela pour dire que tu es un modèle (oui, je sais, tu n'aimes peut-être pas ce mot), un modèle qui me donne espoir et confiance quant à l'avenir de mon petit-fils. Tu m'avais écrit à ce sujet lorsqu'il avait eu sa rupture d'anévrisme, tu m'avais donné la force, l'espoir, et j'ai toujours essayé de le communiquer aux parents de Noé lorsqu'ils doutaient. Alors, ce n'est pas le moment de baisser les bras, Alain ! (sourire). Bon courage à toi, et Merci. :-)

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    1. Oui, ce n'est pas le moment de baisser les bras, mais je comprends bien malgré tout cette lassitude qui doit t'étreindre, Alain, cette désespérance peut être par moments de "devoir" se booster sans cesse (avec l'impression de ne pas avancer) et peut être l'envie de se laisser porter un peu.. par la vague, par les autres, par un(e) autre ..
      Bisous et bon courage

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    2. chère Françoise,
      évidemment, je me souviens très bien des échanges après l'accident de santé de ton petit-fils. J'accueille tout à fait ce que tu dis à propos « d'être un modèle ». Cela sans doute parce que je ne cherche pas à l'être… Je me contente de dire ce que j'ai pu vivre.

      Je comprends d'autant plus ce que tu exprimes là, que j'ai vécu quelque chose de comparable lorsque j'avais 16/17 ans, et qu'un autre jeune handicapé, ( même s'il avait quelques années de plus que moi), était pour moi un modèle, parce que je le voyais suivre des études supérieures, animer des groupes de jeunes, avoir une vie quasiment « ordinaire », et, cerise sur le gâteau : il avait une petite amie !
      le soir dans mon lit, je me disais… Si lui y est arrivé ... alors j'y arriverai aussi !
      :-)

      On s'est perdu de vue pendant plus de 40 ans. Je l'ai retrouvé par hasard à l'occasion d'un congrès. Je lui ai raconté ce que je viens de dire. Il est parti d'un grand rire !
      Il m'a présenté son épouse : c'était la petite amie de l'époque…
      :-)
      On a conclu que finalement : on n'avait pas si mal chacun de nous réussi nos vies !…

      Voilà pourquoi Noé trouvera sa place dans la vie parce qu'il y croira. Parce que d'autres y croiront avec lui.

      ( Merci d'avoir rappelé tout ça…)

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  13. elisanne17/12/12


    Bien sûr souffrir , quand le corps a mal tout devient plus difficile

    "La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme..." Camus, Mythe de Sisyphe

    Et je t'imagine heureux !

    Amitiés

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    1. Bonjour Elisanne,
      j'ai pensé à toi en évoquant Camus…
      :-)

      Et en effet il y a du bonheur en moi.
      Les épreuves, fussent-elles éprouvantes, n'entament pas ce fond de moi-même, ou plutôt ne l'entame plus… Enfin, je parle pour aujourd'hui. De demain j'ignore tout…

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    2. Anonyme17/12/12

      Et encore Camus ...
      ...Je veux savoir si je puis vivre avec ce que je sais et avec cela seulement...
      (Le mythe de Sisyphe)
      bonne soirée, demain est un autre jour...

      Elisanne

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  14. De tout ce que j'ai pu lire de toi, Alainx, tu n'es pas Sisyphe avec son rocher mais plutôt Atlas avec le lourd globe qu'est le monde sur tes épaules ;). La force d'un être n'est pas forcément dans son physique car malgré tout c'est l'esprit qui commande et qui fait de nous ce que l'on est. Je te souhaite de très bonnes fêtes de Noël et que ton vrai cadeau viennent de tes Dieux, qu'ils t'envoient très vite tout le rétablissement que tu souhaites. As tu écrit ta lettre ? ;)
    Bises

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    1. content de te voir passer par là…
      Si je suis Atlas, je vais finir par avoir des problèmes de cervicales…
      J'espère que tu vas bien et que la vie te sourit…

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  15. J'aime beaucoup l'injonction de Sisyphe...
    Pour info, les jours où le rocher est un peu lourd à porter, lire Frank Bruno...
    http://www.boutdevie.org/categorie/blog-frank-bruno/

    Le hasard me l'a fait "rencontrer" par le biais d'un reportage à la télé, au tout début de mon parcours de santé, il y a un an et demie.
    Il m'a donné la force d'avancer tout au long du protocole, et j'ai fait de belles rencontres bloguesques aussi grâce à lui, car je pense que "nul ne se connaît qui n'a pas souffert"...

    Bonne journée

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    1. Je crois bien comprendre ce dont tu parles, à propos des personnes qui nous font avancer.
      traverser des épreuves nous révèle à nous-mêmes. C'est sans doute cela qui peut faire sens.
      Reste que, les épreuves… On s'en passerait bien !…

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