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jeudi 3 janvier 2013

La puissance du mot


Sur ce blog, je découvre Alice Herz-Sommer, pianiste tchèque, juive, déportée en 1942 à 39 ans et sauvée par la musique, ses bourreaux étant mélomanes… L'auteure du blog cite quelques aphorismes que l'on trouve dans les écrits de cette femme qui a aujourd'hui 110 ans…
Généralement, je n'ai guère de sensibilité à ce genre de petites phrases que l'on trouve un peu partout, à ces citations frappées au coin du bon sens, suivi de noms inconnus ou connus. Petites phrases aussitôt oubliées en passant à la citation suivante.
Or, cette fois-ci, j'ai été comme saisi par certains propos qui me rejoignent plus particulièrement. 
Tarquin et Lucrèce - Titien
 (version Musée de Bordeaux)
Est-ce parce que l'auteure a subi de lourdes épreuves de vie ? Mais, s'il est indéniable que les rescapés de la Shoah témoignent de cette effroyable industrie exterminatrice d'humains, il n'en demeure pas moins que bien des êtres endurent ou ont supporté de terribles souffrances. Je me sens inscrit sur la liste de ceux-là.

De telles situations confèrent-elles un poids particulier aux propos que l'on peut écrire ? Faut-il, pour accorder du crédit à un texte, connaître la vie de l'auteur ? Ou un texte peut-il avoir une valeur en soi ? En dehors de tout contexte ?

Pourquoi lorsque quelqu'un témoigne d'une expérience de vie, à condition qu'il en ait fait un minimum l'analyse, cela suscite-t-il non seulement de l'intérêt, mais une sorte d'attitude de respect silencieux, qui va au-delà d'approuver ou de désapprouver ? J'en ai fait la modeste expérience lorsqu'il m'est arrivé que l'on me demande de raconter mon histoire de vie, et dernièrement encore, à l'occasion d'interventions publiques suite à l'édition de mon livre.
En particulier lorsqu'il est tiré du vécu une sorte de synthèse d'expérience qui finit par toucher à une universalité humaine. Qu'il s'agisse d'un registre difficile, ou qu'il s'agisse de situations heureuses.

Les mots deviennent puissants lorsqu'il sont expérientiels.
C'est toute la différence avec le débat d'idées et/ou le discours idéologique. 
Et je ne citerai même pas ici les fadaises débitées en tranches par les spécialistes des lieux communs.

Au titre de cette puissance d'expérience de vie, je reprends simplement ici, quelques phrases d'Alice Herz-Sommer (citées par Avalon, l'auteure du blog), c'est-à-dire des phrases que je pourrais signer.


" La gratitude est indispensable au bonheur."

" Nous n'avons pas besoin d'objets, nos amis sont précieux."

" Mon optimisme m'a soutenue dans les périodes les plus noires de ma vie." 

"Quand je mourrai, une pensée me réconfortera : Je pense avoir vécu comme il fallait."

26 commentaires:

  1. Ce livre doit être une mine d'or.
    J'ai envie de le lire.

    Tu as raison, la vie des autres, racontée et puis analysée, passionne. Moi qui suis une grande "fan" des journaux intimes -de gens célèbres ou moins célèbres- je ne dirai pas le contraire.

    Je sais ce que j'y trouve. Un grand souffle de vie? Voilà, c'est ça. Une grande humanité. Le récit d'une vie remet l'Humain, unique, au centre et non l'histoire commune en avant.
    Je préfère les histoires personnelles.

    J'aime mieux l'humain avec son petit h et sa vie unique et particulière, que l'histoire avec un grand H.

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    1. Je suis comme toi… Je préfère les biographies et autobiographies aux romans…
      À condition bien sûr que ça ne se limite pas à : j'ai été au marché, j'ai acheté : 2 poires et trois carottes…

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    2. Quoique... parfois même le quotidien peut être intéressant. S'il est bien écrit et su chaque petit détail prend une valeur, une importance.

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    3. Tu as raison, Val. C'est intéressant lorsque le texte ne se contente pas de rapporter des faits, mais contient une sorte « d'explication de texte », si on peut dire, c'est-à-dire pourquoi une petite chose a de la valeur et de l'importance pour l'auteur.
      D'ailleurs, j'aime bien trouver cela en te lisant…
      C'est aussi que tu as du talent pour valoriser ces petites/grandes choses…

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  2. Je ne saurais répondre aux questions que tu soulèves ici. En tout cas, chacune des phrases que tu rapportes fait sens pour moi (comme avant certaines d'Etty Hillesum).
    Vivre comme il faut, le programme de toute une vie...
    Belle Année Alain
    Des pensées

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    1. Tout cela est déjà pas mal comme programme de vie !
      Douce année pour toi aussi…

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  3. J'ai toujours préféré les "biographies" aux scénarii. Y a t-il un début d'explication à cet apparent voyeurisme ou dit autrement à cette prise de conscience du réel?

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    1. Il n'y a de voyeurisme que lorsque l'auteur s'exhibe de manière indélicate…
      Un peu comme on différencie érotisme soft et pornographie…

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  4. Je crois qu'on a besoin de vrai, de concret, d'essentiel.... Je vais aller sur le blog dont vous parlez. Merci de m'y inciter.

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    1. Tu y trouveras plus de référence du livre…

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  5. comme l'a si bien dit Val, c'est un souffle de vie, une bouffée d'oxygène que je recherche dans ces témoignages. Cela me permet de comprendre l'humain aussi, et de constater qu'il n'y a rien de tout noir ni de tout blanc, que l'erreur est humaine et que la majorité trouve la force de s'en sortir. C'est cette force là qui me fait du bien.
    Depuis un an, je démultiplie ce genre de lectures, sans aucun parti pris du contexte, pays, origines etc.. au contraire, je dirais. J'ai lu tous les Khadra l'an dernier, et même si cela n'était pas du "réel", cela y ressemblait fortement. Ces livres m'ont amené en Algérie, Afghanistan, Tel Aviv.. J'ai lu sur le conflit israelo palestinien, toujours dans la fiction mais humaine ("la maison du citronnier" de Sandy Tolan, je vous le conseille vivement), sur l'Iran avec la bouleversante Chadhortt Djavann, mais aussi sur la tchétchénie, la birmanie, la colombie,la sibérie, l'afrique du sud.. par la voix d'un Homme ou d'Une femme. Comme dit Alice, ce n'est pas le groupe qui m'intérêsse mais l'individu, chacun a tellement à partager en expériences :) Cette universalité me rassure dans le tourbillon d'un monde qui ne communique que sur la défensive.
    Comme tu le dis, je n'aime pas la biographie "forcée", mais juste le témoignage, souvent incité par des tiers professionnels en général :)
    bonne soirée, jolie note :)

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    1. Remarquable esprit d'ouverture ! J'apprécie !
      Ce qui me semble intéressant, en effet, c'est le constat de cette universalité quant aux fondamentaux de l'être humain. Quelque chose qui transcende les cultures, ce que l'on peut retrouver partout, dans tous les peuples.
      Qu'y a-t-il donc de commun à chacun de nous sur la planète ?

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    2. La condition humaine : avoir faim, froid, mal, chaud au coeur, pleurer, rire, avoir peur..

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  6. Anonyme3/1/13

    "Les mots deviennent puissants lorsqu'ils sont expérientiels"

    Ce sont des mots vrais qui viennent d'un savoir bien plus grand qu'un savoir intellectuel.
    Et je suis avide de vérité. maty

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    1. Il y a des vérités inscrites en nous et des vérités que l'on fabrique.
      Ce n'est pas la même chose…
      Le constat peut en être fait dans ce que tu appelles « des mots vrais »
      merci de ce commentaire.

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  7. On ne redira jamais assez la puissance des mots! Je la dis à longueur de blog, à longueur de vie. Je m'emploie à la parole la plus im-peccable, au sens étymologique, parc e que je crois au pouvoir bénéfique des mots positifs. Et les mots que tu cites, que j'avais moi-même faits miens dans le blog dont tu parles, portent en eux cette force positive créatrice, reconstructrice. Dans mon métier, je sais que, sur de jeunes esprits, les empreintes négatives peuvent être indélébiles. Alors que des mots positifs peuvent sauver un enfant du naufrage.
    "Même le dernier passe la ligne d'arrivée".C'est une phrase que je vais afficher dans ma classe. Elle me plaît bien.

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    1. Voilà bien une phrase que j'aurais aimé voir au tableau en classe dans mon enfance… cela m'aurait changé de propos moralisateurs affichés !

      La force positive des mots dans l'éducation, c'est lorsque ceux-ci rejoignent l'enfant dans ses dynamisme les plus essentiels. ( Mais tu sais cela bien mieux que moi…).
      Je veux juste souligner qu'il ne s'agit pas seulement de « positiver » des actes, mais de regarder des valeurs dynamiques dans l'enfant.
      Enfin, c'est comme cela que j'envisage les apprentissages. Même s'il s'agit d'acquérir des connaissances et/ou des savoir-faire.
      Et, à te lire quand tu parles de cela chez toi, j'admire tes attitudes et tes compétences indéniables.

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    2. Merci, tu ne sais pas comme tu me touches...

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  8. Anonyme4/1/13

    Connaissez-vous Etty Hillesum, "Une vie bouleversée" ?

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    1. Bien des gens m'en parlent. Mais je n'ai toujours pas lu cette auteure.

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  9. Anonyme4/1/13

    En fait, la vie est une histoire de relation.
    Lorsque les mots pour se dire viennent d'un vécu expérimenté , il en sort une vérité qui est l'essence même de toute vie qui ne cherche pas à tricher ou à donner une image fausse de soi.
    On fait aussi l'expérience de l'autre et il en ressort une attitude de respect profond . C'est alors que la relation devient plus vivante et la vie gratifiante.
    Moi aussi, je suis de plus en plus attirée par les histoires vraies car elles sont en résonance avec le coeur de l'être relationnel que nous sommes.
    Dans un coeur à coeur, la vie trouve son sens et quelque soit l'aventure, elle vaut le coup d'être vécue.
    Belle et sereine année à vous,et que la flamme espérance qui nous habite continue à faire vibrer l'aventure qui nous fera tous passer la ligne d'arrivée!
    Brigitte

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    1. Je partage tout à fait ce que vous exprimez là.
      « La vie est une histoire de relation ». il n'y a pas de vivant sans relationnel.
      Il me semble que c'est même inscrit, non seulement dans l'histoire de l'humanité, mais dans l'histoire de l'univers. Tout ce qui nous entoure est en relation. C'est-à-dire en permanente interaction pour vivre et exister.
      Merci pour vos voeux, ils me sont précieux. À mon tour de vous souhaiter beaucoup de paix dans le coeur et autour de vous.

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  10. Charlotte4/1/13

    "De telles situations confèrent-elles un poids particulier aux propos que l'on peut écrire ? Faut-il, pour accorder du crédit à un texte, connaître la vie de l'auteur ? Ou un texte peut-il avoir une valeur en soi ? En dehors de tout contexte ?"
    A toutes ces questions, je ne peux pas répondre par un oui ou un non...
    Je pense aussi à tous ceux qui se taisent pour des raisons connus d'eux seul, à ceux qui parlent et le paient cher, à ceux qui parlent et qu'on ne croit pas...
    Je crois aussi que ce sont ceux qui ont surmonté "l'épreuve", qui se sont comportés en héros en quelque sorte, qui témoignent par l'écriture et intéressent le lecteur.
    Je ne peux pas imaginer qu'un sâle collabo écrive un livre qui raconterait les saloperies qu'il a fait pendant la guerre... je peux me tromprer
    Moi aussi j'ai bcp aimé le livre Etty Ellisum et quand j'étais adolescente " le journal d'Anne Franck.

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    1. Il y a beaucoup de « héros ordinaire ». On les croise ici et là, dans ce petit monde des blogs, dans le secret des confidences, tous ceux qui ont surmonté des épreuves… Ou qui sont encore dedans… À se débattre…
      Mais sans doute en faut-il quelques-uns qui témoignent un peu pour tous… Qui aident à ce que l'on ouvre les yeux autour de nous. Et aussi pouvoir se dire : finalement moi aussi j'ai pu être quelque peu héroïque quand tel événement à surmonter s'est présenté…

      Pour ce qui est du « sale collabo » et plus généralement de tous ceux qui commettent des saloperies, certains racontent ce qu'ils ont commis. Dans des livres sans doute. En tout cas dans le secret de mon métier d'aidant, je les ai entendu et écouté. Ce n'est pas simple. Ni pour celui qui parle, ni pour celui qui entend.
      Je n'en dirai pas plus pour l'instant. Peut-être un jour un billet à ce propos, Sur comment je vivais tout cela.… Peut-être… Un jour…

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    2. charlotte5/1/13

      Merci pour cette réponse qui me parle beaucoup.

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  11. La première et la dernière me touchent particulièrement...Merci du partage.
    Les témoignages sincères me touchent toujours beaucoup

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