mardi 29 janvier 2013

Le désir étranglé


Souvent, j'ai observé ce phénomène chez les personnes. Leurs aspirations les plus essentielles, ce qui avait du prix à leurs yeux, les engagements, les orientations qui correspondaient à leur rêve, mais aussi à leur valeur possible en tant que potentiel, tout cela se retrouvait comment empêché de vivre, d'exister.

Il y avait toujours de multiples bonnes raisons de demeurer dans une sorte de tiédeur, alors qu'un feu ardent couvait. Tiédeur du cocon sécurisant, tiédeur d'une forme de résignation : « après tout, pour l'instant c'est pas si mal que ça ! », Tiédeur de l'engourdissement dans des habitudes et des stéréotypes.

Et pourtant, dès que, par divers procédés pédagogiques, je me mettais à titiller le Désir Profond d'Exister, chez ces personnes, on voyait des sortes d'éclats dans le regard, des redressements du corps, on voyait les lueurs du retour à : pourquoi ne pas y croire ! Pourquoi ne pas essayer ! Pourquoi ne pas me lancer !

Et cependant, combien de fois ai-je été témoin de ce phénomène du soufflé qui ne tarde pas à retomber.

Pourquoi est-ce que l'énergie vitale, qui pousse vers un engagement qui en vaille la peine, pourquoi, si souvent, se produit ce phénomène d'étranglement qui empêche de vivre ?

C'est un bien curieux paradoxe de l'humain.
Je pensais à ce slogan de la campagne électorale : « le changement, c'est maintenant » : slogan boomerang, qui forcement revient se fracasser sur ceux qui ont atteint le pouvoir.
Car si souvent nous réclamons les changements à corps et à cris, dans la réalité, nous n'en voulons pas ! Ou plutôt, il faut que les autres changent à notre place, mais nous, on fait tout comme avant. Parce que le changement, ça suppose parfois tellement de remises en cause assez fondamentales, que le phénomène d'étranglement du Désir que j'évoque va jouer à plein.

Tout manager apprend et expérimente sur le terrain que les résistances au changement sont toujours massives. Après avoir râlé que rien ne changeait, que rien ne s'améliorait, voilà que ce qui est proposé comme nouveau, voit arriver au galop le fameux : « c'était mieux avant  ! » 

En fait il faudrait que : "ÇA" change !
Mais il ne faudrait pas que : MOI je sois obligé de changer ! , Je suis comme ça parce que moi, "c'est-moi-et-pi-c'est-tout" ! Faut m'accepter comme je suis, et ne pas s'attendre à ce que je change ! et-pi-d'abord : Que les autres commencent !

Finalement, c'est quand même assez attristant, étant donné qu'il ne peut y avoir de chemin de bonheur sans changement et évolution de soi-même. Enfin, c'est ma conviction, probablement parce que c'est mon expérience de vie. 

22 commentaires:

  1. Et oui.
    Changer avant que la vie ne vous oblige à changer dans des circonstances souvent dramatiques.

    Changeons ou ne nous plaignons plus !

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    1. oui....Avant que survienne parfois certains drames qui auraient pu être évités, si on avait eu une suffisante clairvoyance du changement nécessaire.
      ( Ce n'est évidemment pas vrai pour toutes les circonstances dramatiques qui peut survenir comme des fatalités…)

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  2. Très interpellant pour moi ce billet, à l'heure où je dois faire un choix de vie, j'ai l'impression que tu ne l's écrit que pour moi.
    Changer, je suis d'accord, évoluer, certes, mais changer doit apporter un mieux, non? et ce qui étrangle sans doute le désir, c'est l'incertitude en fait d'avoir vraiment ce mieux au bout du compte. Une fois que j'ai laissé parler mon coeur, je me sens mieux, même si j'ai choisi le statu quo.
    Mais sans doute veux-tu parler de tous ces gens qui n'écoutent plus ce que leur dit leur coeur. Et c'est ça le plus terrible. Pas facile, surtout quand on a des enfants: il n'est que de voir le regard d'autrui chaque fois qu'une femme met de côté sa famille pour vivre une passion amoureuse. Un regard terrible qui peut étrangler bien des désirs dans l'oeuf.
    En politique , c'est un phénomène encore différent: une sorte d'amnésie continuelle qui fait oublier à chacun que les choses qu'il défend aujourd'hui sont celles qu'il combattait naguère.Ah la politique, le règne du faux semblant et des promesses à courte vue. Impossible pour moi, de calquer ma vie personnelle sur les égarements de l'homme en tant que mouton social. Le changement, c'est quand on prendra les Arabes en stop, disait Coluche. On n'y est toujours pas.
    J'ai bien conscience, sur le plan personnel, en revanche, que c'est une chance et que ce n'est pas donné à tout le monde de cheminer vers le bonheur à coups de remises en cause ou en perspective. Probablement parce que c'est aussi mon expérience de vie.

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    1. Ce dont je veux parler, c'est essentiellement aller dans le sens de son Désir. C'est cela qui apporte un « mieux ». ( On peut parler de coeur profond, bien que, personnellement, j'emploie assez peu ce mot qui peut parfois faire se mélanger l'attrait sensible et l'élan profond). [cela dit le mot désir a aussi ses pièges…]

      Quant au regard d'autrui, si on décide de sa vie en fonction de cela (ce qui constitue une aliénation)… Il y a beaucoup de chance pour qu'on soit malheureux ! :-)
      ( Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenir compte des autres qui peuvent être concernés par les conséquences de nos décisions…) Dans l'exemple que tu cites, une passion amoureuse, plutôt que s'attarder à ce que les autres en pensent de mal, mieux vaudrait que la personne concernée, s'interroge sur la place qu'occupe sa famille dans sa vie. Et comment on gère un conflit entre le coeur et la raison…

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  3. Oser le chanqement avec tout ce que cela peut impliquer de remise en cause pour soi et pour autrui demande une dose de courage et d'énergie incommensurable....c'est pourquoi le statut quo semble plus confortable... on s'en accomode si bien !!!! la vie est alors émaillée de peitites lâchetés, avec plus ou moins de conséquence...Ah le bonheur !!!! on se le construit comme on peut.
    Merci de ton passage chez mon autre moi.

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    1. Il est vrai qu'entre la tranquillité du confortable et l'audace du bonheur… Le choix n'est pas forcément aisé !
      Peut-être faut-il référer aux bonnes expériences que l'on peut avoir dans le domaine de nos « changements réussis ».

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  4. Charlotte29/1/13

    Je crois que la peur est le premier frein et obstacle au changement.
    Le changement est en effet un saut dans l'inconnu.
    Heureux sont ceux qui écoutent leur désir et osent le changement qui en découle et se risquent dans l'inconnu.
    Oser découvrir son Désir , s'en donner le droit et s'en emparer pour lui donner vie ne se fait pas sans douleur, sans remise en question de soi et des autres qui rarement sont là pour encourager et approuver.La plupart préfère le statu quo ou la même chose que tout le monde . Mais il y a des impatients, des agités ,des idéalistes ,des artistes qui veulent autre chose et plus et se lancent.
    C' est drôlement plus motivant, plus enthousiasmant que de se traîner toute la vie avec des plaintes, des regrets de vocation avortée pour d' osbscures raisons qui ont sans doute à voir avec un passé auquel on reste fidèle telle une obéissance aveugle à je ne sais quelle autorité.
    Rompre avec ce qui nous tue est une question de vie.
    Merci Alain pour ce texte passionnant.

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    1. Tu as raison concernant la peur.
      Ce qui manque souvent, c'est tout un travail sur l'identification de « la peur », de quoi et de qui ai-je peur exactement ?
      Et puis comme tu dis : oser découvrir son désir !

      Ensuite c'est l'affrontement crucial : qui vais-je faire gagner ? Mes peurs ? Ou mon désir ?
      C'est-à-dire que vais-je décider !?
      C'est-à-dire exercer ma liberté fondamentale.

      Je suis toujours frappé de cette sorte de statu quo : je n'y arriverais jamais puisque j'ai peur !
      Et dire qu'on a souvent seriné à nos enfants : soit plus fort que tes peurs !
      Mais nous on ne montre pas forcément l'exemple…

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    2. et si le désir naissait de la peur...

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  5. c'est encore pire le "c'est la faute de.." sauf de soi.. :) Perso, j'y travaille, sans flagellations mais avec lucidité :)

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    1. oui !
      Sauf que je n'aime pas tellement l'expression : « c'est de ma faute », elle a toujours une odeur de culpabilité, qui est une centration sur soi et un égocentrisme.
      Je préfère : « c'est de ma responsabilité ».
      C'est pas seulement une question de mots, c'est que ce sont vraiment deux choses différentes.

      ( je ne parle pas pour toi… Je parle en général…)

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  6. Dans mon métier, on appelle cela des freins (et pour ce qui me concerne, parfois "l'art du sabordage").
    Comment, alors que j'ai tout en main pour avancer, je choisis finalement de faire du sur-place.
    Cela demeure un GRAND questionnement pour moi.


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    1. Peut-être y a-t-il quelque chose qui tient de la sagesse populaire : « on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif » (et je ne mets pas de connotation péjorative ou négative au mot âne).
      Je veux dire que l'on peut tout avoir en main… Sauf la soif d'avancer…
      Comment faire naître l'envie de boire ?

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  7. Tout ça se retrouve comme empêché de vivre, dis-tu
    Comme si c'était plus fort que soi!
    D'une part une espiration à sortir de ses ornières...
    et d'autre part un enlisement quand on essaie de "s'y mettre"
    C'est parfois décourageant!
    (pour l'instant je connais ce recul par rapport à la poursuite de l'écriture entamée il y a un an
    Qu'est-ce qui m'arrête, je ne parviens pas à mettre le doigt dessus... la peur... mais la peur de quoi?
    Pourquoi est-ce que je ne passe pas à l'acte alors que rester dans mon statut quo me rend malheureuse?
    A suivre...

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    1. Rester dans le statu quo, surtout si ça dure, surtout si ça concerne quelque chose d'important pour soi, ça peut devenir assez dramatique, dans la mesure où cela finit par avoir des retentissements sur d'autres domaines.
      Je suppose que tu parles de ton projet d'écriture. Est-ce une question de peur ? Est-ce autre chose ? Le fruit est-il suffisamment mûr pour le cueillir par l'écriture ? Etc.…
      Il y a des projets qu'il faut décider de différer clairement. Par exemple, je le range dans un tiroir pour six mois, et je m'attèle à autre chose.

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  8. Je suis repassée ce soir lire les échanges.
    C'est passionnant de vous lire toutes et tous.
    Merci pour ce partage de ressenti.

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    1. C'est vrai que les échanges par les commentaires sont souvent enrichissants, dans la mesure où chacun s'implique.

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  9. Sachant que tout change tout le temps, je suis mes désirs comme ils se présentent.
    Je me souviens avoir écrit un billet il y a longtemps où je disais que l'homme est dans cette vie pour réaliser l'intégralité de ses désirs essentiels. tu m'avais répondu alors, non sans humour, qu'il risquerait d'éclater comme une baudruche; ce qui me fit bien rire.

    Sinon, en lisant le mot "soufflé" dans ton billet, j'ai eu une furieuse envie d'un soufflé à la quenelle de brochet, avec de la ciboulette et une béchamel aux champignons... T'es trop dur Alain!! tout est fermé à cette heure!!

    Alors je vais voir ce désir non réalisable tout de suite et demain je n'y attaquerai, s'il est encore là...
    :))

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    1. Ce qui je crois nous différencie assez fondamentalement, c'est que je n'aime absolument pas le soufflé à la quenelle de brochet, avec de la ciboulette et une béchamel aux champignons.
      C'est dommage, on ne pourra pas déguster ensemble…
      D'autant que j'aurais pu trouver d'autres conneries pour te faire rire !

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    2. Et bien je vais te dire : je l'ai fait! seul. Une quenelle se déguste toujours seul...

      :)))

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  10. Beaucoup de gens préfèrent continuer le train train quotidien qui ne leur plaît guère mais qui les rassure, plutôt que de se lancer dans un changement qui leur conviendrait certainement mieux mais qui leur demanderait d'affronter l'inconnu, et l'inconnu, ça fait peur !...
    En fait, à nous de nous poser la question de savoir ce que nous désirons faire de notre vie réellement. Et aussi, si l'on veut "se donner les moyens" ou pas... de faire ce qui nous plairait vraiment.
    Et pour finir, extrait que j'avais en réserve pour un éventuel billet (décidément... (sourire)), comme le dit Laurent Gounelle dans son livre "Les Dieux voyagent toujours incognito" : « ... chacun peut voir la vie parsemée d'embûches à éviter, ou comme un vaste terrain de jeux qui offre à chaque coin de rue une expérience enrichissante à mener. » :-)
    Bonne soirée à toi, Alain !

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    1. Il y a, en effet, beaucoup d'avantages à l'immobilisme et à la stagnation.
      Ça ne plaît guère, mais ça plaît suffisamment pour ne pas se risquer à autre chose.

      Quant à la citation, elle illustre assez bien deux grandes tendances lourdes de types de personnalité.

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