mercredi 20 février 2013

La mort




Ce matin le ciel est d'un bleu limpide. Un vent frisquet du Nord a lavé les cieux. La lumière commence à poindre dans mon bureau. Un petit rectangle de soleil apparaît dans l'angle de la fenêtre. Il va grandir dans les heures qui viennent, baignant ma pièce jusque vers 16 heures. La nature commence à sortir de sa torpeur de l'hiver, des petites embryons de bourgeons, des pointes de la cinquantaine d'oignons de tulipes qu'on a achetés pour je ne sais plus trop quelle bonne cause, commencent à sortir de terre. J'ai passé une bonne nuit, je me sens bien. Ça devrait être une bonne journée.

J'aurais pu intituler ce billet : "la vie", d'autant que je me sens vraiment l'esprit et le coeur printanier, que demain quelques-uns de mes petits-enfants vont se pointer, que ça devrait être sympa, et que la vie est belle.

 J'ai choisi la mort … Comme titre ! … Pas comme projet immédiat…

C'est-à-dire que, comme je suis vivant, je vis sans cesse, à chaque instant, dans une sorte de flirt avec la mort, car elle peut survenir à tout moment et me surprendre, comme un coup de sonnette inattendu. On va ouvrir, se demandant : mais qui c'est  que c'est ? On ouvre ! : Toi ? Ben mince alors… Je ne t'attendais pas de sitôt ! …   bouge pas ! Je passe un linceul, et je te suis…


J'ai commencé un livre : « VIVANTS JUSQU'À LA MORT . Accompagner la souffrance spirituelle en fin de vie ». (Tanguy CHÂTEL). Je n'ai encore lu qu'une cinquantaine de pages. Essentiellement le constat de la situation d'aujourd'hui : les soins palliatifs - la mort en hôpital avec tuyauterie - la médicalisation de la mort - la tentative de définition de cette forme particulière de souffrance spirituelle à ces moments-là. - Mais surtout l'absence de « réponse » de… disons, … la société… face à ces réalités intérieures humaines, dans un monde laïcisé, a-religieux, et qui a évacué la mort au profit de la jeunesse éternelle, vendue à grand renfort de médias. J'attends la suite de ma lecture, pour entrer dans le vif du sujet, ce que j'attends de cet auteur…

Cependant, ce début de lecture m'a ramené ce sentiment de vivre dans une forme de proximité avec la mort depuis bien longtemps. Je dis bien avec la mort. Et non pas avec des pensées morbides, ce qui n'est absolument pas la même chose.

D'ailleurs, je peux réécrire ma phrase :
cependant, ce début de lecture m'a ramené ce sentiment de vivre avec une forme d'intimité forte avec la Vie profonde depuis bien longtemps. Je dis bien avec la vie profonde. Et non pas avec une superficialité d'existence qui ressemble à une fuite en avant, un peu course folle, poursuivant des buts étranges, souvent "extériorisés", au sens d'éviter le contact avec ses profondeurs intimes, jugées sans doute comme dangereuses…. 

Car, dans l'expérience de la Vie profonde, on rencontre forcément… La limite… Qui n'en est pas une… La mort… Qui n'est pas la fin… qui n'est qu'une rupture, comme celles nécessaires pour vivre. 

Est-ce parce que j'ai failli « y passer » à l'âge de 12 ans ?
Est-ce que dans mon coma il s'est passé des choses qui sont venues s'imprimer dans mon inconscient ? Des choses bonnes et nécessaires pour la suite de ma vie ?
J'en fais l'hypothèse.
En tout cas, je fais le constat que d'une certaine manière je suis constamment prêt. Ou plus précisément que je vis la nécessité d'une sorte de préparation en continu, comme il en était du "feu continu" de nos grands-mères, où la braise ne s'éteignait jamais, mais il fallait alimenter d'un côté et vider les cendres mortes d'un autre.
 il fallait donc sans cesse, pour recevoir la vie, pour qu'elle se consume et produise, que des choses meureut dans le même temps.

J'ai commencé à vieillir le lendemain de ma naissance. C'est une nécessité vitale. J'ai comme le sentiment d'avoir compris assez vite que la vie était indissociable de la mort tout au long du chemin entre naissance et trépas.
Peut-être parce que je fais l'expérience de perdre de la vie, la vie de mes muscles par exemple, et en même temps cela me permettait de naitre de plus en plus à une intériorité qui a fait de moi une personne de plus en plus vivante et vibrante. 

Alors, je ne suis pas dans la crainte d'une souffrance spirituelle en fin de vie. Sans doute que je me trompe. Et si j'ai acheté ce livre, c'est non seulement en raison de la qualité de l'auteur, mais aussi pour tenter de percevoir ce que peut être cette souffrance la dont il parle, ou plutôt dont il va me parler dans la suite du livre… Je l'espère en tout cas.

Comme un préalable j'ai donc voulu faire ce billet, pour pouvoir le relire quand je poursuivrai ma lecture dans les jours qui viennent. Quelle influence ce bouquin aura sur moi.


17 commentaires:

  1. elisanne20/2/13

    Je me souviens d'un atelier d'écriture où dans la spontanéité j'ai écrit "mourir pour vivre" en parlant du jour de ma naissance.
    J'aime la vie, j'ai frôlé la mort à trois reprises, mais l'envie de vivre a été la plus forte, un jour je ne pourrai plus lutter et alors ce sera
    "vivre pour mourir" la fin terrestre de mon histoire...(sans atelier d'écriture)
    Merci pour ce billet

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    1. Que voilà une formule intéressante !…
      Peut-être qu'il faut s'être senti en péril pour que le désir de vie s'intensifie ?…
      Merci pour ce petit témoignage.

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  2. Charlotte20/2/13

    Dans le livre que je lis pour l'instant il y est aussi beaucoup question de la mort. "La soeur" de Sandor Marai.
    Donc ton billet d'aujourd'hui m'intéresse beaucoup.
    Je crains pardessus tout la souffrance physique plus que la souffrance spirituelle.
    Je ne sais ce qui me fait penser qu' une fois face à ma propre mort j' appelerai de toutes mes forces Celui qui viendra me prendre dans ses bras et ceux que j'ai aimés et qui déjà dans l'au delà viendront m'aider à franchir ce passage.
    L'aide aux mourrants devrait être de la même qualité que l'aide à celles et ceux qui donnent la vie.
    J'ai accouché de mon premier enfant dans de terribles douleurs ( qui me faisait demander la mort pour interrompre ce supplice) avec en face de moi une religieuse récitant son chapelet qui me faisait comprendre qu'il fallait passer par là depuis la nuit des temps cad accoucher dans la douleur comme cela était écrit dans la Bible.
    Par la suite l'aide à l'accouchement et la médecine ayant fait des progrès, j'ai accouché de 3 enfants sans la moindre douleur assistée par un médecin et un personnel qui faisait tout pour que la naissance se passe dans la joie. Et cela l'était.
    Faut il passer par des siècles de souffrances et de réfléxions pour remettre en question des idées complètement débiles et empreintes d'une religion mal comprise et de mauvaises lectures de textes bibliques.







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    1. Il me semble qu'aujourd'hui la souffrance physique est plutôt bien traitée, que ce soit dans le système hospitalier, ou à domicile. Un parent proche a été bien traité de cette manière et à pu finir ses jours chez lui.
      J'attends de voir le loin dans le lit ce qu'il en est de « la souffrance spirituelle » liée à la fin de vie.
      Des fois que j'aurais à me préparer de ce côté-là !…
      :-)

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  3. Comme il n'avait pas l'air content,
    Elle lui dit : "Ça fait longtemps
    Que je t'aime...
    Et notre hymen à tous les deux
    Était prévu depuis le jour de
    Ton baptême..."

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    1. Et oui !
      si bien que :
      On
      "....Comptez plus sur oncle Archibald
      Pour payer les violons du bal
      A vos fêtes"

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  4. Qu'est-ce que la souffrance spirituelle, au juste?
    L"angoisse de la mort qui arrive? la tristesse du renoncement imposé?
    L'effroi de quitter les gens qu'on aime? Les imaginer souffrir de notre absence?
    Ou bien est-ce autre chose? Comme le manque d'une croyance religieuse?
    Dites-moi ce que vous nommez ainsi.

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    1. Comme je l'ai dit plus haut, je suis intéressé par ce que l'auteur en dira lui-même…
      je crois cependant que cela tient un peu à ce que tu dis, entre autres.

      Pour ma part, et bien avant la mort, (encore qu'elle peut arriver à tout moment), je pense que cette souffrance tient beaucoup à la question du "sens de la vie/non-sens de la vie".
      Il ne faut pas attendre de devenir vieux pour se la poser : un de mes petits-fils qui vient de passer quelques jours chez moi, à peine 8 ans, demandait :
      « à quoi ça sert la vie ? »...
      Évidemment, si on lui répond : mange ta soupe,… tu comprendras plus tard… !
      Ce ne sera pas tellement aidant ! ....

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  5. Je n'ai pas peur de la mort, j'ai peur de ne pas avoir assez vécu... ce sentiment me rends boulimique de la vie, je suis insatialbe et je dois être pénible pour mon entourage... mon envie de vivre je pourrai l'écrire aussi comme ceci EN VIE....j'ai davantage peur de la disparition des miens que de la mienne...j'ai perdu des êtres chers hélas, le chagrin s'estompe, la douleur aussi mais reste l'amputation d'une partie de soi à tout jamais...alors je préfère ne pas flirter avec la faucheuse et surtout qu'elle m'ignore ainsi que les miens encore longtemps...
    très belle journée à toi

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    1. Oui bien sûr, soyons EN VIE le plus longtemps possible…
      je suis d'accord sur le fait que l'on est amputé d'une partie de soi. c'est l'acceptation de cette amputation qui est difficile…

      Cependant, penser à la mort n'est pas la faire venir… Je veux dire par là qu'il y a des gens qui imaginent cela. ( Je ne dis pas que c'est ce que tu dis…) C'est ce qui m'est venu en lisant : « je préfère ne pas flirter avec la faucheuse »…
      :-)

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  6. "Ne chantez pas la Mort, c´est un sujet morbide
    Le mot seul jette un froid, aussitôt qu´il est dit
    Les gens du show-business vous prédiront le bide
    C´est un sujet tabou pour poète maudit
    La Mort" Léo Ferré.

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  7. Anonyme27/2/13

    Quel texte ! Il est bien vivant puisque la mort fait partie de la vie.
    Faut-il fuir ou croire sans vergogne tout ce qu'on nous a raconté de génération en génération?
    Faut-il vivre sur nos illusions ou tout simplement accepter le présent tel qu'il se présente à nous, en adoptant la ligne de conduite la meilleure et la plus adaptée à notre coeur profond?
    La vie, je crois, est telle une sinusoïde avec des hauts et des bas à traverser, elle peut être aussi hyperbolique avec une courbe qui part droit dans le mur pour à un moment "t "que l'on ne connaît pas repartir vers d'autres horizons....

    Faut-il mourir pour vivre ou vivre pour mourir? Les deux mon général !!! Mourir à nos croyances erronées,mourir à nos anciens fonctionnements ou systèmes, mourir à nos peurs pour se lancer dans l'inconnu et l'apprivoiser, vivre avec son coeur et ses tripes dans le respect de chacun et surtout de sa propre personne qu'il faut apprendre à aimer dans toutes ses dimensions, en acceptant de regarder en face tout ce qui fait de nous un humain avec ses défaillances et ses atouts.

    Dieu nous regarde tous un chacun comme sa créature bien aimée puisqu'il est Vie au dessus de Tout, Il est aussi je pense ,à l'heure et au jour qui sont miens, avec toutes mes années de présence sur cette terre et mes expériences tristes ou joyeuses, Celui par Qui je suis venue m'incarner pour faire la connaissance de tous ceux que je rencontre. Bien sûr, il faut parfois trier, choisir, renoncer ou s'engager, découvrir la liberté que ce Dieu nous a donné pour apprendre à grandir par soi-même sans user ni abuser de l'autre ni se soi et ça ça s'appelle faire une expérience hors du commun et ça rend à l'être humain son côté unique. On est chacun un petit tout dans un Grand Tout et c'est pour ça qu'on dit que tout est lié ou relié. Et malheureusement, ou heureusement! il y a encore beaucoup à faire sur cette terre pour la faire devenir une Terre plus humaine . Chacun est responsable de l'être qu'il est.
    Naître et renaître , ça conduit à toujours plus de vie même s'il faut mourir un jour qui n'est pas forcément une fin en soi, je considérerais plutôt la mort comme une faim de vie , la découverte de la Vie profonde! Vue sous cet angle, on entre plus dans la peur de disparaître. j'aime beaucoup l'idée de la braise à entretenir. Comme le feu de l'Amour.
    Brigitte

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    1. Merci pour ce commentaire où tu mets la force de tes convictions et croyances.
      Je soulignerai ce passage :
      "il y a encore beaucoup à faire sur cette terre pour la faire devenir une Terre plus humaine . Chacun est responsable de l'être qu'il est. "

      C'est sans doute là notre responsabilité essentielle : Faire devenir plus humaine la terre... Ça commence par soi-même bien évidemment.
      Et que de chemin encore à faire à chacun de nous !...

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  8. Dis rassure moi, t'es pas mort?
    j'en peux plus de voir écrit "la Mort" dans mes liens de blog...

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  9. Pour moi, il me semble que mourir vivant, c'est savoir passer le relais de la transmission aux suivants... donner de la vie à ceux qui nous suivent que nous les ayons engendrés ou non. Pour nos fils et nos filles, ouvrir grand l'héritage de notre amour d'hommes et de femmes.
    Rien de moins, rien de plus. Tout un programme...

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    1. Oui, et cela suppose sans doute d'avoir été vivant et engagé en ce sens tout au long de son existence.

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