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lundi 8 avril 2013

Contemplation


Le plus souvent on associe la contemplation au regard que l'on porte sur quelque chose d'admirable, de beau, qui mérite que l'on s'y arrête, que l'on prenne le temps de s'imprégner, de goûter, de laisser une forme du bien nous envahir l'intérieur en passant par ce regard de contemplation.
J'ai été un grand contemplatif.  l'homme forcé à l'immobilité voit ses choix d'actions réduits. La contemplation peut devenir un acte salvateur. Ce fut mon cas. En ce temps-là, lorsque le temps le permettait, je demandai à être conduit dehors, dans ce que nous appelions « le petit bois ». Déjà c'était là un acte contemplatif de nommer ainsi ce qui n'était qu'un gros bosquet d'arbres. Allongé sur le dos, sur le « chariot plat » je regardais le ciel, la course des nuages, et en tournant la tête les arbres du petit bois dont j'observais l'évolution au cours des saisons.

À l'intérieur, je contemplais les murs dessinés, les fresques naïves des couloirs. Je les vois encore aujourd'hui. Leur symbolique naïve, ce petit chemin qui partait tout là-bas vers la lumière et prenait son origine dans ce que nous appelions « le château » qui était le bâtiment central regroupant tout à la fois l'administration, la grande salle à manger, la bibliothèque, et au-dessus, pour ceux qui savaient monter des escaliers, quelques chambres donnant sur le parc. Nous devions un jour partir de là, prendre ce chemin vers la vie à l'extérieur, vers la lumière qui là-bas à l'horizon semblait comme un paradis perdu, que peut-être un jour nous pourrions retrouver.
J'ai longtemps contemplé ces fresques murales qui couraient le long du couloir des chambres. J'aimais cette naïveté, le jaune dominant, les petites maisons aux toits rouges devenant de plus en plus petites jusqu'à cet horizon espéré.

À l'intérieur, je contemplai mes camarades, compagnon d'infortune, abîmés tout comme moi, parfois un peu plus, parfois un peu moins. Je les contemplais dans la grande salle de rééducation alors que j'étais « en posture », ressentant les douleurs mais cherchant ainsi à m'évader en les imaginant plus tard dans une beauté qu'ils ne montraient pas aujourd'hui. Leur beauté d'aujourd'hui était peut-être la somme des efforts déployés dans ces mouvements répétitifs censés redonner vie à la mort.



C'est peut-être cela qui plus tard m'amena à faire le choix de contempler les abîmés du coeur, les abîmés du psychisme qui portaient la mort sur le visage. Je ne faisais pas que les regarder, là en face de moi, assis dans le fauteuil. J'étais véritablement dans un silence contemplatif, c'est-à-dire actif, attendant de quelle manière allait se produire l'étincelle dans le regard. J'attendais, des jours, des semaines, parfois des mois. Il faut être très patient quand on a décidé de croire que chacun humain peut se relever du pire.
Quand on s'est mis à y croire parce que soi-même on s'était relevé.

19 commentaires:

  1. Anonyme8/4/13

    Merci pour ce témoignage plein d'espoir qui t'a permis de retrouver le sens de la vie malgré les difficultés. Cette contemplation active, je n'en doute pas, était le remède lié à ta sagesse et à ton espérance.
    C'est vrai qu'à travers la solitude éprouvée, le choix de s'intérioriser est salvateur.Ce paradis qu'on croyait perdu est un jour retrouvé, et on s'aperçoit qu'en fait , au milieu des autres on est aussi un élément qui contribue à l'évolution humaine et fraternelle, même en ne disant pas grand chose. La pensée positive suffit parfois à retrouver le chemin perdu!
    Pour bien vivre, il me semble qu'il suffit de croire à ce qu'on est. Un être humain aimé dans toutes ses facettes, l'acceptable comme l'inacceptable. On n'a pas à entretenir de culpabilité d'être ou ne pas être comme il faudrait, on n'a à plaire qu'à nous même dont le véritable amour est alimenté par le divin qui nous habite et qui est la source de l'amour donné et reçu. La contemplation est l'art de trouver le manifesté même dans ce qui paraît inerte! Car tout peut être mis en mouvement à partir de la pensée.
    Bonne et sereine journée.
    Brigitte

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    1. "Pour bien vivre, il me semble qu'il suffit de croire à ce qu'on est."
      ta phrase me fait sourire.... à cause du "il suffit".... :-)
      Bien sûr tu as raison ! mais ça prend quand même un peu de temps pour "tenter d'être soi-même"et en plus d'y croire ! .....enfin moi ça m'a pris des années... et suis pas certain d'y arriver encore !

      Bonne soirée et bonne site !

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    2. Anonyme8/4/13

      Rassure-toi. Moi aussi il m'a fallu du temps pour découvrir cela et encore je ne suis pas sûre d'y être arrivée,(surtout y croire!) le chemin continue, il y a chaque jour des réflexions et des pensées nouvelles et qui confortent les découvertes!
      Merci pour ton sourire! C'est vrai - le "il suffit" s'y prêtait!! :-)

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  2. charlotte8/4/13

    En te lisant, je t'imaginais contemplant le plafond de la chapelle sixtine avec en particulier la création de l'homme.
    Toi de par ta profession et ta propre blessure, tu as contribué à la résurrection ou recréation d' hommes et femmes meurtris.
    Je suis en contemplation devant toute création dont l'homme est capable.Il y a des chefs d'oeuvre sur terre dans tant de domaines.(culturels, artistiques ou humains ) On n'en parle pas assez.
    Merci bcp pour ce texte lumineux.

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    1. heu.... suis pas sûr de contempler lgt un tel endroit !
      Faudrait déjà qu'on me paye TRES CHER pour y mettre les pieds !!! :-) Et encore....
      Il faut dire que je suis incapable de me représenter Dieu comme ça....
      Je rêve plutôt que l'on démolisse tout ces signes inutiles...
      Tiens ça ce serait une belle décision papale !!
      Et puis l'homme a sur ce tableau une trop petite quéquette !!
      :-)

      mais bon je plaisante.
      Si c'est "signifiant "pour certains.... Pq pas !

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    2. aaaaah ! bien sûr que l'art est signifiant pour certains ! et puis quoi encore... Brûler les livres... Comment croire en soi, si on ne croit pas à la poésie et si on ne se rend pas disponible pour ses bienfaits

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  3. Tu ne peux savoir à quel point ton billet me touche, oui je suis admirative ...cette force que tu as su puiser en toi, ce silence comptenplatif que tu a su mettre au service des autres, de ces coeurs et ces âmes abimer pour mieux les réparer...en te lisant on se dit que l'on a raison de croire en "l'Homme" et çà c'est énorme.Tu es vraiment une belle personne.
    MERCI beaucoup Alain !!!
    je t'embrasse.

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    1. Je pense que lorsqu'on est admiratif de quelque chose chez quelqu'un, c'est que l'on a en soi une sorte d'équivalent. C'est sans doute pour cela qu'on est touché.
      Je veux dire que cette force est à ta disposition, avec la couleur qu'elle peut avoir pour toi.
      Il me semble que pour croire en l'Homme, il faut pouvoir aussi croire en sa propre personne.

      Merci pour ton commentaire.

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  4. Moi, depuis tout petit, je ferme les yeux et je contemple mon nombril
    Il est bien jôli...

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  5. J'aime beaucoup ton texte, Alain. Il résonne fort en moi qui fut longtemps une hyper active, loin de la contemplation. L'âge avançant, les expériences de vie font qu'on se rend compte que souvent l'hyper activité permet de se fuir et qu'il serait bon de faire un travail sur soi pour aller fouiner au plus profond. Arriver à cet état contemplatif que tu décris comme actif est encore pour moi aujourd'hui difficilement accessible. Bravo à toi dont l'équilibre intérieur a facilité ce passage. A bientôt.

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    1. En effet, l'hyperactivité n'est pas le mieux.
      Mais l'activité juste et efficace et une bonne chose !
      Je précise simplement que je n'oppose pas contemplation et action. L'un nourrit l'autre et vice versa…
      ( mais tu n'as pas dit que tu les opposais ! C'est juste moi qui ai envie de préciser cela)

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  6. Oui il faut être patient tellement l'être humain est cabossé parfois, tellement il n'y croit pas lui même à cette étincelle que nous avons pourtant tous en nous et qui jaillira, à son rythme. Je veux bien croire que cette immobilité forcée que tu as été contraint de vivre t'a permis de voir la vie d'une autre façon et d'apprendre à la contempler. Tes mots sont très beaux, touchants, justes.

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    1. Oui, l'immobilité forcée m'a obligé à voir la vie autrement.
      En même temps, c'était déjà présent en moi ce côté assez contemplatif avant mon accident de santé. C'était alors lié à une petite enfance assez solitaire.

      J'ai cependant mis du temps à conscientiser cet aspect-là de moi.

      Merci pour tes mots qui me touchent à mon tour.

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  7. Anonyme9/4/13

    "Il me semble que pour croire en l'Homme, il faut pouvoir aussi croire en sa propre personne."

    Je n'y avais pas pensé à ça ! Effectivement, pour croire en l'humain il faut d'abord croire en soi et pour croire en soi il faut d'abord se connaître soi-même (et non plus s'identifier au pauvre petit masque, créé de toute pièce). Comment ne pas croire en l'humain... je me le demande ? sincèrement ! kéa

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    1. Alors, la question se pose : comment faire en sorte que cette dynamique qui pousse à croire en soi et ses possibles s'enclenche dans la personne, surtout lorsque l'image de soi est très dévalorisée et alimentée par des échecs successifs.

      C'est vrai aussi des collectivités, des ensembles humains qui cultivent un regard négatif quasiment sur tout. Et après, on s'étonne des crises durables…

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    2. Anonyme9/4/13

      Bonne question qui m'invite à répondre.
      A force de courir à l'AVOIR, on en vient aujourd'hui au sein des collectivités à mettre en place le tri sélectif et chacun est amené à s'y faire... Mais le tri, il est aussi à faire en soi, en découvrant le masque qu'on s'est fabriqué pour survivre et non vivre, il est temps à présent de s'autoriser à croire que nous possédons le meilleur au fond de nous, ce meilleur qui va doucement, au rythme de chacun et en fonction de son histoire personnelle se laisser découvrir pour nous emmener vers cette liberté d'ETRE ... C'est cette prise de conscience qui peut se mettre en place lorsque les échecs successifs et le mal être en soi pousse à se poser la question du sens de la vie et du "qui suis-je?", à condition aussi d'être aimé et entouré par de bonnes personnes. peut-être celles qui ont déjà ouvert la porte du Chemin!!!
      Par tes textes, tes questions, tes réponses, tes expériences partagées, tu invite chacun de tes lecteurs à progresser, du un on passe à plus d'un et cela va faire du développement durable intérieur !
      Brigitte

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    3. Anonyme9/4/13

      "comment faire en sorte que cette dynamique qui pousse à croire en soi et ses possibles s'enclenche dans la personne..."

      Souvent, ça s'enclenche lorsqu'on recontre une personne qui a les yeux pour voir ! les yeux pour voir ces possibles qui nous habite et ainsi nous les reflèter à nous-même. C'est comme d'être présenté à soi-même. C'est ce qui s'est produit pour moi, et lorsque j'ai vu mon reflet dans le miroir, j'ai été complètement fasciné par cette grandeur qui m'habite et que "je suis" en fait. Depuis, je suis passionnée par la découverte de ce "Je Suis" que je suis.

      Et comme le dit Brigitte, "lorsque les échecs successifs et le mal être en soi pousse à se poser la question du sens de la vie et du "qui suis-je?" oui, cela a été à la racine de ma recherche. Comme quoi ce qui semble négatif ne l'est pas nécessairement. kéa

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    4. Anonyme9/4/13

      En fait, il ne faut pas avoir peur de rencontrer nos ombres. C'est comme pour la photographie, c'est du négatif qu'on obtient la photo en le plongeant dans un liquide qui s'appelle je crois, le révélateur.
      Et puis cela me fait penser aussi à cet avion que j'ai pris la première fois par un temps pourri (pluie, brouillard) qui n'incitait pas à avoir confiance en ce voyage dans les airs... pour découvrir qu'au-dessus des nuages, le soleil était là, brillant de tous ses feux dans un ciel d'un bleu si pur! Des ténèbres vient la lumière... peut-être est-ce pour cela qu'il ne faut ni fuir la difficulté ni soi-même pour mieux se rencontrer ?
      Ce blog est plein de rebondissement et on voit qu'on n'est vraiment pas seul(e) sur ce chemin plein de découvertes à partager.
      Brigitte

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