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jeudi 11 avril 2013

Vrai combat


J'ai regardé hier l'excellent film, plein de pudeur et de vérité : « Le silence des églises » relatif à la pédophilie des prêtres catholiques. La relation destructrice des victimes sous l'emprise de ces prêtres et les dégâts énormes causés par les abus   sont montrés d'une manière aussi pudique que glaciale, à partir d'un scénario sur un cas scénarisé, mais reprenant uniquement des éléments réels.

Mais pour moi, le plus important fut le débat qui suivit, animé par Benoît Duquesne, (que par ailleurs je n'apprécie guère…). Parce qu'il fut question de deux « cas » dont j'ai eu à connaître dans le cadre de ma profession. Je ne peux guère en dire plus ici sur les horreurs dont il s'est agi. Je ne m'étendrai pas sur l'attitude honteuse de la hiérarchie catholique. Je veux simplement faire le point, après bien des années, sur ce que tout cela a pu devenir à l'intérieur de moi.

Ce qui demeure le plus fort, c'est une immense désolation devant tant de souffrances qui ne pourront jamais s'apaiser totalement. J'ai repensé à ce dont j'ai eu connaissance "en direct". À ma révolte tout autant qu'à cette forme d'impuissance devant le constat des réparations longues et aléatoires. Alors j'ai pensé à ce que c'était que le vrai combat. Il était sur le visage de la jeune femme qui témoignait, avec force et une forme de sérénité de ce qu'elle avait pu faire comme chemin de reconstruction et qui était visible. Chemin possible alors qu'on a été victime de pédophilie à 8/9 ans par un "religieux admirable en tout" et donc adulé,  avec l'accord d'un père silencieux qui finira par se suicider. Tout ceci dans une communauté charismatique, composée de familles endoctrinées vivant en autarcie les unes avec les autres (lesquelles communautés, paraît-il, devaient être le renouveau de l'église !… Laissez-moi rire… Ou plutôt laissez-moi pleurer…).

Les films et le débat ont montré combien il ne fallait strictement rien attendre de la hiérarchie catholique, malgré les propos du représentant officiel présent aux débats, mais qu'il fallait beaucoup attende de la justice des hommes, de la justice laïque, et celles de personnes compétentes et surtout  qui ne sont pas mêlées aux religions…
En effet, malgré quelques progrès, l'attitude des évêques et représentants catholiques demeure particulièrement ambiguë à propos de la pédophilie de leurs membres. Avec beaucoup de noblesse la femme   qui fut victime  a dit  : pour les paroles vous êtes très fort, pour les actes vous êtes particulièrement nuls ! (Propos repris en substance). Je signe ces propos-là, m'appuyant sur des événements d'il y a quelques semaines, à propos d'un prêtre, grand amateur de pédopornographie,  membre d'un réseau international, qui a été poursuivi par la justice des hommes, mais les familles catholiques qui avaient quelques soupçons se sont vues largement dédaignées par l'évêque du coin. Je sais de quoi je parle. Cela concerne des gens qui me sont proches. Décidément… Ça me poursuit !… Le prêtre en question a été condamné tout récemment par les tribunaux. Pour sa défense il a prétendu qu'il s'intéressait uniquement (à travers plus de 6.000 photos) à l'esthétique et à la beauté des petites filles toutes nues… À vomir !…)

Et malgré tout…
Je ne peux me départir de mon espérance fondamentale dans la capacité individuelle et collective de l'homme de sortir de ses ornières profondes, même s'il faudra encore beaucoup de temps pour que le merdier catholique soit assaini…

17 commentaires:

  1. Charlotte11/4/13

    Moi aussi j'ai été très impressionnée par le témoignage de cette femme.

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  2. Anonyme11/4/13

    Bonjour.
    Pourquoi ce titre ?

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    1. le réponse est dans la phrase "en gras"

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  3. Anonyme12/4/13

    Je n'ai pas vu ce téléfilm et donc n'ai pas assisté au débat qui a suivi et qui devait être intéressant. Par contre j'ai lu un livre (les secrets de la grotte aux loups)qui traitait de ce problème et j'ai été profondément choquée par cette situation .Je me suis moi aussi posé la question de l'Eglise et des non-dits.En qui mettre sa confiance?
    La vie est un combat pour se reconstruire, pas seulement dans la situation des victimes de pédophilie mais aussi dans la reconstruction de chaque être vivant que nous sommes car les agressions extérieures sont nombreuses et à l'intérieur aussi nous sommes parfois agressés par nos formes de pensées.
    Quand on fait soi-même un chemin qui essaye de donner sens à la vie, on s'aperçoit qu'au bout, il y a toujours l'espérance d'un mieux quand on accepte de poursuivre la route autrement.Il faut croire en la capacité individuelle et collective de l'homme pour qu'un jour notre monde soit "purifié" mais en attendant,la route est longue et il faut s'armer de patience, de courage et d'amour.
    Brigitte

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    1. Il y a en effet dans l'homme, dans l'être humain, des capacités souvent insoupçonnées de
      « remise en vie », à condition que cesse le processus de destruction et que la personne puisse trouver les aides efficaces, à la fois au niveau d'un accompagnement individuel est à la fois au niveau de la « réparation sociale ». Et sur ce dernier point, nous avons notre petite parcelle de responsabilité citoyenne à faire entendre lorsque c'est possible, lorsque c'est nécessaire.
      Un tel film concourt à ce genre de choses.

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  4. Après avoir lu ta note j'ai regardé le film en replay.... très beau et touchant... Cette hypocrisie et cette façon de se voiler la face est insupportable et a tellement influencer notre éducation judéo chrétienne que beaucoup ont du mal à s'en débarrasser...

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    1. Il y a la responsabilité d'une institution tout entière et on a peine à croire qu'il ait fallu attendre des dizaines et des dizaines d'années pour que celle-ci commence à sortir du déni, et de la volonté délibérée de cacher "ces choses" et de les étouffer.
      Vouloir tout résoudre en interne et dans le secret, ou même les tolérer… C'est bien la pratique courante de toute Secte !
      Je ne dis pas que l'église est une Secte, mais il y a en son sein de graves dérives sectaires absolument intolérables, et le combat contre elles ne peut venir que de l'externe.

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    2. Anonyme12/4/13

      La question que je pose : " En quoi l'Église catholique ou toute autre religion ne serait pas une secte ? "

      "Le Vatican : une secte qui a réussi."
      José Artur

      kéa

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    3. Mais c'EST UNE SECTE, Kéa !
      Sauf que c'est religioso-politiquement incorrect de le dire !
      :-)

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  5. Le téléfilm est admirable en ce qu'il montre bien (et à ma connaissance pour la première fois) la manière dont le prêtre pédophile s'y prend d'une part pour capter la confiance de la famille (ici, la mère), d'autre part pour se garantir le silence de l'enfant. J'ai aussi été très intéressée par la réflexion de l'avocat disant "il faut que l'Eglise arrête de laisser croire que l'abus sexuel d'un enfant est un "péché" et qu'il suffit de demander "pardon" pour qu'il soit effacé. C'est, selon la gravité, soit un délit soit crime qui doit être reconnu et puni (sous entendu par le justice des hommes). Ce qui m'a interloquée également, c'est l'aveuglement de certains parents. Le fanatisme de ceux de la jeune femme les aveugle totalement. La maman de ce jeune homme aujourd'hui à la dérive, elle, a sans doute été aveuglée par la reconnaissance qu'elle portait à ce prêtre. Mais quand même ! J'ai eu connaissance d'un cas comparable mais c'est la maman, pourtant en détresse profonde, qui a porté plainte sitôt qu'elle a compris la situation. Dans ce cas là aussi, il s'agissait d'un récidiviste, un prêtre professeur que l'évêque avait simplement privé de ses fonctions d'enseignement pour le replacer dans une paroisse sans avertir le doyen de ses antécédents : résultat, ledit doyen constatant que le prêtre avait un bon contact avec les enfants l'avait chargé de la catéchèse et des mouvements de jeunesse. Après dénonciation de la maman, il a fini par se pendre. Quel épouvantable gâchis ! Aujourd'hui, je pense, l'Eglise a pris conscience de ces dérapages et ne se fera plus complice d'un silence qui n'a que trop duré. Mon père qui aurait aujourd'hui 93 ans me disait déjà avoir eu connaissance de prêtres intéressés par les petits garçons quand il était à l'école ... dans les années 20.

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    1. L'aveuglement des parents est quelque chose de très complexe… C'est quelque chose de protéiforme avec des racines profondes, et des ramifications parfois étonnantes…
      C'est un peu comme lorsqu'on est aveuglé par un projecteur… On ne distingue plus rien de ce qui existe alentour… Et en même temps on se retrouve dans une sorte d'incapacité psychique à détourner le regard du projecteur…
      Quant à la hiérarchie de l'église : elle n'était pas aveugle ! Bien au contraire ! Elle connaissait de multiples cas et depuis très longtemps…
      Les enfants victimes sont excessivement plus nombreux que ce que l'on pourrait croire…
      La loi du silence règne à tous les niveaux !

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    2. quand on est SUBJUGUE par la personnalité d'un prêtre, on est prêt à avaler n'importe quoi. Les gourous charismatiques parviennent à faire gober le plus incroyable
      D'une part souvent ils sont justement des personnalités charismatiques, et d'autres part, ils sont tordus au point de vue sexuel et leur comportement abérant ils le font accepter comme quelque chose de spécial pour la personne spéciale qu'ils sont...

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    3. Oui, ce fut bien expliqué dans les débats par divers intervenants.
      Reste qu'il faut bien distinguer la problématique de l'enfant abusé et celle de l'adulte subjugué…

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  6. Je ne sais pas si on peut parler de vrai ou de faux combat quand il s'agir de souffrance, d'injustice et de négation de l'être...
    Et puis la loi du silence est tellement présente, dans de si nombreux domaines où se passe ce genre de tortures et de sauvagerie.

    je crois que Briser cette loi du silence c'est faire avancer "la justice des hommes" et il faut bien du courage aux victimes et à leur défenseurs pour oser affronter ceux qui oppose un tel dédain et une telle froideur à leur souffrance.

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    1. Je pense que je comprends bien ce que tu veux dire et avec lequel je suis d'accord.
      Toute expression « ramassée en peu de mots » comporte intrinsèquement sa limite.
      Je n'oppose pas vrai combat avec un autre qui serait faux.
      Disons qu'il y a des étapes pour entrer dans l'affrontement et que, selon moi, (même si ce n'est pas toujours un aboutissement pour la personne) ce que je pourrais appeler la « vraie victoire » est celle qui amène à la reconstruction de sa personnalité bafouée et déchirée et profondément atteinte, surtout lorsqu'il est question d'atteintes sexuelles.
      C'est cette victoire-là (même si elle n'est jamais totale) que je voyais chez la jeune femme qui témoignait à propos de la communauté charismatique.
      Celui qui m'a nié et sali, celui-là ne sera pas victorieux.

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  7. Effectivement...
    Mais en ce qui concerne ce sujet (et je sais de quoi je cause...) je suis malheureusement portée à croire que la victoire n'est jamais complète (reconstruction).
    :(

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  8. Je dirais même en y pensant, que d'autres destructions viennent se rajouter et qui sont parfois très intimes...

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