mardi 4 juin 2013

L'art et l'amour….


…. Est aussi l'art de deux versions… 
Suite à l'article que j'évoque ci-après, j'ai publié sur "Le Voyageur de l'Aube". Cela m'est venu de faire une version plus courte en l'expurgeant de l'aspect de recherche qui caractérise cet autre blog. C'est une forme d'exercice assez intéressant au final. (Je veux dire qui m'a intéressé…)


Le thème central du numéro de Philosophie de juin est : l'art nous aide-t-il à vivre ? — La fin d'un article de Charles Pépin m'a interpellé. (extraits)
« Dans l'expérience esthétique nous sommes confrontés à quelque chose de mystérieux, d'obscur, mais qui ne fait pas peur. Mieux, nous aimons ne pas comprendre. (…)  »

Lisant cela, j'ai pensé à mes propres expériences esthétiques, à celles qui m'ont mis en présence de ce quelque chose de mystérieux. J'ai même fait l'acquisition de quelques toiles à cause de ce mystère que je ne cesse de contempler quand je les regarde, sans chercher à percer ce mystère, et d'ailleurs je n'aimerais pas, ce serait comme un grand dommage à mes yeux.
Parfois on me demande ce que ça représente. Je réponds toujours quelque chose du genre : ce que vous aurez envie d'y voir ou ce qui vous sera révélé en regardant.

Les propos de Charles Pépin m'ont immédiatement fait penser au Mystère de la Personne, dont je parle souvent. 

Il n'y a pas à percer le Mystère. Il y a seulement à le contempler, à recevoir ce qu'il révèle, ce qu'il donne à voir et à vivre dans son éclat et sa beauté. Vouloir tout connaître de l'autre est sans doute une erreur, parce qu'alors il n'y a plus de mystère à contempler. Or pour aimer, il faut pouvoir admirer et parfois contempler. Tout connaître de l'autre, ce serait l'avaler, le dévorer. (Bébé requin, bébé d'amour, je vais te dévorer le coeur, chantait France Gall en son temps…)
Ainsi du conjoint disant « je te connais par coeur », c'est-à-dire je possède tout de toi et donc il n'y a plus rien à aimer de toi, en toi. J'ai tout bouffé de qui tu es…
Quand on prétend tout connaître de quelque chose ou de quelqu'un il n'y a plus qu'à passer à autre chose…

Quand l'autre demeure profondément Mystère, alors on l'aime, on continue de l'aimer pour le mystère qu'il est, sans chercher à tout savoir de l'autre, à vouloir tout posséder de lui, à le chosifier. On risque d'en faire un objet de connaissance, et non pas un sujet mystérieux, vivant, surprenant, forçant l'étonnement, toujours nouveau, sans cesse source d'émerveillement.

Je vis cela vis-à-vis de ma compagne. J'ai tendance à dire : depuis toujours… Pourquoi ? Je ne sais pas ! C'est comme ça… Ce n'est pas un choix délibéré et encore moins une obligation que je me ferais. Cette attitude m'apparaît comme composante de ma personne, comme un naturel évident, quelque chose de vital et incontournable dans ma relation à elle. Souvent je la regarde à son insu, en pensant plus ou moins ceci : mais qui donc es-tu ? Et cette question ne cherche pas de réponse. Elle se suffit à elle-même, générant un mouvement intérieur de présence à elle. Et ainsi qu'il est dit pour l'art dans le texte cité : « j'aime ne pas comprendre ». J'aime ce mystère quel est dans l'éclat de sa beauté, parce que chaque jour qui passe je la trouve plus belle, plus éclatante, plus vivante, plus femme, même si comme chantait Reggiani : "elle n'a plus 20 ans depuis longtemps".

20 commentaires:

  1. c'est beau cet amour que tu as pour ta compagne...
    et surtout ne pas vouloir la "posséder", cultiver son mystère, la regarder comme sujet vivant, non comme objet plus ou moins connu...

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    1. « Ne pas vouloir la posséder »
      avec le recul du temps, je me dis que, peut-être, les amours qui durent sont des aventures de dépossession…

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  2. Très émouvant, même si on te connaît un peu, et qu'on connaît l'amour que tu as pour elle, on est toujours surpris des mots que tu emploies, et qui sont doux comme un froissement de papier de chocolat.

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    1. Va pour la douceur du froissement du papier de chocolat… ( Tu as des métaphores gourmandes…).
      En espérant quand même qu'avec elle je ne finirai pas par « être chocolat » !
      :-)

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  3. Charlotte5/6/13

    L'autre est et reste mystère... c'est bien parfois ce qui peut aussi parfois nous énerver parce qu'on ne le comprend pas.parce qu'il est différent de nous . Si en plus on ne se comprend pas toujours très bien soi même,cela fait pas mal de questions qui n'ont pas de réponse. On reste donc toujours sur sa faim... c'est sans doute une très bonne chose que celle d'avoir toujours faim... sans croire et espérer que l'autre peut nous donner tout ce que nous désirons... Sait-on vraiment un jour quel est notre désir ?
    Qu'est qu'on est compliqué et complexe !
    Merci pour ce beau texte

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    1. Essayer de comprendre l'autre me semble une aventure passionnante.... (Déjà essayer de se comprendre soi-même c'est pas coton !). L'aventure est d'autant plus passionnante qu'on a renoncé à vouloir tout comprendre et encore plus renoncé à ce que l'autre nous donne tout ce que l'on désire…
      Imagine que ce soit possible, un autre qui nous donnerait tout, tout le temps…
      Je sais pas pour toi, mais moi il me semble qu'au bout de 15 jours je le/la quitte ! Pour ne pas mourir étouffé !
      :-)

      Merci d'avoir apprécié mon texte…

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  4. « Souvent je la regarde à son insu, en pensant plus ou moins ceci : mais qui donc es-tu ? »
    Comme toi, Alain, il m'est souvent arrivé de regarder "l'autre" en me posant cette question alors même que je savais en avoir une connaissance privilégiée. Or la vie s'est chargée de me montrer que l'autre pouvait avoir une part de mystère bien plus grande que ce que j'aurais pu imaginer. Et je me demande si cette part de mystère n'est pas ce qu'il y a de plus attirant chez l'autre.

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    1. Quand tu dis que l'autre peut avoir une part de mystère bien plus grande que ce que tu aurais pu imaginer, est-ce que c'est de l'ordre de la déception ? Ou est-ce que c'est l'inverse, de l'ordre de : je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi merveilleux…

      Je partage tout à fait ta dernière phrase. Il me semble même que plus généralement c'est peut-être ce qu'il y a de plus attirant dans la vie en général. L'homme a toujours cherché à percer les mystères de la vie… Une soif et une faim inextinguibles. C'est peut-être la le moteur central de l'humanité…
      (Bon, j'arrête avec ma philosophie du café du commerce…)

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    2. Oh non, pas du tout de la déception ! Sans aller jusqu'à parler d'émerveillement je dirais volontiers fascination, intérêt éveillé, saine curiosité.

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  5. Anonyme7/6/13

    Je reviens après quelques semaines d'absence passées à marcher sur le chemin de Compostelle.Et je découvre avec joie et beaucoup d'émotions tous ces textes qui vont d'un blog à l'autre. Le voyageur de l'aube est lui-même mystère comme moi-même je le vis en faisant mille pas sur ce chemin magique de la vie qui me fait rencontrer l'autre, l'autre qui m'échappe car parfois je ne fais que le voir, l'entendre, le suivre ou le dépasser, le rencontrer puis le perdre, le retrouver et le laisser libre d'être tout simplement ce qu'il est , différent et en même temps le même que moi car l'aventure humaine est bien plus riche que ce que je peux imaginer.
    Ce qui me fait dire que nous ne sommes en fin de compte, qu'un éphémère papillon dans l'éternel présent.
    Butinons la vie et apprécions en le suc de son mystère.
    Bonne journée Alain et merci pour tous tes écrits.
    Brigitte

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    1. Eh bien !
      Je vois que tu as ramené de Compostelle de bien bonnes choses dans ta besace…
      Continue de goûter la vie au maximum !…

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  6. Comme tu parles bien de l'Amour!
    Veux tu une histoire plus basique mais dans le même esprit. Dans un hotel de vacances un acolyte est magicien. Il en profite pour nous montrer quelques exploits. A la fin il me propose de m'expliquer ses tours. J'ai refusé en lui demandant de me laisser mon rêve, mon admiration, mon plaisir. Je suis surprise de repenser à ce moment grâce à ton message.

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    1. Ah, comme tu as eu raison !
      Qu'on ne nous vole pas la part du rêve qui nous fait (entre autres) humains !

      Un jour je suis tombé par hasard sur un truc à la TV qui dévoilait les tours de magie... J'ai aussitôt zappé !

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  7. J'avoue que j'aime tout comprendre et tout pouvoir expliquer. Autrement je me sens désarmée. Mais, après tout, c'est bien aussi de se laisser désarmer, non?

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    1. C'est très nécessaire de se laisser désarmer...
      On passe du "vouloir tout comprendre" à "accueillir ce qui est" ...

      Mais aussi, j'aime bien ta quête de "savoir".... Elle est belle chez toi....

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  8. Le mystère est dans l'autre mais aussi dans le regard sur l'autre. Le jour où le regard croit avoir tout perçu du mystère de l'autre,qu'il soit un être ou une oeuvre, sans doute a-t-il perdu sa propre capacité d'aimer et de découvrir pour simplement vouloir posséder ou conserver. Merci de nous offrir ce regard sur le mystère de l'amour.

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    1. Il me semble en effet que l'amour et le mystère sont indissociables, comme les deux faces d'une même pièce.

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  9. Quel merveilleux hymne à l'amour !!!! ta compagne a bien de la chance et toi aussi...

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    1. Merci !
      On pourrait chanter ensemble ?

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