samedi 17 août 2013

chant limpide


C'est un chant qui ne cesse pas, de jour comme de nuit. Bien qu'il semble monocorde, il ne peut se chanter. Il n'est pas humain, ni animal. On ne saurait l'imiter hormis par borborygmes aussi désolants qu'idiots. Mélopée coulante née de la complicité de la roche et de l'eau, avec la pesanteur comme maîtresse d'orchestration.

Je me suis installé près d'elle. Petite rivière oubliée au nom d'oiseau. Je l'écoute. Elle révèle alors ses nuances, nous parle de son débit régulier qui n'enfle que rarement en ces plates contrées. Elle me dit l'incessant, l'impossible tarissement, tant que l'homme la laissera exister pour ce qu'elle est, pour ce qu'elle est faite.
Elle me dit l'éternité de la vie.
Il faut vivre proche d'elle pour comprendre que rien ne finit jamais. La permanence des choses dans l'écoulement constant.

Là où je suis auprès d'elle, passe par moments les joggers Adidassés ou Nikés, le casque sur les oreilles, visage fermé et tout le reste aussi d'ailleurs. Centrés sur l'aliénation à leur Père Formance, l'oeil rivé au chrono, pas un seul jamais ne s'arrêtera pour écouter le chant de l'éternité et le secret qu'il aurait pu leur révéler.

Je préfère revenir à toi, eau bruissante qui n'aura pas de cesse. Le pauvre joggeur s'arrêtera, fatigué et perclus de crampes, heureux sans doute de son odeur de transpiration : — « Sens sous mes aisselles comme j'ai bien couru ! »


La rivière transpire la fraîcheur de la vie, la pureté translucide, la mélodie du vivant, la clameur murmurée de l'éternel toujours. Je pourrais rester ici jusqu'à ce que vie s'ensuive. Je pense à ceux et celles dont le coeur s'assèche, dont la vie devient désert, dont la pensée se ratatine autour de quelques obsessions stérilisantes et mortifères. Ceux et celles — pas si loin de moi — qui auraient besoin de se ressourcer.
Auprès de cette rivière minuscule, — qu'en montagne on appellerait torrent et dont j'ai longtemps écouté l'enseignement avant de prendre la plume, — je n'ai jamais autant compris le sens profond de cette expression : « se ressourcer  »
Se laisser traverser par la source éternelle et infinie qui véhicule la vie vivante. 
MA vie vivante, de toujours à toujours.

12 commentaires:

  1. Tiens, j'ai vécu enfance et adolescence près d'une rivière, cela m'a peut être aidée (surement) - maintenant c'est près d'un étang ! eau source de vie, tu l'as bien écrit !!!! et alors le coup des "aisselles" est fameux !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui, je suis sûr que vivre ainsi te fut aidant.... pas osmose....
      De fait on reçoit bcp par osmose ....

      Supprimer
  2. quel billet merveilleux!
    j'ai cru entendre cette mélodie du vivant dont tu nous parles si bien...
    C'est parce que tu es capable d'entrer en écoute profonde que tu peux capter son langage et percevoir "La permanence des choses dans l'écoulement constant".
    Merci pour ce billet,qui me rappelle que je n'ai pas besoin de partir en vacances lointaines pour pouvoir me re-sourcer
    Il y a près de chez moi un étang magique avec quelques canards et quelques mouettes qui me donnent cette même leçon de contact avec le vivant

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as raison... Les "lieux" de ressourcement sont plus nombreux que l'on croit, et il en existe pas loin de chez soi.
      Je vois bien l'endroit dont tu parles, me souviens d'une blogueuse (disparue....) qui publiait des photos de cet étang....

      Fréquente des endroits magiques !
      Ça te fera le plus grand bien (surtout en ce moment)

      Supprimer
  3. Oh Alain, ce billet merveilleux entre en résonance avec les mots que je déposai il y a peu sur mon espace. Comme c'est étrange, et apaisant, de trouver chez l'autre les mêmes sensations, exprimées avec la plus parfaite similitude. J'ai passé des heures a contempler ma rivière, et cela me plait d'entendre son chant couler a nouveau en arrivant chez toi.
    Ressourcer, oui, retourner à la source de la vie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce sont des bienfaits de l'été.....
      :-)

      J'aime bien aussi l'ambiance chez toi en cet été....

      Supprimer
  4. Charlotte19/8/13

    Mais qui es -tu pour écrire tout çà ?Sans doute tu es ce que tu écris...Tu es en tous les cas un homme ressourçant,un homme bienfaisant, un homme bien écrivant...
    J'arrête... dès fois que tu attrapes la grosse tête !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. T'as raison !
      Faut pas que j'ai la grosse tête...
      elle ne rentrerait plus dans mon panama !

      Et sinon... bien sûr, ton commentaire me fait grand plaisir !

      Supprimer
  5. Internet marche mieux et je peux venir lire tes billets.. Celui-ci juste après le savoureux "pipole" remet l'essentiel en perspective..
    J'aime beaucoup cette écoute spirituelle que tu mets en mots. Il me semble aussi que les senteurs nous aident à mieux percevoir, l'eau qui rafraichit l'herbe dans le sous-bois, le soleil qui chauffe la pierre.. Et puis se donner le temps - de se poser, ou plutôt de se laisser aller au mouvement du monde.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. oui, oui, "l'écoute spirituelle" (j'aime bien cette expression) invite, réveille et concerne tous nos sens....
      Merci pour ce commentaire.

      Supprimer
  6. Le moment que tu décris (si joliment) est l'un des moments que j'apprécie beaucoup. D'ailleurs, lorsque je m'assois près d'un ruisseau, d'une rivière, de la mer et de ses vagues, je ne sais plus en partir. Je ne pense plus à rien, je ferme les yeux, j'écoute, je me laisse bercer, je suis l'eau qui court, qui ruisselle. Je suis Elle. Moment privilégié que beaucoup ne connaissent pas, c'est bien dommage pour eux, car quel moment bienfaisant et ressourçant, oui.
    Belle soirée à toi, Alain, et merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi de me "rejoindre" dans ce que nous aimons.
      Durant ce long temps près petit pont rustique au bord cette petite rivière, il en est passé du monde... Personne ne s'est vraiment arrêté...
      dommage de perdre ainsi l'occasion d'apprendre....

      Supprimer

Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas, vous pouvez me l'adresser par mail (voir adresse dans la marge à droite tout en bas).
Merci.
Je le publierai en votre nom.