lundi 12 août 2013

visite pénétrante


Il y a peu je déclarais que je n'entre que très rarement dans les églises, et voila qu'en moins d'un mois, c'est la deuxième fois ! Il faut dire que les portes étaient grandes ouvertes, chose rare en ces temps de mécréants, voleurs d'objets religieux divers, revendus sous le manteau (mais pas celui de Saint Martin, célèbre coupeur de cape en son temps). C'est curieux, les mécréants d'aujourd'hui ne vont plus à la messe, mais achètent, en douce, des bondieuseries pour leur salon….

Donc je suis entré. Eglise banale, sans charme, dite "moderne", et dépouillée (déjà?) de tout ornement ou statue de Saint Glinglin du Moyen-Age. Juste deux ou trois représentations ratées de colombes en mal de battements d'aile et de vieux dessins d'enfants du catéchisme, qui ne semblent pas marcher sur les traces de Léonard de  Vinci.

Mais… Le grand calme et la solitude. Personne. Même pas une bigote comme Brel les chantait, de celles qui ont gardé le diamant qui dort entre leurs…. de bigo-o-tes… 
J'aime. Ça repose, ça re-pose. 
Je regarde les vitraux eux aussi "modernes" (pas de scènes bibliques pour l'édification du chrétien…) et je l'avoue assez réussis dans leur forme et l'harmonie des couleurs qu'un pâle soleil valorise.

Et voila qu'entre un couple de vieux. Bras-dessus, bras-dessous. Difficile de savoir qui soutient l'autre plus que lui-même. On trottine de concert (non religieux) jusqu'au côté de l'autel, là on l'inévitable "Vierge Marie" en blanc et bleu (pas de rouge surtout ! Trop bolchevik !) étend les bras le long du corps en disant : "Venez par ici, les cierges sont à 2 euros, et j'ai besoin de lumière pour briller au Ciel".

Papy et Mamy s'asseyent, où plutôt se laissent tomber sur les chaises qui font un grincement strident venant briser le silence ecclésiastique. Ils prient. Du moins je le suppose. Peut-être ont ils des choses à demander, une requête à faire passer au Patron, par la mère du Fiston, parait que c'est un bon filon ! Puis ils se lèvent tous deux et se dirigent vers le distributeur de cierges à deux euros. Chacun achète le sien. Quand on demande un truc, faut toujours amener un petit quelque chose. On n'est pas des goujats quand-même ! Et puis la Lumière, c'est un truc qui plait à Marie, vu que son fils lui a dit que : LA Lumière, c'était Lui.

On allume la flamme à un autre des multiplies cierges déjà plantés dans le grand machin à piques réceptrices des bâtons blancs. Oui mais voila. GROS dilemme ! TOUTES les piques sont occupées. C'est qu'elle a son succès la Vierge Marie ! Des fans viennent la faire briller à donf ! Et donc : que faire ? Ça discute, ça se concerte. Je suis trop loin pour entendre, mais Papy prend la décision. Les hommes doivent toujours s'imposer. Surtout l'Homo-chrétien's-sapiens. On sait bien qu'il a la première place dans la hiérarchie divine. Surement pas la Femme ! chargée uniquement de laver les burettes (mais non pas celles des curés ! Celles pour la messe !). Donc il en sera comme l'Homme l'a commandé. C'est quand même lui qui est arrivé le Premier dans la Création ! Ça vous laisse des privilèges éternels !

Donc, Papy choisit deux cierges en fin de vie, devenus riquiqui, presque bons pour les soins palliatifs, et zou… d'un souffle discret il éteint leur vie. Euthanasiés les vieux cierges rabougris ! Ceux qui avant eux les avaient plantés n'en auront pas pour leur argent. Leur bougie longiligne ne sera consumée que pour 1 euro 85. Va savoir si ça suffira là-haut pour être exaucé !  Papy,  à la place, plante son cierge et celui de Mamy, car Mamy a un cierge aussi dont elle veut faire bon usage. À chacun son tour de revendiquer les bienfaits célestes. 
Place aux jeunes pousses de cire en quelque sorte.

Je suis sorti.




8 commentaires:

  1. ...Ma foi, un texte bien écrit digne de l'enfant de cœur que tu es Alain. Péché véniel, qu'un Je vous salue Marie, de bon aloi, saura faire pardonner !
    Signé Ton Père dans l’Église...

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  2. Mhum ... Ravie de commencer le jour avec un de tes sulfureux et précieux billets ... dans lesquels souvent je me retrouve ... Une pointe d'acide, mais pas seulement, une belle dose d'amour pour digérer le tout !
    Portes-toi bien

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    1. Ah ! Merci de souligner la dose d'amour.... car papy/Mamy étaient "touchants"....
      C'est, on l'aura compris, aux "bondieuseries stériles" que je m'en prend ironiquement...

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  3. Charlotte13/8/13

    Tu as le sens de la description jusque dans le détail.je m'y croyais, je m'y sentais bien... dans ton église
    Tu as le sens de l'humour, un humour juste et bienfaisant: je ris j' applaudis. Tu as le sens ou le génie( tant que j'y suis) de la formule bien trouvée...Conclusion : je suis de meilleure humeur après t'avoir lu !

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    1. Oups ! "Génie sans bouillir" alors (vieille pub !!)

      Je ne peux que me réjouir d'avoir contribué à ta bonne humeur...
      Puisse-t-elle continuer 2 à 3 éternités....
      :-)

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  4. Ils me plaisent bien ces deux petits vieux, sortis tout droit d'une autre chanson de Brel...
    Mais quand même, ils ont été bêtes, ils ne savaient pas qu'il existait une application "cierge" pour Iphone...

    démonstration ICI

    (si le lien veut bien marcher...)

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    1. Décidément, je vais finir par regretter de ne pas posséder cette bestiole !
      :-)

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