mardi 10 septembre 2013

L'amour ce n'est jamais ça


Dans une publicité pour un site de rencontre, la fille dit quelque chose du genre : 
— « en amour, maintenant, c'est moi qui décide ! ».
Ben voyons !
Pour ma part, si j'avais bossé dans la pub je lui aurais plutôt fait dire :
— « en amour, maintenant, c'est moi qui prends ces choses en main !… »
Et comme c'est du verbal, chacun aura pu penser « ces » ou « ses »…

Trêve de plaisanterie, le sens global du spot était, en matière d'homme, je choisis qui je veux, comme je veux, quand je veux, où je veux, et basta…
Pourquoi pas ? Mais alors il ne faut pas parler d'amour. À la rigueur du désir de possession, de domination, et là, concrètement, on trouvera toujours un/une partenaire qui aime être dominé(e)… Pour un temps… parfois long...

Le plus souvent, je ne sais de l'amour que la trace de son absence en moi.  Quand je veux aimer pleinement, totalement, j'en ressens l'impossibilité foncière. Seul le désir d'aimer peut avoir force et consistance. 

Mon désir est plus intense que la capacité à le réaliser. Je ne sais de l'amour que la modeste expérience que j'en ai, et je connais bien mieux l'intensité du désir d'aimer comme un appel incessant du fond de moi-même, que je n'ai l'aptitude à en vivre totalement. Car le fond de soi n'est pas le tout de la personne. Et je serai toujours un mal-aimant. Comme il me semble que d'autres me ressemblent, il y aura donc toujours en vis-à-vis des mal-aimés.

Cependant, je ne cesserai jamais d'être en quête d'une forme d'accomplissement total, pour ne pas dire de perfection quant au désir d'aimer surgissant du fond de moi, comme un impératif. Impératif ne voulant pas dire : sec, intransigeant, obligatoire, — tout cela émanant du surmoi —, mais doux, suave et caressant, en même temps que impérieux, pressant, et essentiel.

C'est pour cela que l'amour que je peux vivre de fait, ce n'est jamais ça, il ne peut être comme je veux, là où je veux, quand je veux. Je peux tendre vers un certain sommet, agit de l'intérieur par le désir d'aimer, mais je ne peux éliminer d'un claquement de doigts tous les freins de ma personne , je ne peux mettre en oeuvre une décision cérébrale du type des — « yaka, suffitcon, yakavouloir, etc… ».

L'amour ce n'est jamais comme on voudrait qu'il soit. 
Il a existence seulement quand on essaye de l'accueillir pour la part qui peut surgir de l'ordre du don de soi-même pas trop embrouillé de nos vieux marasmes affectifs proches ou lointains, d'enfance ou d'amours ratés à la période adulte, ou de chimères entretenues dans nos imaginaires sélectifs impatients de la Grande Aventure d'Amour Eternel à Prix-Low-Cost.


Sculpt. valerie Argueyrolles



Et cependant, c'est parce que l'amour ce n'est jamais ça, que je peux avancer dans la nuit, parce que quelque part je sais bien, par expérience, qu'il y a toujours la petite lumière qui brille. La mienne, mais aussi celle de l'autre animé du même désir d'aimer.

Il suffit que j'y crois.

25 commentaires:

  1. « en amour, maintenant, c'est moi qui décide ! »
    et pourquoi avec ces mots ne pourrait-on pas parler d'amour ? l'amour qu'on vit n'est-il pas souvent comme ça, brinquebalant, imparfait ?

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    1. C'est bien ce que je développe il me semble...
      Cependant la phrase "en amour c'est moi qui décide" dans le cadre d'un spot de pub pour un site de rencontre... je sais pas moi... j'avais vaguement compris qu'il fallait être (au moins) deux.... Là, pour de basses raisons commerciales, - par ailleurs très efficaces - c'est flatter le narcissisme du consommateur...

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  2. ... Un texte qui vient enrichir ma propre réflexion du moment. :)

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    1. Figure toi que j'ai pensé à toi... non pas en rédigeant, mais quand je l'ai publié.... !
      :-)

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  3. Quel beau post, qui viens résonner chez moi de belle manière.
    Je suis absolument d'accord avec toi et déplore ces phrases à l'emporte pièce qui relève plus d'un vocabulaire commercial, qu'amoureux.

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    1. les sites de rencontre sont animés de l'amour du commerce, et bien peu du "commerce de l'amour" (au sens du XVIIè siècle...) !

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  4. Anonyme10/9/13

    Très beau texte qui rejoint aussi ce que je pense . Merci pour avoir mis en mots ce qui appartient au plus intime , le désir d'aimer et d'être aimé.
    Brigitte

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    1. oui, cette dynamique fondamentale de l'humain.

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  5. Et en plus de toutes ces finesses et délicatesse sur l'amour: vivre l'amour et non le faire

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    1. mais aussi le faire pour le faire vivre ! ....

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    2. Eh ben contestation dans l'air!!! Qu'est ce que "faire" l'amour dans l'acte sexuel? Je n'y vois que de la Vie et j'ose espérer plus magnifiante (peut être un mot à la Ségolène) que chez l'animal. Serais je trop naïve?

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    3. Ce n'était qu'un jeu foireux sur les mots !! :-)

      Quant à ta naïveté.... Je dirai qu'ayant eu l'occasion d'observer les moeurs lapin/lapine.. je préfère être humain... Tu n'es donc pas trop naïve...

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  6. L'amour, c'est la chose qui fait couler le plus d'encre et de salive, et personne ne peut dire ce que c'est vraiment. C'est une vibration, un état d'esprit, un rai de lumière, un regard, une fulgurance, une impatience, un rêve flou, une douceur, une chaleur. C'est tout. C'est rien.
    Tu en parles très bien, de ce rien qui est tout.

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    1. Il me semble que le mieux est d'essayer de parler de celui que l'on vit soi-même.
      C'est ce que j'essaye de faire un petit peu.
      Ensuite, on peut s'y retrouver… Ou pas… Tant les formes en sont multiples.

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    2. C'est qu'est-ce que j'voulais dire, m'sieur Alain Ixe.

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  7. Pierre11/9/13

    C'est très pertinent tout ça, et finement observé (je ne parle pas de la pub mais de ton développement, hein).

    « Mon désir [d'aimer] est plus intense que la capacité à le réaliser ». Tout à fait juste ! Si seulement on savait aimer à la hauteur de ce qu'on veut...

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    1. Merci pour tes appréciations, venant de ta part, j'y suis sensible.

      Ta dernière phrase m'inspire.... que je pense avoir encore des choses à dire sur cette question, mais faut que ça murisse.... !
      :-)

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  8. Je ne sais qu'ajouter aux commentaires de Pierre et de Célestine. Ils ont tout dit.

    La lecture matinale de ton billet m'a "rendue toute chose." Tant d'idées et de sentiments se bousculent.

    Et tout est si personnel qu'il est difficile de mettre des mots écrits pour les autres. En parler en petit comité, pourquoi pas ? La pudeur nous retient sans doute. Être compris(e) n'est pas chose aisée.

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    1. "Être compris(e) n'est pas chose aisée."
      C'est juste !
      Surtout que souvent on aimerait être compris "du premier coup"...
      En ce domaine, je pense qu'être compris demande du temps et de l'échange dans la durée....

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    2. mais parfois "dans la durée", on croit avoir tout cerné de l'autre qui forcément se sentira parfois tellement peu compris, qu'il ne dira plus grand chose de lui/elle

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    3. "on croit avoir tout cerné de l'autre"
      Ben... chacun à droit à l'erreur ! :-))

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  9. Mais dans la durée, on ne se rend pas toujours compte que l'autre a changé, on pense le connaître, connaître d'ailleurs si bien qu'on ne prend pas la peine de revenir sur certaines bases qui font (faisaient) la solidité de son couple, on pense que tout va bien et on se retrouve tout "bête" et interloqué lorsque l'autre nous quitte (ce n'est pas mon histoire, mais celle de tellement d'autres...).
    Je pense être peut-être hors sujet, mais ces mots me sont venus suite à la lecture des derniers commentaires...

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    1. Prendre la peine (ou plutôt prendre le bonheur !...) de faire le point régulièrement sur ce que l'on vit à deux (surtout si on a un minimum de "méthode" - telle que ne pas faire ça en pleine crise..), c'est à mon avis un moyen abordable de voir combien on change....et donc de progresser dans "du neuf relationnel"...
      Souvent on est sur des petits "mal-entendus" relativement ordinaires et qui - faute de se dialoguer - grossissent en montagnes infranchissables....
      A condition de le "vouloir à deux" évidemment !.... Et de respecter quelques "règles du jeu de la communication".


      Je parle pas "en l'air" .. on fait ça dans notre couple régulièrement ... depuis 40 ans....

      On n'a jamais que le résultat des moyens que l'on prend, et pas des souhaits tus ou des contentieux accumulés...

      C'est peut-être pour ça qu'on est encore heureux d'être ensembles...

      Mais je comprends très bien ce que tu dis.... Je le vois hélas trop souvent autour de moi....

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  10. Anonyme17/9/13

    "Il y a des amours en forme de râpe à fromage. Pour le fromage, c'est bien. Pour le reste, ça sert à rien."
    http://www.youtube.com/watch?v=gna_V9qgppk

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    1. Meri beaucoup pour ce lien....
      Un petit bijou ce spectacle, qui fait du bien....

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