Accueil

samedi 19 octobre 2013

Voyage sans retour (vieux textes)



Juillet 1985 - il y a 28 ans...

Il y a l'attraction du monde intérieur. Telle que je la ressens comme un appel. Il y a l'attraction du sensible et du passager, du furtif, véhiculant une fausse espérance. L'éphémère déçoit. Alors que le monde intérieur est une permanence de l'être.

Je rêve parfois d'un choix manichéen. L'un ou l'autre.
Ma condition humaine m'oblige aux influences des deux attractions.
Ce qui ne va pas, c'est de ne pas savoir où aller. De ballotter entre les deux. Constamment. C'est peut-être cela qui fait le plus souffrir.

Cependant, j'ose croire que le jour viendra où l'attraction du monde intérieur l'emportera. Parce que j'y ai goûté les plus grands bonheurs. Parce que y accéder est un chemin difficile, semé d'embûches, de retour arrière et de reniement. 

Mais il en va sans doute ainsi de toutes les Odyssées. 
L'attraction du monde intérieur est un voyage sans fin.  
Un jour je pense qu'il devient un voyage sans retour.

————

28 ans après, je me plais à constater l'accomplissement du dernier paragraphe. Accomplissement ne veut pas dire achèvement.
Si le voyage est sans retour, il est sans point d'arrivée, même pas la mort du corps devenant un jour cadavre.

Sans volonté délibérée le mot voyage s'est imposé à moi dans le titre de mon autre blog.
C'est là-bas que se poursuit ma route, ma toute petite odyssée. Et le mot est bien prétentieux !
Ce blog-là, "spirituel", (mais où on ne se marre pas !…)  intéresse peu. 
Il n'est que le support de l'Aventure intérieure.

Ma vie de blogueur à 12 ou 13 ans, je ne sais plus très bien. "J'en rêve encore" a existé sous diverses formes dans le passé…
Il est temps d'envisager "autre chose"….
Je ne sais encore quoi exactement….
Pour laisser venir ce qui — peut-être — doit surgir, il faut cesser d'entretenir ce qui semble être arrivé à un stade de survie….


Ce blog entrera donc prochainement au Panthéon ci-dessous !!.....




PS : on me demande "où on peut me suivre"...
Pour que les choses soient claires, je continue d'écrire sur
ouvert en janvier 2012

jeudi 10 octobre 2013

Défonce-toi mec !


— Je t'assure c'était super génial !
Dingue !
Je me suis éclaté !


Ah !
C'est fou, aujourd'hui il faut « s'éclater ».
J'ai l'air vachement ringard si je dis « j'ai pris du bon temps ! »

C'est marrant la mode des mots : 
— on s'éclate
— on s'explose 
— on se défonce 
— on se déchaîne 
— on est pété

Notre vocabulaire est à l'image du monde disloqué qui nous entoure.

Moi je suis plutôt content si je peux dire :

— Putain ! Je me suis unifié !


mardi 1 octobre 2013

Un amour inconditionnel


Est-ce que c'est l'arlésienne cet amour-là ? Tout le monde espère secrètement que ça existe, mais personne ne l'a jamais rencontré ?
J'en ai vu, entendu, lu, des gens qui n'y croient pas parce que, ce serait trop beau, et puis non, c'est impossible, l'autre a toujours une idée derrière la tête, il attend un retour, c'est un stratège, il dit qu'il nous aime pour mieux nous entuber, pour qu'on l'aime en retour, pour qu'on cède, pour que l'on croit que l'on peut y croire.

En réalité, soyons clairs, l'amour inconditionnel : on n'en veut pas !
Trop dangereux ! Trop dérangeant ! Trop insécurisant au final !
Rendez-vous compte, un autre qui nous aimerait, comme ça, quoi qu'on fasse, qui que l'on soit, que l'on soit beau, moche, con, retors, orgueilleux, peine à jouir, survalorisé ou timide, généreux ou pingre, intelligent ou borné, enfin bref plus ou moins ressemblant aux autres. Quelqu'un qui, en plus, ne réclamerait rien en retour.
Franchement, à votre âge, croire encore au Père Noël. C'est désolant !

Et pourtant…
Allez, ne me dites pas que vous ne l'avez jamais vécu au moins un petit peu ?
Je veux dire, autant dans le donné que dans le recevoir.
Ne me dites pas que vous n'avez pas été un(e) père/mère qui aimait son enfant, uniquement parce que c'était lui/elle, et rien d'autre ; que vous avez aimé en premier, sans une stratégie élaborée d'attente du retour. Ne me dites pas que vous n'avez jamais vécu cela avec d'autres personnes, un ami, un amant, un(e) partenaire, etc.

Enfin si… Vous pouvez le dire. Et d'ailleurs beaucoup le disent.
Cela fout tellement la trouille l'amour inconditionnel qu'il vaut mieux prétendre qu'il n'existe pas.

Parce que, l'inconditionnalité de l'amour, ça nous saute à la figure comme une projection d'huile qui explose dans la poêle. Ça nous remet face à nous-mêmes, à poil. Accueillir cet amour-là c'est accepter notre vulnérabilité d'être vu, accueilli, aimé, tel que l'on est vraiment. C'est être poussé terriblement à s'accepter soi-même « comme ça ».  C'est donner du pouvoir à l'autre sans condition. C'est lui reconnaître le pouvoir de nous aimer sans que l'on ait rien à faire pour ça. Sans être obligé à quoi que ce soit en retour.

Or, nous sommes d'affreux négociateurs. En amour comme pour le reste.
— Si tu m'aimes, tu…
— Je t'aime, mais j'espère que tu…
— Tu dis que tu m'aimes, mais l'autre jour, tu…
Je vous laisse compléter la liste.

Si à cela on ajoute toutes nos suspicions autant sur les autres (je ne suis pas sûr qu'il m'aime vraiment…), que sur nous-mêmes, (sincèrement je suis incapable d'aimer vraiment…), Et toutes nos peurs anciennes, bien incrustées dans nos sensibilités, issues des blessures affectives de non-amour dans l'enfance, des trahisons adultes, des déceptions « d'y avoir cru », alors… C'est clair : l'amour inconditionnel ? Une vraie connerie ! Il n'y a que les gros naïfs pour y croire ! (Tiens, au fait, Je sais pas pourquoi les naïfs sont toujours gros…)

Cela dit, il n'est peut-être jamais trop tard pour se remettre la question devant les yeux, devant le coeur : 
 — Puis-je dire que quelqu'un m'a aimé « vraiment » ? Qui ?
— Puis-je dire que j'ai aimé quelqu'un vraiment ? Qui ?


photo : Allégorie de l'Amour sur un miroir Trumeau - Époque Directoire