mardi 19 novembre 2013

Des réponses prêtes à cuire…


Ils disposaient d'un stock important
capable de faire face à toutes les questions
des plus simples aux plus pointues
des plus originales aux plus banales
des plus pénibles aux plus rigolotes.

Pensez-donc, ils avaient 20 siècles de stocks de réponses congelés
bien préservées dans la froideur de leur personne.
Chacun avait amassé des connaissances colossales - avec la grâce de Dieu - et appris à se rendre très rapidement dans le rayonnage cervical ad-hoc, en moins de temps qu'il n'en faut pour sortir une connerie.
C'est dire !

Vous leur posiez votre question
ils levaient les yeux en l'air,
histoire de regarder leur cerveau en direct derrière la paupière du haut
ils prenaient l'air pénétré :
— Voyons qu'est ce qu'on m'a enseigné pour répondre à "ça" ...
et hop !
la tranche congelée passait au four à déblatérer
et les mots encore quelque peu refroidis
sortaient à la vitesse d'une trancheuse industrielle de saucisson.

— Mais, ces questions ? Elles portaient sur quoi ?
— Sur l'homme, sa vie, sa mort, son destin, l'absurde, le sens, l'amour, la haine, le bien, le mal, le bien du mâle, la femelle du mal, Dieu, le Divin, tout ça, tout ça…

— Donc ça donnait des échanges intéressants, des coeur à coeur, des confidences sur comment on voit personnellement les choses, comment on les vit, de l'intime le soir au coin du feu, tard dans la nuit, à l'heure où tout peut se révéler du profond de soi….

—  Ah nooonnnnnn !!! C'est pas du tout ça….. !!  Toi tu posais une question personnelle, qui te tenait à coeur, même des fois qui engagerait ton destin… Et eux ils répondaient en décongelant un casier neuronal où que les réponses prêtes-à-parler sont stockées. C'est à consommer tout de suite, du croire-tel-quel, pureté garantie par emballage sous vide. Mais cependant labellisé d'origine, "façon tradition à l'ancienne de nos bonnes vieilles pensées d'antant ". Donc ça devait parfaitement te convenir. 

— Et alors ?

— Ben … J'ai réécouté une chanson de Guy Béart :

En passant près d'une église
Que les abbés chantaient 
Et dans leur joli chant disaient
Alleluia alleluia
Et moi je croyais qu'il disaient
Ah le voilà, ah le voilà
Et moi je m'enfoui foui
Et moi je m'enfouiyais







6 commentaires:

  1. à chacun de trouver lui même SA réponse... avec l'aide de quelqu'un qui poserait les bonnes questions ;o)

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    1. Oui, ce texte évoque cela en effet.
      Une forme d'incommunicabilité ....

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  2. Charlotte19/11/13

    Encore une fois bien vu, bien exprimé, bien écrit... Tu trouves vraiment bien "les mots ( les maux )pour le dire". Je me sens bien à te lire et chaque fois je me dis :" il parle vrai et il est doué pour cela"
    Souvent mon mari me dit quand je lui parle de tes écrits: "Imprime moi çà..."

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    1. Je vais réclamer des droits d'auteur à ton mari !! :-)

      Je ne sais si je suis doué, mais j'aime écrire dans des styles diversifiés, et je vois que certain(e)s apprécient !
      Merci !

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  3. "ils levaient les yeux en l'air,
    histoire de regarder leur cerveau en direct derrière la paupière du haut"

    On dirait du Boris Vian. C'est génial.

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    1. Merci, Célestine, c'est trop d'honneur !

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