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mardi 17 décembre 2013

Attente


Selon leur calendrier, les chrétiens, à l'approche de Noël, sont « dans l'attente ». 
De quoi ? Un sauveur ? 
Mais c'est fait paraît-il. Ça fait 21 siècles qu'il est venu.
Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il manque encore ?

Je n'aime pas tout le décorum de Noël. Je ne parle pas de l'extraordinaire gabegie de consommation que cela entraîne. Je vis éloigné de cet aspect-là. Je ne parle pas des aspects « bondieuseries » (la crèche, l'enfant Jésus, l'âne et le boeuf, et tout le saint-frusquin…), c'est juste un folklore parmi d'autres. Il y a quelques années encore j'aimais évoquer mon enfance à ce sujet. Aujourd'hui il ne me touche plus, c'est devenu « souvenir plat » c'est-à-dire non émotionnel.

Reste la dynamique de l'attente. C'est le sens du titre de mon autre blog : « Le Voyageur de l'aube ». Là, des paroles bibliques de l'enfance me touchent toujours.
— « Comme un veilleur attend l'Aurore… »
— « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi.… » (Prophétie d'Isaïe).
— « Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ! Je vous le dis en vérité, il se ceindra, les fera mettre à table, et s'approchera pour les servir. » (Ev. de Luc)

J'aime les gens qui veillent.
Parce qu'ils sont en attente.
La double veille :
— celle du guetteur, le tour de garde, pour se préserver qu'une attaque de l'ennemi.

— celle du veilleur qui attend le bonheur de voir la lumière.

Je ne connais pas beaucoup de personnes qui ne sont pas en attente de quelque chose. Comme si c'était une nécessité, un impératif.
Souvent, dans les entretiens d'aide, me venait cette question :
— Vous attendez quoi au juste ?
C'était déjà comme une lueur « d'entendre profondément » cette question-là.
Et au final, combien de fois cette attente était-elle l'espoir ou l'espérance d'une sorte de lumière. Une sortie de ténèbres.
Presque toujours !
Je me souviens de ma mère, bipolaire, (croyez-moi c'est pas drôle une mère bipolaire…), qui parlait, dans les phases dépressives, de cette attente. Commment elle l'exprimait : 
— « J'attends le retour de la lumière au fond de mon tunnel noir ».

Je pense aussi à mes expériences collectives, communautaires, mais aussi à mes diverses professions : la recherche de « l'idée lumineuse » qui nous ferait progresser.

Autrement dit, l'attente n'est pas une passivité.
Elle est quelque part en elle-même une action.
Je la ressens toujours en moi comme une intensité de vie.
Peut-être cela fait-il la différence : ce n'est jamais une impatience.
Une impatience est passive. On trépigne sur place. :  — « Alors, ça vient ! »

Je reviens à cette attente des chrétiens, en tous cas, de ceux qui se disent croyants.
L'attente de celui qui déclare :
— « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura au contraire la lumière »

Faut quand même être un type particulièrement gonflé !
Vous imaginez aujourd'hui une quelconque personnalité oser dire ça !
Lui il a osé.
Mieux que ça, il a donné sa vie à en mourir.
Pour ça !

Est-ce que l'histoire finit ainsi tragiquement ?
Peut-être.

« Il est venu parmi les siens et les siens ne l'ont pas reçu… »
(Prologue de l'évangile de Jean).

A moins que l'on rejoigne ceux et celles qui demeurent dans l'attente.

Ainsi de Faustine Kowalska (1905-1938) :
— « Je t’attends, Seigneur, dans le calme et le silence,
Avec une grande nostalgie en mon cœur
Et un désir inassouvi. »

Puisse le désir demeurer inassouvi en moi.







17 commentaires:

  1. L'attente.. Brrr.... Personnellement dans la vie de tous les jours, je déteste attendre... à la caisse d'un magasin, chez le médecin, chez le coiffeur, attendre quelqu'un qui doit venir et qui est en retard... etc, etc.

    Quant à l'attente spirituelle dont tu parles... et bien je n'attends rien non plus...
    Par contre j'espère.
    Est-ce que l'espérance est aussi de l'attente ?

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    1. À ta question je répondrai volontiers oui.
      En même c'est peut-être aussi une sorte « d'états intérieurs »…

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  2. Anonyme18/12/13

    Elle est belle cette attente qui vibre au fond de toi! J'aime bien cette idée de double veille.

    Ce mot attente en ce temps de l'Avent me fait penser à l'attente de la mère enceinte de son futur enfant. A l'intérieur, un être se façonne déjà né de l'infini du mystère de deux rencontres fécondes. Et dans cette attente, tous les espoirs sont permis.
    Ainsi ce temps de l'Avent, malgré le côté flonflon et la frénésie des courses de Noël , invite à se recentrer dans l'attente du nouveau auquel nous sommes invités, libres d'y répondre ou pas... chacun selon ses moyens (ses clés de progression) , sa pensée, ses croyances ou pas....
    Peut-être la naissance de l'enfant de la crèche nous conduit-elle au plus profond de nous à la re-naissance de cette aventure de plus en plus tournée vers notre humanité. L'Avoir nous insupporte ( en ce sens cette sensation de souvenirs plats que tu évoques )parce que nous recherchons d''Etre. Et l'Etre est toujours en attente en ce sens qu'il est davantage tourné vers l'Espérance du Meilleur de Soi.

    Alors, dans cette attente active, le désir reste inassouvi ..Serait-ce alors l'infini de nous-mêmes?

    Il fut un temps où,j'étais avide de connaître la fin d'une histoire avant de l'avoir commencée! J'aurais voulu avoir fini tout plus vite et peut-être ne prenais-je pas assez de temps pour réfléchir!
    Puis les événements et les expériences de la vie m'ont fait prendre conscience qu'il fallait accepter de donner du temps au temps pour découvrir parfois l'inattendu... Alors, la vie nous réserve un cadeau immense , le plus à découvrir en soi !
    Noël est un cadeau qu'il faut chercher à découvrir chaque matin ... Alors, Joyeux Noël à ce blog!
    Brigitte

    Avant, j'étais avide de connaître la fin de l'histoire avant de l'avoir commencéee


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    1. J'aime assez ce que tu dis à propos de naissance de l'enfant et renaissance de soi-même.
      Une génération pourrait-elle survivre à elle-même sans engendrer une descendance...
      et sans 's'occuper/s'interesser' à celle-ci.
      Je pense aux "ghettos à vieux" que l'on trouve aux USA (mais ça commence en France), ou les enfants sont interdits d'accès pour ne pas déranger la tranquillité des presque-déjà-morts....

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  3. Charlotte18/12/13

    L'attente est une des composantes de la nature fémininne.Quand une femme attend un enfant elle est tout entière dans cette espérance de cette vie nouvelle. Après cela peut devenir de l'inquiétude quand son enfant est en retard: c'est toujours dans l'espérance que rien de mauvais ne lui est arrivé et elle se met à guetter son le moindre signe annonciateur de son arrivée. J'avais un oiseau (en cage)un rossignol, qui entendait bien avant moi le retour du bureau de mon mari et qui se mettait à chanter dès qu'il entendait le moteur de sa voiture...
    Maintenant je suis dans l'attente joyeuse du prochain retour de ma dernière fille après un voyage de 3 mois en Afrique. Je compte comme un enfant "plus que 10 fois dormir et elle est là.
    J'aime ton texte sur l'attente ... A la question que mon analyste me posait"Qu'attendez vous" je lui ai répondu:" mon unicité"!!!
    C'est un chemin infini...
    Tant mieux.

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    1. L'attente composante de la nature féminine.....
      Je n'avais jamais beaucoup regardé la femme sous cet angle.
      Mais c'est intéressant. En te lisant me venaient des exemples en ce sens.
      Alors bon retour de la fille voyageuse, et prenez du bon temps ensemble !

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  4. je remets ici ce que j'ai écrit dans mon blog au début décembre:

    "J'ai une intense envie d'attente, sans brûler les étapes, en prenant mon temps, en m'attardant juste ce qu'il faut... et plutôt que de regarder ce possible cheminement avec des yeux curieux, mais hésitants, j'ai décidé de commencer un itinéraire qui me mobilisera pour de vrai...
    J'ai déjà compris une chose importante: dans la plus quotidienne, la plus insignifiante de mes occupations, de mes rencontres et de mes tâches, j'irai et je verrai...
    Et peut-être découvrirai-je où Il demeure, en tout cas je me tiendrai prête, je veillerai"

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    1. Anonyme19/12/13

      "Venez et voyez" c'est un peu comme "Viens et suis moi!" à la différence que dans la deuxième expression, il y a comme une exigence de laisser tout, surtout ce qu'on croit être indispensable à nos yeux....
      Pour ma part, j'ai fait cette expérience du "Venez et voyez"en acceptant de donner du temps au temps et de me laisser surprendre par ce qui viens alors! C'est inattendu et à la fois époustouflant!
      Je te souhaite donc le meilleur à découvrir sur ce chemin de veille ... la rencontre que tu attendais est peut-être déjà là tout au fond de toi! Mystère !
      Brigitte

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    2. Je forme les mêmes voeux que ce que dit Brigitte ci-dessus.
      Et puis, au final, celui/celle qui n'attend pas.... Ne verra rien venir..... et un jour on lui dira : trop tard !

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    1. Mince alors !
      J'avais complètement oublié ce texte que j'avais écrit en 2011 et ta "réponse" chez toi ....
      On écrit pas mal tous les deux finalement !!
      :-)

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    2. Pas mal, tu veux dire bien? Ou beaucoup? ( ah la langue française...)
      Ça me rappelle le gars qui dit à son copain: tu vois cette fille là-bas, je lui ferais bien l'amour...
      -Prétentieux, tu veux dire que tu lui ferais VOLONTIERS !

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  6. Attendre et espérer un renouveau, que la vie soit plus douce...Attendre n'est ce pas ce que nous faisons au quotidien...sans même sans rendre compte on passe notre temps à attendre quelqu'un quelque chose...un évènement...
    alors s'en plus attendre et de manière beaucoup plus terre à terre je te souhaite juste avec le cœur de très bonnes fêtes.
    des bises bien amicales

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    1. Merci pour les souhaits....
      je n'en "attendais" pas moins de toi !!
      *sourire*

      Bon temps à toi aussi !

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  7. Ah tiens, c'est curieux : il a aussi été question d'attente sur mon blog, et ma perception en est assez différente. Je suppose qu'on ne parle pas tout à fait de la même attente (attente patiente vs attente inquiète)

    Tu écris : « Autrement dit, l'attente n'est pas une passivité.
    Elle est quelque part en elle-même une action. »

    De mon côté j'ai écrit ceci : « Pour moi le désir est mouvement, l'attente est statique. On peut bien sûr dire que, lorsqu'on désire quelque chose et qu'on agit pour cela, on *attend* que les efforts aient un résultat. On pourrait aussi dire qu'on *espère*. Mais il y a dans cette attente-là une forme de sagesse : quand, ayant fait ce qui était en notre pouvoir, il ne reste qu'à laisser faire ce qui ne dépend plus de nous.

    C'est bien différent de l'espérance passive que ce qu'on désire arrive comme par enchantement. C'est en ce sens qu'attendre peut apparaître comme une attitude stérile, voire stupide...

    Notre pouvoir c'est l'action. Il est rare que l'attente soit une action... »

    L'attente patiente de l'aube, la préparation à ce qui va advenir avec certitude afin d'y être pleinement ouvert, oui, est du domaine de l'action :)

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    1. Bien sûr, il y a diverses formes d'attente...
      L'attente passive, j'en avais fait un texte en 2011 que rappelle Célestine ci-dessus...

      Ici j'évoquais plutôt l'attente active, qui mobilise des énergies, parfois sous forme dune action concrète, parfois sous forme plus "intériorisée"....
      En tout cas on se "prépare" à quelque chose, et on n'attend pas que ça déboule d'on ne sais d'où...
      Je pense ici à l'épisode du Petit Prince apprivoisant le Renard....

      "si tu viens à n'importe quelle heure je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur…"

      Merci pour les précisions que tu apportes.

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  8. Il y a "attendre" et "s'attendre à" et puis "attendre" et "attendre de" (quelqu'un qu'il fasse quelque chose). Tu donnes envie d'y réfléchir ..
    Dire que l'impatience est passive m'étonne un peu car on peut alors précipiter les événements, prendre des initiatives.
    L'attente, pour être consciente, ne me semble pas si active que cela...
    Ou alors dans ton "attente", il entre peut-être de l'anticipation, de la préparation à l'advenance d'une certaine chose, voire même son déclenchement par une attitude réceptive, et même incitatrice?
    Remarque, c'est un peu ce que tu expliques dans ton dernier commentaire... Je vais aller creuser dans les autres articles cités.
    bises.

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