vendredi 14 mars 2014

Je n'ai pas tout dit


Ceci est un texte écrit il y a déjà quelques temps…. Je ne l'avais pas publié…. Une forme de pudeur…. Mais, au final, pourquoi le retenir ?….
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Il y a quelque temps, je regardais une émission médicale à la télé. Il était question d'enfants, et de la manière de prendre en considération leur souffrance tant physique que morale. Le reportage montrait une merveilleuse équipe hospitalière, pluridisciplinaire, qui « faisait du bien » aux enfants hospitalisés, malgré le contexte difficile et douloureux de certains d'entre eux.

Tout à coup, j'ai fondu en larmes. Comme ça. Imprévisible. Comme une explosion de sanglots venant de très loin. Cela m'a bien duré cinq minutes. Un flot qui remonte. Un tsunami émotionnel. Ce genre de trucs qu'on ne peut pas maîtriser, et que d'ailleurs je ne voulais pas maîtriser.

De ce temps-là, de mon enfance dévastée pour un temps, de l'intensité de ce que j'ai pu subir, soit par mon corps lui-même qui ne m'épargnait rien, soit par un entourage auquel plus tard je rendrai hommage, mais qui dans les circonstances se montra d'une dureté qui m'avait alors semblé la norme. Elle l'était d'ailleurs à l'époque. Le processus rééducatif doit être difficile, douloureux, exigeant, intense, et même comporter des phases que, en d'autres circonstances, on qualifierait de « tortures ».

Le concret de ce que j'ai vécu durant de longs mois, je ne l'ai jamais abordé pour la réalité de ce qu'il fut concrètement, en détail, geste par geste, souffrance par souffrance. Adulte, bien plus tard, dans mes séances de thérapie, je n'en ai jamais rien dit, si ce n'est globalement, si ce n'est quelques éléments factuels qui me semblaient dicibles.  À ma compagne, je n'ai dit que le minimum qu'il me semblait devoir dire. Surtout, pas d'apitoiement, pas de « mon pauvre chéri ». Il ne fallait pas oublier, c'est impossible d'oublier, il fallait simplement prendre tout cela, le mettre dans une boîte, bien fermer à clé, et ranger définitivement toutes ces horreurs, afin qu'on en ignore désormais.  

Mes enfants, je les ai emmené visiter le centre de rééducation où je fus lorsque je les ai estimés en âge de s'y rendre. Je n'ai pas caché qu'on ne rigolait pas tous les jours. Mais je n'ai pas donné de détails. Ensuite, c'est dans le cadre de la rédaction de mon livre que cette époque fut à nouveau abordée en famille.
 Avec mes parents, du temps de leur vivant, je n'ai rien su de leur propre vécu. J'ai pu seulement l'envisager bien plus tard à l'occasion de drames subis par les enfants de mes propres amis. Avec mon frère se fut globalement le silence sur cette époque douloureuse, sauf une fois, le soir de l'enterrement de mon père - il y a plus de 20 ans - où j'ai vu la souffrance enfouie chez mon frère et aussi chez son épouse. L'année où la paralysie m'a envahi, ils venaient de se fiancer. Cette nuit-là, après les obsèques du père, j'avais eu le sentiment d'un énorme gâchis.

Je crois avoir eu tort de ne pas être allé beaucoup plus loin sur cette époque-là avec mon/mes thérapeute(s). Certes, cela ne m'est pas vraiment venu. Mais quand même. Relatant quelques faits, les émotions affleuraient. Curieusement, lors de la rédaction de mon livre peu de choses sont revenus sur ce registre. sans doute parce que j'étais dans une « démarche autre », celle de la gratitude envers les autres, envers la vie. J'étais dans une dynamique spécifique.

La remontée émotionnelle de l'autre jour est le signe que le passé nous rattrape toujours. Je crois profondément à cela. Notre rôle étant de l'assainir. Au final, il n'y a pas d'âge le faire. D'ailleurs, j'ai eu dans mes stages des personnes d'un âge certain, dont la motivation était « mettre de l'ordre dans ma vie…  avant…qu'il ne soit trop tard… ». La remontée émotionnelle fut par contraste entre ce que je voyais à la télé et mon expérience 50 ans plus tôt. La considération pour l'enfant, la bienveillance, le désir qu'il ne souffre pas (ou le moins possible), à la fois pour lui-même, mais aussi parce que c'est « bien meilleur » pour les soins prodigués. Contraste avec ce que j'avais subi et cette sorte d'apparente indifférente des personnels soignants face à la souffrance. Alors, tout s'incruste dans le corps et la chair, durablement, parce qu'un interdit est installé, une omerta qui ne supporte aucune transgression, à la fois par les autres, et par soi-même : se plaindre et même simplement dire qu'on n'en peut plus, est totalement banni du processus. Il faut être fort envers et contre tout. À chaque instant. Et d'ailleurs, entre nous, les mal-foutus, il en va de même. On se moque et on rigole de celui qui se plaint, de celui qui pleure. Je fus à cet égard comme les autres. Une manière indirecte de se venger et contrebalancer sa propre souffrance.

Sur le réel enduré, je n'ai rien dit. Je ne dirai rien. Mais je ne sais pas encore ce que je vais en faire… Si j'ai à en faire quelque chose… Je ressens simplement que ce que j'ai relaté au début de ce billet a libéré quelque tension du corps. Il en reste bien d'autres que je connais. Je sais comment celui-ci se comporte parfois à l'occasion de certains gestes prodigués. Elle est terrible cette mémoire du corps.

Alors bien sûr, il y a largement bien pire de par le monde. La souffrance liée à des circonstances tragiques, à la fatalité des personnes qui sont là le mauvais jours au mauvais endroit, à la maladie, et pire encore sans doute, cette extraordinaire capacité inventive de l'homme pour faire souffrir son semblable, pour réveiller le barbare absolu tapi en permanence quelque part dans les profondeurs de l'humanité et de chacun d'entre nous. La banalité du mal. On pense à Hannah Arendt, ses théories à partir du procès du nazi Eichmann, et on s'en tire facilement avec les honneurs en disant que : « heureusement nous on n'est pas comme ça »… nous on est pétris de bonté...
Et cependant… Cela était-il vraiment « humain » lorsque la personne qui me faisait subir les « postures-tortures ordonnées par la puissance médicale », se contentait de répondre, lorsque je hurlais de douleur, qu'elle « exécutait les ordres du médecin » ? (lequel ne fut jamais présent, de fait, à ces moments là….)

Elle est où la barbarie… parfois…

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Et pour finir sur le monde en délire, voir ICI



29 commentaires:

  1. Il est vrai que cette souffrance de l'enfant n'est prise en charge que depuis peu. Je n'ai pas vécu les choses horribles que tu as subies mais pour avoir fréquenté des tas de médecins, je sais que la souffrance n'était pas leur préoccupation. J'ai fait des trucs pas toujours drôles non plus, tout ça pour rien souvent, et pas le droit de se plaindre, en effet. La mémoire du corps... j'ai entendu parler de ça récemment. Je ne connaissais pas. Je n'imaginais pas. Mais je veux bien croire qu'elle existe.

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    1. Oui, et tant mieux pour la génération actuelle des enfants.
      le médecin considère souvent la douleur comme un symptôme, un indice pour son diagnostic. Après, il ajoute Doliprane au bas de l'ordonnance… Et maintenant, patient suivant !…

      Je crois que le corps a tout enregistré de notre histoire personnelle. C'est un véritable INA !!
      parfois il nous repasse des films quand on ne s'y attend pas…

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  2. Peut être déja le fait de l'avoir déposer ici t'as fait du bien, en tout cas je l'espère... le poids du silence est parfois si lourd...

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    1. Je ne sais pas encore vraiment pourquoi j'ai écrit ce texte… Et je ne sais pas non plus pourquoi je le publie ici…
      Il y a le silence lourd, parce qu'on n'arrive pas à dire ce que l'on devrait dire… Alors que, de fait, on pourrait…
      Il y a le silence de l'ordre de « l'indicible ». Quelque chose qui ne se règle pas avec des mots…

      Alors, je ne sais pas si ça m'a fait du bien… En tout cas ça ne m'a pas fait du mal…
      Mais je me sens presque obligé d'ajouter :… Pas encore…

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  3. Charlotte14/3/14

    Merci de la confiance que tu nous faits en nous livrant ainsi le si intime et douloureux de toi. C'est un cadeau immense que tu nous fait .En te lisant un sentiment très particulier nait en moi que je ne saurais traduire que par un mot, le mot "respect".

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    1. Oui c'est vrai, il y a quelque chose de l'ordre de la confiance. Je le réalise en lisant ton commentaire.
      Merci de ce que tu dis à propos du respect…

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  4. Je suis touché par ce récit que tu fais d'une souffrance "enfouie" mais jamais oubliée. Et il semble qu'elle se soit manifestée inopinément, par surprise, pour être "accueillie", entendue, révélée (par toi et pour toi avant tout). Je pense bien comprendre ces moments où on se dit que ce qu'on a enduré n'était vraiment pas drôle, surtout si on a tout fait pour occulter cette souffrance parce que non reconnue, niée, donc non dicible.

    Il est certainement bon (apaisant) de pouvoir mettre de l'ordre dans sa vie le moment venu...

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    1. C'est pas simple, dans la mesure où c'était une souffrance et beaucoup de douleurs « pour mon bien ».
      Et vu les résultats, comment j'ai fini par « m'en sortir », j'ai fini par me dire qu'il avait bien fallu payer ce prix-là. Je n'ai rien oublié, mais j'avais fini par bien me débrouiller pour occulter ( enfouir) tout le douloureux… Qui a fini par rejaillir… Au moins ce jour-là !
      Merci pour la justesse de tes propos.

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  5. Ton texte me touche beaucoup, Alain, et particulièrement ce soir. Jeudi et vendredi, nous étions chez mon fils et sa petite famille pour y garder leurs deux petits, dont mon petit-fils Noé, le petit bonhomme courageux. Je ne sais ce que certains bruits lui rappellent, mais il ne supporte pas le bruit des travaux dans une rue, spécialement le bruit des marteaux-piqueurs, il s'agrippe alors à nous et veut qu'on le porte, il est terrifié. Certains moments, alors que nous sommes au parc de jeux par exemple et qu'il s'amuse bien, soudain il s'arrête, écoute, et vient vers nous, les larmes aux yeux, et il nous dit : "Je veux rentrer à la maison..." Je sais que c'est différent de ce dont tu nous parles, mais je pense que ces réactions qu'il a, remontent également à ses longs séjours à l'hôpital, ou au centre de rééducation. Je pense que lorsqu'il sera un peu plus grand et qu'il pourra l'exprimer, qu'il pourra sortir ces angoisses, il se libérera d'un grand poids. Du moins, je l'espère.
    Et pour finir, et en rapport à ce que tu dis, Noé et ses parents en ont rencontré des soignants, des médecins, des infirmières, qui auraient dû normalement être bienveillants et encourageants, et qui étaient tout le contraire, et qui ont laissé des blessures dans la mémoire de tous. Je ne comprends pas que des soignants, en l'occurrence une infirmière, ait pu dire de telles choses aux parents de Noé, sur l'avenir de celui-ci, choses qui ne se sont pas réalisées, bien heureusement, mais qui ont été un traumatisme sur le coup. Bêtise, méchanceté, inconscience, je ne sais pas, mais je trouve que c'est grave, très grave...
    Bonne soirée, Alain. Excuse moi d'avoir un peu débordé du sujet, je pense, mais tous ces mots me sont venus suite à tes mots à toi.

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    1. Tu n'es pas du tout hors sujet. Bien au contraire. Je pense souvent à ton petit-fils Noé, que tu appelles avec justesse « le petit bonhomme courageux », ainsi qu'à ses parents et à toi-même. Chaque fois que je vais lire chez toi, je l'évoque en moi. Évidemment, j'ignore ce qui peut provoquer ces réactions de terreur à certains bruits ou certaines situations. Il peut en effet s'agir d'analogie avec ce que l'on appelle les réactions post-traumatiques. Il n'y a pas que ce qui s'est passé dans son cerveau, il y a aussi tout ce qu'il a vécu « après ». Peut-être y a-t-il aussi des causes « physiques » associées, du genre hyperacousie. Ces peurs-là ont-elles été évoquées avec les médecins ? Sur le fond des choses, je demeure confiant : il trouvera son chemin de vie et sa place dans ce monde.

      À propos de l'attitude du milieu médical, je vois qu'un certain nombre de choses ne changent guère, où évoluent avec la lenteur d'un escargot asthmatique. L'attitude de l'infirmière en question est en effet totalement inadmissible. J'en connais hélas du même acabit ! Il faudrait peut-être cesser de se croire détenteur d'un pouvoir absolu ! Sous prétexte qu'on a une blouse blanche… Et qu'en plus on a même pas le moindre diplôme de médecine… Et même si on est médecin, ce n'est généralement pas l'humilité qui les étouffe… Il faudrait quand même que le milieu médical accepte de reconnaître qu'il ne connaît pas grand-chose du corps humain… Qu'il se contente de faire de la plomberie et du rafistolage chirurgical. Et en particulier ignore quasi tout du cerveau, de son fonctionnement et de ses possibilités… Malgré les batteries d'écrans multicolores des IRM, et autres engins, on ne connaît du cerveau que 0,1 % de son fonctionnement… Et encore moins de ses possibles… la plupart des choses dites il y a 30 ans sont fausses aujourd'hui… Et celles prônées comme vrai aujourd'hui seront fausses demain…

      Il faut beaucoup plus croire en soi que croire dans le monde médical…

      J'aurais pu évoquer toutes les horreurs que mes parents ont entendues, par exemple, des choses du genre : "Madame, Monsieur, il faudra vous y faire, votre fils ne remarchera jamais il restera allongé toute sa vie, et son corps se déformera, d'ailleurs il ne vivra pas longtemps…"
      Bande de cons ! Vous êtes foutu le doigt dans l'oeil jusqu'au trou du cul !

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    2. Mon petit-fils exprime de plus en plus ses émotions : rire, tristesse, peur, et ses réactions n'étaient pas aussi marquées jusqu'à présent. Je dirais que c'est plutôt positif, il a davantage conscience de ce qui se passe autour de lui. Ses parents vont parler de ses angoisses lors de la prochaine visite chez la pédopsychiatre, elle aura peut-être une réponse ou une explication.
      Le jour où Noé a fait sa rupture d'anévrisme, le médecin du SAMU (!!!) a dit à ses parents qu'il ne valait mieux pas que leur petit se réveille, car il serait sûrement réduit à l'état de légume ! Quant à l'infirmière en question, elle était agressive avec ma belle-fille et ne lui laissait pas d'espoir non plus quant à la guérison de son fils, comme quoi il serait en fauteuil roulant toute sa vie, qu'il ne se débrouillerait jamais tout seul, bref qu'il aurait un sombre avenir. Ce que je voudrais dire aussi, c'est qu'ils se sentaient tout à fait dépossédés de leur fils, comme si celui-ci ne leur appartenait plus, mais appartenait au corps médical, à la science. Heureusement, car il faut tout de même le souligner, qu'ils ont rencontré d'autres soignants à l'écoute, des soignants bienveillants et compréhensifs, mais ce n'était pas la majorité, hélas...
      J'espère juste que mon fils aîné, qui est lui-même médecin en neurologie, prend le temps avec ses patients et ne les traitent pas avec cette froideur et cette toute puissance. Mais le connaissant bien, je ne le pense pas... enfin je l'espère...
      Bonne soirée, Alain, et bon dimanche. Merci pour ce billet.

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  6. Anonyme14/3/14

    Je n'en doute pas une seconde... la douleur, la souffrance est inscrite dans le corps. Et la remontée émotionnelle nous rattrape un jour ou l'autre comme tu le dis si bien.
    Peut-être qu'aujourd'hui on prend une plus grande, une plus consciente attention aux soins mais il reste qu'on se retrouve entre les mains d'une personne qui a la capacité de prendre soin ou non.
    On dirait que cette capacité de "prendre soin" ne s'apprends pas, elle est inscrite dans la personne. On l'a ou on ne l'a pas.
    En 2011, lors d'une hospitalisation de 4 jours j'ai regardé les comportements du personnel soignant. Il y a les vrais attentifs, leur présence t'aide et te donne confiance et il y a les faux attentifs, juste à la façon dont ils te parlent tu sens que c'est de la frime, ils s'en fout ils font leur job. Il y a ceux qui prennent soin, leur attention est tournée vers la personne et font tout pour amoindrir le mal lors d'interventions. Heureusement, le pourcentage qui prenait soin était plus élevé. C'est ce que j'ai vu à ce moment-là.
    Et à tous ces petits enfants sans défense c'est ce qu'on veut tant pour eux "soigné avec grand soin."
    Tes textes font souvent réfléchir et moi j'aime. Maty

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    1. Merci pour ce commentaire, qui vient en écho de celui de Françoise et de la réponse que je fais.
      Je partage tout à fait ce que tu exprimes sur le « prendre soin » qui est plus ou moins inscrit dans la personne. C'est ainsi que l'on reconnaît « les vraies vocations ». Et c'est particulièrement sensible dans le monde médical.
      Comme toi j'ai eu maintes fois l'occasion d'observer les divers comportements du personnel soignant. Ce que tu dis es tout à fait exact. Il y a quelque chose qui tient à la personnalité profonde. J'ai l'expérience des deux côtés de la barrière si je puis dire. Comme « patient professionnel » (comme je dis parfois ...) Mais aussi comme « aidant professionnel », ayant donné des stages en milieu hospitalier sur « la relation au patient ». il y a ceux dont l'objectif premier est de faire correctement et techniquement leur métier, il y a ceux dont prendre soin de la personne et l'objectif essentiel. Ça fait quand même une différence…

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  7. Ton texte est très prenant, très fort aussi!
    Il y a les douleurs indicibles que tu as vécues et dont tu n'as pu parler... même pas à ton thérapeute en son temps, même pas à ta femme
    Bien des personnes qui ont vécu des traumatismes se sentent incapables d'en parler. Des écrivains ont écrit DES années plustard leurs souvenirs traumatiques
    Tu en as parlé un peu (bcp pour moi qui t'ai accompagné ds ton écriture) dans ton livre. Il y a des passages qui touchent énormément
    J'aurais tendance à dire qu'il vaut mieux parler à une personne de confiance de cet indicible qu'on a cadenassé dans un silence voulu. Il me semble que ce silence fige le corps? et que pouvoir se libérer par la parole pourrait libérer les tensions
    Mais peut-être que je me trompe, peut-être que ce silence voulu aide à tenie debout et que parler risuqe de faire s'effondrer la personne... je ne sais pas

    Au sujet des enfants, normalement on ne laisse plus souffrir inutilement. Ce qui est comme tu le dis de la torture pour le bien!
    Aujourd'hui il y a plus d'humanité, en tout cas chez pas mal de médecins....Hélas tu es né à une époque où on laissais souffrir les enfants "pour leur bien"
    J'imagine le petit garçon qui suppliait qu'on le délivre des instruments de torture pour qu'il puisse se rééduquer.
    Maintenant tu ajoutes ds un commentaire que ces traitements inhumains t'ont permis de récupérer un peu de mobilité...
    Mais à quel prix?
    Merci pour ce billet rempli de ton humanité...

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    1. Tu résumes avec beaucoup de justesse toute la problématique de ce genre vécu.
      Même dans un travail sur soi « bien conduit » (et je crois ne pas avoir été trop mauvais en ce qui me concerne, si j'en juge aux résultats de mes années de thérapie…), Il faut bien voir que l'on n'a pas la maîtrise sur la manière dont les choses vont se dérouler. On a juste le pouvoir de décider d'engager un travail. On ne sait pas où il conduira ni par quel chemin il passera.
      Il me semble qu'il n'y a pas que la libération par la parole. Il y a aussi la libération par le revécu brut, à condition que l'on ait les forces intérieures de revivre. Cette « libération brute », c'est un peu ce que j'ai relaté au début du billet. Il aura fallu un événement déclenchant externe, résultant d'une mise en situation (involontaire en l'espèce…), mais que certaines thérapies « provoquent ». (Il faut alors un thérapeute particulièrement expérimenté…) J'ai aussi vécu cela pour certaines choses, avec une réelle libération. Mais pour ce que j'ai évoqué dans mon billet… Cela ne s'est pas « déclenché ».

      J'aurais dû dans mon billet, distinguer souffrance et douleurs. Tu évoques ces traitements inhumains qui m'ont permis de récupérer de la mobilité. En te lisant je me suis demandé : qu'est-ce qui était inhumain ? La douleur ? Ou sa non prise en considération ? Je ne demandais pas de la compassion. J'aurais aimé une présence qui aide à supporter, qui aide à comprendre le sens de tout ça pour un petit garçon de 12 ans…

      Mais ce que j'ai appelé les « postures-tortures », une fois l'attirail installé par une soignante, je demeurais seul dans une pièce isolée, pour pas que les autres entendent… ma voix… (Je restais ainsi de une à deux heures… Pendant plusieurs mois l'opération fut quotidienne…).
      C'était là l'inhumain…
      Ce qui a provoqué la réaction du corps dans le reportage à la télé, c'était que la douleur de l'enfant, (probablement qu'on ne pouvait pas l'éviter en tant que telle), était prise en considération par une sophrologue à ses côtés pour une sorte de séance d'hypnose. Évidemment tout cela n'avait aucune existence à la fin des années 50…
      Et puis il fallait faire de moi un homme. Un homme se doit d'endurer la douleur.

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  8. Eh bien moi, c'est en lisant ton texte que j'ai éclaté en sanglots.
    Je rentre d'une semaine éprouvante, je ne pensais pas un jour pénétrer dans l'enfer d'une unité de psychogériatrie, et je n'ai pas encore les mots pour faire sortir de moi certaines choses que j'ai vues, mais cela m'a suffisamment choquée pour me motiver à faire sortir ma mère de cet enfer. C'est chose faite. La souffrance de ces gens qui sont prisonniers de leur cerveau est-elle prise en compte? Difficile de le dire.
    Mais visiblement le petit garçon qui est en toi aurait besoin d'être cajolé et de comprendre que le"mon pauvre chéri" de la part d'une épouse ou d'une mère (ou même d'une institutrice^^) ce n'est pas de l'apitoiement, mais de la compassion, une des formes les plus bienveillantes de l'amour. Peut-être que ce n'est pas mal, finalement, de se remettre de temps en temps dans la position du fœtus. Fermer les yeux et accueillir le flot bénéfique des larmes qui lavent et des mots qui essuient.
    Je t'embrasse.

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    1. Je comprends bien ce que tu évoques en parlant de «l'enfer d'une unité de psychogériatrie ». Dans ma région, je connais les établissements qu'il faut éviter à tout prix… Là comme ailleurs, certains établissements sont loin d'une démarche humaniste, surtout si on y parle principalement « rentabilité » et cours de bourse du groupe financier qui investit dans le marché porteur de la gériatrie....
      j'espère que tu as pu trouver un établissement ou la personne… demeure une personne…

      Quant à la compassion… J'ai une relation ambiguë avec ce vocable. Je veux dire lorsque j'en suis le bénéficiaire potentiel… Entre compassion, empathie, pitié et apitoiement… Les frontières sont un peu trop poreuses… Ce qui me convient c'est la présence bienveillante, qui tient à la fois de la neutralité et de l'engagement.
      Mais on entrerait alors dans un autre domaine… Celui de la relation particulièrement complexe avec ma génitrice, qu'on appelle mère ...

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    2. Je comprends que j'ai mis les pieds dans le plat involontairement. Je te prie de me pardonner.
      Quand on a toujours entendu " mon pauvre chéri" sur un ton ironique, a fortiori dans la bouche de sa propre mère, on ne doit plus jamais pouvoir l'entendre autrement.
      On ne peut voir qu'avec ses yeux...et les miens sont ceux d'une femme, mère, fille aimante.

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    3. Tu n'as rien à te faire pardonner, Célestine !
      Je comprends bien ce que tu voulais préciser, à propos de l'amour bienveillant.
      Tes propos étaient animés de cet amour là.

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  9. Merci Alain pour ce texte si fort qu'il m'a prise à la gorge.
    Tous les commentaires qui précèdent sont eux-mêmes si riches, si plein de sensibilité et d'empathie que je ne voulais rien ajouter.
    Simplement ceci. Françoise votre petit Noé si courageux, si aimé, va je l'espère réparer petit à petit les déchirures de l'hôpital.

    Maty votre expérience de l'hôpital, chacun a pu la vivre et vous la résumez fort bien: l'humanité, l'amour et le respect
    des autres ne s'apprennent pas.
    Coumarine, j'aime votre optimisme... La douleur des enfants est mieux prise en compte mais la différence vient du matériel, reste la personne soignante et nous rejoignons ce que dit Maty (Anonyme).
    Célestine vous êtes une belle personne, pleine d'amour et je me prends à rêver que dans le monde hospitalier beaucoup de personnes vous ressemblent.
    Merci encore Alain pour ce texte dont la confiance honore tous les lecteurs. Ma filleule est hémiplégique, et les séances de torture qu'elle a vécu "pour son bien" ressemblent aux vôtres. Je vous souhaite, ainsi qu'à tous les anciens patients d'une science médicale sans âme, une résilience sans dureté.

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    1. Merci beaucoup, Nicole, pour vos propos.
      Je partage votre souhait d'une résilience sans dureté.
      Je ne sais si j'y suis parvenu, mais le livre que j'ai publié avait pour objectif une démarche de gratitude pour tous ceux qui m'ont accompagné à cette époque, car des résultats positifs furent au rendez-vous, même si un peu plus d'humanité eut été la bienvenue.

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  10. J'arrive sur la pointe des pieds dans ces commentaires, je me sens toute petite face à vous tous et aux épreuves que la vie vous a assenées. Ma vie est un long fleuve tranquille, sans coups durs, entourée de bienveillance et de gens aimants.

    Et pourtant quand j'écoute ma mère me raconter comment, alors que je venais juste de naître, elle a supplié le médecin de sauver son bébé, même s'il devait rester handicapé, même si elle et mon père devaient passer le restant de leurs vies à me nourrir à la cuillère, quand j'écoute la voix de mon père trembler encore, trente-cinq ans plus tard, quand il évoque la générosité, le soutien et l'amour incommensurable du personnel médical qui s'est occupé d'eux, qui s'est occupé de moi, je ne peux pas m'empêcher de penser que j'ai eu une chance incroyable parce que si les circonstances avaient été différentes, si la chef du service pédiatrique n'avait pas dit à ma mère "elle se bat, votre petite, alors on va se battre à ses côtés", si l'interne n'était pas revenu après son service passer ses nuits à me veiller, et si, et si, et si, alors je lis ton texte et d'un seul coup, je deviens toi, je suis à ta place, je vois par tes yeux, je souffre par ton corps, et tes mots me font comprendre que l'amour et la bienveillance humains sont fondamentaux. Merci de m'avoir fait toucher du doigt aujourd'hui ce que j'avais toujours pressenti sans jamais l'atteindre complètement.

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    1. Je suis touché par ton commentaire.
      Tu as bénéficié d'un environnement favorable et cela me touche profondément. Tu as été au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes. C'est une chance sans doute. Puisse-t-elle cette chance, devenir un jour une sorte « d'ordinaire » pour tous ceux qui traversent une épreuve.
      À toi de faire quelque chose « de beau » de la vie que tu as ainsi reçue… Bien entendu, je ne doute pas que tu le fasses. C'est juste pour souligner ce que tu dis toi-même :
      — (...) que l'amour et la bienveillance des humains sont fondamentaux.
      oui, c'est tout à fait cela. Je te souhaite de pouvoir en quelque sorte continuer à redonner ce que tu as reçu… Et ce sera ton bonheur, d'autant que mon texte semble t'avoir montré toute l'importance de ces attitudes fondamentales.
      Alors merci beaucoup pour ce commentaire.

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  11. Anonyme19/3/14

    Il est des douleurs si grandes qu'elles en restent parfois longtemps très muettes.
    Pour ré-apprendre à vivre plutôt que survivre, tout un travail en profondeur est nécessaire mais il n'y a que la personne concernée qui a le choix d'entreprendre le chemin du retour à la lumière pour guérir ces blessures profondes .
    Ce chemin de réconciliation avec sa propre histoire, c'est un peu comme un grand couloir avec plein de portes à ouvrir. Mais qu'est-ce qu'on va trouver derrière? C'est parfois si dur et si incompréhensible qu'on ne peut se permettre de tourner la clé ! Alors avant d'ouvrir la porte en grand, on en ouvre quelques autres , timidement puis avec un peu plus d'audace au fur et à mesure qu'on grandit et que le temps nous sert, et puis aussi, c'est parfois à l'occasion d'émissions comme celles que tu as regardées que le lâcher prise commence à jouer son rôle, l'émotion engloutie refait surface, ce sont d'abord ces larmes qui viennent nettoyer la plaie, mais il y aura une suite tant que la cicatrisation n'est pas totalement faite car la plus grande blessure est tout au fond de ce couloir , elle a été recouverte par d'autres ,comme une piqûre de rappel , elle sonne un jour à la vraie porte, elle te donne le code et tu parviens alors à guérir. Il faut surtout avoir un entourage plein de bienveillance et d'amour , respectueux du silence comme du dire de l'autre, un climat de confiance réciproque pour apaiser ces souffrances de la vie non prises en considération au moment où cela a eu lieu.
    Quand une ancienne douleur remonte à la surface, je pense que même si c'est dur sur le moment, cette douleur demande à être accueillie respectueusement , le divin qui nous habite est là, silencieusement présent pour nous donner la force de briser les barrières que nous avons construites pour nous protéger de l'indicible .
    Je souhaite que cette période de repos te fasse le plus grand bien et que ton soleil intérieur puisse à nouveau rayonner pour plus de vie et d'amour à venir.
    Brigitte

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    1. Je suis d'accord avec ce que tu dis du chemin à parcourir pour guérir des blessures profondes. Travail de longue haleine, qu'il faut à la fois parcourir en solitaire, mais pas en solitude… C'est tout la subtilité et la dynamique d'une thérapie bien comprise.
      Je sais de quoi je parle… J'ai pratiqué tant sur moi-même que dans l'aide à autrui.
      Merci pour tes propos, qui rejoignent sans doute une expérience personnelle, car sinon tu ne pourrais en parler de cette manière. Enfin, c'est ce qu'il me semble…

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    2. Anonyme24/3/14

      Oui, tes textes font écho à mon expérience de la vie et mon commentaire en est imprégné!

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    3. C'est ce qui fait toute la force de mon commentaire.

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  12. Il est nécessaire de faire sortir certaines douleurs même lorsqu'elles sont anciennes, cela permet parfois de pouvoir accepter les mots bienveillants pour ce qu'ils sont lorsqu'ils viennent d'un être qui nous aime.
    Heureusement qu'actuellement le milieu médical a changé et que le personnel est mieux formé et beaucoup plus à l'écoute des patients.
    Très belle soirée dans "la France profonde" !

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    1. Oui, il y a bien des progrès dans le milieu médical…
      En même temps on est encore loin du compte à certains endroits et chez certains soignants.
      La responsabilité n'est est pas toujours directement au personnels eux-mêmes, mais aux conditions de travail inhumaines imposées notamment dans certains milieux hospitaliers.
      Je ne suis pas certain que "les progrès" seront pérennes, quand on voit le désir de privatisation des lobbys médicaux qui désirent de la rentabilité pour leurs actionnaires internationaux (les fonds de pension américains par exemple...) et non pas une qualité de soins en France digne du XXIème siècle européen.

      Quand la droite reviendra au pouvoir, elle continuera sa politique de démantèlement de la Sécu.... au profit des assurances privées. (la gauche y pense elle aussi... c'est dire...)
      Ce sera comme aux States et au Canada (par ex...) on ne te demandera pas ta Carte Vitale, qui n'existera plus, mais ta carte bancaire et on appellera ta banque pour savoir s'il y a du "cash" sur ton compte.... sinon tu seras invitée à te faire soigner... ailleurs....

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