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lundi 24 mars 2014

Vraies rencontres


J'ai fait de belles rencontres durant ma semaine vacancière. 
Certes, je savais au devant de qui j'allais, des personnes avec lesquelles j'avais vécu des engagements forts. Nous n'avons pas joué aux « anciens combattants » qui racontent leurs souvenirs plus ou moins heureux, plus ou moins intenses et qui finissent par entonner « la nostalgie, camarades… »
Non ! Rien de cela, ou si peu. Juste le bonheur de se dire qu'on n'a pas oublié. Simplement, s'il en était besoin, renouer quelques fils, évoquer quelques-uns qui sont partis voir ailleurs si l'herbe est plus verte. 

Lorsqu'on est uni par le dedans, par des liens denses qui ont une permanence de présence intérieure, il y a une sorte d'abolition du temps, telle qu'on a ce sentiment étrange de ne s'être jamais quitté, comme on dit.
Le lien actualise la mémoire en rendant tout présent à l'instant. C'est pour cela qu'on évoque peu des souvenirs anciens, parce qu'ils sont là, « comme au présent », comme compactés d'une manière dense et multiple au fond de soi. C'est propre à certaines relations, celles qui ont engagé ma vie.

Ce qui me semble caractéristique (entre autres…) C'est que l'on a toujours quelque chose à se dire, et pas n'importe quoi. Des choses qui tiennent à un essentiel. Comme si celui-ci était de toujours à toujours. Peut-être parce qu'il tient à l'essence même de l'être humain. Alors, ce qui se partage est une vraie nourriture, un enrichissement réciproque. J'ai dit des choses qui, je crois, ont vu leur impact. J'ai reçu des paroles qui continuent d'ensemencer ma terre intérieure.


Comme tout un chacun, il m'arrive de rencontrer des « anciennes relations » amicales ou professionnelles. C'est d'une autre nature. Là, on évoque des souvenirs. C'est sympathique. cela rappelle un temps qui n'est plus, et souvent on a oublié où on occulte ce qui fut plus difficile à vivre en ce temps-là. Mais, passé le temps des évocations le constat se fait… On n'a plus grand-chose à se dire. On en arrive aux banalités habituelles, on « fait la conversation » au sens de fabriquer quelque chose. Faire la conversation c'est bien différent que vivre une relation dans laquelle on s'engage. Elle est là sans doute la grande différence : l'engagement.

Avec les personnes que j'évoque plus haut, l'engagement est pérenne, même si les modalités d'exercice ont pu devenir différentes. Alors, lorsqu'on se  rencontre on n'a pas besoin de se fabriquer de la conversation. Les mots, les phrases, les gestes, viennent de bien plus loin et ils surgissent avec une aisance et une force propre à ce type de réalité relationnelle.


Ce n'est donc pas une semaine vacancière que j'ai vécue, mais une semaine intense qui ressemblait aux travaux de printemps de mon jardin intérieur…

Et aussi une semaine de bonheur...

12 commentaires:

  1. Le coeur d'une amitié est inédit à chaque rencontre. Pas besoin des souvenirs pour maintenir le lien ; il se tisse de lui-même au présent de l'essentiel...
    Merci AlainX de nous rappeler le fondement de l'amitié.

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    1. J'aime bien cette notion d'« inédit » que tu évoques. Lorsqu'on est dans le lien, on n'est pas dans la répétition.

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  2. Tu exprimes parfaitement cette petite évidence au creux de l'estomac que je ressens face à des personnes que je retrouve après 10 ans sans les avoir vues, et avec lesquelles les sujets coulent comme des rivières. Et on se quitte en s'apercevant qu'on a oublié de "parler du bon vieux temps", et en général, on trouve que c'est plutôt bon signe. Et ça l'est.

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    1. Oui, tu as là le bon signe des rencontres fécondes qui sont toujours au présent. D'autant que le « bon vieux temps » est toujours une chimère qui permet d'embellir nos histoires. C'est surtout pour le présent est aride qu'on s'y raccroche…

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  3. En ces temps troublés où les mots prennent une valeur approximative, galvaudée et improbable, il est bon de lire sous ta plume la vraie valeur du mot "Ami" pas celle de facebook, la vraie valeur du mot "Rencontre", pas celle de meetic, la vraie valeur du mot "Engagement" pas celle de SFR.
    Bises celestes

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    1. Tu as l'art du résumé signifiant !
      Je pense que l'on ne peut progresser en humanité qu'en rejoignant des « îlots culturels » où on cultive les vraies valeurs que tu cites, et quelques autres. Là est le ferment transformant qui, malheureusement, n'a guère bonne presse en ces temps de la futilité comme sens à la vie…

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  4. Anonyme24/3/14

    Quand on fait route vers notre authenticité, le relationnel prend un sens beaucoup plus profond et les rencontres peuvent être belles , riches, sereines et épanouissantes.
    Ces expériences vécues et partagées ont en commun un lien de vérité et c'est pour cela que la connexion se fait presque automatiquement.
    Notre jardin intérieur renferme la plus belle semence mais il faut de la patience, du défrichage, des soins attentifs, beaucoup d'amour de soi à accueillir malgré les atteintes extérieures pour faire naître un matin de printemps celui ou celle que nous sommes réellement.
    Ces vacances t'auront été bénéfiques et j'en suis très heureuse pour toi après toutes ces étapes .
    Brigitte

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    1. Merci pour ces mots qui font un très bon écho aux propos de ce billet…
      Puissent-ils être nombreux de par le monde les matins de printemps…

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  5. J'apprécie bcp ton billet, les commentaires qu'il a suscités et tes réponses...
    Ce n'est vraiment pas fréquent de pouvoir être en directe connivence avec un groupe de personnes rencontrées en vérité au fil des années. C'est je suppose, votre vécu commun ou votre identique recherche de la vérité qui ont créé des liens aussi solides...
    Et c'est magnifique la façon dont tu relates ces belles rencontres...

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    1. J'ai relaté les choses comme je les ai vécues… Sans doute cela n'est-il pas très fréquent, mais cependant pas exceptionnel…
      Peut-être que quand il y a un engagement commun très porteur, cela solidifie les liens à la fois profonds et perçus comme comportant un certain essentiel.
      Merci d'avoir perçu tout cela.

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  6. Charlotte26/3/14

    C'est, je crois aussi, l'engagement commun qui crée le lien et le consolide au fil des années tant que l'engagement reste commun. Que se passe-t-il une fois que ce qui nous réunissait n'est plus ? Je pense à ces différentes associations dont j'ai fait partie . Il y avait un lien entre les adhérants dans ces associations . Mais quand j'ai quitté ces associations j'ai perdu le lien avec les membres.Car ce qui nous liait c'était le travail qu'on y effectuait.
    Je fais partie depuis une quinzaine d'années d'un groupe de sculpteurs, nous travaillons ensemble une fois par semaine dans un atelier avec un prof. Entre artistes, nous formons un groupe très soudé . Ce qui nous lie c'est naturellement notre passion commune , la sculpture mais il y a plus , il y a aussi un lien d'amitié qui nous lie les uns aux autres malgré nos grandes différences .Ce lien d'amitié s'est créé à partir de notre passion commune... Comme quoi le dicton qui ditque "qui se ressemblent, s'assemblent" se vérifie dans notre cas bien précis. Ce mercredi je n'ai pas pu me rendre à l'atelier vu les embouteillages sur les routes dus à la visite d'Obamma à Bruxelles ... j'ai du faire demi tour... j'en ai été toute triste.
    Merci pour tous tes textes qui nous questionnent . J'ai parfois envie de te demander de nous livrer ton opinion(cad un texte) sur tel ou tel sujet....

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    1. le dicton est très juste pour ce qui est des passions communes et des ressemblances profondes. Cela crée une force singulière qui va de l'émulation personnelle à l'oeuvre collective. C'est ce que tu vis sans doute dans ce groupe d'artistes, pour ce qui est de l'émulation personnelle, et des associations pour ce qui est du collectif.
      Il y aurait là des prolongements à faire avec la société capitaliste fondée sur la productivité et la rentabilité qui est donc totalement incompatible avec le concept « d'oeuvre collective ». les dirigeants étant devenus des financiers et non pas des entrepreneurs, la personne humaine n'est pas prise en considération. Elle constitue simplement un objet de production en location temporaire (voire le nombre de CDD), et qu'ensuite on jette à la poubelle lorsqu'il devient usé (trop vieux) ou inutile (trop incompétent). ensuite, soit on le remplace par un autre objet humain corvéable, soit par un robot, ce qui est la tendance lourde pour l'avenir…
      Il est donc temps de favoriser les ferments de révolution sur la planète !
      Comme dit L'hymne national français : aux armes citoyens !
      ------------
      pour ce qui est de livrer mon opinion comme tu le demandes : rien ne t'interdit de formuler tes demandes !
      D'autant plus que rien ne m'oblige à répondre, surtout si je n'ai rien à dire…
      :-))

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