mardi 15 avril 2014

À propos d'une conférence


Hier je donnais une conférence devant un aréopage de personnes qui oeuvrent concrètement pour l'éradication de la poliomyélite dans le monde. Il y avait là notamment un représentant de l'Unesco, quelques médecins et chercheurs de laboratoires pharmaceutiques, qui s'intéressent encore à cette cause, quelques « personnes influentes ».
Sur la polio en tant que telle, je n'ai pas grand-chose à dire. En revanche, je peux témoigner de ce qu'il en est lorsqu'on en a été victime et qu'il faut  vivre toute la vie avec d'importantes séquelles.
C'est surtout cela que je désirais : témoigner.
virus de la polio
Eux, sont investis dans l'action, comme le dira le président de l'organisme en question. « Éradiquer la polio » c'est un concept, un objectif, d'énormes financements internationaux, de l'ordre de plusieurs milliards de dollars depuis plus de 30 ans. Mais avoir devant eux « quelqu'un » qui témoigne de ce que cela peut être au quotidien. C'est autre chose.

J'ai donc témoigné, principalement à partir du livre que j'ai écrit. J'ai parlé 45 minutes. Le temps que l'on m'avait imparti. La salle était extrêmement silencieuse. Attentive. On n'entendait que ma voix, et celle de ma compagne qui, par moments, lisait des extraits de mon livre, avec le talent de lectrice qui la caractérise. J'ose le dire, je fus impressionné moi-même de l'intensité de ces quelques minutes. Intensité d'écoute de la salle, mais aussi une intensité intérieure qui me faisait parler. Bien sûr j'avais préparé, mais j'ai aussi exprimé spontanément mes ressentis profond de l'instant.
Au moment des questions, plusieurs personnes ont exprimé des réactions avec de l'émotion dans la voix. Comme si tout à coup, ces hommes et ces femmes « de décision et d'action » prenaient conscience d'une manière nouvelle de toute l'importance de leur oeuvre mondiale pour cette noble cause à laquelle ils consacrent une partie non négligeable de leur temps personnel.

J'écris ce billet juste pour ça. Pour dire, à mon tour, combien il y a de choses belles et fortes qui se passent, non pas dans l'ombre, mais de ces choses qui ne font jamais la UNE de l'actualité médiatique, entre deux publicités, parce que tous ces gens qui « font du bien » n'intéressent guère…
C'est une manière de leur rendre hommage.
Ce que je fis hier, au nom de tous les miens.

27 commentaires:

  1. Tu leur as donné l'immense cadeau de parler de ta vie, avec la simplicité qui te caractérise
    Et se faisant vous avez tous bcp reçu: eux, les bonzes en entendant des mots de ton vécu depuis plus de 50 ans!
    Et toi aussi, parlant de tout cela avec une pleine intensité... tu as reçu une écoute vraie, qui grandit tout ceux qui en font l'expérience
    Oui, je suis sûre que cette soirées comptera pour les participants, ceux qui t'écoutaient et toi (avec ta compagne)
    Je suis si heureuse que tu puisses témoigner à partir de ton livre, si fort, si humain, dont dans la préface je dis que lire ce livre rend meilleur
    Merci à toi Alain de nous conduire sur les chemins d'humanité, qui grandissent malgré les revers de la vie, si on le décide ainsi! Et tu es un grand décideur...

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    1. Des conférences, j'en ai donné un certain nombre. La qualité est toujours fonction des interactions entre le conférencier et le public. On ne peut pas donner le meilleur de soi face à un public plus ou moins distant et indifférent. Là, ce ne fut pas le cas. Les personnes présentes n'étaient pas des « bonzes », avec le côté péjoratif de ce mot. Au contraire, c'étaient de ces personnes qui assument de grandes responsabilités avec une réelle humanité, celle de l'homme ordinaire qui tente de donner le meilleur de lui.
      C'est sans doute pour cela que les choses ont bien fonctionné et ont marqué chacun.. Question de motivation profonde.
      Merci pour ton commentaire, et la petite part qui fut la tienne dans tout cela.

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  2. C'est un hommage qui m'émeut profondément.
    Je ne connais pas la polio et ses ravages, mais ma filleule est hémiplégique, avec toutes les douleurs et les traitements parfois inhumains qui vont avec (on lui a par exemple brisé la jambe pour la mettre en élongation pendant des mois pour la faire grandir de 12 cm). Accompagner, c'est parfois difficile. Vivre avec le handicap, c'est encore autre chose.

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    1. Je comprends bien ce que tu évoques : « des traitements inhumains », ou plus exactement peut-être, qui n'ont pas l'humanité à la hauteur de ce que l'on peut en attendre. ( J'ai évoqué ce thème il n'y a pas si longtemps…)
      Je connais ce processus d'élongation d'une jambe. Des potes à moi ont subi ça. Je les vois encore tournant eux-mêmes avec une clé les écrous des broches sous la surveillance d'un soignant, parce qu'il semblait mieux, si on peut dire ainsi, « de se faire souffrir soi-même ».

      Vivre avec un handicap : j'expose ce possible dans mon livre. C'est difficile. Ce n'est pas catastrophique. Mais c'est évident, on s'en passerait bien…

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    2. Anonyme19/4/14

      Bonjour .je passe souvent vous lire .et tout ceci me replonge dans une vie de souffrance .
      j ai vecu le même parcours que toi (polio 1957) a l age de 3 ans .
      Avec le recul maintenant je me rends compte de tout les traitements que nous avons subis " pour notre bien "

      j ai vecu avec mon handicap plutot bien comme beaucoup de polio .Famille . travail .etc .
      Mais tout deviens plus difficile avec l age
      Ma memoire avait oublié

      C est avec plaisir que je passe te lire .
      Nous nous sommes croisés en 2011 a un congres .
      Felicitations pour tes talents d ecriture

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    3. Comme tu dis… Avec l'âge tout se complique… C'est vrai pour bien des gens, mais pour « nous » les complications arrivent plus vite et plus fort…
      On a appris à « faire face », et on continuera…

      (Je vois de quel congrès tu veux parler…)

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  3. nicole 8615/4/14

    Dire avec justesse "les choses belles et fortes" nous aide à les entendre. En te lisant, je me suis redressée ( ma première écriture fut au sens littéral, ensuite j'ai pensé que le temps liturgique se prête à ce langage, enfin seulement j'ai réalisé le côté humour noir de mes mots).
    Il serait temps que je me décide à commander ce livre !

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    1. Quoi, quoi, quoi !…
      Tu ne l'as pas encore commandé ?
      :-))

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    2. Je me disais la même chose! On peut le trouver où?

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    3. @ CANDICE
      Tu cliques sur la vignette à droite en haut qui parle de mon livre et tu pourras le commander sur le site de l'éditeur

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  4. Tu as toute ma considération et mon respect...
    Je vais cesser de me morfondre comme un imbécile sur mon côté psychotique...
    Merci de me remettre à ma place.
    Sincèrement;

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    1. Je comprends bien ce que tu dis…
      Se morfondre, cela nous arrive, parce que parfois « c'est trop difficile ». Mais il serait dommage d'en faire un mode habituel de comportement. Or, attendre sans succès et passivement ce qui ne viendra jamais ( car c'est cela se morfondre… L'ennui d'une attente) peut devenir pernicieux.
      Faut laisser cela à ceux qui attendent Godot, qui ne viendra pas, mieux vaut se mettre en route et trouver son chemin de bonheur…

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  5. Ils sont rares ces moments où "tout le monde est là", tous connectés dans l'instant présent. En plus pour une cause importante à travers ton témoignage, c'est un cadeau que tu fais.

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    1. Oui, ils sont rares.
      C'est pourquoi j'ai écrit ce billet. Parce que j'étais dans l'étonnement.

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  6. J'aurais juste adoré être là, et t'écouter, Alain Gray. ^^

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    1. Tout le monde ne peut pas s'appeler Martin !
      :-)

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  7. Je ne dirai pas que j'ai honte de mes états d'âme, les vivre, les ressentir sont souvent difficiles ....mais te lire remet inévitablement les choses à leur juste place...si tes talents d'orateurs rejoignent tes talents d'écritures waouhh tu as sans doute aucun subjuguer l'auditoire...
    Bon weekend de Pâques.

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    1. Chacun de nous passe par des phases plus ou moins difficiles à vivre. Il est vrai que parfois le regard ailleurs que sur nous-mêmes peut nous aider à relativiser ce qui nous arrive, et donc à retrouver le chemin de la « remise en vie ».
      Pour ce qui est de l'orateur, sont propre talent est aussi fonction du "talent de la salle" dans la qualité d'écoute… C'est un peu la même chose dans un théâtre ou une salle de spectacle…

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  8. Charlotte21/4/14

    Comme Célestine, j'aurais aimé t'entendre, t'écouter et être là; Déjà que te lire m'enrichit à chaque fois.Je suis très sensible à la voix ... J'aurais aimé entendre ta voix . Emue aussi par la voie que certains cherchent et trouvent avec foi et courage pour affronter les difficultés les souffrances de leur vie.Emue par toi.

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    1. Probablement que le type d'émotion que tu évoques cela dit quelque chose de toi, et te dit quelque chose à toi…
      En tout cas, c'est la réflexion que je me fais moi-même quand je suis ému par quelque chose, quelqu'un : qu'est-ce donc qui est touché en moi et qui m'appelle à une sorte de « plus » ?
      Merci de laisser transparaitre ta propre sensibilité. J'aime bien quand tu es ainsi !… :-)

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  9. C'est bien de témoigner de ce moment-là. Bravo pour votre engagement. Je suis sûre que votre voix résonnera longtemps dans le coeur de ceux qui vous ont écoutés.

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    1. À propos de ces résonances : j'ai en effet reçu quelques mails des participants suite à cette intervention.
      Je suis toujours étonné de l'impact que peut avoir un témoignage…

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  10. "Intensité d'écoute de la salle, mais aussi une intensité intérieure qui me faisait parler"

    Tout est là, instant extatique qui fait la communion.
    Le mot est important, la présence bien davantage.

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    1. Oui, tu as raison. Rien ne peut vraiment remplacer la « présence ».
      En même temps, il faut que l'alchimie se face entre soi et l'autre (les autres). Quand ça fonctionne bien, la communion peut être intense, en effet. Il y eut un peu de cela l'autre jour…

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  11. J'ai acheté et lu ton livre en avril 2011. Mon petit-fils a eu sa rupture d'anévrisme fin mai 2011. Et le fait d'avoir lu ton livre avant m'avait à l'époque aidée à comprendre beaucoup de choses. Et ce soir je me dis que je vais le relire, il est là, à côté de moi, car je sais qu'après ces années écoulées, j'y trouverai encore d'autres réponses qui m'aideront à continuer à comprendre.
    Bonne soirée, Alain, et merci.

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    1. Merci pour ces propos. Oui, "j'ose" dire que mon livre mérite d'être relu... Et puis, comme tu le fais ici, des personnes me témoignent qu'une relecture leur a apporté d'autres pistes de réflexion.
      Parfois nos écrits contiennent plus que ce qu'on a voulu y mettre.... et c'est tant mieux !

      Merci de ta fidélité à ce blog. c'est précieux pour moi.

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