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mercredi 28 mai 2014

À bientôt !

Un long week-end   s'annonce …
Je serai absent plusieurs jours… 
Assez éloignés du Net…
C'est pourquoi -  et comme je le fais en ces cas-là -  les commentaires seront modérés pour les jours qui viennent.

Chères lectrices, chers lecteurs :

portez-vous bien !





lundi 26 mai 2014

Élections européennes

Je suis surpris du niveau bas de mes réactions personnelles. Sentiment de voir se dérouler un film que j'avais déjà vu… : Score élevé du FN (annoncé partout bien à  l'avance, donc pas de surprise…), délires échevelés de la Marine toute contente ; mines déconfites de tous les autres et outrances verbales dans le vocabulaire de la sismologie ; déclaration, main sur le coeur, que dès demain on va « tirer les leçons » ; gamineries politicardes habituelles dans le style : c'est pas moi, c'est pas ma faute M'sieur, c'est l'autre ! ;  dithyrambe du premier ministre avec le masque du tragédien antique ; etc.
Bref, le mauvais film de série B franco-français habituel.

Valloton-Europe enlevée par Zeus
Et après ? Bah rien ! Le Parlement européen, si j'ai pigé, sera globalement de la même coloration qu'avant, et tout continuera comme dab'. Bien entendu, nous aurons de belles déclarations officielles annonçant, comme c'est l'usage, que les nécessaires évolutions sont pour avant-hier…
En France, le gouvernement va continuer sur la même ligne. Celle-là ou une autre, de toute façon, le déclin c'est le déclin… 
La génération actuelle des 30/40 ans est directement issue de la parenthèse enchantée dites des 30 glorieuses. Simplement on a du mal à réaliser qu'une parenthèse enchantée se referme. Et que celle-ci est reclaquée définitivement…
Faudra s'y faire… Les lendemains ont cessé de chanter.

On a qui pour la suite ? Euh… Voyons… Réfléchissons bien… Doit bien y avoir quelqu'un… Tiens par exemple, Machin, mais si, Machin ! Ah bon ? Lui aussi est mis en examen ? 

On l'aura remarqué, mes propos sont tout sauf une analyse politique valable. Vous n'allez quand même pas m'en faire le reproche ! J'essaye de me comporter comme un journaliste normal, c'est-à-dire au service  d'un organe de presse appartenant à un grand groupe capitaliste…

J'attends toujours que quelqu'un fasse une analyse politique valable…
Il y en a une peut-être :
— le citoyen a toujours le gouvernant qu'il mérite
— le citoyen ressemble au gouvernant qu'il a élu

Quant à moi… ?
Eh bien je vais tenter de survivre encore un petit peu, si Dieu me prête vie… Et oui, même Dieu a fini par se mettre au diapason des lois du marché… Il prête… Et va falloir rembourser avec intérêt…
Je vais donc me tourner résolument vers ceux et celles qui ont le coeur généreux et le sens de la gratuité parmi mes proches… Ceux et celles qui m'aiment et dont je ressens l'amour donné. En échange je vais essayer d'être vaguement à la hauteur de l'enjeu du don de soi.
Quant aux autres… (La suite de la phrase vient de tomber dans les abîmes de ma perplexité…)

*

Note perso :  
— Alain, ne pas oublier d'ici quelque temps de tirer les leçons des suites de ton billet précédent. 
— Ok, je le note !

vendredi 23 mai 2014

Finir


Finir 

Et puis, la lourdeur lourde. 
Pesante.
Le poids qu'il faut porter. Le poids du corps qu'il faut soulever.
L'effort, encore l'effort.
Chaque jour est pesanteur du corps.
Se traîner.
Il n'y a plus que cela.

Le maillon, le dernier, vient de sauter.
Ce n'est pas celui d'une chaîne qui libérerait.
C'est le maillon qui permettait de soulever le tout.

Demain ne sera plus un autre jour.
Demain sera le même.
Définitivement le même.

Liberté de mes jeunes années : j'ai même perdu ton souvenir.
C'est quoi courir, sauter, danser.
Plus de 50 ans de pertes de mémoire.

Chairs mortelles bientôt putrides
barbaque musculaire défaillante
sarcolyte en décomposition finale
qu'une vieille carcasse de ferrailles n'arrive même plus à suppléer

Déchéance édifiée
fondation ruinée
anéantissement créatif
redressement démissionnaire
désinvolte application de l'espérance découragée.


de J.P. Attal

vendredi 16 mai 2014

Les chiens


Les chiens !
Ils avaient lâché les chiens !

Des molosses qui mordaient tout ce qui bouge.
C'était un temps déraisonnable
disait le poète 
un temps où chacun avait perdu, alors que tous espéraient gagner.
Ah comme il était loin le changement annoncé.
Le changement espéré
le changement proclamé.

Il a fini par arriver
Mais ce fut le temps des chiens.
Le temps de l'homme dénaturé.

Il ne fallait s'en prendre qu'à soi-même.
Chacun aurait pu faire autrement que de suivre la Hurleuse.
Mais c'est plus facile de glisser dans le courant
quand tout le monde pousse dans la mauvaise direction

On avait mis les morts à table
poursuivait le poète
On ne se met pas toujours à table pour manger.
On se met parfois à table pour cracher le morceau
ils les avaient tout fait cracher.

Désormais c'est comme ça gueulait la Hurleuse
qu'est-ce que vous espériez ?
Ils étaient aveugles sans même qu'on ait besoin de leur percer les yeux.

On prenait les loups pour des chiens
complétait le poète

Les chiens !
Ils avaient lâché les chiens !

Est-ce ainsi que les hommes vivent
gémit le poète

*



(Écrit pour un atelier d'écriture)

jeudi 15 mai 2014

De l'aptitude au bonheur


J'ai déjà abordé ce thème. Cette sorte « d'inégalité » entre les êtres au regard du bonheur. Force est de constater qu'il y a des personnes qui ont une plus grande aptitude au bonheur que d'autres…
Ma pratique m'a fait constater que ce n'était jamais une question de situation matérielle, de conditions de vie, de santé, de possession de biens, ou de conditions d'existence difficile. J'ai côtoyé des tétraplégiques qui avaient au fond du coeur quelque chose d'apaisé et d'heureux, alors même que leurs conditions apparentes aurait pu justifier du contraire. De même, j'ai côtoyé des personnes débordant de biens matériels au point de ne plus savoir comment dépenser leur argent, et qui avait le regard éteint, le coeur profond enserré dans une dalle de béton, et la tristesse au coin des lèvres. J'ai aidé des femmes rondes pour ne pas dire obèses, et  qui faisaient montre d'une générosité et d'un goût de vivre malgré les problématiques de leur corps. J'en ai aidé d'autres, belles comme le jour, qui avaient tout pour plaire, mais se disaient malheureuses et incomprises de tous, carburant aux antidépresseurs. 

Qu'est-ce donc que l'aptitude au bonheur ?
Un don particulier injustement distribué ?
Un choix rendu possible à un moment donné ?… Ou non ?
Une option jamais choisie ? Ou au contraire cultivée et valorisée ?

J'ai rencontré des personnes particulièrement douées pour faire des choix mortifères,  les uns après les autres, sans pour autant souffrir de pathologies particulières, tout du moins en apparence…
J'ai rencontré des personnes particulièrement douées pour transformer leurs difficultés et leurs épreuves en des chances et des opportunités pour une plus grande plénitude d'existence.

Et moi ?
J'ai tendance à penser que j'ai eu assez jeune la conscience qu'une aptitude au bonheur m'était offerte. Ce n'est pas pour autant que je l'ai saisie immédiatement. Évidemment, je n'avais pas tout ce vocabulaire, ni les connaissances acquises plus tard. Cela se traduisait par un fond de gaieté, d'aimer faire le clown, de me  moquer des grands toujours tristes, ou toujours occupé à des choses sérieuses.  (Comme dans le petit prince : je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !…). Je me souviens de mon père, tirant la tronche, à cause de ses soucis professionnels, et moi qui chantais à tue-tête, un tube de Maurice Chevalier (1953) : « Dans la vie faut pas s'en faire, moi je ne m'en fais pas … ». …. Ce qui me valut une paire de claques…
Et puis ce bulletin scolaire : « Fait rire la galerie, mais le travail est en dessous de tout. »
La gaieté du coeur n'est pas le bonheur. Elle en est cependant un des ingrédients.

J'aurais pu sombrer et tout perdre avec ce qui m'est arrivé. Cela a failli d'ailleurs. Pourtant, sans doute qu'à travers toutes les difficultés, les souffrances, j'en ai parlé il y a peu, peut-être que je restais marqué par la fin du couplet de la chanson de l'époque « moi je ne m'en fais pas… Ces petites misères seront passagères, tout ça s'arrangera… ».

Je crois que cela m'apportait inconsciemment. J'ai vécu des désespoirs. Je n'ai jamais séjourné très longtemps en ces lieux dévastateurs.

Plus tard je comprendrais que la relation d'être à être, c'est cela le bonheur, pour peu qu'on l'a dégagée le mieux possible des entraves relationnelles, des peurs, des jalousies, des violences subies ou données, des séquelles d'un passé relationnel douloureux, et de toutes ces choses. Ce n'est jamais totalement fait. Autrement dit le bonheur n'est jamais parfait. Mais il est là. À portée de coeur.


Comment peut-il être pérenne ?
De mon expérience je dirais : il l'est si j'entre dans la Gratitude comme attitude de fond permanente.
J'ai longuement développé cette thématique de la gratitude il y a quelques années. Ces textes ne sont plus sur le net. Les lecteurs au long cours s'en souviendront peut-être. Demeure quand même ici un texte de novembre 2012. J'en retiens cet extrait :


"(…) dans la gratitude, on s'expose. On cesse de se croire le centre. On sort du petit -moi, de l'ego. On s'offre à recevoir d'ailleurs que soi-même. On renonce à l'autosuffisance, si chère au monde contemporain…
Mais en même temps, on ne s'en remet pas à l'autre par une sorte de démission, ou une fusion, ou une dépendance psychologique. La gratitude est un acte volontaire, un choix dont l'autre parfois ne sait ou ne saura rien. L'expression de la gratitude ne tient pas toujours du seul discours émis à destination d'un autre."

Dans le livre que j'ai écrit, il y a des lettres de gratitude. Ce fut d'ailleurs le point de départ du bouquin.
J'envisage d'écrire une sorte de « journal de la gratitude ».
Cela devrait m'aider, quand le jour viendra, à « mourir en paix »…
Faut pas que je tarde, ce jour peut être demain….

mardi 13 mai 2014

Jean François Choqué

Vous connaissez le Président de l'UMP ?
Mais si voyons !
L'homme sans cesse victime de chocs traumatisants

Je réclame pour lui des mesures prophylactiques
On ne peut rester insensible à une homme qu'on voit dépérir à vue d'oeil...

- Perte de cheveux
- Ride du lion qui s'approfondit de semaines en semaines
- disparition totale de tout sourire
- Front creusé par les socs de charrue des gens pas gentils  qui lui font du mal !

Je lance une pétition pour le déchocage de cette homme en perdition.


SAUVONS JEAN-FRANÇOIS CHOQUÉ !


Attention éloignez les enfants de votre écran d'ordinateur
la vidéo en question peut traumatiser pour longtemps


dimanche 11 mai 2014

Il n'est plus, mais demeure.


C'est plus difficile quand c'est brutal. Quand on découvre la terrible nouvelle sur l'écran de son ordinateur en consultant sa messagerie. V… est mort brutalement d'une crise cardiaque au sortir d'une soirée de mariage, au bras de sa femme, faisant quelques pas dehors accompagnés d'une amie, pour rejoindre l'endroit où ils logeaient. Non, il n'était pas éméché. Non, il n'avait pas fait d'excès. Ce n'était pas son genre. Ce n'était pas non plus le genre de mariage où la boisson coule à flots et où on fait tourner les serviettes… C'était de ces mariages où se vit une certaine profondeur, où les nouveaux époux sont engagés pour une cause humanitaire au sein de ces communautés dont l'origine est un serviteur de tous, l'opposé même du gourou.



Je connais V… depuis plus de 35 ans. Je n'ai jamais su vraiment comment qualifier notre relation, lui donner son nom. Ce n'était pas un ami, pas un copain, par une connaissance, pas un collègue : C'était V… simplement. Un homme à la fois proche et distant, mystérieux et ordinaire, à la culture excessivement étendue et à la fois à la modestie étonnante. Un artiste aussi qui exposait ses sculptures étranges, suscitant autant le sourire que l'interrogation et le pathétique. Il était comme ça V… Un être qui attirait par son mystère.

On avait encore tant de choses à se dire… On devait se voir prochainement, maintenant qu'il était aussi lui-même « jeune retraité ». C'était un homme important pour moi. J'étais un homme important pour lui. On s'était dit cela. Difficile de cerner ce que l'autre apportait à l'un. Difficile de cerner les enrichissements mutuels quand ceux-ci ont la subtilité des alliages précieux.

V… était un chercheur de l'essentiel. C'est cela qui, probablement, nous rapprochait le plus. Mais où trouver ? Notre enrichissement mutuel s'enracine là sans doute. Lui, le penseur, le grand intellectuel qui avait lu des centaines de livres, et qui en même temps oeuvrait de ses mains à son art. Moi qui n'est qu'une petite culture très basique, mais, j'ose le dire, une expérience intérieure intense, de l'ordre de « l'expérientiel ». Je crois que ce mixage nous aida chacun.

Lors de la cérémonie religieuse de ses obsèques, il fut rappelé cette phrase qu'il avait griffonné un jour et qui est certainement un petit effet de nos échanges :
— « Petit à petit, dans l'expérience, il n'y a plus de doute ». Sauf que je sais qu'à cette phrase, selon les moments, il ajoutait un point d'interrogation… Où il le supprimait… Pour ma part, je ne mets plus de point d'interrogation. Lui non plus probablement.

V… C'était aussi lui et elle. Elle qui avait cette manière si particulière de prononcer son prénom avec tant d'amour dans la voix. Eux deux, c'était un couple « à égalité » si je puis dire ainsi. Un couple dont j'admirais la profondeur autant que la fraîcheur, l'engagement autant que la juste distanciation. Le bonheur simple qu'il y avait dans les rencontres quelque peu « culturelles », mais sans prétention, qu'ils organisaient autour de thèmes porteurs.

Brassens chantait : « Les morts sont tous des braves types ». Non, mon cher poète, V… avait des côtés détestables par ses duretés. Mais les morts nous ramènent tous au respect d'un essentiel parce que justement il ne reste plus que cela lorsqu'on les a dépouillés de tous les oripeaux dont ils se sont affublés ou dont on les a affublés nous-mêmes. Plus tard, un jour peut-être, lorsqu'on pratiquera ce qui s'appelle dans le jargon funéraire : la réduction du corps ; on s'apercevra qu'il ne reste plus que l'essentiel après disparition des chairs putrescibles. 
On devrait parfois longuement s'arrêter à cela. Et méditer ce que la réalité naturelle enseigne.

vendredi 9 mai 2014

le don des seins


Me suis dit : — avec un titre comme ça je vais faire remonter la courbe de température de mes statistiques. 
C'est vrai quoi, au compteur au moment où j'écris, je n'en suis qu'à 172 903 pages vues en trois malheureuses années et quelques mois, alors que ce blog mériterait d'être lu par toute la francophonie au moins… !

Il y en a qui vont se dire : — mince alors ! Il y a des femmes qui font don de leurs seins ? Je les imagine déjà allaitant haletant, le fantasme à la pointe du cerveau.

En réalité, je veux seulement  constater l'influence de l'état d'esprit du pape suite à la paire de seins canons de saints qu'il a canonisés dont je me suis fait l'écho récemment.

En bon pape misogyne (je sais, c'est un pléonasme…), le François vient de tweeter à l'attention des bons maris que nous sommes, et qui supportons parfois depuis de longues années, un être dont nous avons fait l'acquisition en son temps, et que l'on appelle généralement : « ma meuf ». (certains en ont eu plusieurs à la suite, preuve de leur persévérance dans le sacrifice…).
Sachez, chers collègues d'avanies et de désillusions, que nous sommes sur « une voie magistrale pour devenir saints ».

Le pape, probablement inspiré par toutes les femmes qu'il a connues, mentionne que nous, la gent mariée,  faisons un sacrifice chaque jour pour supporter notre condition auprès d'une épouse qui pourrait faire le don de ses seins, vu ce qu'ils sont devenus après tant et tant d'années…
 UN sacrifice ??? Mais Bon Dieu Bon Pape ! Nous en faisons bien plus que ça par jour !! ...



En conséquence, nous réclamons non seulement de devenir saints, mais de bénéficier d'une promotion immédiate au rang d'archanges. Merci de balancer un tweet au grand saint Pierre, pour qu'il en parle au patron, et que l'affaire soit rondement menée…
Enfin… Rondement… C'est rapport à ce dont vous rêvez secrètement le soir…


————
Promis juré, bientôt, sûrement, dans pas longtemps, j'en reviens à des billets dont la profondeur n'a d'égal que la pertinence…
Remarquez que j'aurais pu faire un truc TRÈS sérieux sur ce twett à la con... Mais c'eut été trop d'honneur.....

jeudi 8 mai 2014

Dico


En ce jour de fête nationale , nous inaugurons le :


s'hollandiser : perdre tout crédit auprès des siens

A force de mentir à tout son entourage, Vladimir, lui aussi, finit par s'hollandiser et se retrouva seul à son repas d'anniversaire ( G. Chahuzak - "Les malheurs de François" - Ed. le livre du pognon)



Valsifier : s'exprimer en vers de mirliton, dans des poèmes orientés vers la gauche.

Comme à son habitude, en vers et contre tous, le Premier Ministre présenta son projet de loi en le valsifiant de la première à la dernière ligne, ce qui agaça l'opposition. (Valéry Gécarte et Jetouille - "Mémoires d'un vieux" - Autoédition)

godas : Spécialiste du maniement des objets de plaisir.

Avec ce type, à chaque fois, je prenais un pied géant. un vrai godas qu'il était. (Maryline Dugenou - "mes amants de Saint Jean-du-boisbandé" - Ed. XOhX)

*


Vous pouvez bien évidemment contribuer à cette oeuvre majeure. 
N'hésitez pas !

jeudi 1 mai 2014

pages de voyage


Sur le forum d'écriture auquel je participe, il y avait la consigne suivante :
Ecrivez un texte inspiré de cette photo dans lequel vous aurez glissé la phrase suivante:

On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit ( M.Proust)


J'ai pondu ça :

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Pages de voyage

Toujours, je fus un grand voyageur. J'habitais à Robinson. J'avais cru Zoé, qui me disait de partir vendredi. Ce que je fis. Daniel Defoe, le copain de Zoé, m'emmena à Stoke Newington (près de Londres), avec la promesse de me faire visiter son île.
Elle était en réalité toute petite, et bien moins loin que je l'imaginais. Pensez donc, dès la page 6 nous y étions.

Le problème avec les îles, c'est qu'elles son entourées d'eau. Et si vous allez trop au bord, la page suivante risque de dégouliner et d'emporter l'ancre bleue marine raccrochée au numéro, en l'espèce le crochet du 9.
— C'est 9 mais pas nouveau, dit Daniel. Il y a des années que les reliures à la terre sont fragiles et faut pas écorner les pages, sinon il y a risque de fuites en avant et après on se sait plus sur quelle tranchefil il faut s'accrocher, au risque de se fragiliser les extrémités du dos et de salir la coiffe. 
— Quand on ne sait pas naviguer dans les pages, on reste chez soi, ajouta-t-il, péremptoire.
Je me le suis tenu pour dit (tionnaire)

Ce soir là, on s'est allongés tous les deux sur papier couché, à regarder les étoiles de mer, qui, curieusement se tenaient dans les cieux dans ce bouquin-là, qui décidément était parsemé d'eaux-fortes.
— En parlant d'eau-forte, si on s'envoyait un coup de gnole dans le gosier ? proposa Daniel. Je t'assure que c'est pas un fax-similé ce machin que j'ai piqué dans "L'histoire de la Flibuste" en édition de poche. tu m'en diras des "nouvelles", façon Edga Poe (un pote à moi).

Deux heures plus tard, on était tellement saouls qu'on est tombé dans une "fausse-page" de gauche (ce fut un impair je l'avoue), même que Daniel a eu la trouille de sa vie à cause d'un filigrane qui avait l'air plus vrai que nature et le narguait de ses yeux totalement iconographiques !
Je suis parti d'un grand rire et je l'ai traité d'incunable xylographique, rapport au fait qu'il avait une jambe de bois, mais il a pris ça pour une injure. Du coup pour qu'il s'en remette, je l'ai emmené 12 pages plus loin, sur un papier vergé, et là on a cueilli des fruits que vous pouvez même pas imaginer les délices que c'est de les manger.

Malheureusement, toutes les bonnes histoires ont une fin. Je ne voulais pas connaitre celle-ci, j'avais peur de finir avec des fers dans le dos de mes volumes imposants. 

On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit, mais il ne faut pas abuser des ouvrages, au risque de finir bibliophage.