jeudi 1 mai 2014

pages de voyage


Sur le forum d'écriture auquel je participe, il y avait la consigne suivante :
Ecrivez un texte inspiré de cette photo dans lequel vous aurez glissé la phrase suivante:

On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit ( M.Proust)


J'ai pondu ça :

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Pages de voyage

Toujours, je fus un grand voyageur. J'habitais à Robinson. J'avais cru Zoé, qui me disait de partir vendredi. Ce que je fis. Daniel Defoe, le copain de Zoé, m'emmena à Stoke Newington (près de Londres), avec la promesse de me faire visiter son île.
Elle était en réalité toute petite, et bien moins loin que je l'imaginais. Pensez donc, dès la page 6 nous y étions.

Le problème avec les îles, c'est qu'elles son entourées d'eau. Et si vous allez trop au bord, la page suivante risque de dégouliner et d'emporter l'ancre bleue marine raccrochée au numéro, en l'espèce le crochet du 9.
— C'est 9 mais pas nouveau, dit Daniel. Il y a des années que les reliures à la terre sont fragiles et faut pas écorner les pages, sinon il y a risque de fuites en avant et après on se sait plus sur quelle tranchefil il faut s'accrocher, au risque de se fragiliser les extrémités du dos et de salir la coiffe. 
— Quand on ne sait pas naviguer dans les pages, on reste chez soi, ajouta-t-il, péremptoire.
Je me le suis tenu pour dit (tionnaire)

Ce soir là, on s'est allongés tous les deux sur papier couché, à regarder les étoiles de mer, qui, curieusement se tenaient dans les cieux dans ce bouquin-là, qui décidément était parsemé d'eaux-fortes.
— En parlant d'eau-forte, si on s'envoyait un coup de gnole dans le gosier ? proposa Daniel. Je t'assure que c'est pas un fax-similé ce machin que j'ai piqué dans "L'histoire de la Flibuste" en édition de poche. tu m'en diras des "nouvelles", façon Edga Poe (un pote à moi).

Deux heures plus tard, on était tellement saouls qu'on est tombé dans une "fausse-page" de gauche (ce fut un impair je l'avoue), même que Daniel a eu la trouille de sa vie à cause d'un filigrane qui avait l'air plus vrai que nature et le narguait de ses yeux totalement iconographiques !
Je suis parti d'un grand rire et je l'ai traité d'incunable xylographique, rapport au fait qu'il avait une jambe de bois, mais il a pris ça pour une injure. Du coup pour qu'il s'en remette, je l'ai emmené 12 pages plus loin, sur un papier vergé, et là on a cueilli des fruits que vous pouvez même pas imaginer les délices que c'est de les manger.

Malheureusement, toutes les bonnes histoires ont une fin. Je ne voulais pas connaitre celle-ci, j'avais peur de finir avec des fers dans le dos de mes volumes imposants. 

On aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit, mais il ne faut pas abuser des ouvrages, au risque de finir bibliophage.

19 commentaires:

  1. Quelle verve... Du plaisir et d'énormes sourires à te lire.

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    1. Merci beaucoup Suzame,
      Faut se dérider en ces temps où il est de bon ton de se plaindre que tout va mal...

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  2. faut le faire quand même, écrire e cette manière décalée, avec d’incroyables jeux de mots!
    "J'habitais à Robinson. J'avais cru Zoé, qui me disait de partir vendredi."
    C'est très drôle...

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    1. Venant de ta part chère spécialiste de l'écrit, je ne peux qu'apprécier.
      Me suis aussi bien amusé à l'écrire...

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  3. Bravo pour les jeux de mots, les clins d'oeil de toutes sortes!
    Ya du génie
    Dans la copie!!

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  4. Ouh mais dis donc, oui!!! Quelle plume admirable!!
    Toi aussi tu fais partie d'un atelier d'écriture en ligne? Figure-toi que ma dernière consigne d'écriture portait aussi sur le voyage. Comme quoi, les mots et les kilomètres sont toujours un peu liés.

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    1. Nous sommes faits pour nous lier !
      :-)
      Et merci pour le compliment !

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  5. Charlotte3/5/14

    Ce texte est complètement fou cad génial même si je n'ai pas tout compris...

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    1. Merci pour cette appréciation !
      Pour tout comprendre, il faut se rendre la pointe extrême ouest de la page 127. En soulevant la phrase que tu verra à cet endroit (attention à ne pas abîmer les "i" qui sont fragiles), tu trouveras une trappe contenant de « l'azurant optique » qui devrait t'éclairer…
      :-)

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  6. Anonyme3/5/14

    Les voyages forment la jeunesse et ta plume légère emmène ton esprit au pays des mots et des jeux ....
    Sûr, tu as dû "t'éclater" en écrivant ce texte et tu m'as fait bien rire!
    Quel talent, quel fabuleux voyage pour faire naître sous tes doigts un nouveau livre à ajouter au bibliobus!
    Brigitte

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    1. Cela m'amuse toujours d'écrire ce genre de texte. Je suis un récidiviste !
      Mais c'est surtout dans « les ateliers d'écriture » que je me livre à ces amusements qui dérident les participants… Pour mon plus grand plaisir à moi aussi…

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  7. Qu'ajouter de plus à ces commentaires, oui du talent, oui de l'humour, oui une verve sans pareille, oui décalé à souhait, bref tous les ingrédients pour que l'on passe un excellent moment. Merci pour ce voyage...j'ai souri dès la première ligne et celui ci ne pas quitté jusqu'au dernier mot.
    Bon dimanche

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    1. Merci pour ce commentaire. Content de t'avoir fait sourire…
      Et comme j'ai moi aussi passé un excellent moment à écrire tout ça… Tout le monde est satisfait !

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  8. Flippante la rencontre avec le filigrane!
    L'eau-forte et le papier vergé, délicieux, et les personnages de papier ont quand même une sacrée épaisseur sous ta plume. On t'a déjà dit que tu étais doué pour l'écriture? ;-)
    J'adore, encore une fois, c'est presque un pléonasme...

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    1. Doué pour l'écriture ?… heu..... J'avoue… On me l'a déjà dit ! ;-)
      Moi je dis surtout que j'aime beaucoup écrire.
      Alors, à force d'avoir noirci des pages un peu dans tous les styles et tous les genres… On finit par écrire moins mauvais qu'auparavant !

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  9. Que rajouter à tous ces commentaires?
    Une petite chose: j'ai pensé à Bobby Lapointe question verve et enchaînement de mots brillants.
    Un vrai plaisir de lecture, merci Alain.

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    1. ah ! Boby Lapointe ! C'est trop d'honneur…
      J'adorais ce chanteur…
      J'ai eu la chance de le voir en scène. Il faisait la première partie de Brassens. Hilarant !
      Surtout qu'il s'empêtrait dans ses propres textes (faut dire que c'est pas facile…), qu'il riait de lui-même et faisait rire la salle…
      Un excellent souvenir !

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