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jeudi 7 août 2014

Maitre à penser






Le mer étalée comme un infini, calme et offerte, favorise la méditation synthétique.
En voici les fruits cueillis avant-hier matin sur mon "petit journal de bord de mer"…
C'est partiel et issu de mon expérience de vie, mais aussi des souvenirs de témoignages de quelques autres…
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Maitre à penser

Je l'ai évoqué à plusieurs reprises au fil des années d'écriture ici (et ailleurs…)
L'expression a ses limites et ses faiblesses.
Penser évoque : que faut-il penser ? dites-le moi !
Maitre évoque : soumission du disciple ou adepte plus ou moins servile et mimétique.


Mon Maitre, je l'ai choisi librement, parce qu'il était un homme libre.
C'est pourquoi il a pu m'aider à me penser par moi-même.
Ce qui veut dire qu'il m'a montré le chemin étroit qui permet de rejoindre le "Maitre Intérieur", auquel on se soumet.

Cette soumission ne peut être servile, puisqu'elle est soumission à soi-même en tant qu' "Être". Elle se fait lorsque le "Je" se soumet à "l'Êtant" (ce qui "Est" par essence).

Cette soumission est un lent apprentissage sans aboutissement de type : "maintenant j'y suis". C'est une tension fondamentale qui mobilise toute l'existence.

L'apprentissage le plus long et subtil consiste en la différenciation intérieure entre le "Je" et l'Être", car l'imbrication des deux est forte et comporte de multiples pièges et chausse-trapes, d'autant qu'on a été éduqué dans la confusion des plans psychologiques de la personne (=98 % des pékins de ma génération…). Qui plus est, c'est essentiellement une question de "ressentis" qui ont parfois l'épaisseur d'un fil d'araignée et la consistance de l'air qu'on respire…. Ce ressenti est "présent dans le corps", et le "Je" apprend à le décoder et le transmuter en actes (choix, volonté, "décision intelligente" , …); Les énergies du corps sont alors libérées pour la mise en oeuvre.

Seule une discipline heureuse et vécue comme nécessite vitale (comme boire ou manger…) est le secret du chemin.

Ce n'est pas une ascèse au sens commun du mot, lorsqu'on lui associe les représentations de mortifications, privations, abstinences diverses, etc. dont les religions sont friandes par désir d'asservir, et non  de délivrer.
C'est l'apprentissage lent d'un "état intérieur" qui devient co-naturel, et donc s'impose de lui-même comme évidence à vivre. ensuite… reste à le vivre de fait… Ce qui n'est pas le plus facile … (toutes les résistances, justifications, raisonnements foireux, peurs multiples {des conséquences du changement et  des réactions des autres, notamment}, atermoiements, etc… vont oeuvrer à l'échec espéré par les forces passives qui cohabitent en nous…)

Rien n'est jamais acquis, là comme ailleurs.
D'ailleurs vouloir "acquérir" est antinomique avec la démarche.
Il s'agit plus de recevoir  et dès lors de se désencombrer du "reste", puisque ce reçu "fait sa place" et expulse (en quelque sorte) une part importante du "devenu inutile" (tels les compensations, besoins en creux, aliénations à autrui, peurs symboliques, etc….)

Cela ne débouche pas sur un "homme fort"… mais au contraire sur la vulnérabilité consentie comme force et non plus comme faiblesse.

Je suis toujours un "débutant sur le chemin"… Constatant chaque jour mes manques et défaillances. Même après toutes ces années….
Manquant d'humilité.
la nuque du "Je" encore raide.
La souplesse de "l'Être" autant que sa force à la fois fragile en même temps qu'indestructible (acquise définitivement) devant continuer à émaner des profondeurs.

Curieusement peut-être l'apparente faiblesse des résultats au regard du travail entrepris ne génère pas le découragement. Au contraire. Les fruits produits ont été inespérés si je regarde qui j'étais en parallèle avec qui je deviens. Poursuivre n'est pas par tyrannie de l'exploit, mais par constat du Bonheur fruité reçu en abondance.

Seule une terre irriguées de vie qui l'abreuve et la rend souple (terre meuble…) est féconde et porte des fruits.
 La sécheresse des déserts intérieurs génère la désolation personnelle des terres arides.
Je l'ai connue, elle m'a quittée. J'en rends hommage éternel à mon Maître.

Montage AlainX




16 commentaires:

  1. Voilà un texte riche et profond, un texte clair et éloquent, un texte sans frontière et libre comme le vent...
    J'adhère volontiers à celui-ci...
    Merci pour cet enseignement universel.

    PS : A choisir, si je cherche l'épreuve, le dépassement de moi-même, les terres arides sont recommandées... L'herbe verte n'enseigne rien et invite au relâchement non productif sur le plan personnel...
    ;-)

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    1. Mais c'est quoi le "dépassement de soi-même" ?
      N'est-ce pas déjà bien suffisant de poursuivre le but de l'accomplissement de "tout-soi" (pour peu que ce soit possible...), c'est à dire la mise en oeuvre de son potentiel si riche de dons diversifiés... et cependant limité à sa terre intérieure qui a ses contours...
      A moins que dans "dépasser" on fasse référence à l'au-delà des perturbations du psychisme (où l'en deça... selon la représentation qu'on s'en fait) issues généralement du passé personnel et du passif affectif.... qui font que l'on "n'ose pas sa vie" retenu par de multiples peurs ou un conditionnement social.

      Quant au "relâchement" supposé des terres cultivées.... faut demande l'avis au paysan qui se lève à l'aube et se couche après le soleil pour la cultiver...
      :-)
      Ou l'avis de celui - moi par exemple !! ;) - qui a oeuvré des années à faire émerger et mettre en oeuvre ses dons pour autrui...

      Mais je note essentiellement ton adhésion globale... signe que tu t'y retrouves sans doute quelque part....

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  2. Le rônin l'a fort bien exprimé: voilà un très beau texte, mais si l'aridité me semble en effet propice à l'épreuve, Alain n'a-t-il pas voulu dire autre chose? la terre irriguée de vie ne correspond pas à une orgueilleuse recherche mais à une quête de sens accompagnée d'amour, seule génératrice de fruits.
    Mais je me trompe peut-être...

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    1. Non, je ne pense pas que tu te trompes... au contraire.... Tu dis exactement ce que je ressens.
      L'orgueil est de penser et croire que le "Je" domine "l'Être" et peut lui imposer sa loi, à lui, comme au corps....
      Le premier à renâcler et tenter de ramener au Réel, sera le corps....
      Tous ceux qui souffrent de somatisations diverses et de maladies somatiques en font l'expérience...
      Et je ne parlerai pas des sportifs dits de "haut niveau", mais non "vedétarisés", éduqués à l'épuisement programmé.... qui finissent semi-grabataires à 40 ans....( j'en ai vu en centres de rééducation....) , mais dont personne ne parlera jamais... même pas eux (trop d'orgueil compétitif !!), vu les enjeux économiques mondiaux en ce domaines qui brasse des milliards de dollars....

      Et je reprend volontiers ta dernière phrase, toi qui à l'art de la phrase courte et dense....
      "une quête de sens accompagnée d'amour, seule génératrice de fruits."

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  3. Tu te doutes que ce texte trouve en moi un écho énorme, démultiplié comme en montagne par les innombrables parois où se heurte ma liberté personnelle et que tu décris si bien comme résultant des peurs, croyances et aliénations de tous ordres...je me sens un peu comme une chauve souris au sonar détraqué. Dans ce labyrinthe, il me semble qu'un maître a penser est davantage un homme muni d'une lanterne qu'un dictateur de la pensée. Quelqu'un qui vous éclaire de l'intérieur, une étoile qui guide à un moment précis, obligé à réfléchir de son propre chef, sans contraindre, doucement.
    On devient ainsi le maître a penser de quelqu'un d'autre, comme par le passage d'un flambeau qui ne doit pas s'éteindre.
    Je ne suis qu'au balbutiement de ma quête, je mesure ce que les quinze prochaines années auront d'exaltant dans la recherche de l'abandon de l'ego narcissique au profit de l'être accompli. Comment sur ce chemin je me souviendrai de tes paroles, profondément ancrées en moi pour qu'un jour, dans très longtemps, je te rende hommage comme tu le fais aujourd'hui pour celui qui t'a indiqué la vie.

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    1. "Quelqu'un qui vous éclaire de l'intérieur,"....
      Oui, c'est bien cela. Enfin dans mon expérience ce fut ainsi.
      Et aussi, pour rester dans la métaphore, un ingénieur des phares et balises, qui t'apprend les règles de la navigation intérieure, ainsi tu iras librement et en sécurité où bon te semblera pour trouver le sens de ta vie et ton bonheur...

      Mon maitre est mort en 1990. Ce qu'il a transmis demeure vivant cependant, en moi et en d'autres. Ainsi en est-il du lent chemin de l'humanité qui nait par transmission de génération en génération. On parle beaucoup des "mauvaises transmissions" (les peurs et névroses paternelles/maternelles ingurgitées dès la conception par exemple...), il ne faudrait pas occulter les "bonnes" (comme les valeurs identitaires profondes, l'apprentissage de la liberté personnelle, l'éveil à la conscience profonde, etc...), si essentielles au devenir de l'Homme....
      Tout cela a de la valeur infinie, mais n'est perceptible qu'à celui/celle qui a l'humilité du voyageur ordinaire mais inlassable marcheur (voir une des lettres de mon livre en ce sens.... où j'évoque en métaphore ce que mon père m'a transmis).

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  4. Indiqué la voie, oups, le lapsus!

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    1. Un lapsus totalement magnifique..... !

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  5. Charlotte8/8/14

    Mon maître à me faire penser m'a un jour posé cette question:"Mais qu'est ce que vous avez à prouver ?!!!" Je n'ai pas pu,su répondre à cette question .Je réalisais subitement par sa question tout l'orgueil (ou la bêtise) que je peux me fatiguer à déployer ou dépenser pour prouver je ne sais quoi de moi aux autres dont en fait, ils n'en ont rien à cirer...!!!

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    1. il aurait pu dire aussi : - "Pourquoi avez-vous ce besoin de prouver ?" (et aux yeux de qui....)
      La "bêtise" du truc (pour reprendre ton mot) .... c'est qu'on y dépense des énergies inutiles..... !

      Prouve moi que tu as changé ! :-))

      Et merci pour ce commentaire si tonique et vrai.... où on peut chacun se retrouver plus ou moins !!

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  6. en fait, un "maître à penser" important, c'est celui qui nous parle via le corps
    En général on chercher à calmer le corps souffrant par des moyens qui nous emmènent vers l'extérieur
    Moyens certes valables et aidants... mais c'est loin d'être suffisant, et souvent cela nous coupe de nous-mêmes
    Plonger dans son intériorité, écouter son coeur profond, qui connaît bien plus de choses que nous, bien plus que ce que le JE ne peut apprendre, par ex en lisant, en écoutant des conférences,
    Souvent une seule parole entendue ou lue me touche au plus profond et m'engage à faire un chemin

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    1. Calmer le corps souffrant est une nécessité préalable au travail sur soi. La douleur physique n'est pas un "ressenti analysable". C'est juste un éventuel symptôme. (et pas toujours.....). Les antidouleurs sont donc un bienfait (sauf pour certaines adeptes de religions ou courants de pensée doloristes....). La "douleur psychique" se soigne aussi par de traitements appropriés. C'est parfois nécessaire, comme préalable à une démarche plus "psy".
      Ecouter le profond de soi suppose que "le reste" n'émette pas des parasites insupportables...
      Il y a donc bien des moyens diversifiés pour accéder à l'intériorité.
      Le JE est souvent boulimique de connaissances venues de l'extérieur comme tu le dis (lecture, conférences, etc...). L'expérience démontre que c'est bien souvent un dérive qui évite d'aller regarder en soi vraiment.
      J'ai eu en stages des personnes qui avaient un bagage intellectuel immense dans le domaines psy, ésotérisme, philo, religion, culturel, et tout ce qu'on voudra.....Et pourtant leur souffrance intérieure, leur "non-vie", leur désert personnel, leur marasme affectif était toujours là....

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  7. Anonyme12/8/14

    Ces échanges sur le net à travers tes textes et les commentaires des uns et des autres nourrit en moi une réflexion toujours plus poussée sur la démarche entreprise pour faire confiance à mon Maître Intérieur.
    Chercher le sens de ma vie ou plutôt ce que la vie en moi désire que je saisisse du sens de ma fragilité et de la force qui cohabitent pour me faire aimer cette vie, occasion de croissance et de cheminement possible vers un mieux être , vers ma liberté d'être , vers mon unité.
    Ce Maître à Penser n'est-il pas aussi un Maître à Panser ? Quelle est donc cette petite voix intérieure qui frappe à la porte étroite et nous invite à porter un autre regard sur nos croyances parfois pleine d'illusions pour nous inviter sans nous imposer quoi que ce soit à faire le choix d'un chemin mieux conscientisé ? Le travail sur soi est un travail de longue haleine car rien n'est jamais acquis mais paradoxalement ce "travail" ne prend plus le sens d'une tâche lourde et dévalorisante quand guidée par cette étoile intérieure, j'en perçois la valeur et les fruits.
    Etre amené à penser par soi-même panse aussi les blessures et les peurs accumulées pour peu qu'on ait rencontré sur notre route un passeur de vie...
    Subtilement, je pense, un travail intérieur m'a rendue disponible à une remise en question . Pour recevoir, il faut faire de la place . Trier, ranger, jeter, se détacher du superflu pour ne laisser couler que le flot d'une vie plus généreuse qu'on ne peut le croire.
    Je reprends une de tes phrases
    "Seule une terre irriguée de vie qui l'abreuve et la rend souple (terre meuble…) est féconde et porte des fruits."
    C'est vrai qu'en devenant plus tolérant, plus ouvert , en acceptant de se laisser façonner par notre Maître Intérieur, notre terre est appelée à croître plus humainement.
    Comme l'artiste sait faire d'une pierre ou de la glaise une belle oeuvre d'art, laissons nous couler dans la vie pour l'apprécier à sa juste valeur. Comme chaque instrument à sa place dans l'orchestre, accordons nos cordes pour qu'harmonieusement la paix et la joie naissent de la beauté de ce chef d'oeuvre auquel nous participons tous : la vie!
    En rendant hommage à ton maître à penser, tu es en quelque sorte toi aussi un passeur de vie. Merci.
    Brigitte

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    1. Se laisser façonner ?
      Oui, il a de cela sans doute.
      Cette expression m'a cependant toujours insatisfait, sans doute par sa forme passive, ses relents catholiques (!), et le risque d'interprétation d'une sorte d'obéissance passive....
      (attention je ne dis pas que c'est cela que tu dis !!)

      De fait, qui façonne l'autre ?
      Le "Je" n'existe guère sans le "Tu" (de l'autre, le Tu du Maitre entendu)
      Le "Tu" n'émerge pas en l'Un si le "Je" si oppose...
      Le Maitre comme le Disciple n'a pas d'existence accomplie si chacun ne prononce pas les mots :
      "Que serais-je sans toi".


      L'Homme a la possibilité de vivre l'expérience intérieure, à condition nécessairement de passer par le détour de l'esprit humain (le "Je" et la raison) ; ce n'est que l'échec de ce détour qui rend l'homme conscient et mûr, et lui permet d'entendre, en lui-même l'esprit de la vérité. (dit en substance Dürckheim.)

      Pour tout cela en réalisation, il faut en effet les "ingrédients" que tu évoques, en particulier la souffrante remis en question du Soi.... et son évolution constante.

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  8. Je suis heureuse que tu mentionnes la vulnérabilité comme une force et non pas une faiblesse. Je pense que si nous n'étions pas vulnérables, nous n'accepterions pas la réalité: l'amour, le désamour, l'indifférence, le trop fusionnel, les méchancetés ou compliments, la solitude ou la non-solitude. Je suis très vulnérable mais je vois ça aussi comme une force. Il me semble que c'est associé avec "ne pas être en déni" avec les choses. Accepter la souffrance, sans joie mais sans s'en cacher. En faire le tour parfois, et savoir que nous sommes notre meilleur garde du corps: nous prendrons soin de nous...

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    1. Il y a en effet bcp de confusions sur la vulnérabilité....
      Comme si la force était qqch de monolithique....
      Mais peut-être faut-il expérimenter une "force intérieure" pour réhabiliter la nécessaire vulnérabilité.....

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