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mardi 17 février 2015

Saison du silence



Alors, il appela le silence.
Mais celui-ci ne répondit rien. Forcément.
Enfin, pas tout de suite.
Pour l'entendre il fallait descendre encore plus bas.
Et puis d'abord trouver la clé.
La clé qui ouvre sur l'espace infini de l'abysse personnel
Là où l’ardeur de la plénitude procure l'extase de l'immense beauté.

Chercher la clé prenait des années et encore des années.
Il en était de nombreuses derrière lui.
On lui avait dit d’être patient, il convenait d'être tenace
On lui avait dit d'être persévérant, il fut acharné
On lui avait dit d'être débonnaire, il fut stoïque à la souffrance.

La clé, il la trouva.
Enfin il touchait au but.
Du moins c'est ce qu'il croyait.

Muni de celle-ci, en réalité, il n’en était encore qu'au commencement.
Restait à franchir la porte. Et au préalable déverrouiller la serrure.
L'exorde du monde lui apparaissait accessible.
Comme une enfance source au berceau du matin.
Il s'avança dans un bégaiement de premier pas.

Là, sur le seuil, longtemps il demeura.
Il y était encore ce matin même.
Il se tenait sur le seuil de cette maison intérieure
Qu’attendait-il encore pour entrer dans cette ultime demeure ?
Craignait-il à ce point l'épaisseur de ce silence ?

Il appela à nouveau.
Le silence se fit communication intime.
La porte s'ouvrit.
Il y avait un livre ouvert.
Il lut ces mots :

Comme la mort est le parachèvement de la vie, ce qui lui donne forme et valeur, ce qui ferme sa bouche, de même le silence est l'aboutissement suprême du langage et de la conscience. Tout ce que l'on dit ou écrit, tout ce que l'on sait, c'est pour cela, pour cela vraiment: le silence. 
J.-M.-G. Le Clézio. 


10 commentaires:

  1. Charlotte17/2/15

    C'est superbe. Quant à moi si je pouvais choisir, j'opterais en guise d'ouverture de la porte pour couronner l'entrée, une grande musique, une messe de Mozart par exemple plutôt que le silence.

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    1. Dans le silence, toutes les musiques se font présence…

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  2. je ne te l'ai pas dit au moment où tu as ppublié ce texte.... maisl il m'a atteint dans sa profondeur
    Ce ne sont pas des mots qui se commentent rapidement par un compliment vite fait!
    Je crois que dans "l'ultime demeure", la plus lointaine, celle qui échappe aux regards distraits et pressés, on peut craindre l'épaisseur du silence... sauf si on réalise que ce silence-là ne nous étouffe pas, mais nous donne accès à la "communication intime" que tant de monde cherche, mais qu'il est si difficile à atteindre...

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    1. oui, c'est cela, un silence qui n'étouffe pas, mais au contraire libère des "choses".....
      notamment "s'entendre soi-même comme dit Candice ci-dessous....
      Merci

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  3. C'est beau.... Je suis d'accord avec Coumarine, le silence permet de s'entendre soi-même.

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    1. oui, Ok, comme je le souligne ci-dessus !
      :-)

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    2. oui, Ok, comme je le souligne ci-dessus
      :-)

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    3. oui, Ok, comme je le souligne ci-dessus
      :-)

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  4. C'est parce que t'as peur que j'entende pas que tu répètes trois fois? ;-)) (Bon, moi je viens juste de découvrir la petite case "m'informer" qu'il faut cocher pour être notifié des réponses aux commentaires. Au bout de deux ans, il était temps.

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    1. tu me fais rire sur le "m'informer"..... :-)

      Rhalala encore Blogger qui fait des siennes !!!
      :-(

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