lundi 16 novembre 2015

Genèse de l’après….

Des drames humains, individuels ou collectifs de grande ampleur, il en existe chaque jour sur la planète. Plus ils sont lointains, moins ils touchent. La conscience collective est d'un périmètre limité. Cette fois, c'est à ma porte que ça s'est passé. Une de mes filles et sa famille s’apprêtaient à partir à Paris pour ce WE. Difficile de ne pas être traversé par l'idée qu'ils auraient pu être victimes.

Comme beaucoup de gens, j'ai regardé la télévision. J'ai cherché la bonne distance intérieure, ni être trop dans l'événement, n'y en être trop loin. J'ai un peu pensé à la «distance thérapeutique» de l'aide aux personnes : ni être démoli par l’horrible, ni être blindé par celui-ci.

Mais avec le recul, ce qui a le plus fait vibrer ma sensibilité profonde, celle qui émane des profondeurs de l’être, ce sont tous les gestes de solidarité, les actes posés, du plus petit au plus grand. De ces personnes qui ont donné leurs draps pour recouvrir les cadavres, jusqu’à ce journaliste descendu ce chez lui, recevant une balle alors qu’il porte secours à un autre blessé, en passant par les dons du sang.

Des gestes fraternels, parce que  l’autre est nécessairement mon frère/ma soeur en Humanité. Et que cette réalité est inscrite au fond de chacun, qu’il le veuille ou non, parce l’espèce humaine est fondamentalement sociale et socialisée…
Et plus elle s’humanise, plus elle a vocation à devenir fraternelle.

Certains quittent  cette identité universelle et se désocialisent, c’est à dire sortent de la réalité commune. 
Ceux qu’un parcours sombre et de décadence finit par amener au pire, n’en restent pas moins pleinement des être humains. Les traiter de « monstres » est une erreur que l’on commet facilement. Ce serait comme s’il existait une sorte d’espèce infra-humaine qu’il suffirait d’éradiquer par l’élimination massive. 
On sait ce que cela a donné il y a 70 ans…

Cela ne veut pas dire que ces distributeurs de mort ne portent pas une affreuse responsabilité et c’est l’évidence même qu’ils doivent être condamnés à la hauteur de leur ignominie. De même que les commanditaires, chefs de guerre et autres prédateurs. Eux et leurs complices de tous ordres. Et les complicités peuvent aller loin…. et remonter loin dans toutes sortes de pratiques commerciales que nos sociétés « tolèrent » en fermant les yeux.

Cela veut dire que des êtres humains, aussi humains que vous et moi, sont en capacité de commettre les pires atrocités pour une idéologie (qu’elle soit athée, barbare ou religieuse). L’histoire en est truffée… 

Nous avions sans doute oublié cela en France et en Europe.
Les « périodes de paix » sont toujours des parenthèses provisoires.
Ma génération et celle de mes enfants ont connu la paix territoriale.
On a tellement cru que c’était quasi pour toujours, qu’on a laissé tomber grandement l’idée d’avoir une armée pour se défendre…. 
On a mis fin à la conscription, au profit d’une armée de métier et peut-être un jour de mercenaires-barbouzes payés avec nos impôts…

Je ne suis pas militariste, loin s’en faut ! j’ai craché sur l’armée et la police quand on se baladait avec nos chemises à fleurs, le joint à la bouche, et l’amour à tous les étages avec les copines.

C’est fini.
Constat difficile et douloureux.

Il y a des frères en humanité qui décident la déshumanisation et l’asservissement à l’horrible.
Ils sont riches, de plus en plus nombreux, présents sur 5 continents. Ils prospèrent à grand pas.
C’est ÇA la Réalité !

Et nous sommeillons encore en pensant que tout va finir par s’arranger…
Oui, je le crois  aussi.
Mais je serai mort….
Et ce sera jusqu’à la fois suivante.

Et pour ceux qui ont mon dernier livre, je renvoie au texte N° 43 : « Le meurtre des fils ».
Et sur notre capacité à tuer des innocents, nous, l’Occident dit « civilisé », au texte N° 119 : « Tous barbares ? »



21 commentaires:

  1. Merci de tes réflexions AlainX. J'adhère à tes propos.

    Depuis vendredi je pense beaucoup à ma si aimante Grand-Mère qui m'a dit souvent "L'un de mes plus grands souhaits c'est que vous (ses petits-enfants) vous ne connaissiez pas la guerre".
    Ma Grand-Mère - qui n'est plus sur cette Terre depuis bientôt 14 ans - a 5 petits-enfants et 6 arrières-petits-enfants dont un encore si petit... Là où elle est ses yeux bleus si doux doivent pleurer...

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    1. Un de mes oncles disait cela aussi, lui qui y fut blessé.
      Il n'y aura pas évidemment d'invasion du territoire, mais la "maladie de la terreur" qui s'infiltre lentement et sournoisement est aussi une horrible bestiole....
      (des amis m'ont dit que leur petits-enfants refusaient de retourner à l'école et avaient crisé grandement hier.... ça passera bien sûr... mais quand même ...)

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  2. Merci pour tes propos constructifs qui vont réfléchir, Alain.
    Je mettrais cependant un bémol sur le fait que puisque ces terroristes sont des humains, ce ne sont pas des monstres mais des êtres comme toi et moi qui ont mal tourné. Je ne suis pas tout à fait d'accord. Ce n'est pas parce qu'on appartient à la même espèce qu'on se ressemble, qu'on a les mêmes capacités les mêmes caractéristiques.
    Ce sont bien des monstres au sens premier du terme: une telle absence de compassion, d'empathie, n'est rendue possible que par une atrophie congénitale du coeur. Je ne pense pas qu'on devienne une machine à tuer comme ça simplement à cause d'un parcours individuel. Bien sûr; les facteurs extérieurs tels que les parents, la société, l'éducation, la géopolitique mondiale peuvent grandement influer sur ce parcours. Mais le fait est que deux individus dotés de deux capacités à aimer différentes au départ n'aboutiront pas au même résultat final en suivant pourtant le même parcours. La capacité à aimer initiale est l'élément décisif qui va faire toute la différence. Or, cette capacité à aimer représente, pour moi, le critère-clé de la définition de l'être-humain. Son absence totale exclut, encore une fois pour moi, l'individu concerné de l'espèce humaine.

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  3. J'ignore ce qu'est une "atrophie congénitale du coeur"...
    Certaines femmes donneraient-elles naissance à "des monstres congénitaux" ?
    La capacité à aimer est universelle (selon moi et d'autres disant la même chose), mais pour qu'elle s'active il faut être aimé en premier, soit à la naissance (et même avant dans le projet d'enfant), soit plus tard. Et là, bien sûr, chacun n'est pas à égalité suivant les circonstances et le contexte. (comme tu le dis d'ailleurs).

    Pour ce qui est de l'aptitude à se déshumaniser "rapidement" (hélas), je renvoie, par exemple, à l'expérience de Milgram (souvent reproduite depuis et aboutissant aux mêmes résultats). Cette expérience démontre comment 600 étudiants américains bien ordinaires et bien gentils, en sont venus à torturer un de leur semblable par chocs électriques de plus en plus violents et potentiellement mortels, par un simple conditionnement émanant de personnes "faisant autorité scientifique" et qui les incitaient à "poursuivre l'expérience scientifique"....
    (évidemment le "torturé" était un acteur qui "faisait semblant")

    Choisir des personnes JEUNES, en faiblesse psychologique et/ou matérielle, et/ou en révolte contre "le monde", et les transformer par conditionnement pour fabriquer un bon petit djihadiste, bien conditionné et endoctriné, sous l'autorité d'un Dieu qui les récompensera.... C'est pas bien difficile... hélas !!

    Notre espèce humaine à ceci de différent, c'est qu'elle tient sa seule force d'humanisation de ses fragilités ...
    Et les exploiteurs de ces failles humaines sont bien sûr à combattre. Mais quel combat ?

    On a alors le choix : - "ré-humaniser" (essayer, y croire) ou éliminer (tuer, détruire).
    Nous avons clairement fait le choix N° 2 ...

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  4. Et je rajouterai que tant que les dirigeants de chaque pays continueront à faire du commerce en vendant des armes et à "jouer" à la guerre, il n'y aura pas de paix possible. Les armes, la guerre, c'est aussi du commerce, ne l'oublions pas. Ces mêmes hommes s'indignent, pleurent leurs morts alors que ce sont eux qui fournissent des armes à leurs adversaires, ils l'ont donc oublié ? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, non ?
    Sinon, je pense tout comme toi, Alain. Merci pour ce billet.

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    1. Nous avons hélas ce privilège d'être un des principaux marchand d'armes de la planète.
      Nous en somme "officiellement" fier, tout le monde à applaudi quand on a vendu nos "Rafales"....

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  5. Trouver la bonne distance intérieure... nécessaire mais pas si facile. Surtout que les médias se sont donné à coeur joie pour nous émouvoir de toutes les façons..
    J'ai aussi été très touchée de voir les petits mouvements de solidarité qui se sont manifestés ici ou là: de quoi continuer à croire que l'homme au plus fort de la tourmente est capable de sortir de ses peurs pour venir en aide à l'autre: j'ai eu plus d'une fois la gorge nouée en lisant cela... et alors je suis fière d’appartenir à cette humanité-là!
    Moi non plus je ne peux me résoudre à parler de "monstres" concernant les auteurs de ces actes terroristes. Ils ont commis des actes monstrueux, mais ne sont pas des monstres
    Je pense qu'ils ont été des petits garçons qui sont allés à l'école: qui ont-ils rencontrés qui les ont cassés, abîmés, convaincus que le mal était le bien?

    C que j'apprécie grandement dans ton billet Alain, c'est la mesure de tes mots. Ils sont graves, bien sûr, mais pas larmoyants: pas de pathos chez toi. Et pas davantage de légèreté forcée et superficielle, sous prétexte qu'il faut continuer à vivre.
    Oui il faut vivre, mais vivre mieux, plus consciemment...
    Et cela n'emp^che pas au contraire, qu'on boive un bon vin, qu'on aille au spectacle, qu'on rie de bon coeur, qu'on s'aime énormément
    Je te l'ai déjà dit ? je t'aime énormément!

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    1. Il me fallait un minimum de recul pour écrire ce billet. Il s'est ordonné de lui-même tel qu'il est.
      Bien sûr on peut boire un coup et rire. Pour ma part il me faut laisser un délai avant cela. Il y avait ce midi à la TV un reportage montrant des gens "festifs" aux terrasses des cafés ensanglantés.... Cela m'a mis dans un gros malaise..
      Aurait-on oublié le minimum de décence vis à vis de ceux qui sont dans le malheur de tout ça ?
      Ça sert à quoi 3 jours de Deuil National ?
      Exit les morts et les pleurs ? déjà ?
      Mais il faut quoi ?
      Une bombe atomique ?

      Sinon .... wahou... quelle déclaration d'amour ! :-)

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    2. Peut-être que chacun réagit comme il le peut, Alainx, et qu'il n'y a pas une seule bonne manière de gérer sa peine...

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    3. Tu as raison Candice, Mon commentaire es un jugement, mais... comme tu dis....
      Chacun gère comme il peut....

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    4. Oui les commentaires sont souvent des jugements...mais quand ils sont positifs on ne s'en aperçoit pas.
      Oui, chacun réagit comme il le peut, il n'y a pas une seule bonne manière de gérer sa peine...
      Oui, l'amour, ça fait du bien. Les déclarations d'amour aussi.
      Oui...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  6. Charlotte17/11/15

    Ton texte m'a beaucoup touchée. J'ai aimé que tu relèves tous les gestes de solidarité qui se sont déployés dans ces circonstances dramatiques. C'est important à signaler. Car là où il y a l'horreur là il y a aussi des hommes plein de lumière. Oui ces tueurs fanatiques sont des humains. Un animal tue pour sur vivre pour manger. Ces humains là tuent pour mourir .Ils savent ce qu'ils font: ils pensent ,décident ils programment pour semer la mort ,pour tuer la vie la joie de vivre, d'aimer, de fraterniser...
    Merci pour ce texte que j'attendais avec impatience. J'ai relu à cette occasion ton texte 43 et 119.J'ai fait lire tout çà à mon mari chéri qui a aussi beaucoup apprécié. Depuis il lit ton livre !

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    1. J'ai au moins gagné un lecteur de plus !!
      :)

      Oui, si on ne voit pas la lumière dans l'homme on ne peut survivre à nous-mêmes...
      Force et Fragilité... Nous sommes ainsi constitués.
      Je mesure toujours tout le chemin d'humanisation personnelle qu'il me reste à faire....
      De plus en plus ....

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  7. Je suis encore sous le choc. Je me sens vidée de toute joie, de ma capacité même à la joie. Je n'ai pas envie de me laisser aller à la colère car ici elle serait il me semble contre-productive. Tu vois après l'affaire Merah une question me taraudait en voyant la photo de ce gamin tout sourire qui avait l'air si sympa: "comment un garçon ordinaire qui semblait si gentil avait-il pu poser une arme sur la tête d'un petit enfant et faire feux???" Comment, au bout de quelle rage, de quel désespoir, de quel abîme peut-on en arriver à tuer un enfant sans frémir au prétexte qu'il est juif? Je t'avoue que c'est incompréhensible. Que ce geste je ne peux pas le comprendre tant il est à des milllions d'années-lumière de ce que je suis.

    De même je reste sous le choc de ce qui s'est passé vendredi parce que je ne comprends pas comment on peut tuer sans discernement des inconnus dans la rue, faire un bain de sang dans une salle de concert. Pas un instant pourtant je me dis que ces assassins sont "inhumains", je crois qu'au contraire à un moment ils l'ont trop été- humains- trop fragiles, trop paumés et que de plus malins qu'eux en ont profité. Les vrais salauds ce sont les têtes froidement pensantes qui orchestrent tout ça et qui eux sont loin et bien au chaud, ceux qui comme ben laden ne se feront jamais sauter le caisson.

    De même je suis tout à fait contre le fait d'envoyer notre armée en Syrie, je préférerai que l'on utilise tout cet argent à lutter pied à pied, chez nous et en Europe, avec l'éducation, l'instruction, l'apprentissage du sens critique, contre le radicalisme religieux qui conduit au djihadisme. La guerre qui fait tourner les entreprises marchandes de mort ne nous ménera nulle part que vers plus de violence et de chaos, voire la guerre civile. J'en suis persuadée.

    Bref j'aimerai une approche plus profonde, moins superficielle et médiatique. Mais ça je peux toujours rêver hein. Enfin, quand je pourrai à nouveau rêver...

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    1. Les questions que tu poses, elles sont aussi en moi. En d'autres sûrement.
      Comment on en arrive là ?
      Alors, on peut chercher avec sa tête toutes sortes de réponses. Et on en trouvera.

      Quelqu'un un jour m'a appris ceci. Ce fut pour moi une sorte de petite révélation :
      — Il y a des questions auquel nous devons trouver une réponse
      — il est il y a des questions qui doivent« nous habiter »
      Ce qui voulait dire, vivre avec elles à l’intérieur de nous. Que l'on se laisse faire par elles lentement, car il n'y aura pas de réponse nette claire et précise, mais tout un travail intérieur qui s’élaborera.

      Nos gouvernants, parce qu'il faut bien faire face à l’immédiateté sont sans cesse dans ce schéma simpliste : - un problème ce matin, - une solution ce midi, - une action ce soir.
      On n'a pas été formé à l'ENA pour rien…

      Le vrai travail de fond, tel que tu l'évoques dans ton dernier paragraphe, ne se fait pas. Et je craindrais qu’il ne se fasse jamais…
      Alors oui, on peut rêver…
      On peut aussi s'exprimer
      Les réseaux médiatiques ne sont pas nécessairement réservés aux imbéciles.
      Il faut trouver les bons crénaux. Ce qui n'est pas évident, je te l'accorde…

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  8. J'ai lu le 43. Et puis le 119. Mais j'ai préféré m'arrêter au 120, au jardin de la Paix.

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    1. oui..... !
      C'est pourquoi j'ai tenu à terminer ce livre par ce texte-là....
      Merci de me lire.

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  9. Chinou19/11/15

    Je suis toujours admirative des gens qui savent mettre des mots sur la douleur. Ainsi ils pansent leurs maux et peut être aussi aident ceux qui ne savent pas exprimer leur ressenti. Raison pour laquelle j'ai bien fait de venir te lire.

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    1. Bienvenue chez moi, Chinou.
      À chacun ses points fort.... toi tu écris avec tes pinceaux....

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  10. Je suis le commentaire de Désirée Thomé et notamment son dernier paragraphe.
    Pourquoi faire la guerre chez les autres ? Pourquoi vouloir leur imposer notre modèle alors que nous ne pouvons faire respecter nos propres lois chez nous !

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    1. On sait hélas que chacun considère que SON système est le meilleur sur la Planète.... et qu'il font donc l'imposer au monde....
      A priori, ce serait depuis que l'homme s'est sédentarisé, et donc a commencé à accumuler des richesses, et a organisé ça et là une "vie ensemble", qu'il n'a pas tardé à vouloir imposer par la force à ses voisins... environ 12.500 ans avant notre ère....
      Pas grand chose de nouveau, hélas, depuis !!
      :-(

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