samedi 28 novembre 2015

Un passé revisité.

Récemment, j’ai évoqué dans un commentaire la chanteuse Anne Sylvestre, qui marqua une à deux années de ma jeunesse. Bien sûr elle n’eut pas l’importance dans mon parcours d’un Brassens, d’un Ferré, d’un Ferrat/Aragon, d’un Brel.

Courtes années d’amours balbutiants, de copines follement amoureuses et de ruptures follement dramatisées…. 
Et donc, « Elle » qui me chantait Anne Sylvestre dans sa sous-pente, son matelas par terre et sa guitare à quatre sous.… sa mini-jupe dévoilant des cuisses serties d’un Panty sage et serré signifiant « pas touche » enfin par tout de suite, pas trop vite….
 « Elle » me prêtait ses bandes magnétiques longue durée pour mon magnéto Grunding garanti HiFi… J’écoutais Anne en sourdine la nuit, laissant les fantasmes advenir comme ils pouvaient. Mais ils demeuraient d’une trop grande sagesse. 
Un jour on fut moins sage sur le matelas par-terre, mais juste ce qu’il convenait pour éviter tous risques….

Et puis, et c’est terrible à dire… Je ne sais même plus comment l’histoire finit… On se voit, puis un peu moins, puis beaucoup moins.
— Tiens ça fait longtemps que je ne l’ai vue ! 
Puis plus rien…
Restent les accords de guitare, sa voix un peu éraillée, la douceur de sa peau, l’amour dans ses yeux.
Et Anne Sylvestre…..

J’ai réécouté. Des années sont passées, mais quand une vraie poète existe, elle chante pour tous les temps.

Ainsi de cette chanson de 1974, comme si c’était hier.



Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne pleure plus, paraît-il 
On avale tout, c'est facile 
On ne dit plus rien 
Lorsqu'on vous crache dessus 
On reste serein, la colère 
C'est mal vu 
On est poli, poli 
On tend son cul, merci merci 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne s'aime plus, paraît-il 
On dit que l'amour est fragile 
On est très moderne, 
On laisse sa liberté 
Mais on fait les poches 
Aussitôt le dos tourné 

On est copain, copain 
On ne se raconte rien, plus rien 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On connaît tout par le journal 
Mais les mots, ça ne fait pas mal 
On est toujours plus ému 
Par ce qui est loin 
Mais on oublie la détresse 
De son voisin 

On est bistrot, bistrot 
On ne se connaît pas trop, pas trop 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On mélange les accidents, 
Les princesses et leurs prétendants 
On ne dit plus rien 
Lorsque des enfants ont faim 
Mais on ouvre sa bourse 

Pour sauver des chiens 

On est toutou, toutou 
On a bon cœur, c'est tout, c'est tout 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne pleure plus, paraît-il 
On rigole, c'est plus facile 
On n'écoute plus 
Les poètes, les errants 
On leur dit "Taisez-vous, 
Vous n'êtes pas marrants." 

On est télé, télé 
On est si fatigué de penser 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On va à la messe, au caté 
Ou bien on bouffe du curé 
Mais on chante en chœur 
Il est né le divin enfant 
On va tous ensemble au muguet 
Quand il est blanc 

On est païen, païen 
Dieu reconnaîtra les siens, c'est bien 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On est toujours comme on n'est pas 
Un jour c'est triste, un jour ça va 
On essaye bien 
Mais on n'a jamais le temps 
On croit tenir la fleur 
Mais on meurt mécontent 

On est paumé, paumé 
Et si on pouvait s'aimer, s'aimer 

Être ensemble pour pleurer 

Avoir le temps de pleurer...

27 commentaires:

  1. Bonsoir Alain,

    j'avoue que je ne connaissais pas cette chanteuse. J'aime beaucoup son timbre de voix qui je trouve ressemble un peu à celui de Barbara. Les paroles de cette chanson sont belles...
    Etiez-vous pour "Elle" ce mur pour pleurer?
    C'est une question que je me pose mais qui ne demande pas forcément de réponse.
    C'est un souvenir doux que vous nous relatez là.
    Il me plait de le lire et d'entendre Anne Sylvestre, que je m'en vais rejoindre pour l'écoute d'autres titres...


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    1. En ce temps là nous partagions nos joies et nos détresses...
      On avait 20 ans à peine...
      Chacun était le mur à son tour sans doute....
      Merci de souligner le "doux", c'est ce qui me reste le plus en effet....
      ------
      je supprime le 2° commentaire, qui est un doublon

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  2. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  3. Cette chanson est tellement "moderne". Cela voudrait dire qu'en 40 ans rien n'a changé? Terrible constat.

    Ces personnes que l'on a aimé, qui ont tendrement compté pour nous, c'est fou comme on les oublie vite. Pourtant il était beau, il me donnait des petits noms aussi doux que des poussins. L'autre jour je pensais à lui et il m'est venue l'idée saugrenue de le "chercher" sur la toile. C'était plus le même homme, il n'était plus beau, il avait la couenne rougeaude. Mais je suis à peu près certaine d'une chose: c'est que dedans il est toujours aussi fragilement beau...

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    1. oui, garder au fond de soi.....
      C'est là qu'est la place de nos amours/amitiés anciennes.... c'est là qu'ils/elles font sens dans notre histoire.
      J'ai aussi cherché à retrouver celle (pas la "elle" dont je parle ici) qui fut mon "premier grand amour" de jeunesse. Histoire de savoir ce qu'elle était devenue.... recherche vaine "effectivement" et vaine au regard de mon parcours de vie....
      J'ai renoncé il y a quelques années, et même je ne le souhaite plus du tout.
      Je garde en moi tout ce qui fut de l'ordre de "faire sens" pour ma vie..... J'ai failli écrire de "pour nos vies", espérant qu'elle aussi cela fut bénéfique sur le long cours....

      et j'aime beaucoup ta dernière phrase....

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  4. mes enfants ont écouté et chanté les fabulettes de Anne Sylvestre, encore et encore!
    A présent, ce sont mes petits-enfants qui, dans la voiture, écoutent et chantent ces mêmes fabulettes
    Ils adorent
    Et en même temps ils entrent dans leurs oreilles des accents de poésie
    "mon oeuf est tout neuf" est la fabulette qui remporte toutes leurs faveurs

    Quand à ses autres chansons, je vais en citer deux que j'aime énormément
    - ma chérie (dialogue entre une mère et sa fille, chanson qui aujourd'hui encore me donne des larmes)
    - écrire pour ne pas mourir, que j'écoute quand je doute au sujet de mon écriture

    Heureuse que tu me rappelles ces chansons magnifiques, émouvantes et si humaines

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    1. Ouiiiiiii !....
      Ecrire pour ne pas mourir" - je l'aime beaucoup aussi
      et je comprends tout ce que cela représente pour toi ...

      La 1° chanson de Anne, qui me marqua fut "la fille du vent"... J'avais 15 ans... Sylvestre en avait 28 ...

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  5. je ne résiste pas à mettre le lien de "Ecrire pour ne pas mourir"
    https://youtu.be/w7lHXwW2zOc

    et "Ma chérie".... ces mots si vrais nous les avons bien de fois échangés ma fille "rebelle" et moi
    https://youtu.be/1fuKWfLEp38

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    1. Elle vient de perdre son petit fils : Baptiste Chevreau, 24 ans, musicien, lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris

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    2. oui, elle a demandé qu'on cesse d'en parler sur les réseaux sociaux....
      (mais mon blog n'est pas un rézossocio....)

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  6. Cette chanson reste étonnamment (?) d'actualité….
    Comme si rien de changeait vraiment.

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    1. Les évolutions humaines sont lentes....
      l'accélérations des sciences et techniques depuis 1 siècle 1/2 nous leurre quelque peu ... comme si nous aurions suivi ce rythme....
      Enfin, je vois ça comme ça ......

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  7. Une grande chanteuse dont les textes traversent le temps parce qu'ils nous parle au coeur.
    Pleurer, oui, ne pas avoir peur de verser des larmes...pour convoquer notre humanité profonde.
    Merci pour ce partage, Alain.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Pour que quelque chose parle au coeur, il faut que "l'émetteur" ait ouvert son propre coeur.
      Et je pense qu'Anne Sylvestre est une artiste authentique.
      J'ai ce sentiment (peut-être à tort) qu'il y a moins d'authenticité en ces années-ci....où l'on "fabrique" des chansonnettes... assemblées et construites durant des mois avant de sortir....
      (propos de vieux sans doute......)

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    2. Ben si, y a moi...
      Nan j'rigole !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    3. Tu devrais écrire des chansons ....
      (et tes cours de chant ? Ça se passe bien ? ...)

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  8. J'ai un disque d'elle, aussi, un vinyle, mais si ses paroles me parlent toujours je n'aime pas trop sa voix. Celle que j'adorais à l'époque dont tu parles c'est Mannick, elle écrivait des choses qui alors me paraissaient terriblement érotiques et me faisaient fantasmer, comme "Tout au long de ton corps", entre autres. Et puis elle était en quête de spiritualité aussi, quand elle écrivait "Comme on s'ennuie". En faisant quelques recherches à l'instant on dirait qu'elle a trouvé.

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    1. Ah oui !! Mannick ! ... Mais c'est plus flou pour moi, à part "je connais des bateaux"....
      La chanson que je trouvais érotique c'était "au pays de ton corps" chanté par la soeur de Le Forestier....

      https://www.youtube.com/watch?v=HIs51qVhjoc

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    2. Mannick, "L'enfant soleil", une magnifique chanson : https://youtu.be/lFW-pIAv6U8

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  9. Je ne me souvenais plus de cette chanteuse, mais ses chansons n'étaient pas liées à d'aussi tendres et beaux souvenirs que les tiens !!
    Les textes semblent bien d'actualité...
    Joli retour en arrière.

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    1. On a tous notre "Paradis blanc" de chansons, lié à nos souvenirs heureux....
      :-)

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  10. Je crois que tout dans la vie n'est qu'un éternel recommencement : L'homme se reproduit, les plantes se reproduisent, les animaux aussi, l'air je pense aussi mais il est pollué un peu plus, les problèmes se compliquent un peu plus certainement. Reste le monde ! lui, va-t-il se reproduire une nouvelle fois, aurons-nous la lucidité de comprendre une fois pour toute que les poètes ne mentent pas!

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    1. C'est cyclique oui....
      Mais peut-être façon bicyclette.... A chaque tour de roue on a un petit peu avancé..... sur une chemin à milliards de kilomètres....
      Et en ce moment on a le sentiment que la bicyclette traverse des ornières boueuses...

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  11. Chinou30/11/15

    Je n'ai guère écouté cette chanteuse car Brel, Brassens berçaient mes journées , Claude-Michel Schönberg (le premier pas) et Camillo Felgen avec Sag warum ponctuaient les premiers émois de nos surprise parties. Certaines de nos émotions passaient par la musique et les paroles. Non, les temps n'ont pas changé; c'est juste le "tempo" et les mots qui nous déroutent

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    1. ah ! Sag warum ! toute une époque....
      Pour pas remettre sans cesse le 45 T sur le phono j'avais enregistré la chanson plusieurs fois sur le magnéto.... !

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  12. Mon père aimait beaucoup Anne Sylvestre, je l'ai donc entendue chanter jusqu'à l'âge de 13 ans. Ensuite, je ne l'ai pas très suivie. Mais cette chanson est très belle. Merci pour ce partage de tes souvenirs, Alain. Et merci pour tes mots laissés chez moi.

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    1. Ton papa aimait beaucoup ?
      p'tain je prend un sacré coup de vieux là ce matin !!
      ;-)))

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