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samedi 30 avril 2016

Exposition Modigliani.



Hier, nous avons visité l'exposition Modigliani au musée d'Art moderne de mon coin. Rien à dire sur la qualité de l'exposition elle-même, son agencement et son organisation. La rétrospective consacrée à son œuvre est bien faite et bien documentée.

J'ai cependant quitté l'expo relativement déçu. Certes, je ne suis pas un fanatique de Modigliani, mais j'apprécie cependant certaines de ses œuvres. 
J'espérais que mon plaisir grandirait en voyant les toiles en vrai .
 Mais là, toutes ces tableaux m'ont donné le sentiment d'une intense tristesse qui ressortait de ces visages et de ces corps. Et puis le côté quasi systématique de ce fameux œil intérieur (les orbites vides sur quasiment toutes les toiles), non seulement cela semble répétitif, mais à force perdre de son sens, au point que l'on se demande si l’artiste était incapable de peindre des yeux expressifs ou s'il s'agissait d'un procédé repris à l'envie.


J'ai longuement « respiré » sur le tableau d'un jeune garçon à l'œil vif (pour une fois…), au visage souriant et ouvert qui donnait une impression positive.



Alors certes, on peut dire qu'il a peint des gens ordinaires de son entourage et de ses amis, sans recourir à des modèles professionnels, hormis pour quelques nus (qui firent d'ailleurs scandale… à la vitrine du galeriste !…) et qui étaient des œuvres de commande pour lui faire gagner un peu d'argent.

Digression :
Côté argent, on peut voir une facture de la galerie à un collectionneur et mécène de Modigliani : 1250 Fr. l'œuvre en 1923 (ou 25?), soit environ 1000 € d'aujourd'hui. Bon sang, pourquoi mes parents (ou grands-parents) n’ont pas acheté un Modigliani ! Aujourd'hui le portrait dudit mécène s'est vendu 6,4 millions d'euros…


Redevenons sérieux :
une fois de plus j'ai pu observer qu’entre la vue d'une reproduction, fût-elle de qualité, et le contact avec une œuvre originale, ce n'est vraiment pas la même chose. Pas le même émotionnel. J'en fais à chaque fois le constat. Il émane de l'œuvre réelle une puissance qu'aucune reproduction ne peut transmettre. À ce sujet, je suis toujours surpris des gens qui passent 4,5 secondes devant une toile, puis devant la suivante, puis devant la troisième.
Ils pourront dire « qu'ils ont fait l'exposition ». Sûrement qu'ils passeront plus de temps à la boutique pour acheter le gros bouquin qui reprend les oeuvres de l'expo. Comme ça ils pourront le ranger sagement sur le troisième rayonnage à gauche de la bibliothèque à droite dans le salon.

*

En sortant de l'expo proprement dit je suis allé dans la salle dite de « l'art brut », et là, je peux dire que je me suis régalé… avec ces gens « ordinairement spéciaux » de ma région ou d'ailleurs : comme, Émile Ratier, Jean Lefèvre,  ou Corinne et Alfred (sous le nom de A.C.M.) qui ont composé des villes imaginaires ou des fantasmagories à partir de toutes sortes d'objets ou de bricoles récupérées ça et là…
Artiste illuminés, mythiques, internés en psychiatrie, être terrifiés par les bombardements de 40,  ou simplement retraités maniaques…..

Pour le coup je fus impressionné !
J'ai pensé, non sans une certaine tendresse, à François Pignon dans le dîner de cons, et ses tours Eiffel en allumettes…


Tenez, je vous montre :


André Robillard (en psychiatrie)



Jean Lefèvre

Montage complexe pour signifier la modernité de l'électricité partout





 
A.C.M (Alfred et Corine)

composition assez immense.... 5 ou 6 M2 plus peut-être.... Une sorte de ville imaginaire....



 






A.C.M (Alfred et Corine)



 


11 commentaires:

  1. quelles constructions incroyablement tarabiscotées!!!

    Et tu as raison, ce sont des visages tristes ou fermés!
    Je n'aime pas davantage le visage que tu as mis en exergue: on dirait l'idiote du village
    Par contre au deuxième rang, la femme en bleu a un visage assez apaisé!. C'est mon visage préféré!

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    1. Ah ben c'est un portrait de son ami Chaïm Soutine, un peintre "dans son genre", considéré comme une figure de"l'école de Paris" (dont fait partie Chagall notamment).
      Le pauvre, heureusement qu'il ne lit pas ce blog !!! :-))

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    2. ces visages sont la plupart peints de travers....
      était-il borgne pour les voir comme ça? ;-))

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  2. Moi aussi j'ai vu une exposition Modigliani a Turin il y a un an, et j'ai eu la même sensation que toi, une tristesse qui se trainait et étirait les visages. Ambiance lugubre malgré les couleurs...

    POur moi les ACM sont "les auto-canons-mitrailleurs" mais je dois dire que ces oeuvres, au fond, pourraient en être :D

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    1. Faut dire aussi que le gars n'a pas eu une vie folichonne… souffreteux et toujours plus ou moins malade des poumons… grand buveur devant l'éternel… il a failli laisser la peau plus d'une fois. En plus il meurt jeune, et sa femme, enceinte, se suicide le lendemain de sa mort… c'est dire si l'ambiance était à la rigolade…
      cet aspect grande tristesse m'a beaucoup frappé. Qui plus est j'ai trouvé certaines toiles « brouillonnes »
      finalement faut mourir jeune pour avoir un succès post-mortem ! Façon Claude François !

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  3. Ah oui, quand même !
    Bien torturés du ciboulot les gars...que ce soit Modi et ses visages longs comme un jour sans pain (cette expression veut-elle encore dire quelque chose de nos jours ? ;-)) ou les ACM moi je dirais plutôt Assez Choqués Mentalement... ;-)
    La "ville imaginaire" me fait penser au palais du facteur Cheval, ça me met mal à l'aise...
    Ça manque de joie, tout ça, mais bon, s'ils ont vu des bombardements, ou s'ils ont un petit grain, ça peut se comprendre...
    Après je me dis que s'il est devenu célèbre, c'est que Modigliani a plu à beaucoup de gens...
    Les objets en récup de Robillard sont pas mal, si l'on fait abstraction du symbole des fusils...
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Chaque fois que je vois des œuvres dites de « l'art brut » je ressens une attirance étrange envers l'auteur, me demandant ce qu'il voulait « communiquer ». Rien peut-être. Juste des trucs compulsifs. Mais quand même, passer des années et des années à réaliser « ça », m'interpelle toujours sur les profondeurs de l'humain.
      D'autant que j'ai souvent ce sentiment qu'il ne faudrait pas grand-chose pour basculer de ce côté-là du psychisme… et d'ailleurs… j'en connais… des gens "brillants" en psychiatrie… il ne faut parfois que quelques secondes pour que le cerveau déraille… définitivement.
      Alors c'est évident que ça manque de joie. Mais ça contient aussi beaucoup d'autres choses…

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  4. J'ai failli faire le trajet pour voir l'expo. J'aime beaucoup ces portraits. A l'origine de ces yeux vides et de ces visages allongés il y a l'influence de l'art Africain (les masques) comme chez beaucoup d'artistes de l'époque. Ces visages ont une puissance indéfinissable... Et ils m'interrogent ... sur quoi ? mon identité, mon humanité ... ?

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    1. Tu as encore un mois… tes réactions après l'expo m'intéresseraient…
      Pour ma part, « avant », j'avais été interpellé par quelques tableaux en reproduction.
      J'ose même dire que j'avais fait un « texte fort » dans un atelier d'écriture où l'un des tableaux servait de support.
      Mais là, « après », vu l'accumulation des tableaux de salle en salle, je n'ai pas ressenti cette sensation de puissance… mais plutôt l'inverse… une forme de désespérance de l'humanité. Ce fut ma déception…
      serais-je un optimisme béat ?

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    2. Oui, sans doute, l'accumulation crée le vide, un peu comme la sur-information qui aboutit à la désinformation... Mon prof d'histoire de l'art nous recommandait d'aller dans un musée pour regarder un tableau. et puis partir. ce n'est pas très rentable :)

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    3. Oui cet effet cumulatif ne fut pas bon… mais c'est aussi que Modigliani serait pète quand même beaucoup… même si chaque toile a une originalité…
      remarque, je pourrais suivre la recommandation de ton prof… si c'est les musées nationaux : ma situation de privilégié/handicapé me donne l'entrée gratuite… ainsi que mon « accompagnateur »…

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