vendredi 12 août 2016

à propos d'un billet de Pierre


J'ai commenté ce billet de Pierre, dont le titre est « avant la fin », cette fin étant la mort…. qui faisait d'ailleurs lui-même référence à l'un de mes derniers textes

Une blogueuse n'indique que ce commentaire est très intéressant et mériterait que j'en reparle « ici ».
N'ayant pas trop le courage (c'est les vacances !) de remettre en forme tout ça je publie ici simplement le commentaire laissé là-bas.
À vous d'aller voir chez Pierre si ça vous intéresse.
(Il y a bien d'autres choses intéressantes qui y sont dites…)

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A propos de ton titre : "Avant la fin".... 
Certes avant une "certaine fin", celle d'une forme relationnelle dont nous avions l'habitude.... se voir, se parler, se toucher, se respirer, s'entendre, être intime de corps, etc ..... Ce que nos habituels 5 sens permettaient.... 
Mais est-ce LA fin... ? 

Tu écris : "au delà de la disparition d'un être, la mort représente surtout la perte irréversible du contact avec l'être aimé. Le lien peut demeurer, spirituellement et émotionnellement, mais sans réponse désormais." 

Ma modeste expérience "avec" les morts qui me furent chers et importants me fait voir les choses sous un autre angle. 
Je suis d'accord quand tu distingues lien et relation. La relation à l'autre crée sans doute un attachement, pas nécessairement un lien. Si les 2 existent, alors certes, la relation (échange avec les sens) n'est plus de l'ordre connu jusqu'alors. Mais le lien demeure et se manifeste "de fait" si je puis dire... 
Autrement dit "réponse" il y a, malgré la mort du corps. 
Je me sens toujours en lien... et j'oserai presque dire... en relation... avec certaines personnes mortes. 
J'ai tout un temps vécu dans le "c'est fini" comme un nécessaire acceptation, et, qu’au mieux, restait le souvenir entretenu de diverses manières : évocation avec d''autres, photos, vieilles lettres, vidéos même.... etc.... Mais ce n'était que choses anciennes, comme on retrouve quelques traces dans des greniers... 
Ce n’était que la surface visible es eaux, par le mystère des profondeurs. 
Peu à peu, avec les années, je suis entré dans un nouvelle perception plus « vivante » car ne n’étais plus seulement de l’ancien…. mais « du neuf » dans le lien, toujours vivant en moi, sous forme d’une présence perceptible, sensorielle, émotionnelle sans sensiblerie, venue des profondeurs. 
Mes morts continuent de m’enseigner la vie, la mienne, et plus généralement le sens du Vivant. 
Ainsi, de mon père (mort il y a 26 ans) et aussi d’un ami de jeunesse avec qui nous avions des projets intenses (mort il y 34 ans), je demeure en lien intérieur bien au delà des souvenirs d’un passé lointain. Je pourrais ajouter deux de mes maîtres à vivre. Ces êtres m’enseignent de l’intérieur, sans mots, sans je ne sais quelle manière perceptible et descriptible, Mais « ils sont là » et d’eux « je reçois » du plus que moi-même. 
(difficile de mettre des mots sur ce que je cherche à exprimer). 

C’est juste expérientiel, ce n’est pas philosophique et encore moins religieux… au sens d’une « croyance en une vie éternelle » tel que la chrétienté (et d’autres) le proposent… 
Je comprends cependant cette démarche, que l’on puisse extrapoler en pensant à une sorte de « survivance en esprit » et que un « au-delà » soit envisagé comme une spéculation hypothétiquement plausible, par extension et universalisation de l’expérience personnelle. 
Tout cela se faisant sous forme de représentation à la ressemblance de la vie humaine ordinaire. (vie paradisiaque, jardin d’eden, et autre forme matérialisable, représentable …) 
J’essaye de m’en tenir à l’observation de ma réalité, pour autant qu’elle m’apparait. 

Autrement dit je ne crains pas la mort de l’autre comme sa disparition définitive… avec la plaque sur la tombe « Regrets Éternels » ! En revanche je crains la douleur de la séparation physique, sensible, sensuelle, intellectuelle, etc…. La fin d’une forme connue du « partage » et d’une manière « d’aimer/et d’être aimé ». 
Je redoute cette incontournable traversée, pour l’avoir vécue et l’avoir vu vivre chez d’autres… Elle est douloureuse, parfois longue, difficile à vivre… 
Je le ressens en ce moment envers mon ami d’enfance qui vient de mourir. 

Mais c’est juste une traversée. On dit faire son deuil (expression à-la-con), il s’agit surtout de faire un plus-de-vie avec l’autre en soi. 
C’est une « forme de vie » qui meurt… S’en est une autre qui nait… 

Tout cela est peut-être à l’image de ma propre trajectoire. Celle d’un jeune enfant qui flirta avec la mort, en ressortit totalement paralysé et emprunta un chemin de remise en vie pour déboucher dans un « autre monde » que celui qui lui apparaissait comme ayant dû être le sien « normalement »… 

je me console à bon compte ? je m’invente une échappatoire ? une chimère ? Je suis dans le déni de la fin totale définitive et tragique ? 
Peut-être…. Je sais que certains le pensent… C’est surement très bien pour eux. 

Pour ma part, l’éternité c’est la vie qui ne disparait pas tant que le désir qu’elle soit se fait « présent continué ». 

19 commentaires:

  1. Anonyme12/8/16

    "Mes morts continuent de m’enseigner la vie, la mienne, et plus généralement le sens du Vivant."
    Ah que ton texte me rejoint...
    Depuis les 6 dernières années plusieurs de mes proches sont morts.
    Hier, je disais à ma sœur "Avant je vivais avec les vivants et maintenant je vis avec mes vivants et tous mes morts" Comment dire, comment expliquer ils sont tous là comme tu le dis "sous forme d’une présence perceptible, sensorielle, émotionnelle sans sensiblerie, venue des profondeurs". J'aime bien te lire Alain. Maty

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    1. Merci Maty.
      Vivre « avec les vivants et les morts » n'a rien de triste… Bien au contraire… Cela me semble nécessaire pour ne pas dire indispensable à toute personne qui cherche à vivre à partir de ses profondeurs. Car nous ne sommes que cela reliés aux vivants et aux morts tout à la fois.
      Peut-être que l'un des drames contemporains et de penser… Qu'il faut tuer la mort… C'est en réalité quelque peu se tuer soi-même… Bien avant qu'elle ne surgisse d'elle-même.

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  2. Charlotte13/8/16

    Je viens de terminer le livre passionnant et interpellant d'Ingrid Betancourt dont le titre est:" Même le silence a une fin" extrait d'un poême de Pablo Neruda sur la victoire contre la mort. J'ai été époustoufflée par le courage de cette femme .
    "Car pour finir j'ai compris/que ce qui dans l'arbre fleurit/ tire sa vie de ce qu'il garde enterré" de Francisco Luis Bernardez .
    Voilà à quoi j'ai pensé en lisant ton Texte .

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    1. La métaphore de l'arbre, pour signifier que notre vie à l'extérieur surgit des profondeurs de notre être, me semble la meilleure pour qualifier la personne vraiment… personnalisée…
      Il n'est de courage que celui que l'on va puiser au fond de soi-même. Et alors le mot courage tombe de lui-même. C'est tout simplement le Désir de Vivre.

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  3. gazou14/8/16

    Merci d'exprimer aussi bien ce que je ressens...Moi aussi je vis avec mes morts et particulièrement avec mon fils mort il y a vingt ans...Et ce n'est pas triste, cela donne le courage et le devoir de vivre et de ressentir la joie de la vie

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    1. Merci pour ce témoignage personnel concernant ton fils.
      Je comprends très bien ce que tu exprimes-là…

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  4. Tu n'es pas, alain X, dans le déni de la fin totale définitive et tragique, mais plus, dans la sagesse de te situer dans la vie, de relativiser la mort et la vie en essayant de les rendre complémentaires et de les accepter. Il n'y a pas de vie sans la mort et il n'y a pas de mort sans la vie. Sans ses peines , l'homme n'aurait rien compris à la vie ni ...à la mort, si j'ose dire.

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    1. Connaitre que la vie est une maladie mortelle individuelle... donne plus de sel à l'existence et le gout de la réussir, que de penser une vie éternelle....
      L'éternité serait quand même bien longue et ennuyeuse... surtout vers la fin.... (comme disait Woody Allen, qui a piqué l'expression à Robert Beauvais...)

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    2. "Tout le grand charme poignant de la vie vient peut être de la certitude absolue de la mort. Si les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d'attachement."
      Isabelle Eberhardt

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  5. Anonyme14/8/16

    On nait on meurt mais "être" n'a ni début ni fin.
    Toujours si heureuse de te lire Alain. kéa

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    1. J'aime beaucoup ce que tu écris là.... sur "être"....

      (et la 2° phrase aussi..... si j'apporte un peu de bonheur à ceux qui lisent... je suis comblé !)

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  6. Anonyme14/8/16

    Je regarde les gens et je me dis "ils ne réalisent pas la chance qu'ils ont (moi comprise)" si distraits que nous sommes par tous ce qui est accessoire à la vie. Pourquoi donner son amour à une médaille olympique ? (même s'il n'y a rien de mal à ça tant que notre appréciation de la vie n'en déprend pas). kéa
    quel voyage merveilleux que cette vie

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    1. Je viens d'entendre qu'un gars qui a eu une médaille à Rio, va "dormir plusieurs jours avec sa Médaille d'Or"....
      Moi je préfère la chaleur du corps de ma compagne et tout ce qu'on peut vivre sous les draps.... M'étonnerait qu'un morceau d'or me donnerait LA jouissance Suprème de mon existence....

      Plus sérieusement (après tout les JO ne sont qu'un petit jeu entre fanas de compet') il est en effet commode, mais risqué, de "se distraire" longuement de l'Essentiel.
      La capacité à ne plus quitter cet essentiel d'être, est celle du Sage accompli, du fidèle à lui-même, de celui qu'on a alors envie de se choisir comme Maitre de vie....
      Simplement pour toucher concrètement et intérieurement au bonheur... d'être....

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    2. Anonyme15/8/16

      Facile à dire "Dieu habite en nous"... !
      Tes mots vibrent et me donnent le goût de m'appliquer à le ressentir ! kéa

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  7. Je te rejoins tout à fait. Et même, dans mon cas, plus le temps passe et plus le dialogue devient simple, ne me surprend plus. J'éprouve parfois une joie à ma dire "ils sont morts, je sais où ils sont" comme si plus rien ne pouvait leur arriver de désagréable et que notre intimité ne craint plus rien. Je continue, en effet, d'apprendre et de les écouter. Je suis riche de certains de mes morts, ceux qui me restent proches. Oui, je suis riche d'eux...

    Merci pour ce billet qui nous emmène là-bas!

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    1. Ah oui ! Comme je coïncide à ce que tu écris-là...
      Tu m'apportes aussi un plus en disant : "notre intimité ne craint plus rien"....
      C'est tellement juste ce propos.
      Tu m'incites à m'approfondir dans cette dimension de plénitude avec "eux/elles"....
      MERCI

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  8. Je ne suis pas encore à ce stade là ...
    Mon frère disparu il y a un an me manque !
    C'est comme un enfant qui a perdu son jouet, on lui en offre un autre, tout pareil, mais ce n'est pas le même et il n'en veut pas ...
    Il faut que je grandisse :-)

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    1. "que je grandisse" ?
      Faut-il dire les choses ainsi ?
      Il faut quand même un temps "normal" pour intégrer la mort de celui qu'on aimait... et entrer dans de nouvelles perceptions....
      Mon ami d'enfance, décédé il y a quelques jours, me manque cruellement.... car, comme tu le dis il est "irremplaçable"....
      Je sais, de ma petite expérience, que je le retrouverai pleinement en moi "tel qui est/sera" dans quelques mois sans doute....
      Une pensée pour toi et ... lui ....

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