Accueil

lundi 1 août 2016

Voilà c'est fini ....

Voilà c'est terminé. Il est mort hier, à 13 heures. Là-bas à plus de 1000 kms  de chez moi. L'amitié d'enfance, l'ami de toujours à toujours. 2 années de combat contre ce crabe envahissant. 2 mois de souffrances intenses jusqu'au paroxysme. 

Tout à l'heure au téléphone son épouse me disais : - "il a parlé de toi presque tous les jours. Il voulait t'écrire une dernière fois, mais son corps ne le lui permettait plus.  Il a dit : mais je crois qu'on s'est tout dit. Elle a ajouté  tu ne peux savoir comme tu étais si important pour lui..."

Oui, tu as raison mon ami si précieux, on s'est tout dit, c'est à dire l'essentiel. Ce qu'on dit lorsqu'on sait que la séparation approche, ce qu'on dit lorsque les forces faibles le permettent encore. C'est à dire l'Essentiel.... Le lien Unique, l'attachement indéfectible, l'affection profonde et que nous étions des frères pour toujours. 

C'est moins ta mort attendue que l'intensité de tes souffrances physiques et morales qui me remue le fond de l'âme. Toi qui a vécu une vie droite et aimante, tu doutais cependant de ta valeur et de cette absence de reconnaissance qui marqua ton enfance. 
Il me reste à prendre soin de ton épouse comme je pourrai malgré l'éloignement. 50 ans de vie commune et heureuse et la disparition de l'autre, il faut du temps pour retrouver celui-ci pleinement en soi.

*

Peu à peu j'entre dans cette étape où les proches disparaissent. Mes parents sont morts il y a bien des années. Mais c'est différent : un père, une mère, on sait que cela viendra tôt ou tard. Les amis, les semblables, on croit qu'il seront toujours là, enfin bien longtemps encore. Que peut-être on mourra "ensemble" dans le même mouchoir de poche du temps, quand on sera très très vieux....
Mais non.
Ils partent, et nous sommes encore là.
C'est le . 4ème qui s'en est allé de mes précieux qui m'apprirent la vie. 
 
Un autre ami encore, à qui on vient de découvrir l'invasion du crabe qui a déjà proliféré un peu trop. Lui qui respirait la pleine santé. Lui dont nous disions  : Tu nous enterreras tous !
Alors certes, peut-être que la médecine lui accordera une longue rémission... Espérons le....

Ce soir, me voici en bord de mer, là où j'aime me retrouver, retrouver la vie, l'immensité de l'océan, la grandeur et la petitesse de tout ce qui nous entoure. 
En regardant les flots paisibles, je pense à toi mon ami si cher, te voici en paix, retourné à la terre qui te fit homme. Est-il une vie Ailleurs ? Tu étais persuadé que non. Tu as souhaité une crémation, ne rien laisser de tangible, par conviction que nous ne sommes que poussières d'étoiles. 
Ce soir je l'aimerais bien cet Ailleurs. Que l'on puisse s'y retrouver un jour, poursuivre nos inachevés, nos échanges passionnés tard dans la nuit. Car oui, on s'est tout dit sans doute d'un essentiel. Mais il y avait encore tant à partager. Tu m'avais promis : "En Octobre je reviendrai dans le Nord, je veux te revoir avant...." Et tu avais laissé la phrase en suspend...

Je ne peux te dire A-dieu... Puisque tu n'y croyais pas à une divinité originelle et encore moins à "une vie après la vie".... 
Mais je te dis à vite au fond de mon cœur, là où désormais tu as ta demeure pour toujours.
Ce soir aussi je pleurerai, comme hier soir...

25 commentaires:

  1. Oui, Alain, ceux de notre génération c’est dur.

    Je t’embrasse.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On a beau savoir que "cela" doit arriver..... il faut quand même "traverser".....
      Merci de ton passage ici

      Supprimer
  2. Dur quand le cancer frappe un ami aussi longuement et douloureusement! J'ai relu ce que tu disais de cet ami dans ton livre magnifique... et j'imagine tes larmes alors qu'il est parti! Vous partagiez tant de choses...et dans l'essentiel il y a encore du plus essentiel encore à partager
    Je t'embrasse cher Alain...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ces propos chère Coumarine.
      Je n'ai rien à ajouter..... que redire ce merci de ta présence.

      Supprimer
  3. Je pleure avec toi Alain. Le départ d'un être cher, quel qu'il soit, est une épreuve et je comprends. Parce que j'ai perdu mon amie Sylvie l'an dernier. Un père une mère ce n'est pas pareil dis tu... Moi je ne peux pas le dire. Le crabe est implacable, aujourd'hui il t'arrache ton meilleur ami, demain il va me prendre mon père.
    Je partage ta détresse avec de pauvres mots mais ils viennent de mon cœur.
    Tendrement
    Célestine

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La pauvreté des mots est signe de leur authenticité.
      Ceux qui vont s'en aller, quand on le sait en raison de la réalité implacable, il ne faut pas tarder à leur manifester tout ce que le coeur à pour eux.
      C'est une manière de les aider à partir en paix....
      J'ai vécu ça avec mon père et une vieille tante aussi....
      Souvent les mots sont peu utiles alors. Ils sont sobres et viennent juste dire un essentiel.
      Il faut la présence.
      La densité des mots nous l'avons vécu, lui et moi.
      La présence ce ne fut pas possible pour des raisons "concrètes" que je n'expliquerai pas ici.
      Va voir ton père. ... tant qu'il est encore "temps"....

      Supprimer
  4. Voici mon salut pour toi en signe de présence..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un grand merci à toi, le fidèle discret....

      Supprimer
  5. Perdre un ami est toujours un moment de douleur et de chagrin. Considération à toi, AlainX pour cet hommage à ton ami.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour tes mots, cher Bizak

      Supprimer
  6. Les sujets de l'amitié, telle que tu la décris, de l'attachement qui en découle et de la séparation, sont un peu trop sensibles pour je m'étende mais je tiens à te faire part de ma "présence" à tes côtés. C'est un très bel hommage que tu rends à ton ami.

    Merci pour ce partage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'important est sans doute de manifester sa présence.
      Je ne sais en quoi ce sujet de l'amitié t'es "trop sensible", mais tes mots sont ceux d'un homme... sensible... au sens le plus noble du mot.

      Supprimer
  7. L'amitié décrite comme elle est ici, je crois que je ne la connais pas... Je partage ta peine et apprécie les mots que tu écris.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chaque relation est sans doute unique... chacune à sa "couleur".
      Tu connais sans doute d'autres formes.
      Merci de ton passage ici.

      Supprimer
  8. Anonyme3/8/16

    "There is an old belief
    That on some distant shore
    Far from despair and grief
    Old friends shall meet once more"

    Comme j'aimerais que ce soit vrai...

    Mes pensées sont près de vous, qui avez tant de peine.

    Le passant qui passe

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour vos pensées.
      Je ne sais de qui est ce texte cité, mais il est beau sur le devenir des vieux amis......

      Supprimer
  9. " Les grandes douleurs ne se partagent pas, elles s'accompagnent"...
    Je t'offre cette citation, tendre Alain, en guise de mots qui me font défaut, qui se font silencieux, là pour te dire que ma pensée s'assoit quelques instants près de toi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour cette citation très juste. Ta présence telle que tu me l'offres, et très bonne.

      Supprimer
  10. Mais en même temps, ces déchirures, ces arrachements, nul n'y échappe... et dans votre cas, n'est-il pas précieux, tout autant que l'était votre amitié, de savoir que tu l'as "accompagné", que vous "en avez parlé", accepté ensemble que c'était la fin pour cette version de votre relation. Qui sait s'il y a un ailleurs, nous ne pouvons dire que ce que nous croyons, et ça ne convainc que qui le croit aussi, et donc c'est bien inutile de dire mais si ou mais non...Tu le sentiras bien, va, s'il y a un ailleurs, il te prendra la main en riant, excité, ton ami. Mais en attendant, belle amitié que celle qui finit ainsi, pratiquement la main dans la main, même à tant de kilomètres de distance.

    Courage...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tes propos sont toujours d'une qualité précieuse. Ils montrent ta grande sensibilité et ta connaissance des êtres.
      L'éventuelle existence d'un ailleurs suppose que l'autre puisse se manifester à nous autrement que par l'évocation de son souvenir. Quelque chose qui viendrait nous surprendre. Sans doute alors faut-il apprendre le silence et l'attente plus ou moins espérante.
      Par rapport à d'autres relations avec des personnes disparues, je perçois relativement bien, ce qui ne veut pas dire aisément, ce qui peut relever de la relation intrapsychique, et un certain autre chose, assez subtil et inqualifiable, par manque de mots suffisants pour l'exprimer. Sauf sans doute à recourir à des métaphores, mais c'est tellement limité Pour l'immédiat, vis-à-vis de mon ami mort, ma pensée m'amène fréquemment vers lui avec le sentiment de tristesse triste qui l'accompagne.

      Supprimer
  11. Toutes mes condoléances Alain, et bien au-delà, des pensées fraternelles.

    Je ne puis mieux dire, en ce moment où je nage sur cette longueur d'onde là... Mon dieu, que d'âmes amies déjà envolées... Elles sont toutes dans mon coeur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour tes mots. Je comprends bien aussi ce que tu exprimes,et pour cause....
      C'est toujours un plaisir de te voir ici... depuis tant d'années qu'on se connait....

      Supprimer
  12. Je te lis, je lis ta tristesse et je pense à l'essentiel, à l'essenciel...
    J'ai vécu la mort de mon père, pas d'un ami proche, quelquefois d'une connaissance fauchée par un accident ou une maladie. A chaque fois je pense à l'essentiel, mon essentiel, à ne pas oublier, à ne pas perdre de vue, à vivre le plus possible.
    Je pense à ton billet précédent, au sens de la vie, à la présence, à la qualité de présence, à l'accompagnement, à l'accueil, auprès d'un mourant, auprès des vivants,je pense à toi...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tes mots, qui font du bien à l'âme....
      L'essentiel, oui, tout est là.....

      Merci d'être passée ici, le dire et le redire…

      Supprimer
  13. Je suis revenue et je te lis. Même si ton billet date de plusieurs semaines, et parce que je sais que tu penses encore à ton ami et qu'il sera toujours dans ton coeur, je suis avec toi par la pensée, Alain.

    RépondreSupprimer

Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas, vous pouvez me l'adresser par mail (voir adresse dans la marge à droite tout en bas).
Merci.
Je le publierai en votre nom.