jeudi 13 octobre 2016

Comme une lettre sans la poste…

Cela fait un moment que je voulais t'écrire.
Oui, je sais, c'est un peu tard… mais avoue que c'était quand même difficile de le faire plus tôt !
Il fallait toutes ces années pour que cela devienne possible.

Sache bien que je ne t'ai jamais oublié. Au contraire. Je pense souvent à toi. Tu es un autre moi-même. Plus que ça encore. On ne s'est jamais quitté, et on ne se quittera jamais. Je ne peux pas vivre sans toi, puisque c'est toi qui avais tout ce qu'il fallait pour la réussite d'une vie.

C’est vrai que ça a failli mal tourner.
Difficile de t'en attribuer la responsabilité, mais quand même, ne crois pas que tu soies totalement indemne de ce point de vue. Car tu aurais pu parler. Je veux dire parler vraiment. Pas raconter des histoires qui étaient soi-disant pour « faire comprendre ». Tu sais bien qu'ils ne comprenaient rien. Ils étaient dans leurs propres schémas. Tellement loin du tien. Tellement autres. C'est vrai que tu as tenté de résister. Tu as mis au point un certain nombre de stratégies pour attirer l'attention, avec l'espoir qu'un changement pouvait un jour advenir.
C’était là ton erreur.
Enfin… ton erreur… était-il possible qu'il en soit autrement ? Était-il possible d'éviter tout ce qui s'est passé ? Était-il possible de repousser au loin la tragédie qui t’affecterait en premier, mais aussi bien d'autres tout autour ?
Il aurait fallu…
Quoi ?
Que tu « parles vrai ». Comme tu apprendras à le faire plus tard. A mettre les points sur les « i » les barres sur les « t ». Est-ce que tu te souviens qu'un moment ce fut à ta portée. Est-ce que tu te souviens des quelques tentatives que tu as faites ? Tu as oublié ! 
Figure-toi que moi je m'en suis souvenu il n’y a pas si longtemps.. Ce fameux soir où tu as cru que tu pourrais parler, parce qu'il y avait une sorte de calme, une atmosphère de paix, ce qui était l'exception. 
Souviens-toi, c'étaient quelques semaines avant la catastrophe.  Et toi qui venais de vivre ton entrée en sixième avec tellement d'espérance que peut-être tout allait changer dans ta vie. Tu avais décidé de faire des efforts. « Je prends la ferme résolution » c'était authentique. C'était vrai. 
Mais ça très mal passé : la rentrée, les autres, la solitude, l'isolement. Tu as continué  à t'enfermer. Tout en désespérant de ne pas savoir t’ouvrir. Taiseux en classe. Clown à la maison.  Rebelle avec ta mère. En attente de la punition.  Alors ce soir là tu avais eu envie de dire qu'il était temps que l'on s'occupe un peu plus de toi, qu'il y avait un enjeu que tu ressentais. Une possibilité de réussir. Avant qu'il ne soit trop tard. Peut-être même que tu étais pas bien loin d'oser demander un peu d'amour. 
Mais tu n’as rien dit.
Tu n'as pas ouvert la bouche. Tu n'as pas osé le « parler vrai ». Prisonnier de ton personnage de sale gosse, qui a le don d'énerver sa mère. Qui remue constamment. Qui aligne les zéros en classe. Qui fait honte à sa famille..
Tu as gardé cette attitude de défense : « Cause toujours, tu m'intéresses ! »
Tu as ravalé tes souffrances et tes peurs. Tu as mis sur le devant tes fanfaronnades, tes bêtises réitérées. Bref tu t’es dit, une fois encore : je continue de faire le con ! Puisque ça les emmerde !

Tu as oublié un truc.
À cet âge-là ils sont plus forts que toi.
Mais tu aurais pu être plus fort qu’eux par le « jeu de la vérité vraie ».
En appeler à leur cœur.
Bien sûr je dis ça aujourd'hui parce que, devenu vieux, je sais à présent ce qu'il en était de leur cœur de père et de mère. il faut que tu le saches. C'est bien plus tard que j'ai compris. Que je les ai aimés en vérité vraie. Que je les ai retrouvés à l'intérieur de moi, bien après leur disparition. Ton père en premier, notre mère ensuite, un peu plus tard.

Bon !
Je vais pas te rappeler ce 11 novembre où tout a basculé… Que toi et moi ce jour-là on s’est retrouvé dans de beaux draps… c'est le cas de le dire… les draps d'hôpitaux… rêches… dans cette horrible cave qu’ils appelaient « sous-sol » avec les tuyaux de chauffage au-dessus de ta tête, et celui qui fuyait, goutte-à-goutte, l’eau très chaude te tombait dessus. Toi qui était immobile. Le corps entièrement paralysé. Quasi définitivement.
Rappelle-toi comment notre père t’a sorti de forces de ce gros merdier, et tout le pataquès que cela a fait par la suite jusqu'à obtenir la fermeture du service pourri en question.
Tiens, je te le dis,  j'ai retrouvé des traces du truc sur Internet il y a quelques temps, à propos de cet hôpital de m… Ça confirme qu'on ne s'était pas gouré sur cette horreur. Fermé pour absence totale d'hygiène…  Historiquement, tu as vécu les conditions d'il y a deux siècles avant. C'est quand même une aventure intéressante ! Non ?
Bon, on ne va pas rappeler toutes ces horreurs. Y compris celles que nous n'avons jamais dites, parce  que personne ne croirait…
Tu vois moi aussi « la vérité vraie » je n'en parle pas non plus… enfin, pas jusqu’au bout de celle-ci.

Assez bavardé pour aujourd'hui.
Porte-toi bien ! Enfin porte-moi bien !
Et à une prochaine fois… peut-être…

Ton toi.

——————————————— 

J'ai écrit ce texte il y a un petit temps déjà. À cause de ce souvenir qui remonta du fond de mon psychisme, comme une bulle vient exploser à la surface de la mémoire. Ce souvenir de ce soir-là où « j'aurais pu dire… ». C'est arrivé comme un grand éclair, quelque chose d'un peu foudroyant dans ma tête en un instant. On ne peut rien contre l’histoire passée, telle qu'elle fut. On peut pas mal de choses en matière de réparation et de reconstruction. Cela m'a fait du bien de me parler à moi-même comme je viens de le faire. Comme renouer les fils cassés.

Ce matin je me suis senti en capacité de publier ce texte.

38 commentaires:

  1. Anonyme13/10/16

    J'ai le cœur gros de t'entendre te parler. Qu'on le veuille ou non ça nous ramène tous à nous même ce que tu racontes, comme un souvenir lointain, pas tout à fait effacé! Nous étions tellement purs, tellement beaux et confiants malgré tout. Les blessures remontent là ! C'est ce que je ressens présentement et je n'ai aucune idée pour ce qui en est de tes autres lecteurs. kéa

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    1. Je coïncide très bien avec ce ressenti que tu exprimes « nous étions tellement purs ».
      Il y eut des choses de gâchées. Fini pour moi le temps des responsabilités des autres et encore moins le temps des reproches.
      Il reste cependant cette tristesse des ratages.
      Et dont bien d'autres que moi furent victimes.

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  2. Ma première pensée est pour toi. Ma deuxième pensée est respect. Je sais ce que cela coûte de se parler à soi-même... Sans trop en révéler ; parce que personne ne croirait... Et publier... Bravo, je suis admiratif. (rien de moqueur dans mes mots.)
    Tout est dans la survie, la reconstruction, la vie... Les zones d'ombre restent quelque part...
    J'ai croisé un endroit du passé avec ses barreaux aux fenêtres... Comme quoi certains endroits ne s'effacent pas...
    Alors suis ton feeling comme tu le fais si bien...
    Merci de ton partage poignant.
    Bonne soirée d'un imbécile.

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    1. Je commence par la fin : des imbéciles comme toi, ça me plairait plutôt !… ;-)
      Tu dis beaucoup dans cette petite phrase : la survie… la reconstruction… (le retour à) la vie…
      Les zones d'ombre qui demeurent rendent la lumière nouvelle plus brillante.
      Pour publier comme je l'ai fait, sans doute faut-il attendre de se sentir prêt à l'intérieur. Un jour c'est possible et on cueille, comme le fruit mûr sur l'arbre est prêt à se donner en nourriture.

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  3. S'adresser à son enfant intérieur aide à panser bien des blessures, car alors il se sent aimé et compris ce petit enfant qui a grandi mais qui n'a rien oublié.
    Un très beau billet, Alain, très touchant. Merci pour ce partage.

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    1. En effet, c'est là une démarche thérapeutique, à mes yeux, assez indispensable à l'amour authentique de soi, et à la confiance que l'on retrouve. Alors on peut, sans crainte, aller vers l'autre pour partager.

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  4. quelques semaines avant la "catastrophe" l'enfant malheureux et solitaire que tu étais, pressentait qu'il allait droit dans le mur; Il pressentait qu'il était urgent de sortir de son costume d’enfant difficile pour tout simplement demander de l'attention, demander d'être aimé...
    Mais ton toi d'alors ne l'a pas fait....
    Et quelques semaines plus tard il était foudroyé par la paralysie
    Que se serait-il passé s'il avait parlé?
    Je retiens de cela, que quand on se sent trop oppressé, il faut passer la barrière de la "non-parole"... que le parler vrai peut sauver plus qu'on ne le croit
    Encore faut-il avoir ce courage là...pas facile comme tu le décris si bien!
    Merci Alain pour ce billet poignant que je verrais très bien terminer ton livre: "Le passage se crée"

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    1. C'est vrai que des propos de ce genre auraient pu terminer mes lettres autobiographiques dans « le passage se crée », mais je crois que je n'étais pas prêt il y a quelques années.
      « Le parler vrai » peut-être salvateur… ou l'inverse… c'est là toute la difficulté. Non seulement il faut être prêt, mais savoir coder le message avec justesse et aussi savoir le présenter à l'autre d'une manière telle qu'il puisse ouvrir à l'accueillir et non pas se fermer comme une huître. Pas si évident en effet… mais tout à fait possible !

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  5. On dit souvent qu'il faut écouter l'enfant qui est en soi, le consoler, le prendre dans ses bras. L'autoriser à pleurer, à exprimer ce qu'il a à nous dire.
    Toi, tu renverses les rôles: c'est toi qui lui parles, qui exprime ce que lui n'a pas su dire.
    C'est bouleversant. Comme une sorte de pont entre hier et aujourd'hui, un arc-en-ciel temporel. Une passerelle de toi à toi.


    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Les deux mouvements sont une nécessité. Enfin c'est mon sentiment personnel.
      Il faut aussi écouter « l'enfant naturel » qui est en soi. Celui qu'évoque Kéa dans le premier commentaire. C'est peut -être même cela le plus important. Sinon, et puisque cet enfant c'est nous-mêmes, il y a le risque de s'apitoyer sur soi. Ça ne console personne…
      Enfin, c'est un peu rapide ce que je dis… mais je ne vais pas développer ici ce que je faisais expérimenter dans des stages d'une semaine !… ;-)

      j'aime bien ta dernière phrase. Quelque part nos vis sont une succession de passerelles…

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  6. Merci de nous faire confiance en publiant ce texte très touchant.

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    1. Merci à toi de ta confiance de lectrice…

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  7. Touchant ce dialogue... et courageux... Merci de ta confiance...

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    1. Courageux ? Peut-être… ce texte a attendu quelques temps avant que je ne le publie. Il fallait que je me sente prêt. Et donc, je ne sais pas si c'est du courage… peut-être…
      à toi aussi merci de ta confiance de lectrice.

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  8. Charlotte14/10/16

    Qu'il me touche cet enfant malheureux qui fait tout pour attirer l'attention de ses parents. Mais comment parler vrai quand déjà il faut penser comme on vous dit comment il faut penser et pas autrement. Alors il n'y a qu'une solution: se faire remarquer ... en faisant le pitre à l'école et le con à la maison !
    Les parents ne sont pas des psychologues et n'ont sans doute pas compris le pourquoi de ton attitude.
    Fallait passer par là, par cette horreur qu'est la paralysie pour faire de toi l'homme que tu es devenu ? Jamais, au grand jamais je ne penserai cela. On ne fait exprès d'attraper la polio. Le seule chose qu'on peut dire c'est que ta maladie que ton handicap ne t'a pas détruit mais construit vers le meilleur, ce meilleur dont nous tes lecteurs bénéficions avec beaucoup de bonheur. En te lisant tu nous conduit très loin et très haut vers une espérance intérieure. La vie est belle Alain. Merci pour ce que tu me ( nous) donnes. A ce sujet j'attends ton dernier livre avec impatience je ne l'ai pas encore reçu. Aux dernières nouvelles, d'après le site, j'ai appris qu' il est "en fabrication".

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    1. Fallait passer par là, par cette horreur qu'est la paralysie pour faire de toi l'homme que tu es devenu ? À cette question, je réponds assez nettement : oui !

      On ne fait exprès d'attraper la polio. En effet, on ne fait pas exprès. Et cependant… on n'y est cependant pas « pour rien ». Enfin je devrais dire « je n'y suis pas pour rien ».
      J'ai seulement effleuré cet aspect des choses dans mon livre cité dans un autre commentaire. cela aurait été trop inaudible dans ma famille.
      J'ai développé cette « thèse » dans un autre texte, ( « Tiens-toi tranquille ! ») qui a d'ailleurs été publié dans diverses revues (Notamment chez couleurs livres en Belgique), et m'a valu un prix dans un concours centré sur l'autobiographie.

      Pour mon dernier livre comme c'est une édition « à la demande », cela prend cinq ou six jours… c'est la limite du truc qui a trop de succès (je parle pas de moi, mais de l'éditeur…), avant trois jours suffisaient…

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  9. Cette "lettre à toi" sèmerait presque le trouble dans mon esprit, par effet de résonance avec mon propre parcours de vie. Comme d'autres, je trouve ta démarche audacieuse. Mais je crois en comprendre l'importance pour toi.
    Je te remercie de l'avoir partagée.

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    1. Tu sais, Pierre, il y a parfois d'excellents troubles auxquels il faut peut-être s'arrêter…
      tout ce qui est trop mérite clarification.
      Enfin… je dis ça…
      ;-)

      Plusieurs soulignent ma démarche audacieuse… je dois avoir encore une grande dose d'inconscience ! Ou d'insouciance… c'est peut-être mieux quelque part…
      :-)

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    2. Erreur : non pas tout ce qui est trop* mérite… mais : tout ce qui est trouble* mérite…

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    3. Je porte toujours attention à ce qui me trouble :)
      Pas forcément dans l'immédiat, si mes pensées ne sont pas dans cette veine-là, mais je le mets de côté comme un "post-it" mental, en sachant que cela fait sens.

      Être audacieux n'est pas de l'inconscience, au contraire : c'est être conscient de ses forces et de sa capacité à surmonter une éventuelle difficulté. Donc une forme d'insouciance, en effet :)

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    4. J'aime beaucoup ton dernier paragraphe. C'est bien cela en effet, je crois.

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  10. Anonyme14/10/16

    Depuis ce matin, je pense à vous en espérant que le premier enfant, celui qui faisait les 400 coups n'a jamais pensé qu'il était responsable de "ce 11 novembre où tout a basculé"... S'il l'a pensé, vous devez le rassurer. Les virus ne choisissent pas leurs victimes.
    Bien à vous.
    Mme Chapeau.

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    1. Merci de dire cela, que je partage. En effet, mon texte pourrait laisser entendre que je me/lui attribue une sorte de responsabilité directe. J'ai écrit les choses comme elles me venaient.
      Pour dire autrement, ce serait : — peut-être que cela aurait pu se passer autrement, s'il y avait eu la possibilité d'un « dialogue de vérité ». car je suis convaincu que l'intensité de l'attaque virale n'est pas purement liée au hasard d'un virus baladeur. Énormément de gens adultes, en France dans les années 1950, ont été victimes de la polio. Énormément de gens l'ignorent. , parce qu'il n'en est resté aucune séquelle apparente et que cette attaque virale ressemblait furieusement à une simple grippe passagère. (Ceci est avéré médicalement, je pourrais l'expliquer plus longuement, le cas échéant). Il fallait donc être en situation de détresse physique et psychologique personnelle, pour qu'il puisse faire son œuvre dévastatrice et paralysante définitivement. Et cette détresse extrême, j'étais en plein dedans.
      Mais pour mieux comprendre tout cela, il faudrait que j'exprime plus de choses, que, pour l'instant, je ne dis pas.
      Un jour peut-être…
      merci beaucoup pour ce commentaire, qui me permet d'apporter quelques précisions.

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  11. Ton texte résonne en moi par bien des aspects... Mais je retiendrai pour l'avenir, en tant que parent maintenant, à encourager, ne pas brimer et à être attentive à "cette parole vraie" chez mes filles. Il y a un an ma fille de 7 ans a joué "le jeu de la vérité vraie", à table... ça a été bénéfique à la fois pour elle et pour moi...

    "En appeler à leur cœur.
    Bien sûr je dis ça aujourd'hui parce que, devenu vieux, je sais à présent ce qu'il en était de leur cœur de père et de mère. il faut que tu le saches. C'est bien plus tard que j'ai compris. Que je les ai aimés en vérité vraie. Que je les ai retrouvés à l'intérieur de moi, bien après leur disparition. Ton père en premier, notre mère ensuite, un peu plus tard."

    ... ce passage là me dit que la reconstruction se situe quelque part là...
    pour ma part, ce sont mes enfants qui m'ont ouvert la porte, dans la mesure où ils me permettent chaque jour de porter un regard plus doux, moins dur, sur mes propres parents, leurs manquements, leurs limites...
    pas facile de lire un billet comme le tien...
    merci de nous avoir fait partager ce souvenir, qui ne me laisse pas insensible...

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    1. Ton commentaire, dans sa globalité, me réjouit. Je pense que tu y exprimes là les bonnes attitudes de fond. Pour moi c'est là l'essentiel. Ensuite, qu'il y ait des ratés et des cailloux sur le chemin, c'est évident et même inévitable, mais quand on a quelques lignes de fond, on sait comment y revenir.
      Faire fondre les duretés qui sont en nous vis-à-vis de leurs attitudes et comportements parentaux qui ne nous ont pas fait que du bien… ce n'est pas une affaire « morale », c'est juste une question d'avancer dans notre propre humanité.
      « Tu honoreras ton père et ta mère », c'est le titre d'un film, mais c'est aussi une parole de la Bible. Et curieusement on peut observer qu'il est dit tu honoreras, et non pas tu aimeras… ce n'est pas une subtilité.
      Mais il faut s'en donner du temps, pour rentrer dans le respect qui leur est dû, parce qu'ils sont les auteurs de nos jours, et qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu avec leur propre histoire, pour nous « éduquer » le mieux, ou le moins mal possible…
      enfin, moi il m'a fallu du temps, parce que quand même il y avait pas mal de paquets à virer par-dessus bord !…
      Et, comme tu le dis fort justement, dans la relation à nos enfants il y a matière à réhabilitation de nos propres parents, au regard de leurs défaillances et limites. car l'enfant sait très bien nous faire voir les nôtres !

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  12. Parfois on part de loin....Et le chemin de la reconstruction est vaste ? Comment gérer ses souffrances? Comment vivre avec ? Plusieurs voies sont possibles......Mais il y en a une essentielle: la prise de conscience de ses comportements....

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    1. Oui, pour la prise de conscience de ses comportements. J'ajouterai :… et si possible au moment même où assez vite. Ce qui n'est pas si évident.
      Je pense aussi aux comportements vis-à-vis de la souffrance : comportement face à elle — comportement par rapport aux autres (recherche de compassion ou raidissement, faire bonne figure ou se plaindre… etc.) il me semble que la manière de se comporter influe sur la souffrance elle-même.
      Mais souvent, on fait au mieux… ou plutôt… au moins mauvais…

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    2. On fait avec ce qu'on a ! On se débrouille et si on n'est pas trop idiot.....Je viens de recevoir ton livre. Ma femme s'est jeté dessus !

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    3. Wahou !! Cela me fait plaisir de savoir que tu l'avais commandé…
      j'espère que tu me diras ce que tu en penses… vu que c'est très différent de mes publications précédentes…
      enfin, si ta femme veut bien te le céder ! ;-)

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  13. Merci d'avoir publié ce courrier adressé à l'enfant que tu as été. Emouvant, bouleversant au delà de l'écriture si belle et de l'émotion palpable...
    Merci de me donner cette envie de m'adresser un jour ce type de lettre, sans doute à l'adolescente qui sommeille encore en moi...
    Se parler à soi et en faire profiter les autres est un beau cheminement vers la connaissance de soi et la transmission aux autres...

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    1. Il me semble qu'il y a en nous pas mal de réconciliations à faire… a commencé avec soi-même.
      Cela aide beaucoup pour être en paix avec les autres.
      Ce qui n'empêchera cependant pas que l'on croise quelques casse-bonbons !! :-)

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  14. J'ai beaucoup de tendresse pour la petite fille rêveuse et sensible que j'étais, elle se sentait inférieure parce que il lui arrivait de s'évanouir et que sa mère forte et pragmatique lui disait qu'elle elle ne s'était jamais évanouie de sa vie !!!

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    1. C'est touchant ton commentaire.... Toi qui écris des poèmes si sensibles (au sens beau du mot !...)
      Ah les mères fortes ! ....

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  15. Ce que tu confies ici me fait penser à Sartre dans "Les Mots", cet enfant qui "joue" sa vie parce qu'il devine ce que les adultes attendent de lui. Tu as joué le jeu, mais à quel prix petit homme? Ne pas pouvoir dire ce n'est pas forcément de la lâcheté, pas forcément de la peur, on a des blocages comme ça parfois, comme si un sixième sens nous empêchait. Parce que dire et ne pas être entendu ou pire être moqué cela équivaut à une sorte de mort de soi en soi. Moi j'ai tenté une ou deux fois de tomber l'armure et je peux te dire que désormais peu importe d'être passée inconnue des miens, je jouerai mon rôle à la perfection. Mais plus jamais je ne me dévoilerai.

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    1. Comme je comprends ce que tu écris… puisque je suis de ceux qui furent trahis…
      à défaut de dire… j'ai montré…j'ai montré dans le corps le désastre intérieur…
      mais ensuite ?… Je voudrais juste dire que le dévoilement peut revenir, à condition de trouver LA relation de confiance qui le permet… et qui symboliquement s'adressent à tous les traîtres…

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  16. Alain tu devrais visionner si tu le peux, le dernier Dolan: "Juste la fin du monde". Je l'ai vu au ciné avec ma fille il y a un mois environ. Ce Louis qui revient après douze ans auprès de sa famille pour annoncer qu'il va mourir, il va te parler. Ce garçon c'est le sensible, l'artiste, celui qui a réussi en laissant derrière lui une famille qui a l'air simple et gentille, un peu brute de décoffrage, mais qui en réalité est hautement toxique. Louis c'est celui qui est différent et qui voit tout. Ce film m'a remué tant je me suis reconnue dans Louis, en souffrance parce qu'à jamais incompris. Louis finalement contraint au silence et qui s'en va sans avoir pu ouvrir la bouche.

    J'ai adoré ce film pour sa finesse extrême, sa subtilité, cette peinture d'une famille ordinaire, qui aime et assassine les siens en même temps. Pourtant chacun de ses membres n'est pas un monstre, ce sont juste des êtres humains fragiles.

    Tu as montré dans ton corps un "sacré" désastre oui, je comprends ça. Dans une moindre mesure ado je tombais tout le temps dans les pommes, je faisais des crises de "spasmophilie", quand le psychisme appelle à l'aide. Faut te dire que j'ai dégusté avec mon beau-père, pendant des années j'ai subi son harcélement moral, j'ai pleuré tous les jours pendant huit ans. Si je n'avais pas engrangé toute cette lumière dans mes neuf premières années je pense que je ne serai pas là aujourd'hui, sans mon côté un poil mystique, ma spiritualité larvée, je n'aurai pas eu la force de résister à ce dénigrement, cette démolition de ma personne jour après jour. Et tu veux que je te dise? Aujourd'hui c'est moi qui prend sa défense. Après tout le mal qu'il m'a fait, je suis parvenue à comprendre que lui-même avait été écrasé et je lui ai pardonné. Le bien que ça fait, hein? ;)

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    1. «… moi qui prends sa défense » Oh oui ! Comme je comprends bien c'est certainement l'aboutissement indispensable. Passer de l'obscurité d'un non-amour à la lumière qui vient éclairer tout, jusqu'à prendre la défense de celui/celle par qui une forme de « mal » s'est introduit.
      Pour ma part c'est avec ma mère que cela s'est joué. J'ai écrit beaucoup de choses sur ce blog dans les années passées (je « nettoie » mes archives ici régulièrement) il y eut un texte qui marqua un certain tournant, Ce fut en mars 2012 ( il n'est donc plus disponible).
      mais je reprends une partie que j'avais écrite alors :


      (...) Un jour, en effet, j'ai ressenti en moi l'amour profond que j'avais pour ma mère, certes ténu, mais bien présent, fait de la reconnaissance que j'ai envers elle de ma mise au monde, et de la compréhension de son désir de m'aimer sans y parvenir à cause de ses failles, son trouble bipolaire, sa psychose maniaco-dépressive très mal identifiée à l'époque, dont elle n'est pas directement responsable bien entendu, mais dont j'ai subi les effets néfastes pour ne pas dire destructeurs. Son désir d'aimer est demeuré en très grande partie en échec. Il a pu cependant se manifester tardivement (mais il y avait un trop tard déjà installé), comme une sorte de session de rattrapage, aux effets toutefois limités.

      Ce pardon c'est aussi parce que j'ai assimilé le bien-fondé de ma dynamique de fuite, qui fut celle de ma survie, et qui m'a permis ensuite de stopper la fuite, faire face au réel et trouver mon chemin d'existence.

      Toutefois, je ne suis pas encore pleinement au bout du chemin.
      je le ressens bien dans cette incapacité à laisser sortir de moi de manière suffisamment fluide le mot maman. Ma maman.
      Cela reste encore une sorte de vocables vide. Je continue à dire ma mère
      C'est par dérision que le petit poème s'est intitulé « ode à maman »


      Depuis les choses ont encore avancé.
      J'ai écrit quelque chose à propos d'une réconciliation profonde avec elle.
      C'est pour moi un aboutissement totalement nécessaire, tant, comme tu dis, ça fait du bien, étant profondément libérateur…
      Restent bien sûr les séquelles de tout ça qu'il faut porter quoi qu'il en soit…

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    2. Petit complément : merci pour le film. Je vais guetter sa sortie en « vidéo à la demande ».

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