mercredi 12 octobre 2016

Délabrement - Texte d'atelier


Leiloona organise chaque semaine des ateliers d'écriture. Tous les mardi/mercredi, elle met en ligne sur son blog une photo qui doit permettre d'éveiller l'imagination et mettre ainsi en place un processus d'écriture. Les participants doivent ensuite fournir un texte le dimanche soir qui suit. Le lundi matin, Leiloona les publie ou met les liens des différentes participations. 


———————————— 

Photo de Vincent Héquet


— Délabrement  —

Peut-être qu'Herbert avait eu tort de retourner dans cette maison. Ses sœurs et lui l'appelaient « la maison des jours heureux ». Qu'est-ce qu'il y avait donc pu bien y avoir d'heureux en ces jours-là ? Revisiter des années plus tard, que reste-t-il d'un bonheur dont on avait cru à la présence ?
Une maison d'enfance. La maison de l'enfance. Et cette pièce à l'étage que les parents appelaient chambre d'amis. Eux qui n'avaient pas d'amis, juste quelques relations obligées, du genre de la tante Louise, et du grand-père Marcel. À quoi pouvait donc bien servir cette pièce froide et mal chauffée.

Enfants, ils en avaient fait un quasi terrain d'aventure. Les parents n'y venaient jamais. C'était devenu la pièce des secrets, des confidences, des mystères entretenus. À l'aube de l'adolescence, Christelle y avait introduit son copain de cœur, un jeudi, jour sans école en ce temps-là. Ils avaient fermé à clé, interdisant de les rejoindre. Joséphine et Herbert avaient collé une oreille à la porte de bois vermoulu. Joséphine prétendit qu'ils avaient fait des choses interdites, puisqu'on avait entendu le lit grincer. C'est vrai qu'ils avaient les joues peu rouges lorsqu'ils sortirent enfin. Les parents n'en surent rien. Ils avaient juré. Dès lors Christelle avait une dette envers eux. Est-ce que c'était cela les jours heureux ?

 Quand Herbert ouvrit la porte, une odeur de moisi avait envahi ses narines et son estomac. Un choc. Quel délabrement. C'était pire que les autres pièces. Malheureusement, il fallait bien constater tout cela, maintenant qu'il était le dernier. Le survivant. Elle était désormais à lui seul cette maison. L'agent immobilier avait sorti un mouchoir, l’avait porté à son nez, comme pour se protéger des miasmes.
— Vous voyez bien Monsieur qu'il sera difficile, comme vous me l'avez demandé, d'en tirer un bon prix !

Oh que oui, il voyait très bien. C'était quasiment invendable. Quant au jardin, que lui et ses deux sœurs considéraient comme un terrain d'aventure, laissé en friche durant tant d'années, une végétation totalement désordonnée l’avait envahi, ajoutant au terrible abandon de l'ensemble. La cabane, patiemment assemblée sous le regard émerveillé de ses sœurs, il n'en restait que quelques planches pourries, rongées par la vermine.

Tout à coup, Herbert eut l'impression de voir toute sa vie, là devant lui. Il était comparable à cette bâtisse délabrée par le temps, à ce terrain où rien de bon ne pouvait plus pousser. C'était lui.
L'enfance heureuse ? Il eut un rictus amer, et cette douleur au plexus se fit plus intense.
Sans un mot il retourna jusqu’à la voiture, suivi par l'agent immobilier qui pensait que cette vente serait elle aussi pourrie. Comment ces gens avait-il pu transformer cette coquette demeure en a repoussoir désolant.

Ouvrant la porte de sa voiture, Herbert déclara :
— Vendez ! Même pour une somme dérisoire, vendez ! Je ne veux plus de cette saloperie !
Alors il y eut un éclat dans les yeux de l'agent immobilier.
— J’achète ! lança-t-il aussitôt.


13 commentaires:

  1. La chute... formidable.
    Toute une vie...un texte bien métaphorique comme je les aime.
    Surtout au moment où je vacille un peu.
    Bisous nocturnes
    ¸¸.•*¨*• ☆

    RépondreSupprimer
  2. Anonyme12/10/16

    C'est vrai que c'est un EXCELLENT texte.
    Mme Chapeau

    RépondreSupprimer
  3. Mince, il y en a qui refusent ce texte là !
    J'ai aimé grandement.

    RépondreSupprimer
  4. Charlotte12/10/16

    c'est donc ce texte là que la bonne femme a refusé ? Je sais pourquoi : c'est une jalouse, une mal b...ée !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous êtes sérieuse ?

      Je n'ai rien refusé, c'est l'auteur du blog en question qui s'est braqué parce qu'il n'a pas respecté la seule règle que j'ai instituée sur cet atelier : à savoir publier le texte un lundi matin.

      Et généralement quand une personne souhaite participer la première fois, elle met un mot et se présente. Ce qui ne fut pas le cas.

      Sinon je vous rassure, je suis très bien baisée.

      Supprimer
    2. Il faut être un peu sérieuse, chère Madame, l'auteur du blog, comme vous dites avec la distance qui vous sied merveilleusement, vous lui avez reproché, le fameux lundi, sur le coup de 10 heures du matin, ne pas avoir publié... le lundi matin…
      quant à la courtoisie que vous évoquez, et dont vous même vous n'avez fait nullement preuve, par vos propos tendancieux accusateurs et insultants, je cherche encore l'endroit où il faut se présenter sur votre blog particulièrement fouillis !
      Prenez-le de haut ! c'est ainsi particulièrement révélateur…

      Supprimer
  5. Oui, Leiloona doit le regretter amèrement ce texte. Tant pis pour elle, tant mieux pour nous ! J'ai beaucoup aimé. (sourire)
    Belle soirée à toi, Alain.

    RépondreSupprimer
  6. C'est ce texte qui a été refusé ?

    Comme je comprends...

    Heu..... je plaisante, évidemment !! :)

    Je trouve ça excellent, de partir sur une photo et de se laisser inspirer ainsi... Avec une belle écriture, Alain... La maison des jours heureux... On a tous en tête une vieille maison qui résonne de rires d'enfants... Merci pour cette projection !!

    RépondreSupprimer
  7. Je vous remercierai sinon t'enlever le commentaire injurieux et insultant. Le net ne permet pas certaines choses et il est lui-même soumis à des règles précises de la CNIL.

    https://www.cnil.fr/fr/les-obligations-du-blogueur

    En vous remerciant.

    RépondreSupprimer
  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  9. Bonjour,

    J'ai l'impression de vivre dans un monde parallèle, là.
    Vous écrivez "mon texte a été refusé". Votre texte est en ligne, il est publié sur votre site non ?
    L'atelier définit des règles simples : publier son texte le lundi. Vous ne l'avez pas fait, c'est donc vous qui vous êtes vous même refusé la possibilité d'apparaitre dans la liste des liens.
    Pourquoi accuser quelqu'un d'être responsable de ce que vous avez créé par vous même ?

    Au delà de ça, votre "plainte" entraine des message insultant de la part de vos lecteurs. En tant que proriétaire de ce blog vous avez la responsabilité de modérer les propos injurieux.

    Cet atelier a toujours été basé sur le respect mutuel et la bienveillance entre les auteurs, si vous décidez de ne pas respecter des règles simples, ne blamez pas les autres, et rappelez vous que vous êtes responsable des propos publiés sur votre blog.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet la règle était simple : publier le lundi. C'est ce que je m'apprêtais à faire, ce même lundi, avant de lire le commentaire particulièrement déplacé de votre responsable. C'est donc volontairement que j'ai différé au mercredi. Faut pas non plus me prendre pour un imbécile…

      On se demande parfois où se trouve le monde parallèle…
      en effet je n'ai écrit nulle part que mon texte avait été refusé. Renseignez-vous avant de commenter…

      Par ailleurs j'assume pleinement les propos publiés par moi-même et par les commentateurs.
      Et je n'ai pas pour habitude de les censurer… que je les approuve, ou non…

      Je suis d'accord avec vous sur la courtoisie des sites d'écriture.
      ainsi que le respect mutuel et la bienveillance,
      si on les avait pratiqués à mon égard, on aurait constaté que je ne pouvais subir aucun blâme de quiconque.
      C'est la raison pour laquelle j'ai eu une « sainte colère »
      on se demande parfois qui est vraiment injurieux et qui ne l'est pas… Qui est l'offensé, et qui ne l'est pas…

      Supprimer