Accueil

dimanche 2 octobre 2016

Échec… mais pas mat…

Charles Pépin (philosophe) publie un livre « les vertus de l'échec ». Lors d'une interview, à propos de ce livre, répondant à la question — « Tous les échecs sont vertueux? », il dit notamment ceci :

« Non. Pour qu'un échec soit vertueux, il faut réunir trois conditions. 
— La première est d'écarter tout déni de cet échec. 
— La seconde est de bien faire la distinction entre «être un raté» et «avoir raté». Il ne faut pas s'identifier à cet échec. 
— Enfin, le plus important, c'est de prendre le temps d'interroger cet échec, d'y réfléchir... 

Vu mon âge avancé, je me suis mis à faire la loooooongue liste de mes échecs.
J’ai d’abord fait le constat, que si pour certains je voyais assez clairement ma responsabilité, pour d'autres, c'était plus flou (les circonstances, les enchaînements,…). Il m'a donc semblé préférable de parler de « ce qui a raté ».

* Pour la première condition. Je crois ne jamais avoir opté pour le déni systématique. Certains échecs sont tellement évidents ! D'autres, c'est plutôt le temps et le recul qu'il m'a fallu pour mettre le mot « échec ». Donc…… c'était quand même de l'ordre du déni ! J'ai mis du temps à voir que ce déni avait pour origine une grande souffrance à cause de l'enjeu et de l'investissement que j'avais mis dans ce qui finira par rater pour moi.
En revanche, cela ne s'est pas beaucoup accompagné de culpabilité prégnante. Le : c'est ma faute, c'est ma très grande faute…, n'a jamais eu beaucoup de prise sur moi. Je me demande s'il n'y a pas là une forme d'orgueil. Je préfère reconnaître une responsabilité est donc une aptitude à assumer, que me ronger les sangs en se retranchant dans une culpabilité toujours plus ou moins commode, et mortifère, car le « c'est ma faute » flirte toujours avec le « c'est pas de ma faute, faut me comprendre »…

* Pour la deuxième condition : il est clair que durant mon enfance je n'ai pas fait la distinction. De toute façon on disait que j'étais un raté (tu n'es qu'un bon à rien ! ). Et dans l'enfance on croit les adultes… c'est pour ça qu'on peut dire que l'on est « un jeune con » de les croire !…
Cependant, peu à peu, la distinction s'est faite avec la prise de conscience de ma propre valeur. Cela a sans doute aussi supposé l'inventaire de mes « réussites ». Et en particulier cette première réussite qui marqua sans doute pour toujours mon existence : — Réussir à remarcher après une paralysie totale et trois ans de rééducation comme un forcené. Autrement dit tout était possible ! Mais on ne réussissait pas tout… évidemment !

* La dernière condition, et je suis d'accord que c'est la plus importante, réfléchir à ses échecs, je ne l’ai fait qu’après deux échecs qui sur le moment furent cuisants. À la fois à cause du sentiment que je risquais de rater ma vie, et que de la souffrance générée était intense.

Il est évident qu'au fil des années le souhait et la volonté d'objectiver « ce qui s'est passé », m'a énormément aidé. Probablement en raison de ce fameux retour sur moi-même, que j'ai engagé avec une ardeur, une volonté, une détermination qui me surprennent encore aujourd'hui. Parce que j'en ai vraiment ch… de ce chemin de restructuration ! Mais cela en valait vraiment la peine… sinon, je ne sais dans quel délabrement je serais aujourd'hui. Je regrette d’autant moins, qu'en vieillissant, la nécessaire tonicité pour traverser les zones de turbulences, s'amoindrit. On ne peut pas, on ne peut plus, s'embarquer sur une coque de noix dans une tempête force neuf quand on ne sait plus ramer, que le moteur est usé, et le gouvernail fendu… Reste alors l'acceptation de l'état des lieux pour ce qu'il est. Et de composer au mieux avec ce qui demeure comme forcent vives d'aujourd'hui.
D’ailleurs, j’en suis là pour un certain nombre de choses que j'estime insuffisamment résolues dans ma propre histoire. Je les intègre le mieux possible. Cela n'entrave pas mon bonheur actuel. Et pourtant, les difficultés de ma vie n'ont pas disparues. Je n'en parle guère « en public ». Cela ne sert à rien. Ce n'est pas « le public » qui détient les clés dont j'aurais éventuellement besoin.

Mais, l'exercice auquel je me suis livré, ne relève pas de l'introspection. C'est plutôt un relevé effectif et concret de factuels de ma vie. Ça ressemble plus à un procès-verbal d'enquête. Et je constate que mes échecs ont toujours débouché sur quelque chose de bien meilleur, directement issu de  l'échec.

En conclusion j'en retire un appel à ma vigilance personnelle, pour les petits « ratages ». Ils ont parfois plus de conséquences qu'on ne croit…
Là aussi prendre cela dans une dynamique de vie.
Car c’est bien là le but du jeu…
Les vertus de l’échec (compris et analysé) débouchent sur des choses nettement bien meilleures pour soi et les autres.
J’ai été frappé en faisant l'inventaire des enseignements que j'en ai retirés, de voir à quel point cela avait toujours suscité de nouveaux dynamismes. Et même pour une échec, je peux vraiment dire : heureusement que ça a foiré ! 
Je ne vais cependant pas conclure en disant : vive nos échecs !

Mais, quelque part, c'est presque ça…

23 commentaires:

  1. Les échecs il faut les accepter même si ce n'est pas toujours évident. Les ressasser ne sert à rien, c'est raté, c'est raté. Et si on y arrive, c'est bien de s'en servir pour rebondir et ne pas recommencer les mêmes erreurs. Les échecs peuvent être constructifs, et même enrichissants. Moi aussi j'ai eu des échecs dans ma vie mais j'arrive maintenant, car en prenant de l'âge on prend aussi des qualités (sourire), à ne pas m'y attarder et à ne pas les laisser me "pourrir" la vie. :-)
    Belle fin de journée, Alain.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. « En prenant de l'âge on prend aussi des qualités »
      et bien je crois que c'est tout à fait vrai !
      Nous sommes comme les bons vins ! on bonifie !

      Enfin, je n'en ferai pas une généralité. Mais pour toi c'est vrai et visible.
      Reste qu'il y a aussi ceux/celles qui tournent vinaigre !!! :-)

      Supprimer
  2. merci pour ce billet "instructif"
    Un de mes "échecs" que je vis depuis enfant, est l'état dépressif qui m'accable bien trop souvent!
    Je sais que c'est un héritage reçu de ma mère, elle-même grande dépressive. J'ai fait bcp pour m'en sortir, je tente d'intégrer le mieux possible mes dérives, de les dépasser,mais hélas j'y retombe trop souvent
    Je n'ai pas encore trouvé quel était le meilleur (le bien simplement, soyons modeste!)sur lequel cela a débouché.
    Ou alors, parce que je suis pleinement consciente des dérives auxquelles me pousse parfois mon humeur sombre, je décide, consciemment (et ça marche le plus souvent) qu'il fallait balayer vigoureusement tout ça et me mettre résolument "face au soleil!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends bien ce que tu veux dire. En fait, l'état dépressif que tu évoques, s'il peut être considéré comme une certaine forme d'échec, par dérive, ce ne sont pas tout à fait « les échecs » que le philosophe évoquent dans son livre.
      cela dit, c'est très bien de balayer et de te tourner vers le soleil. !
      Il faut s'imprégner de nos instants de lumière qui sont l'antidote au sombre…

      Supprimer
  3. J'aime bien ton billet. Tu décris très bien ton évolution. Je pense que l'on se construit à travers, les échecs, les épreuves si on est pas trop con. Ce que tu écris s'applique parfaitement à moi y compris la maladie. Et puis en vieillissant tout s'adoucit !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Heureuse vieillesse finalement… !
      On sent viendrait à dire : dommage qu'elle n'ait pas commencé plus tôt ! (* Sourire*)
      quand je lis ton blog, j'ai souvent le sentiment de lire un « résiliant »…

      Supprimer
    2. Il y a de ça !Je viens de très loin !

      Supprimer
  4. Oui, je crois, via mon histoire personnelle, que nos échecs sont une force par la suite... Si on ne reste pas là où on est tombé au fond du gouffre mais que l'on donne un coup de pied au fond pour remonter.
    Les adultes ne devraient pas avoir le droit de rabaisser un enfant en lui disant qu'il n'est qu'un raté... forcément, on les croit, les adultes...
    Bravo pour ta Force de Vie, pour ton recul et ton analyse.
    Merci de partager ça.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet, tu témoignes très bien chez toi des belles évolutions qui sont les tiennes.
      Même si tout n'est pas encore gagné sur tous les tableaux…

      Quant aux adultes vis-à-vis de l'enfant. Non ! Ils n'ont pas ce droit !
      Ils sont fautifs d'agir ainsi.
      Le pire c'est qu'après ils reprochent à l'enfant de ne pas être le premier de la classe !
      Mais il ne fait que se conformer à ce qu'on lui demandait d'une manière totalement conne : être un raté !
      Jusqu'au jour où… heureusement !… Il les enverra se faire (ch.....) voir…
      merci de ton commentaire.

      Supprimer
    2. Oui, heureusement que parfois les enfants finissent par se rebeller" contre leurs parents qui les ont rabaissés !
      La résilience fait le reste... mais le plus souvent en laissant des traces profondes, des sillons qu'il faudra beaucoup d'amour pour commencer à combler...

      Supprimer
  5. je fais aussi beaucoup d'échecs surtout avec mon site blogger ou blogster; enfin la vie est très compliquée. Il faut la prendre en douce.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. À propos de ton site : une question de curiosité : pourquoi est-il en anglais ?

      Supprimer
  6. Bien apprécié aussi ce billet. Oui ça demande du temps, du mûrissement, pour accepter qu'on s'est gourés et qu'on aurait mieux fait de... Ne pas accuser les autres comme si nous n'avions rien eu à dire. Je pense être devenue assez objective avec le temps, mais j'ai au ma longue période de mauvaise foi crasse. Maintenant je réalise en effet que reconnaître un échec et sa responsabilité fait partie de l'amour de soi, si utile pour donner aux autres un amour de qualité...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui voilà, c'est tout à fait ça…
      Il faut sans doute du temps pour reconnaître ses erreurs et ses échecs. C'est vrai que ce n'est quand même pas très glorieux ! On finit par relativiser, et parfois pouvoir ainsi faire une démarche de réparation.

      Supprimer
  7. Charlotte5/10/16

    J'ai beaucoup apprécié ton texte.
    Perso je ferais une distinction entre erreur et échec. J'ai commis des erreurs mais je ne les regrette pas car grâce à elles j'ai appris beaucoup de choses Par contre le prix à payer fut cette saloperie qu'est la culpabilité et une psychanalyse pour travailler tout çà!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La culpabilité est un ennemi que l'on s'inculque pour diverses raisons. C'est curieux, cela nous fait souffrir, et on maintient parfois assez longtemps cette saloperie en vie ! :-)
      Vive la responsabilité ! Qui est tout autre chose…

      Supprimer
  8. J'ai entendu Charles Pépin à propos de son livre les vertus de l'échec, et il m'a beaucoup plu... C'est vrai qu'en France l'échec est toujours négatif alors qu'il peut souvent être utile et bénéfique si on le regarde en face....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est cela. L'analyse de nos échecs nous apprend beaucoup pour la suite.
      C'est vrai qu'en France on valorise « l'excellence ». S'il est exact de souhaiter des réussites… la vie est loin d'être faite que de cela…
      nous avons probablement certainement trop la culture de l'élitisme !

      Supprimer
  9. Je vais dériver un peu dans mon commentaire en partant sur le jeu d'échecs, puisque c'est l'illustration de ton billet.
    Depuis l'enfance, j'étais fasciné par le mystère des échecs, par son potentiel dont je ne comprenais pas clairement les possibilités, tout en les percevant confusément. En grandissant, je m'approchais plus de la profondeur de ce jeu, qui est plus qu'un jeu. A travers sa porte s'ouvrant sur l'infini des combinaisons, les calculs, la réflexion, il y aussi l'histoire humaine, les comportements, et surtout le rapport au ratage et à l'échec : celui de sa tactique et sa stratégie face à celle de son adversaire, qui peut renvoyer une image négative de soi sur le plan affectif, selon la façon dont vivent les personnes leur rapport à l'intelligence, la supériorité, la domination aussi.

    Pour moi, le jeu d'échecs, parallèlement à ses règles et son but ludique, est une forme de synthèse d'apprentissage de la vie aussi, qui passe par l'acceptation de perdre pour progresser. J'y vois un enseignement multiple dans ce jeu.

    J'ai vu un ado qui d'ordinaire m'écrasait (j'étais enfant), balancer le jeu de rage lorsque je l'avais mis mat pour la première fois. Cela a révélé bien des choses, notamment son besoin d'asseoir sa supériorité plus que de m'apprendre...
    J'ai vu des joueurs arriver conquérants avant qu'une partie ne débute, sûrs de leur suprématie, gonflés d'orgueil, puis terminer la queue entre les jambes en se refermant comme une huître (ça doit faire mal) lorsqu'ils se sont fait ramasser sur le terrain concret de l'expérience du jeu.

    Je me considère comme un joueur modeste, avec une petite expérience qui peut me donner quelques avantages inattendus parfois, même face à des personnes plus douées. Arrivé à l'âge adulte, j'avais joué contre un ado sûr de me battre, car il avait battu un champion régional des échecs. Pourquoi pas. Perdre est, pour moi, un enseignement, je n'ai donc rien à regretter quoi qu'il arrive. Je l'ai rétamé. Son champion régional des échecs, était surtout un vantard qu'il avait cru sur parole, lui donnant une fausse idée de lui-même. J'ai conseillé à cet ado de rester humble, pour mieux apprendre de ses propres erreurs. Ca s'appliquait autant au jeu qu'à la vie réelle...

    J'espère que cette intervention n'est pas trop hors-sujet... J'avais écrit il y a quelques années sur un autre blog, une rencontre très surprenante avec une personne, autour d'une partie d'échecs. Autour des 64 cases, se révélait une revanche contre l'image de l'échec personnel dans la vie qui lui a été renvoyée depuis l'enfance, et un enseignement sur le rapport aux autres. Si ça t'intéresse, je peux le rééditer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne trouve pas que cela soit hors sujet. Au contraire, tu indiques bien que tout apprentissage se fait à partir de ratages qui permettent de s'améliorer. Je ne suis pas joueur d'échecs. Ou très occasionnellement contre l'ordinateur ! En revanche je pourrais reprendre la teneur de ce que tu dis dans l'expérience que j'ai de la photographie et du développement en noir et blanc au bon vieux temps de l'argentique… combien de photos ai-je raté pour apprendre à maîtriser la technique du tirage papier… mais c'est alors un challenge envers soi-même. Toi tu ajoutes quelque chose d'intéressant de la relation et tu dis bien les choses.

      Supprimer
  10. Un billet qui me parle !
    Il m'a fallu du temps pour objectiver, positiver, rebondir. Certains échecs sont salvateurs, d'autres laissent quelques traces....
    L'essentiel étant de se traiter avec bienveillance et de savoir tirer parti de tout.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour ce qui est de « laisser des traces » je suis bien d'accord… il y a quand même eu un échec, et ce n'est parfois pas très glorieux. l'important est cependant de poursuivre sa vie et d'intégrer notre histoire… le mieux que l'on peut…
      merci pour ton commentaire.

      Supprimer
  11. Bonjour Alain,
    j'aime bcp ton message, chacun peut se retrouver car hélas qui dans sa vie n'a pas eu à pâtir de quelques échecs plus ou moins cuisants.
    Pour ma part j'ai essayé de vaincre et de combattre certains vieux démons très tenaces qui contribuent souvent aux échecs..comme le manque de confiance en soi, par exemple, inculqué dès le plus jeune âge et force est de constater que dès lors où l'on s'auto persuade que l'on peut y arriver et bien souvent cela fonctionne....c'est un long cheminement et l'âge apporte en effet un apaisement.
    Belle journée Alain

    RépondreSupprimer

Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas, vous pouvez me l'adresser par mail (voir adresse dans la marge à droite tout en bas).
Merci.
Je le publierai en votre nom.