lundi 2 janvier 2017

Aujourd’hui, bleu.

(l’année à Raymond)

En classe, dans les encriers, elle était violette.
Normal, on était chez les Katos, peut-être s'agissait-il là d'une sujétion, pour nous laisser entendre qu'en devenant cureton on pouvait finir évêque. (Pour ceux qui l'ignorent : un évêque digne de ce nom s'habille en violet : « le violet évêque »)

Plus tard, parce qu'on croit que l'on est devenu homme, on opte pour l'encre noire. Cela vous a quelque chose de viril, de déterminé. On sent toute suite le type qui a une force et une volonté hors du commun. On ne va quand même pas utiliser une encre de nana… !

Avec l'avancée dans l'âge adulte, s'en vient le vague commencement du début d'une sagesse, on réalise que l'encre noire salope les beaux stylos-plume, et on adopte le bleu. Si possible bleu des mers du Sud, appelé par certain bleu azur. On évitera évidemment le bleu foncé, dit marine, par ceux  qui n’y connaissent rien aux nuances de l'océan.  
On a enfin trouvé l'encre bleue de la volupté, du plaisir raffiné, celle qui dispose de l'art de mettre son plein dans un délié.

Alors on peut se lancer dans l'écriture qui va servir à quelque chose, vraiment. On pourra explorer la créativité bleue, celle qui emporte vers les cieux. Là, on ignore encore tout ce qui nous attend.

Alors, avec ce stylo merveilleux à plume d'or, on recopie Marguerite Duras :


«Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. Ecrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait.»

20 commentaires:

  1. Wouaou ! un stylo de la montagne qu'est la plus haute d'Europe !
    Il faut au moins ça, pour écrire du Duras...
    Et c'est là que j'apprends que j'ai écrit pendant des années avec de l'encre de mec...
    Pfffff.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. C'est le seul que je n'ai pas eu…!!
      mon préféré : un stylo Dupont, plume or, laque de Chine, longue épingle, que j'utilise depuis bientôt 30 ans et qui n'a pas pris une ride, ni une rayure… il y a lurette qu'on ne fait plus cette qualité-là !
      Sinon j'ai le Waterman MAN100, un Parker duofold nacré édition limitée, et quelques autres dont un SHEAFFER Legacy (qui ne se fabrique plus...).
      on l'aura compris j'ai eu ma période d'amour des stylos de luxe… ! ... que j'avais l'art de me faire offrir !…

      l'encre de mec ! Une époque où tu t'habillais comme ça ?
      http://madame.lefigaro.fr/sites/default/files/imagecache/image-diaporama-photo/2011/10/1er-smoking-pour-femme-par-YSL.jpg

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  2. A l'école primaire publique, dans les encriers de porcelaine blanche insérés dans les tables d'écolier, l'encre était violette comme chez les Katos. Ils devaient avoir le même fournisseur.

    Le premier stylo plume fut pour l'entrée en sixième. A l'encre bleue. Des cartouches. Mon père avait un stylo plume dont il rechargeait l'encre dans des petites bouteilles. Mon père écrivait à l'encre noire.

    Cela fait longtemps que je n'ai plus de stylo plume. Au bureau c'est le Bic Cristal, pas cher et efficace.. à l'encre noire. A la maison, ce sont des stylos glanés dans le stock de fournitures scolaires de mes enfants (qui ne sont plus écoliers depuis quelques années déjà) et des stylos publicitaires récoltés au fil du vent.

    Pas de joli carnet d'écriture pour moi, pas de joli stylo (plume ou pas)... ah si quand même, l'an passé, j'ai participé à un atelier d'écriture.. Pour l'occasion j'avais amélioré mon ordinaire :-)

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    1. Nous avons des souvenirs quelque peu comparables à propos des stylos…
      À propos de l'écriture personnelle ( et aussi de mon père), je ne suis pas capable d'écrire autrement qu'au stylo plume ( sauf évidemment l'usage de l'ordinateur). Et en particulier dans les ateliers d'écriture !

      En 2009, parmi mes billets disparus des yeux du public, j'avais évoqué mon père, ses stylos et les miens… :

      .... Me voici parti à évoquer mon père, alors que je voulais surtout souligner que je venais de réaliser à quel point mon amour des beaux stylos plume trouve son origine dans la manière dont je regardais mon père utiliser le sien. Il me semblait que pour être véritablement un homme, un grand, il fallait écrire avec un gros stylo plume... Les mauvaises langues et les psychanalystes de salon s'engouffreront probablement dans une interprétation sexuelle et libidineuse de mes propos. Moi-même d'ailleurs en écrivant, je souriais, ne pouvant m'empêcher de verser dans un freudisme de cour de récréation...
      Tous mes écrits personnels, tous mes journaux, toutes mes correspondances, ont toujours été écrites à la plume. En aucun cas il ne pouvait en être autrement. Curieusement, jusque-là, je n'avais pas effectué de lien avec l'image paternelle que cela représente. Lorsqu'il s'agit d'une chose aussi sérieuse que soi-même, seul le stylo plume peut en rendre compte sur papier…

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  3. Hélas, je n'ai plus l'ombre d'un Waterman, mon stylo préféré... Celui des dissertations sans fin. La tonalité dominante était le bleu (le bleu Klein plus clair !) parfois du turquoise (mais c'était rare), le bleu marine ne me plaisait pas tellement, il y a eu du vert aussi. Et du noir. Mais jamais de violet. Pourtant, ça doit être chic... Sur du papier ivoire. Et puis, les touches du clavier ont remplacé la couleur de l'encre et les bics trouvés de-ci, de-là...

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    1. Il est vrai qu'on n'écrit plus guère à la plume… tous ces textes enfouis dans nos disques durs d'ordinateurs, et dont il ne restera probablement plus rien… compte tenu des évolutions technologiques.
      Avant de me séparer d'un ordinateur ancien (sous Windows 95 !), j'avais effectué des sauvegardes de textes que je voulais garder sur des disquettes… sauf qu'il n'y a plus de lecteur de disquettes ! Et que le lecteur amovible que j'avais ne fonctionne plus, et de toute façon, il n'a plus la connectique qui conviendrait…
      il y a quelque temps les disquettes sont parties à la déchetterie… avec un autre vieil ordinateur… (sous Windows 98 !)
      En revanche, j'ai toute la correspondance sur papier de mes parents depuis les années 30…
      Nous appartenons désormais à une civilisation qui archive tout dans des Big datas, mais tout disparaîtra avant la fin du siècle…
      Nous sommes peut-être une civilisation qui ne laissera rien d'autre comme trace… que nos déchets atomiques hyper dangereux…

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  4. Je me souviens de l'odeur de l'encre. De la sensualité de la plume caressant le papier. Quel bonheur d'avoir appris à écrire avec une plume! Je me souviens aussi du plaisir que j'avais à être "de service" toute une semaine et de devoir remplir les encriers, nettoyer les brosses du tableau. Il me semble qu'apprendre à écrire à la plume m'a enseigné un début de rigueur, de discipline personnelle. Très récemment, tombée amoureuse du "journaling" j'ai acheté plusieurs petits carnets pour y consigner mes souvenirs d'enfance les plus marquants, avant qu'ils ne s'envolent définitivement avec ma tête. J'ai dans l'idée bien sûr de laisser des traces écrites qui serviront de racines à mes enfants. Chose qui m'a tellement manqué et dont la soif ne s'est pas éteinte. Parce que je suis plutôt sensuelle dans mon rapport au monde, j'aime le beau papier, bouffant, un peu "humide", j'apprécierai le bois d'un porte-plume: tu me donnes l'envie de re-tenter l'expérience, de raccrocher aux vieux souvenirs...

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    1. Quelle merveilleuse idée de laisser ainsi des souvenirs pour ceux qui viendront par la suite.
      soit fidèle à cette intuition de t'y prendre de cette manière.
      c'est quand même autre chose qu'un fichier d'ordinateur ou une feuille imprimée…
      Tu laisseras ainsi des traces concrètes de ton amour de mère.

      Je fus un grand amoureux des beaux papiers…
      Dans ma jeunesse, j'écrivais mes lettres d'amour à celle qui deviendra mon épouse sur du papier vergé « toile suisse » au stylo plume évidemment, avec les belles enveloppes "ivoire" correspondantes, il fallait passer sa langue sur le rabat en pointe, et la colle avait le gout de la menthe…

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  5. ... La plume crisse et je me souviens... merci AlainX pour ces doux souvenirs qui remontent à la surface de vos mots... dommage que l'on ait oublié ce plaisir sur la page... ces odeurs, et essais colorés...
    Une heureuse année 2017 remplie de projets....
    Den

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    1. Merci pour l'heureuse année. À Vous aussi…

      l'informatique, les Smartphones, les SMS, .... tout ça a mis fin à des pratiques anciennes de modes d'écriture.
      On en a parfois la nostalgie.
      Ça reviendra peut-être. Comme les disques vinyles… les chaînes hi-fi à lampes… et pourquoi pas les plumes Sergent Major !
      ;-)

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  6. Mon père écrivait à l'encre turquoise, j'écrivais à l'encre noire, nos enfants écrivaient à l'encre "bleu-royal"...
    Je vous souhaite une heureuse année 2017.

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    1. Cela fait une famille multicolore !
      Merci pour ces vœux.
      Je t'envoie mes souhaits d'une année douce 2017

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  7. J'adore et la citation de Duras et l'évocation de ces temps où l'encre tachait nos doigts (quelque soit la couleur!!)!

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    1. Ah oui ! Les doigts pleins d'encre !
      et le pire : renverser l'encrier Waterman sur son bureau !!
      on avait alors les félicitations du jury familial !
      ;-)

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  8. L'encre et moi sommes fâchées depuis fort longtemps... comme beaucoup de gauchers qui frottent désespérément les petites lignes à peine écrites avec leur manche... et finissent par pencher la feuille, ou se tordre le poignet, pour se positionner dessus, ou dessous... et avoir le bonheur de supprimer ces fâcheuses traces d'encre...
    Alors la couleur, j'avoue que c'est le cadet de mes soucis !
    Mais j'aime toujours écrire à la main. L'ordinateur n'a pas la même gestuelle, la même sensualité (l'odeur du papier, le scritch scritch du stylo qui glisse...)
    J'en profite pour te souhaiter le meilleur pour 2017, à l'encre bleue, noire ou violette, puisse-t-elle être douce et sereine !

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    1. Une de mes filles est gauchère… elle ne fut pas non plus une grande adepte du stylo plume !
      la solution : te mettre à l'arabe !
      Mais attention, tu vas être taxée de communautarisme !
      En revanche tu plairas à notre ministre de l'éducation…

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  9. Ayant délaissé le stylo au profit du clavier, je constate que peu à peu je perds la souplesse de la graphie. Autrefois je me targuais d'avoir une belle écriture, aujourd'hui elle est devenue fort médiocre. Du coup j'écris encore moins…

    La belle écriture c'est aussi prendre son temps, "s'appliquer", voir les mots se dessiner...

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    1. C'est agréable une belle écriture et qui se lit facilement. Ma compagne de vie est bonne calligraphe !
      Quant à moi, j'ai une écriture de cochon ! j'ai même parfois de la difficulté à me relire moi-même, il faut dire que j'écris vite avec des abréviations… déformation d'universitaire probablement…

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  10. J'ai laissé le porte-plume, mais je suis restée fidèle à l'encre bleue, je suis une inconditionnelle du bleu! J'ai des kilos de cahiers et de petits carnets (les noirs, tout raides, qui font crac quand on les ouvre pour la première fois), et même aujourd'hui, je commence toujours par noter mes idées sur papier... Je ne sais me passer ni du bleu, ni du papier.
    Je me souviens du médecin de mon enfance, il remplissait ses ordonnances avec un somptueux Mont-Blanc, à grandes lettres étirées, et roulait délicatement un tampon buvard sur l'encre noire...
    Elle avait raison, Marguerite, qui a vécu pas loin de chez moi. C'est la seule raison qui pousse à écrire, la découverte.

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  11. J'aimais bien le stylo à plume. Il y avait une certaine sensualité à le prendre entre ses doigts et à écrire sur une feuille de papier. Maintenant je tapote sur mon clavier.....C'est moins romantique !

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