vendredi 17 mars 2017

Du bonheur d'avoir des amis chercheurs.



C'est un sentiment de grande satisfaction et une sorte de dilatation intérieure qui se déploie en moi ce matin. Quelque chose qui a trait à la beauté des travaux de recherche d'un ami de longue date, avec qui je coopère pour la rédaction de certains ouvrages à caractère professionnel.
On bosse actuellement sur une thématique vaste, qui pourrait s'appeler : capacité de décision — liberté personnelle — neurosciences.
Cela va faire deux ans. L'ouvrage avance et nous commençons à en voir le début de la fin.

Il y a 48 heures il m'a adressé un texte absolument lumineux sur les convergences entre nos recherches en psychologique et l'apport des neurosciences dans la recherche décisionnelle.
Cela pourrait être surprenant à ceux qui pense que la recherche en neurosciences viserait à démontrer que nous ne somme que des assemblages neuronaux robotisés et pré-déterminés.

Pas  pour « nous », trop heureux de voir à quel point nos maîtres ont été des précurseurs il y a déjà 40 ans et bien avant que les neurosciences ne s'intéressent à « tout ça ». La « Science du cerveau » commence à reconnaitre  le « libre-arbitre » (certes encadré de déterminismes ) de l’être humain. Et l’importance de l’émotionnel.
 « Si nous sommes coupés de nos émotions, les décisions les plus banales deviennent impossibles à prendre. Un cerveau qui ne ressent rien ne peut pas se décider. » 

. « Sans les symptômes désagréables que déclenche en vous le fait de vous tromper, votre cerveau ne modifiera jamais ses modèles. Pour réussir, vos neurones doivent d’abord commettre des erreurs à répétition. » Lehrer 

Il y aurait beaucoup à dire — nous dirons certaines choses — sur cette absence du droit à l'erreur qui caractérise la société contemporaine.

La citation ci-dessus me rappelait une chercheuse du CNRS, que j'avais eu en stage et qui m'expliqua l'objet de sa recherche. C'était complexe et je ne saurais l'expliquer ici. Il s'agissait, au final, d'ajouter une décimale à une formule fondamentale. Pour y arriver il fallait multiplier la même expérience « scientifique »  qui nécessitait des heures de préparation. Elle en était à je ne sais quel nombre de « renouvellements de l’expérience », échelonnés depuis trois ou quatre années. Elle ne désespérait pas d'aboutir à un résultat, c'est-à-dire à reproduire moulte fois la même chose obtenant le même résultat. Qui aurait permis d'ajouter la fameux décimale à la formule…
j'avais écouté avec beaucoup de sérieux. Intérieurement à la fois cela m'amusait, et à la fois j’admirais cette humilité de la « chercheur du CNRS » qui 100 fois sur le métier remettait son ouvrage…

Un expert, « c’est une personne qui a commis toutes les erreurs possibles dans un domaine très étroit » disait Niels Bohr.

En commentaire nous observions combien il fallait demeurer dans cette grande humilité du chercheur. C'est-à-dire de celui qui ne cesse de balbutier, se tromper, reprendre, se tromper encore, reprendre toujours, pour finir aboutir à un petit quelque chose. Mais un petit quelque chose qui marque une étape.

Donc voilà.
La semaine prochaine, nous avons une nouvelle réunion. On va remettre l'ouvrage sur le tapis…

Et en plus, avec bonheur…

21 commentaires:

  1. Il y aurait beaucoup à dire — nous dirons certaines choses — sur cette absence du droit à l'erreur qui caractérise la société contemporaine.

    Oui, je suis d'accord, je me suis battue toute ma vie pour faire accepter à mes élèves l'idée que l'on progresse par ses erreurs, et surtout à le faire accepter à leurs parents.
    J'ai lu récemment une très belle phrase d'Einstein:
    « je n'ai pas raté dix mille fois la même expériences, j'ai appris dix mille façons qui ne marchaient pas »
    En tous cas c'est vraiment formidable d'avoir des amis chercheurs, oui !
    Bisous mon babar
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. En effet, plus d'une fois tu as évoqué ces questions lorsque tu « pratiquais » auprès des enfants. J'aimais d'ailleurs beaucoup tes billets de cette époque.
      Il y a sans doute encore bien du chemin à faire, notamment, comme tu le dis, du côté des parents toujours avides de performance et d'efficience immédiate.
      Nous allons réclamer dans la constitution : « le droit de se tromper ».…
      :)
      Bisous à toi aussi.

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    2. Ben oui, tu aimais bien mes billets...

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  2. Délicieuse, cette citation de Niels Bohr!
    Mais, au fond, ne sommes nous pas tous des chercheurs? Nous essayons de trouver notre chemin, nous nous trompons, nous tâtonnons, nous faisons du surplace, nous avançons, nous reculons. Le créneau est à peine plus grand que celui des chercheurs, c'est notre vie.
    L'importance de l'erreur, l'humilité d'accepter de nous être trompés, essayer notre propre chemin... nous ne ferons pas avancer la science, mais si une parcelle de notre humanité pouvait fonctionner comme un petit caillou pour celle des autres, ce serait déjà beau, non?
    Amitiés!
    Nicole.

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    1. Tu as tout à fait raison. L'homme est un chercheur né. En tout cas au moins depuis que nous avons développé le néocortex…!
      j'aime bien ton expression : « essayer de trouver notre chemin ».
      Il faut demeurer humble devant le constat que notre petite parcelle apporte sa « mini part », nous qui avons toujours tendance, et au moins la tentation, de nous faire plus grand que ce que nous sommes.
      Enfin, en tout cas je ressens cela pour moi…
      content de te lire ici.

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  3. Ce texte me rappelle un épisode de ma vie dans lequel je me suis royalement plantée. Cela a été un cuisant échec. Des années après je me suis dit que l'échec fait grandir car il nous confronte à nos limites. Sans échec la vie serait bien trop banale.

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    1. Lorsque l'on vit l'échec, c'est toujours difficile, voire douloureux. Cela me semble quand même assez incontournable. On ne va quand même pas tuer notre désir de réussir !
      Sans doute, en effet, faut-il du recul minimum pour analyser et en retirer un profit pour la suite.
      C'est vrai que : tout réussir, tout le temps ! Ça doit être d'un ennui…
      :-)

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  4. Je suis loin d'être un scientifique, mais je sais une chose... L'émotion est une dispersion de l'observation, et engendre une action erronée parce qu'elle n'englobe pas toutes les données de la situation. Ainsi on va neuf fois sur dix à l'échec.
    Sans émotion, l'acuité de réflexion est plus vive, le temps de réaction est plus court...
    Un exemple, lors d'un combat au sabre, si on laisse l'émotion interférer, c'est 100% d'échec assuré.
    Il est vrai qu'un vainqueur n'apprend rien. Il se cantonne à répéter les mêmes schémas qui le mène au succès. Il n'y a alors aucune réflexion, aucune évaluation de la situation. Étrangement, celui qui est en train de gagner mêle l'émotion à son action... Et parfois l'inattendu survient dans la défaite...
    L'échec est toujours un enseignement qui force l'intelligence a reconsidérer la situation, qui force l'analyse et des réponses différentes afin de résoudre le problème...
    J'ai confiance en une personne qui a échoué ; je m'écarte vivement des personnes qui n'ont jamais échouées... Ces dernières ne m'apprennent rien...
    Par exemple, et pour finir, tes échecs sont d'un enseignement exceptionnel. Tu as étayé celui-ci via tes échecs.
    Bon dimanche !

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    1. Te lire me fait penser à ce que l'on appelle « la maîtrise de soi », que probablement on confond assez vite avec « la maîtrise de ses émotions », au sens de plus ou moins les refouler, tenter de les annihiler.
      dans l'exemple que tu donnes du combat au sabre, ou d'autres choses du genre fondé sur des acquisitions par entraînement intensif, ce que j'ai cru comprendre des neurosciences, c'est que l'intégralité du cerveau est totalement activée dans ces cas-là, registre émotionnel largement compris. Car sans ce registre émotionnel, le combattant sera incapable d'anticiper en une fraction de seconde le comportement de l'adversaire, s'il ne peut pas faire appel à sa mémoire émotionnelle qui va fonctionner d'une certaine manière « à son insu conscient ».
      En ce sens le robot ne sera jamais un combattant valable parce qu'il ne possède, disons par comparaison, qu'un "cerveau reptilien électronique"…

      Cela dit je partage tout à fait ce que tu exprimes à propos de l'enseignement par l'échec. La volonté de réussir, voire de vaincre, est un "système de récompense" particulièrement efficace…

      je te rejoins aussi sur la confiance dans les personnes qui ont échoué… enfin… à condition que ce soit pas tout le temps ! J'aime quand même bien que les chirurgiens qui mon trafiqué à l'intérieur à plusieurs reprises ne se soient pas trop gourés !
      :-)

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  5. Je dirai que je n'ai appris qu'à travers mes erreurs, et j'ai toujours eu du goût pour "essayer" voire maîtriser. La peinture à l'huile, le pastel, les points de tricot difficiles (on rigole mais c'est ardu parfois), la couture, la photo (je ne suis pas bonne technicienne mais je gère la retouche) le plâtre, la tapisserie, la pose de moquette, l'écriture et puis la poésie. Là je suis dans le costume 18 éme siècle. Je viens de bricoler des chaussures de marquise. Mon soucis étant que j'ai trop d'idées, que je déborde d'envies, que je me sais capable de réaliser beaucoup mais qu'au bout ça me paralyse parce que je n'arrive pas à choisir mes priorités. Rajoute à ça que mon entourage ne cesse de me dire "le pognon que tu pourrais te faire" et que moi, j'ai peur de l'argent qui pollue tout. Il faut que j'apprenne encore à me lâcher la grappe, que je fasse abstraction des autres pour me laisser aller au plaisir de "faire".Mon cerveau est avide de ce plaisir là. :)

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    1. C'est très intéressant ta démarche d'essayer beaucoup de choses diversifiées. C'est quand même le signe de multiples talents. Trop d'idées ? Je pense à des personnes qui ont énormément d'idées… mais ne transforment jamais aucune en acte effectif…
      choisir ses priorités… oui bien sûr… parfois je me demande si ce sont pas certaines priorités qui choisissent pour nous, puisqu'au final c'est cela que l'on réalise.

      Quant à ton entourage… je ne voudrais pas être trop négatif à son égard… mais la réflexion sur le pognon à se faire… comment dire… n'est-ce pas quelque peu détestable ? Tout réduire à du pognon à se faire !
      Si tu optes pour ça, va voir ton banquier pour de bons placements !… Enfin « bons »… pour lui évidemment !

      Pour ma part je crois que l'argent ne pollue pas. C'est seulement l'usage qu'on en fait. En particulier quand il devient une fin en soi.
      Alors on finit sa vie comme ce mania du pétrole, aux portes de la mort, qui déclarait :
      — « je ne peux pas mourir ! Je suis l'un des hommes les plus riches du monde ! »

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  6. Ce sont des gens qui "galèrent" comme on dit, alors quand ils voient à la télé les montagnes d'argent que gagnent certains artistes c'est sûr qu'ils se disent que j'ai de l'or au bout des doigts et qu'ils ne comprennent pas que je n'en tire pas profit. Je comprends qu'ils ne me comprennent pas.

    Quand on voit ce que le dieu pognon a fait à la Terre et aux hommes, on ne peut qu'être méfiant. Je le suis, je ne voudrais pas qu'il me change en Dali ou Warhol.

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    1. Beaucoup de « vrais bons artistes » vivent assez modestement de leur art. Le faire connaître, vendre quelques œuvres, n'est pas en vue de la célébrité, mais de financer leurs œuvres.
      Sans vouloir être mécène d'une quelconque manière, je me suis entouré de ce genre d'œuvres « originales », d'une bonne dizaine d'artistes, peintres, photographes, sculpteurs, qui ornent mon habitation.

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  7. j'ai connu pas mal de chercheurs monomaniaques qui labouraient inlassablement le même sillon...

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    1. Et on se demande s'il faut être admiratif de leur persévérance, ou dubitatif de leurs improbables résultats…

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  8. Allez-vous en écrire un livre ? car tout ce dont tu parles m'intéresse beaucoup, et me parle. :-)
    Bonne soirée, Alain.

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    1. Ce sera en effet la quatrième publication de ce groupe de travail.
      Mais ce n'est pas destiné à une diffusion « grand public ».
      Alors, mieux vaut continuer à lire mon blog !…
      ;-)))

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  9. Anonyme27/3/17

    « Il y aurait beaucoup à dire — nous dirons certaines choses — sur cette absence du droit à l'erreur qui caractérise la société contemporaine ».

    Wow, wow, comme y allez ! Généraliser sur la société contemporaine alors que l’on sait que cette absence du droit à l’erreur est consubstantielle à la Gauloisie. Sauf les politiciens professionnels cocosos surtout, qui eux s’auto- amnistient.
    Un chef d’entreprise qui échoue chez nous, aura beaucoup de mal à se relever et à monter d’autres projets, contrairement à d’autres pays occidentaux qui donnent plusieurs chances à l’individu de bonne volonté.

    Jour d’Habib

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    1. Voyons, voyons !
      Un candidat à beaux costumes ne cesse de "reconnaitre des erreurs"....
      Mais ce n'est sans doute pas un gaulois de souche ! Déjà qu'il est maqué avec une acharnée du travail 24h/24h du Pays de Galles.... C'est pas clair !

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  10. Anonyme28/3/17

    C’est sûr que dans 1 cabinet noir on ne peut pas voir bien clair, à moins d’être nyctalope.
    Jour de Gontran

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  11. La Baladine29/3/17

    Je me suis toujours appliquée la devise des Shadoks " Ce n'est qu'en essayant continuellement que l'on finit par réussir... En d'autres termes, plus ça rate, plus on a de chances que ça marche!"

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