lundi 27 mars 2017

Objets mémoriels

Dans les jours qui viennent, nous refaisons notre grande pièce à vivre, du sol au plafond en passant par les murs. Dès lors, nous avons vidé la pièce, tout retiré des armoires, tiroirs, et autres lieux de rangements. Belle occasion de faire un tri, le sac-poubelle à la main.
Forcément ça et là, se pose la question : on jette ou on garde ?
Parfois c'est l'évidence pour ma compagne et moi. Parfois c’est sujet à discussion.
La ligne de fond est assez claire : se délester au maximum.

Ce n'est pas si facile de tenir la ligne. Pour certaines bricoles ayant atterri au fond d'un tiroir, le choix est vite fait vers le sac-poubelle. C'est un peu idem pour les objets du style « ça pourrait servir un jour », alors qu'on se rend compte que ce jour ne viendra jamais.

photo du net
Restent les objets pour lesquels on ressent un attachement.
Il faut alors s'interroger sur ce que je pourrais appeler la profondeur de l'attachement.
Je constate alors des raisons de surface, avec un fil ténu et pas bien solide. Il suffit de réfléchir quelques instants pour voir qu'il n'y a même pas un coup de ciseaux à donner pour rompre ce fil. Juste un petit pincement au cœur pour cette vieille jolie boîte de dragées, mais vide, et qu'on a gardé en vague souvenir de cette cérémonie si réussie… vague souvenir en effet… exit la vieille boîte.

Et puis il y a les objets qui se sont attachés à nous, autant que l'on s'est attaché à eux. Ceux dont on sent qu'il y a trop d'amitié entre nous, et qu'il nous faut les garder assez précieusement.
Ils ne sont pas seulement le rappel de souvenirs. Ils font quasiment partie de nous-mêmes, comme un prolongement inséparable, même s'il fallait, par malheur, en être séparé. Ce genre de malheur, tel un cambriolage où l'on nous a chapardé des objets sans valeur marchande, mais chargés d'un prix affectif incommensurable.

Il suffit alors d'entrer dans une conscientisation profonde qui devient la référence pour le choix de garder ou se séparer. À condition d'être rigoureux. Sinon on trouvera toujours un « endroit de soi » qui risque de nous pousser à thésauriser qui est devenu inutile pour aujourd'hui.

L'objet à garder a le plus souvent bien peu de valeur financière. On se dit qu'un jour il faudra bien, là aussi, s’en séparer. On réfère alors aux expériences passées, qui nous ont amené à se délester de ces objets–souvenirs impossibles de virer, mais on a fini par le faire, parce que toute la charge affective est disparue par intégration du souvenir à l'intérieur de soi de manière renouvelée, probablement recomposée, et largement suffisante à notre bonne structuration psychique.

Enfin, il y a le souvenir à ressurgissement, parce que l'objet réapparu à notre vue fait renaître de l'enfoui.
Ainsi en fut-il pour moi d'un très vieux verre bistrot à pied court et fond épais (genre verre à absinthe), qui était au fond du buffet à vaisselle. Un verre venant du temps de mon grand-père, cette époque où il a tenu un bistrot de village. Je voyais ces verres sur le comptoir, à côté de la grosse boule transparente  où,en glissant une pièce, vous pouviez faire tomber des bonbons colorés ronds et délicieux. Mais mon père refusait systématiquement de mettre une pièce, et le grand-père n'allait pas en chercher une dans son tiroir-caisse.

Il aura fallu moins d'une seconde pour que plein de flashs visuels reviennent, avec leurs odeurs quasiment associées.

32 commentaires:

  1. Moi personnellement je n'aime pas entasser. alors je vire souvent sauf des objets qui présentent une valeur sentimental. Quand il y a trop d'objet autour de moi, j'ai l'impression que mon mental est encombré...J'ai besoin d'espace !!

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    1. Il est vrai que lorsqu'on a le cerveau encombré, on finit par l'être aussi dans ses meubles et son environnement !
      cela dit, pour l'instant la pièce à vivre est vide… mais mon cerveau pas encore trop !…
      Cela vaut peut-être mieux quand même ! Je crois que je vais garder quelques neurones…
      ;-)

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  2. Quant on habite dans un appartement petit, il faut savoir trier, c'est indispensable pour ne pas avoir l'esprit encombré, comme le dit Daniel.
    J'ai la fâcheuse tendance à revenir toujours de mes voyages avec un objet en souvenirs. Cela commence à en faire un certain nombre. :-)
    Il y a aussi des objets dont je ne pourrai me débarrasser car ils racontent une histoire importante.
    Bises et belle semaine.

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    1. J'aime bien ce concept de l'objet qui raconte une histoire importante.
      On ne va pas non plus s'amputer de tout !

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  3. J'ai horreur de jeter. D'autant que lorsqu'on s'inscrit sur des sites tels que "Je donne" ou "Free cycle", on s'aperçoit toujours que ce qu'on a à jeter fait le bonheur d'autres... Alors je ne jette plus, je donne...

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    1. En fait c'était pour dire qu'il est plus facile de se séparer des choses quand on les donne. Depuis que j'ai découvert ces sites, je n'ai plus aucun problème pour me séparer des choses, je sais qu'elles seront utiles ou amuseront les autres... :)

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    2. Tu as raison. Nous avons d'ailleurs souvent donné aussi. Anciens meubles, vêtements, objets décoratifs, etc.
      mais il y a quand même des choses qui ne sont pas «donnables » décemment.

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  4. .....Et quelques fois il arrive que l'on jette ce que l'on voudrait garder, ou vice-versa... mais je fais de plus en plus souvent du grand grand nettoyage, au propre comme au figuré.
    Bises, Alain, et belle semaine.
    Den

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    1. Peut-être que le temps arrive du grand nettoyage de printemps ?
      :-)

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    2. Mais pas que, Alain, avec le temps j'ai appris à vivre avec plus de légèreté, sans m'encombrer de ce qui est inutile...
      Den

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    3. J'ai répondu par une petite pirouette. Cependant, je ressentais bien toute une expérience personnelle de désappropriation, signe d'une forme de sagesse.

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  5. A part les albums photos je crois que je n'ai pas d'objets qui me tiennent tant à coeur que ça. Heureusement parce que j'aime bien changer mon cadre de vie. Une chose m'émotionne quand je vais rendre visite à ma belle-mère (seconde épouse de mon père) : elle a dans son salon une statue de femme noire. Je l'ai toujours vu du temps où mes parents vivaient encore ensemble, c'était "la négresse". Elle est assise, gracieuse et fluide et elle ne porte qu'un collier peint en doré. C'est un truc à trois sous vu le peu de moyens qu'avaient mes parents, elle m'a beaucoup intriguée autrefois. Compagne silencieuse de mes jours solitaires...

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    1. J'imagine assez bien le genre d'objet. Et c'est bien ça en fait. Cet attachement subtil à ces objets–compagnons.
      lorsque j'animais des stages, je demandais parfois participant devenir le lendemain avec « un petit objet qui leur tient à cœur ». Chacun en exprimait le pourquoi devant le groupe. C'était l'occasion de sortes de révélations pour la personne elle-même, du sens que pouvait avoir cet objet, au-delà du souvenir ou de l'apparence immédiate.
      Nous ne sommes pas des êtres « dans la vapeur »…

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  6. Difficile exercice que de faire du tri.... Faudrait que je m'y mette...

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    1. Martine, donne ci-dessous un petit principe tout simple qui pourrait te guider…

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  7. Je suis aussi en pleine phase renouvellement et vide. Après le décès de ma mère je n'ai gardé que quelques objets qui venaient de mon arrière-grand-mère et de ma grand-mère parce qu'ils avaient un parfum d'enfance. Tout le reste a été donné ou jeté et ça fait un bien immense de se sentir plus léger. Principe de base, si ça n'a pas servi, ça ne servira jamais alors ouste !

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    1. J'aime bien ce que tu dis de ce « bien immense ». Je le ressens aussi lorsque je me délaisse de ce qui n'a plus de raison d'être là. C'est un peu après coup que l'on se rend compte de la pesanteur que cela représentait.

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  8. Charlotte28/3/17

    Ayant souvent déménagé j'ai l'habitude du triage.Notre dernier déménagement date d'il y a 5 ans. Nous avons vendu notre grande maison pour en acheter une beaucoup plus petite les enfants ayant tous quitté la maison. Ce fut un fameux changement . Nous avons stocké dans le garage tout ce que nous ne comptions pas emporter dans notre nouvelle demeure en disant aux enfants de choisir et prendre tout ce qui leur convenait. Ce fut vite fait et sans dispute.Maintenant quand nous allons chez eux nous retrouvons notre passé dans certains meubles et objets qu'ils ont choisis pour eux. C'est très amusant.Et ce n'est donc jamais dépaysant.
    J'aime beaucoup le changement mais pas par contre l'encombrement.
    Bonne chance et bon travail.

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    1. Il est vrai que les déménagements sont une belle occasion pour ce genre d'opération.
      J'imagine assez bien les sentiments que l'on peut ressentir de retrouver chez ses enfants meubles et objets qui ont accompagné toute une période de nos vies.

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  9. C'est l'avantage d'avoir beaucoup déménagé, on connaît les adresses des Emmaüs et Secours Pop de toutes les villes où l'on est passé...
    Sous prétexte d'alléger le déménagement, on s'allège l'esprit et quand le cœur est lourd, c'est déjà une belle avancée !
    Bon tri !!

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    1. Nous n'avons pas beaucoup déménagé, mais nous avons renouvelé bien des choses au fil des années… nous sommes aussi assez adeptes d'Emmaüs pour le mobilier, et d'une associations locale qui redistribue vêtements et autres objets aux personnes qui en ont grand besoin.

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  10. hélas, trois fois hélas!
    mon mari est incapable de se séparer des vieux objets qui ne sont même plus réparables!
    donc c'est un envahissement dans toute la maison!!
    Cela m'est très dur, lourdeur, impression de ne pas pouvoir respirer!

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    1. Tu avais évoqué ce sujet sur ton blog dans le passé…
      Il semblerait que les choses n'aient pas beaucoup évolué…
      Faut lui dire de lancer un petit commerce sur Internet pour vendre tout ça…
      Le vintage c'est tendance !
      Je plaisante… mais je comprends bien que cela va finir par devenir insupportable…

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  11. Anonyme28/3/17

    Minimalisme, épuration, circulation, mais c’est quoi encore ce truc ?
    Combien de fois, nous a-ton répété que la nature avait horreur du vide ? Hein ?
    La fonction de l’objet et des choses est de remplir, combler, enrichir notre espace vital ; et vous toutes et tous prônez le vide ?
    D’un autre côté, « de l’argile nous faisons un pot, mais c’est le vide à l’intérieur qui retient ce que nous voulons »
    Ou bien « de la glaise surgissent les jarres mais le vide en elles crée la Nature de la jarre » :
    Ainsi parlait Lao Tseu.

    Jour de sagesse

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    1. l'horreur du vide ?
      Peut-être que la nature a horreur d'elle-même…
      Puisque nous ne faisons que voyager de vide en vide, comme semble nous l'enseigner la physique quantique…
      Bien que je n'y ai pas compris grand-chose, si ce n'est que la matière n'est pas la matière, et que l'énergie et du vide aussi mais de l'énergie quand même.
      C'est passionnant ! Et puis ça vide la tête !

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    2. Anonyme29/3/17

      Certes, certes, c’est passionnant et très compliqué aussi, ça fait mal à la tête.
      Le mieux c’est le vide au cube comme vider des chopines en vacances (Etymologiquement, vacances renvoie au vide, à l'absence), en causant politique quantique. Cette combinaison procure en vrai le même effet mais en plus cool.

      Jour de joie

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  12. Le grand nettoyage de printemps! On dépoussière, on désencombre, sorte de cure "détox" des lieux et de l'esprit.
    Le Paladin et moi avons 5 ou 6 déménagements à notre actif. Rien de mieux pour trier, et apprendre à ne pas s'attacher aux lieux comme aux choses. Il n'y a qu'aux livres que je tiens vraiment...

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    1. Il me semble bien en effet que tout ce qui nous encombre dans une maison, encombre aussi notre esprit…
      Chaque fois que je me déleste, je le ressens de cette manière.
      Pour les livres, je n'ai d'attachement qu'à un petit nombre.
      En revanche, c'est pour de la correspondance que j'ai un réel attachement. De ce temps-là où on s'écrivait sur du vrai papier, avec un vrai stylo, dans une vraie enveloppe, déposée dans une vraie boîte aux lettres…
      c'était avant l'invention du clic de souris… laquelle bestiole a dévoré tout le papier…
      :-)

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  13. Chaque objet a une histoire, et il est très difficile de s'en débarrasser à cause de cette histoire qu'il nous raconte ou qu'il nous remémore. Et pourtant, on ne peut pas tout garder ! Moi aussi, il faudrait que je fasse du vide chez moi... me délester, me détacher... Pas facile.
    Bonne soirée, Alain.

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    1. Je pense que « se délester » ça se prépare… je veux dire au moins dans sa tête…
      il y a des objets qui ont une valeur importante (je parle pas d'argent) comme une nécessité.
      Il y a je crois aussi de « faux attachement » qui ont perdu toute charge affective par intégration dans notre intériorité, mais en garde ces objets… comme si… leur inutilité était encore indispensable…

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  14. Pas facile... mais indispensable ! Et souvent "purificateur", "allégeant"...

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    1. Oui, on hésite parfois avant, mais après, le plus souvent, on se sent beaucoup mieux…

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