J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 14 août 2017

Sans retour

Mon été 2017 se déroule sous de forts contrastes. Tout a parfaitement commencé avec 15 jours d'escapade dans le midi où nous avons passé de merveilleuses journées ensoleillées, reposantes, et à la fois culturelle et ponctuées de rencontres intéressantes.
Heureusement qu'il y eut cet épisode multicolore.
Car ensuite ce fut la grisaille.

Au bord de la mer mon ciel commença à s'assombrir. Le vent mauvais des nouvelles alarmantes se mit à souffler soulevant le sable cinglant qui perce les oreilles, vous force à écouter la tragédie d'une vie qui avance vers sa fin.
Alors la nuit sombre se fait définitive pour celui dont je partageais l'amitié depuis 45 ans et même plus…
Le crabe finit toujours par étendre son empire.
  
Le cri de douleur de l'épouse désormais seule, dans la nuit tempêtueuse vrille l'oreille est s'y incruste comme un acouphène. 
La mer ne s'est pas calmée et les essuies glaces sur la route du retour ne nettoient rien dans mes yeux que troublent une eau saumâtre. 

Ainsi va la mort.

La veille, je recevais une photo de lui, assis dans son fauteuil, il souriait , le gobelet de mauvais café à la main. Il faut dire qu'aux soins palliatifs on lui avait retiré les tuyauteries dans les veines, la sonde gastrique, et tout le tremblement…

Il s'en est allé vers cet ailleurs inconnu, que les hommes préfèrent espérer, en écoutant la neuvième symphonie de Beethoven…
Paisiblement nous a-t-on dit.

Dans son cercueil, sous le linceul, je me demandais bien où était passé son corps. Il était déjà réduit à presque rien, lui qui, de son vivant, de sa santé, avait des allures d'armoire à glace.

La dernière fois où je l'ai vu il m'avait dit : "Ne t'inquiète pas, je vais continuer à me battre."

Le combat était bien trop inégal mon  ami ! 
Mais ta grandeur fut de croire en une victoire.  Éternel courageux, volontaire et confiant dans la vie. Tu l'auras été jusqu'au bout.
C'est pour cela sans doute que tu es parti confiant dans la mort. Sans souffrance insurmontable comme je l'ai vu chez d'autres.

Au fond le crabe n'a pas vraiment gagné. Il ne t'a pas emporté.


C'est toi qui l'a quitté.

26 commentaires:

  1. Charlotte14/8/17

    Quelle belle et profonde amitié entre vous deux. C'est beau et cela me donne envie de pleurer tellement c'est beau et réconfortant ce que tu écris,ressens, pense et vis.Ce n'est pas possible que la mort soit la fin de tout. Si Dieu existe cela n'a pas de sens...comme je ne peux que dire que je ne sais pas mais que j'espère...

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    1. Dieu ? Une vie ailleurs ? Je ne sais pas non plus… je ne sais même pas si j'espère qu'il en soit ainsi.
      En revanche, toutes les relations que j'ai vécues sont éternelles au fond de moi-même. Je veux dire que je ne puis pas me les arracher.

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  2. la veille du grand départ, il souriait encore...
    et puis, il est parti avec dans les oreilles cette symphonie grandiose!
    Toi et ta femme vous avez accompagné votre précieux ami, jusqu'au bout. Et maintenant, vous restez proches de la veuve...Oui! c'est une belle amitié, profonde et belle
    C'est une amitié qui nous fait du bien, à nous qui lisons tes mots
    Courage, Alain

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    1. Nous l'avons accompagné depuis les débuts de ses ennuis de santé, il y a environ 15 mois.
      Sans doute pendant cette période l'amitié s'est-elle approfondie comme jamais auparavant.
      la douleur présente n'en est que plus intense.

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  3. Une amitié qui va perdurer au-delà de son départ car il restera toujours là, au fond de ton coeur. Mes amitiés Alain. Bises alpines

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    1. Oui, C'est une évidence. D'autant que j'en ai l'expérience avec malheureusement des personnes qui qui me sont chères mais ne sont plus là.

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  4. C'est un très beau texte. Tous nous nous dirigeons vers cet instant où tout bascule. Vivre pour finalement mourir !

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    1. Raison de plus pour l'intensité actuelle de la vie.

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  5. Je relisais justement cet extrait de Bobin :

    "Il reste d'une personne aimée comme une matière très subtile, immatérielle qu'on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l'équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d'or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d'une personne est éclatant. Inaltérable désormais... Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l'éclat d'un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée.
    Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement dans une métamorphose incessante.
    C'est pourquoi, il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d'une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s'assombrit puis s'éclaire de façon toujours surprenante.
    La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil. Elle nous ramène à l'essentiel, ce à quoi nous tenons vraiment."

    En espérant que vous trouverez dans ces lignes un peu, un tout petit peu, de consolation...

    Mes pensées vont vers vous, et toute mon amitié.

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    1. Je suis surtout rejoint par cette phrase :
      Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement dans une métamorphose incessante

      Et merci pour l'ensemble de cette citation.
      Ainsi que pour vos pensées

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  6. Que dire après ce magnifique extrait de Bobin, où tout est dit ?
    Ton ami était unique, parce que chaque être humain l'est, un assemblage inédit de molécules qui n'avait jamais existé et n'existera plus jamais.
    C'est en cela que sa mémoire restera unique dans ton coeur.
    Je t'embrasse fort.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. C'est en cela que sa mémoire restera unique dans ton coeur.
      Je suis d'accord avec cette phrase, si le mot mémoire veut dire « mémoire vivante », au sens que la relation se poursuit à l'intérieur de soi d'une manière autre que celle qui existait auparavant.
      Je dis cela, parce que je le vis avec d'autres morts.

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  7. Gérard Philipe avait noué une immense et profonde amitié avec Georges Perros, du temps de leur prime jeunesse; quand l'un écrivait à l'autre "C'est bien de te savoir avec moi sur le globe", l'autre lui répondait "J'ai hâte de te coudoyer"...
    Quand Gérard Philipe a pris le même chemin que ton ami, danss les mêmes circonstances, Georges Perros a dit sur sa tombe: "Ce sera moins dur de mourir, maintenant, pour ceux qui t’ont aimé. Moins bête. Il y aura un rendez-vous à ne pas manquer, que nous ne manquerons pas."
    D'ici là, il te reste la vie, en te réjouissant de l'avoir connu.
    Je t'embrasse, j'y mets tout mon cœur.

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    1. J'aimerais pouvoir partager ce qu'à dit Perros sur la tombe de Gérard Philippe. c'est ce rendez-vous dont il parle, qui n'est pas d'évidence. Cependant je ne peux que te remercier de cette citation qui me donne matière à méditation.
      et merci encore pour la dernière phrase.

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  8. Décidément, cette infâme maladie fait du mal autour de nous en ce moment.
    Ne pas oublier ceux qui partent pour qu'ils continuent de vivre encore auprès de nous. Continuer à parler d'eux comme s'ils étaient encore présents. C'est ce que je fais lorsqu'une personne que j'aime disparaît. Ainsi elle continue de vivre par mes mots.
    Toute ma sincère amitié, Alain.

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    1. En ces jours, les échanges du type de ce que tu dis, sont nombreux entre nous = la veuve, des amis communs, mes enfants qui le connaissaient bien. Et d'autres encore…

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  9. Je ne sais que te dire cher Alain, je suis comme tant d'autres: une bien piètre consolatrice. Non parce que la mort d'autrui ne me touche pas mais bien parce qu'elle me percute. M'ébranle profondément. Le paysage familier de mes oncles et tantes s'est cruellement éclairci en très peu d'années. Pourtant je pense encore à eux au présent, ils demeurent si vivants en moi. C'est peut-être là un début de consolation: continuer à les porter en nous. "Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants"

    Tendresse

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    1. Venir ici manifester ta présence, c'est déjà dire beaucoup.
      Je pense que « porter en nous » comme tu le dis, nos défunts, c'est à la fois une consolation, et aussi une sorte de réconfort parce qu'en les portant nous, ils continuent à nous enseigner.

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  10. Que mon amitié vous accompagne Alain !

    Avec ces quelques mots, tu lui rends déjà un hommage, et à travers tes mots à travers toi, à travers notre intérêt à te lire... tu l'as fait existé encore !
    J'aime le regard que tu lui portes, il t'en restera toujours quelque chose, car la relation qu'il y a eu entre vous continuera lors de certains moments à vibrer en toi.

    Des bises et de douces pensées pour toi et tes proches !


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    1. Comme tu le dis, la vibration ne peut s'éteindre. Même si pour l'instant, c'est une vibration quelque peu douloureuse.
      merci de tes douces pensées.

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  11. Je pense qu'il y a des morts qui sont "vécues" comme des victoires. Plus peur. Au pied du mur il semble s'ouvrir vers autre chose. Fini le besoin de "lutter" parce que, finalement, c'est ce qu'on attend de nous. Une fois qu'on abandonne la lutte, j'espère qu'il y a vraiment de la musique, et du repos, et un ailleurs.
    Je l'espère pour ton ami... et tous les autres!

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    1. "... Une fois qu'on abandonne la lutte"
      Oui, c'est assez fort ce que tu dis.
      Et je pense que c'est cela qui est arrivé.
      Lorsqu'il entra aux soins palliatifs, ( Deux jours avant de mourir), j'ai cru comprendre qu'il avait vécu une sorte d'abandon, ce qui l'avait rendu souriant, et même plaisantant. témoin les photos que j'ai reçues.
      Il a sans doute cessé un combat perdu. Il est donc parti en Paix. Une forme de victoire en effet.
      Merci pour ce commentaire qui m'amène plus loin.

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  12. Anonyme19/8/17

    Je ne suis plus très douée avec les mots... alors je me contenterai de te faire une bise douce...
    Anne K

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  13. Oui, je crois que c'est un peu cela, bien des personnes nous accompagnent encore, autrement. Je pense à une amie retrouvée après quarante ans, devenue blogueuse, et quelle blogueuse... Décédée. A mon beau-frère, que j'aimais beaucoup. Lui a géré sa fin de vie avec son expérience médicale (il était dentiste). Il avait choisi de faire le maximum de soins - déjà pour faire avancer les recherches médicales, ou les étayer - puis quand il a jugé que ce n'était plus possible, il a préparé sa manière de partir. Mais je ne puis dire que ce soit facile pour l'entourage. Et que dire de mon père à qui je pense tout le temps, depuis le moment où je m'éveille ... Mais de plus en plus autrement. Il y a des images qui se détachent et symbolisent la personne dans ce qu'elles avaient comme qualités essentielles. Toutes mes pensées amicales ....................

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    1. Merci de passer par ici, chère Pivoine.
      Il y a des images qui se détachent et symbolisent la personne dans ce qu'elles avaient comme qualités essentielles ... oui, c'est tout à fait cela. Tu dis avec exactitude ce que je vis et ressens à propos de mon père, notamment, et d'un autre ami décédé il y a longtemps…

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