J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 19 février 2018

Le destin d'Artémise


« Il ne faut jamais éclaircir le mystère. De toute façon, un écrivain ne le pourrait pas. Et même s'il cherche à l'éclaircir de manière méticuleuse, il ne fait que le renforcer. »
Patrick Modiano

N'ayez pas peur ! Je ne demande pas une dissertation en trois paragraphes sur la citation de Modiano ! Mais simplement d'écrire, à partir de la toile du jour, une histoire un peu, beaucoup, passionnément ...
ONIRIQUE,  ETRANGE, MYSTÉRIEUSE...




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Le destin d'Artémise

Artémise n'avait guère les moyens pour se loger valablement. Ses parents disparus avaient eu beau lui donner un nom de reine antique, cela n'avait pas suffi à faire sa réussite ni sa fortune. Elle avait donc été contrainte d'opter pour une ancienne chambre de bonne au sixième étage, et uniquement accessible par ce qui fut autrefois un escalier de service.

Artémise aimait les hommes. Beaucoup. Ne disposer que de petits moyens financiers n'empêche pas d'être riche de ses charmes. Et de ce côté, il faut bien reconnaître qu'Artémise avait la richesse abondante et généreuse.

Ne croyez pas qu'elle fut courtisane, et encore moins péripatéticienne. Elle aimait l'amour comme d'autres aiment la liqueur de mandarine. Artémise avait le cœur fruité.Sa générosité dans le déduit faisait sa réputation. Son adresse était recherchée. Il ne s'agit pas ici de sa virtuosité sous les draps, mais de sa rue et de son numéro, qui était d'ailleurs le 69.

Artémise aimait entendre les craquements de l'escalier et du garde-fou qui menaient jusqu'à chez elle. C'étaient des indices importants. Elle devinait ainsi les désirs secrets de ses futurs amants rien qu'à prêter l'oreille à chacun des bruits qu'elle avait inventoriés. Elle distinguait si les marches étaient montées une à une ou quatre à quatre : une bonne indication sur l'âge. À la longueur ou l’intensité des craquements sur certaines marches, Artémise identifiait  s'il s'agissait d'un jouisseur ventripotent, ou d'un grand maigre aux exigences particulières. Le garde-fou avait un couinement spécifique à la dernière volée de marches qui se produisait lorsqu’on s'y accrochait fermement, c’était signe d'essoufflement. Elle se disait alors, non sans une certaine tendresse au coin des lèvres,  qu'il faudrait ménager le cœur de ce Monsieur. Elle adapterait donc ses propositions.

*

Alonzo gratta timidement à sa porte. Il avait pourtant monté les étages quatre à quatre comme l'avait entendu Artémise. Lorsqu'elle ouvrit, elle ressentit un courant électrique lui parcourir le dos rien qu'à la vue de ce bel animal , aux épaules carrées de Fort des Halles. La lèvre épaisse rehaussée d'une fine moustache mettait en valeur son sourire d'une blancheur étincelante. Elle ne se rendit pas compte tout de suite de l'aspect carnassier de celui-ci.

Lors de cette première visite Alonzo tenta  juste de lui voler un baiser. C'était mal connaître Artémise qui s'empressa de lui offrir sa bouche intégralement avec une rare ardeur.
Lors de sa deuxième visite Alonzo offrit à Artémise un de ces plaisirs raffinés qu'elle n'avait pas ressentis depuis bien longtemps. Il lui déroba cependant une paire de boucles d'oreilles avec diamants, ultime souvenir de feue sa mère, qu'elle avait retiré avant leurs ébats.
Lors de sa troisième visite Alonzo fit preuve de certaines exigences, mais avec douceur. Il la quitta en emportant son sac à main.
Lors de sa quatrième visite Alonzo présenta à Artémise une femme qu'il annonça comme sa cousine germaine. Celle-ci venait pour l'aider à mieux aménager sa chambrette avec de lourdes tentures rouges qui paraît-il étaient à la mode. Artémise appris ce jour-là que cette cousine veillerait désormais sur elle de jour comme de nuit.

*

Artémise n'aimait pas qu’on la traite de femme de mauvaise vie. Elle avait tout simplement rencontré le mauvais homme au mauvais jour. De toute façon nul ne pouvait commander à l'amour passionnel. Il se déclenchait par un regard et l'on s'emprisonnait pour longtemps dans ses bras, jusqu'au jour où on prennait conscience qu’il devenait temps d’en finir. Le Destin a ses exigences.

C'est ce qu'elle expliqua à l’Officier de Police que des voisins affolés avaient appelé lorsqu'ils entendirent  une détonation qui, selon eux, ressemblait un coup de feu.
Pas plus on ne pouvait commander à l'amour passionnel, pas plus on ne pouvait éviter le crime du même nom.

— N’est-ce pas Monsieur l’Officier de Police… ? Vous qui êtes un homme si gentil et que je pourrais choyer. Vous me comprenez, forcément !

14 commentaires:

  1. Finalement, le bel Alonso était un beau s....d ! Et quel fichu destin, espérons que le commissaire soit séduit par le gout de la liqueur de mandarine distillée par Arthémise.

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  2. ben dis donc...elle n'y est pas allée de main morte!
    mais finalement, on peut la comprendre, on peut même l'excuser
    car quand même... voler ainsi le précieux d'Artémise...!

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  3. J'aurais bien aimé connaître Artemise !

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  4. Pauvre Artémise !
    Mais chouette histoire.

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  5. Décidément tu as une façon d 'écrire qui me séduit, tant par la formulation de tes phrases que par ton imagination active. C'est beau, mais pourquoi ça se termine presque souvent par une chute vertigineuse ?

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  6. Arthémise, ô douceur, extase de l'amour
    Je vous retrouverai ce soir à la veillée
    Belle et pareille au premier jour
    Et je vous aimerai sous la clarté lunaire
    du jardin extraordinaire...

    Eh bien! enfin on comprend mieux la chanson de Trenet...
    Bravo pour cette nouvelle, extraordinaire, cher Alain.
    Il suffit pour ça d'un peu d'imagination...de ton imagination éroticoquine...
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. J'aurais plutôt pensé au couteau pour en finir avec Alonzo ! Elle a de l'entregent - attention, attention, je n'ai pas dit... - Artémise. La pauvre qui croyait aux jeux de l'amour t du hasard...
    Très réussi, ce conte sanglant derrière ses tentures rouges.
    Merci, Alain.

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  8. Et voilà comment finit une histoire qui aurait pu être belle !!! c'était sans compter sur le sieur Alonzo aux mœurs douteuses !!

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  9. Finalement, Artémise faisait l'amour gratis pro deo... et Alonzo pensait bien se faire des c...... en or en changeant son statut

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  10. colombine19/2/18

    Ah oui en effet ....mais le goujat ne l'a pas volé !

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  11. Artémise a du tempérament, elle s'en sert partout.

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  12. Je l'aime bien ton Artémise, et j'espère que l'Officier de Police sera un homme libre, bon, sincère... et qu'il tombera en amour devant elle ;-)

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  13. Rien à faire, j'ai l'image du jouisseur ventripotent qui me turlupine... ;-))

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  14. MERCI A TOUTES/TOUS POUR VOS COMMENTAIRES.
    Je les ai tous qui avec grand intérêt, mais ne semble pas avoir des choses à dire à chacun en particulier.
    Sauf à vous remercier de prendre le temps de lire mes petites écritures…

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