J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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jeudi 15 février 2018

Retour de vacances

Le soir où nous sommes rentrés de vacances nous avons trouvé la maison dans un état qui n'était pas le même qu'en partant.
Déjà dans le jardinet avant la porte d'entrée, les soucis avaient tout envahi.

En ouvrant la porte, dans le couloir nous avons retrouvé entassés les paquets de tracas que nous avions décidé de ne pas emporter avec nous en vacances. Ma femme avait bien insisté pour que nous en apportions quand même quelques-uns, histoire de les examiner au calme sur la plage. Mais j'avais fermement dit non. Certains tracas particulièrement lourds s’étaient répandus sur le carrelage en tomettes marron triste, laissant des traces visqueuses dans lesquelles ma fille aurait pu glisser.

Laurence Debordeaux- acrylique
Quand j'ai ouvert la porte au bout du couloir, donnant sur la cuisine, j'ai poussé un énorme soupir qui aurait pu se propager jusqu'au bout du jardin si la porte-fenêtre avait été ouverte. J'avais oublié que nous avions laissés en vrac sur la table et même un peu partout, des préoccupations du quotidien que ma femme n'avait même pas rangées comme elle me l’avait promis. C'était toujours la même chose : elle disait, mais ne faisait pas.

Au salon traînaient un peu partout d'anciennes fâcheries dans les coussins du canapé. On croyait pourtant les avoir nettoyés définitivement, mais non elles remontaient jusqu'à la surface pour mieux nous sauter à la figure. Sous la table basse on distinguait nettement un amas de quiproquos qu'on avait foutus là d'un coup de balai, pensant qu'on finirait par les oublier.

Dans les toilettes, ça débordait des emmerdements dont on croyait s'être débarrassés en tirant la chasse avant de partir. J'avais pourtant dit à ma femme qu'il fallait faire venir le plombier parce que ce truc était bouché depuis déjà plusieurs semaines. Seulement voilà, il faudrait que je fasse tout moi-même dans cette maison.

L'armoire à pharmacie fixée au-dessus des chiottes parce  qu'on n'avait pas su la mettre ailleurs,  était tellement pleine d'accidents de santé qu’elle faisait ventre et menaçait d'exploser.

Malgré le boulet au pied que je tirais depuis qu'on avait quitté la plage à l'aube, je suis péniblement monté à l'étage. C’était pas mieux.
J'ai hésité avant d'ouvrir la porte de la chambre parents. Dans le lit conjugal, dont on avait oublié de changer les draps pourtant particulièrement sales, s'étaient mis à pousser des problèmes épineux, genre de ronces qui avaient même transpercé les oreillers à plumes, lesquelles avaient voleté allègrement jusqu'aux toiles d'araignée du plafond.

J'ai aussitôt refermé la porte. J'avais une nausée qui commençait à remonter des profondeurs de ma boyauterie personnelle. Pour éviter de gerber trop vite, je me suis dirigé vers les chambres des enfants, en me disant qu'au moins là, tout serait calme et volupté. Nos enfants, des insouciants, vivaient sans se tracasser puisqu'ils ne connaissaient rien  encore de la vie dégoûtante qui les attendait certainement.

Hélas, dans la chambre des deux aînés, s'accrochaient lamentablement aux couettes des lits superposés des chapelets d'angoisses entremêlés à des problèmes de maths non résolus, le tout caviardé  de fautes d'orthographe impardonnables.


Dans la pièce à côté, où on avait mis le berceau pour la future naissance, débordaient comme de vieilles couches salies de fientes de marmots, les inquiétudes qu'on se faisait déjà pour l'accouchement. Les querelles incessantes à propos du choix du prénom avaient poussé comme du chiendent. Sans compter que l'énorme ours en peluche verdâtre était plein de moisissures de chagrin des trois fausses couches précédentes.

Ma femme et les gosses étaient restés dans le couloir, leurs grosses valises de cafards pendaient au bout de leurs bras. Elles commençaient à s'enfoncer dans le sol, au point qu'en redescendant l'escalier je commençais  déjà à les voir plier les genoux. 

Nous sommes sortis dehors avec l'envie de nous barrer.
Mon regard s'est dirigé sur la boîte aux lettres qui n'en pouvait plus et commençait à recracher du courrier par la bouche. Quand j'ai voulu la libérer tout s'est répandu sur le sol.  Entre « L’express » et « Gala » sous leur film plastique, se mirent à jaillir des contrariétés sur papiers d’huissiers et d'autres embêtements en forme de factures.

J'ai crié maintenant ça suffit.
On est tous remontés dans la bagnole. J'ai démarré en trombe. 
Direction la plage. 450 km.
J'ai prétexté qu'on avait oublié là-bas les serviettes de bain.






36 commentaires:

  1. Réponses
    1. Merci !
      Cela me fait plaisir de te voir passer par ici…
      je lis chez toi ta manière spécifique de voir les choses, Sans toutefois commenter.

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  2. Génial, tout comme la photo...

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    1. La photo n'est pas de moi. Je l'ai trouvé sur le net mais je ne sais pas à qui elle appartient.
      Merci pour ton appréciation

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  3. On sent, dans cette histoire, un parfum d'ambiance discret et léger mais pourtant tenace, certainement la fragrance « second degré » vaporisé sur toutes tes phrases. J'ai trouve aussi pas mal de graines de dérision et d'irrévérence, dont certaines ont commencé à germer...Les touches d'humour ont été placées judicieusement ça et là, et l'on ne risque pas de s'étaler sur des flaques de plaisanterie bien grasse, comme dans certains textes peu raffinés.
    Au contraire, tout est fait pour que le lecteur se trouve carrément bien à chaque détour de mots. Quant aux jeux de mots qui décorent l'ensemble, c'est la cerise sur le chapeau. ;-)
    ¸¸.•*¨*• 🦋


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    1. Oui, bien sûr, c'est totalement second degré.
      J'aime beaucoup la qualité de ton commentaire. C'est bien digne de toi !
      ;-)

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    2. Merci Alain, ce fut un plaisir !

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    1. Tant mieux ! En tout cas je me suis bien amusé à l'écrire…

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  5. Au tout début j'ai pensé que tu racontais sous forme de métaphore le retour dans une maison qui a été cambriolée. Cela m'est arrivé et la souillure ressentie par cette intrusion dans mon intime lieu de vie a été longue à s'effacer.

    Du coup, je n'ai pas pu voir la dérision, les jeux de mots qu'y ont vu les autres lecteurs.
    J'ai lu le texte la nausée au bord des lèvres, un peu (beaucoup) effarée par toutes ces noirceurs, ces désordres, ces désolations qui peuvent envahir une famille.

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    1. nicole 8616/2/18

      Comme Suzanne, le malaise a tout emporté. Les nounours éventrés sont revenus comme un coup de poing.

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    2. @ Suzame
      Bien sûr, comme tu l'as deviné je ne raconte pas une histoire de cambriolage…
      il s'agit d'un texte purement métaphorique qui expose d'une manière estimée amusante, que lorsqu'on rentre de vacances on retrouve les tracas, problèmes et autres joyeusetés de la vie ordinaire et qu'on a plutôt envie de retourner au bord de la mer…
      évidemment, j' ai volontairement accumulé tous ces problèmes sur cette pauvre famille imaginaire…
      et j'ai ajouté une bonne rasade de dramaturgie !
      je comptais que cela fasse sourire plutôt qu'autre chose…
      Disons que cela se voulait littérairement plus proche de Laurel et Hardy que des frères Dardenne…

      @ Nicole
      Peut-être que tu n'est pas très adepte du second degré ?
      Je connais des personnes qui ne sont pas du tout sensible à ce genre…
      j'espère que les explications ci-dessus te font reconsidérer la chose…

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    3. nicole 8616/2/18

      Je n'évacue pas le questionnement personnel et persistant sur mon aptitude à percevoir et apprécier le second degré ;-) cependant la vision des doudous éventrés dans une maison où vivaient des enfants qui me sont chers a mis beaucoup de temps à laisser la place aux jeux de mots. La n ième lecture m'a permis de goûter la la maestria sans parvenir à dépasser complètement la première impression Désolée ... je conçois qu'il te soit difficile d'être confronté à une lecture qui te semble inappropriée.
      NB : c'était aussi le cas de ma lecture personnelle du billet précédent :-(

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    4. Je me suis contenté d'expliciter « l'intention de l'auteur » cela me semble légitime.
      j'ignore s'il existe des lectures inappropriés de textes de fiction.
      Ce qui semble avéré c'est que cela a réveillé en toi des sensations personnelles sur lesquelles aucun auteur n'a de pouvoir et encore moins de droits…
      Donc la chose n'est pas particulièrement difficile pour moi. J'ai publié trois bouquins. Certains ont compris mes intentions. D'autres pas du tout. Je suis habitué…
      le risque de déplaire est tout à fait assumable.
      Pas d'inquiétude à ce sujet.

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    1. En toute vraie fausse modestie je trouve que ce n'est pas si mal en effet…

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  7. J'ai adoré, vraiment... on pourrait faire un court-métrage excellent!!!

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    1. Compte tenu de tes talents d'écrivain, je ne peux qu'apprécier…

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  8. Magnifiquement bien écrit, Alain ! J'aime beaucoup.
    La peinture est très belle également.
    Merci.

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    1. Si cela t'a amusé c'est tout ce que je souhaitais…

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  9. Anonyme16/2/18

    Second degré ou pas, n'empêche que ton texte décrit d'excellente manière ce "cracheur" tapi au fond du crane de chacun qui réveille la nuit, faisant d'un grain de sable une montagne, qui gruge et gruge,... je me suis sentie concernée moi aussi. Repartir en vacances ??? oublie ça ! il t'a laissé un break mais cette fois-ci va te suivre pas à pas. Je ne connais qu'un moyen d'en venir à bout, me laisser envahir par la musique de cette rivière qui coule au cœur du Silence. Pour que je trouve un texte vraiment bon, il faut que je m'y reconnaisse, comme ici par exemple. kéa

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    1. C'est vrai que la nuit… toutes les souris grises de nos soucis sont des éléphants !
      ton moyen d'en venir à bout me plaît bien, j'en suis aussi une sorte d'adeptes.
      Je complète par un autre moyen possible également, que je résumais dans mes stages par cette formule lapidaire : « si tu veux sortir de ton problème, entre dedans ! »

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    2. Anonyme17/2/18

      Même si cela risque d'être un peu long Alain, j'aimerais bien que tu me montres ta façon d'entrer dans le problème. Cela serait bénéfique pour moi j'en suis certaine. kéa

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    3. oui comme dit kéa, si tu veux bien comment fais-tu pour "entrer" dans ton problème, pour en sortir bien sûr
      ce n'est pas une phrase "passe partout" que tu mets là, elle est pensée, réfléchie...
      Mais comment fait-on pour y entrer et ne pas se perdre....?

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  10. C'est drôle mais nous même si on adore les vacances, on aime tout autant rentrer chez nous. Bien sûr qu'il y a des soucis dans notre foyer mais on les a toujours surmonté avec un brin de philosophie même si certains sont gratinés le verre finit toujours à moitié plein. Quelque part dieu merci et encore merci, nous sommes assez optimistes et puis tellement de choses ne dépendent pas de nous on ne va pas se mettre la rate au court-bouillon (c'est pas un roman de Dard ça??) parce que bon ça ne ferait pas avancer le schmilblick.

    Ceci dit j'ai souri en te lisant alors merci cher Alain ;)

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    1. Je partage ton point de vue. Personnellement j'ai toujours beaucoup apprécié mes vacances qui permettaient de faire autre chose. Et quand nous rentrions, comme j'avais la chance de faire un métier que j'aimais,(Ma compagne de vie également) j'étais plein d'allant pour repartir.
      (Je parle au passé, car lorsqu'on est en retraite, ce n'est plus la même chose…)
      la famille que j'ai mise en scène serais plutôt l'opposé de la mienne… !
      ;-)

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  11. Comme ecrit ailleurs, je le répète ici : c'est un texte qUe j'adore.
    Digne de figurer dans un de tes prochains livres de nouvelles .
    Brillant et jubilatoire à la lecture !

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    1. Merci Cassy !
      Peut-être un petit recueil de divers textes courts que je dois avoir accumulé ça et là, pas forcément publiés, rédigés pour mon plaisir ! Sélectionner et retravailler. Pourquoi pas.

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  12. C'est pour ça que j'aime les vacances. On part avec l'impression de laisser ses emmerdes à la maison. Que du ciel bleu et du soleil. Par contre le retour !!

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    1. Il existe peut-être une solution : aller pêcher dans « la rivière sans retour ».
      Si en plus on y rencontre le fantôme de Marilyn Monroe ! Ce serait presque aussi bien que le ciel bleu.
      ;-)

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  13. super Alain, j'adore.... au bout de quelques lignes, j'ai lu ta dérision. Et ça tombe bien parce que moi aussi hier, j'ai dit ça suffit sans pour cela aller à la mer. Ton texte à sa manière peut être très aidant et de plus humoristique. Cà ne manque pas d'air (de la mer).

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    1. Ce texte se voulait surtout un amusement. Et si en plus il peut aider ! c'est encore mieux !
      C'est vrai que certains de nos emmerdes (pas tous évidemment) peuvent être relativisés et traités avec humour si on sait se distancier quelque peu.

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  14. Excellent texte et criant de vérité...
    On retrouve les soucis et les tracas lorsqu'on revient... sauf si on ne part plus, ce qui est mon cas, mais bon, les soucis et emmerdes s'accumulent drôlement quand même !
    Bises Alain, bonne soirée.

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    1. on ne traverse pas l'existence sans soucis et emmerdements…
      finalement la question est peut-être : comment faire pour ne pas les accumuler au point qu'ils nous débordent de toutes parts ?

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  15. Un texte réussi. La mise en images physiques rend les choses beaucoup plus criantes de vérité ;) Un éloge de la fuite, donc ;)

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    1. La fuite… oui… cela ne marchera pas…
      c'est un petit peu le sens que je donnais à la photo finale… on sait bien que l'on trimbale partout avec soi ses emmerd......

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