J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 21 mai 2018

Toujours la même chose



"Il est six heures du soir, l'été." 



Exercice où il s'agit d'étoffer votre texte autour de la phrase tirée du premier roman de Jean Giono - Colline - 1929.


-o0o-



Il est six heures du soir, l'été. Je l'ai attendu toute la journée. Il ne viendra plus désormais. Demain peut-être.  Mon mari m'a promis de revenir. Je n'ai pas de raison d'en douter. Il ne pourra pas se passer de moi plus longtemps. Les hommes ont toujours besoin de revenir vers la femme. Ils font leurs fanfarons devant leurs potes au bistrot, parce qu'ils en sont au sixième pastis et que le jaune commence à leur mettre le rouge à la figure. C'est l'instant où ils disent n'importe quoi sur nous, leurs femmes, sans lesquelles ils ne seraient pas grand-chose, mais de cela il ne saurait être question de le reconnaître.

Il a promis qu'il aiderait à retaper la maison qui en a bien besoin. Cela fait deux ans qu'il a commencé. Il faut bien reconnaître que cela n'avance pas beaucoup. C'était la maison de mes parents. Pas des siens. C'est peut-être pour cela qu'il traîne. Il n'a jamais beaucoup aimé ma mère.
— Les belles-mères ! Toutes les mêmes !…
C'est ce qu'il répétait souvent. Qu'est-ce que cela voulait dire. Les mêmes que quoi ? Quand je posais la question il répondait systématiquement :
— Les mêmes ! Toutes les mêmes ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus !

Il a promis qu'il s'occuperait mieux de l'éducation des enfants. Surtout l'aîné. On a quand même pas mal de problèmes avec l'aîné. Faut voir ses résultats scolaires. Moi, je fais ce que je peux, mais quand même, l'autorité paternelle, ça doit être lui ! Quand je lui en parle il répond :
— Les gosses ! Tous les mêmes !
C’est pas une réponse. Je lui ai dit. Les mêmes que quoi ? Que  qui ? Parfois j'ai l'impression qu’il cherche à fuir ses responsabilités.

Il a promis qu'il chercherait un travail valable. Parce que faire des bricoles, des « brocantes » ça et là moyennant quelques billets, c'est pas une vie professionnelle, ça ! C'est pas les emplois qui manquent ni les propositions dans la région où nous sommes. Il devrait trouver. Quand je lui en parle il répond :
— Les patrons ! Tous les mêmes !

Je lui ai promis de rester avec lui, parce que je l'aime. Sauf que depuis que j'ai croisé Alfonso, avec sa carrure d'athlète, ses cheveux noirs gominés et tirés en arrière, son si bel accent italien, ses mains fines, et cette bouche qui m'a fait un petit choc électrique. Si j'ajoute ses beaux yeux bleus délavés qui éclairent son visage basané, je dois dire que je me pose des questions…
Il n'y a que quelques semaines qu'il s'est installé dans la maison voisine. Quand mon mari l'a entendu parler avec son accent et quand il l’a vu, il s'est exclamé :
— les italiens ! Tous les mêmes !

Il est 6h30 du soir. Je vais dépendre le linge. Je mangerai seule un morceau de fromage. Et puis je me mettrai au repassage, devant la télé. Ils passent « Regain » de Marcel Pagnol, avec Fernandel. Paraît que c'est tiré d'un bouquin de Giono.
— Mes soirées  en solitaire ! Toutes les mêmes !


29 commentaires:

  1. Fatalité de la Vie. Résignation.
    Si j'étais elle j'irai proposer à Alfonso d'aller marcher un peu dans la campagne...

    Mais les voix impénétrables de l'Amour...

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    1. Marcher dans la campagne… et puis les beaux yeux d'Alphonse feront le reste…
      ;-)

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  2. Les femmes, toutes les mêmes, ça rêve d'un rien !... Je lui conseille quand même de se rapprocher du bel Alfonso. Je pense que la chaleur italienne lui fera mieux supporter ses journées solitaires...
    Merci, Alain.

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  3. Bref, les maris, les femmes, les amants, tous les mêmes.
    Mais c'est bien dit ici...

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    1. Tous les mêmes…
      mais toi tu est unique !…
      ;-)

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  4. le cheminement dans sa tête est bien long avant d'arriver à la conclusion (italienne) qui s'impose ;-)

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    1. C'est-à-dire qu'avant elle chantait :
      « je l'ai tellement dans la peau
      qu' j'en suis marteau »
      ^^

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  5. Il a du vocabulaire le mari, j'espère que l'Italien sera lui prouver qu'ils ne sont pas tous les mêmes.

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    1. On va dire qu'il exprime l'essentiel !… Enfin,… selon lui…

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  6. ton texte est vraiment bien mené...et original!

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  7. Heure Bleue m'a devancée car j'avais préparé les mêmes mots !
    Pourquoi attendre ? Les cocus ? Tous les mêmes !

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  8. « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère
    je suis derrière… »
    chantait l'ami Brassens !

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  9. Il est beau Alfonso ! trop beau... pour être honnête, moi je me méfierais, elle va pleurer ! **dit celle que les plastiques impeccables effraient** :-)

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    1. C'est vrai, tu as raison, Praline, les plastiques impeccables… c'est un peu froid comme… le plastique !
      ;-)
      mieux vaut être vivant(e) avec plein de petits défauts charmants…

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  10. Hum! Elle n'est pas difficile. Il y a belle lurette que je l'aurais planté là avec ses promesses, ses potes de bistrot et sa bicoque inachevée. Et pas pour me jeter dans les bras du voisin, mais pour m'appartenir à moi toute seule, tiens! ;-)

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    1. Bien entendu, je comprends parfaitement ton commentaire… je ne t'imagine pas partageant la vie d'un « beauf » comme celui que j'ai inventé !
      Cependant, j'ajouterai que, si j'ai forcé le trait d'une manière caricaturale, il n'en demeure pas moins que ma petite expérience d'aide aux personnes, m'a fait plus d'une fois rencontrer des femmes, certes en difficulté conjugale et/ou affective, qui vivaient cependant un attachement/ enchaînement à un partenaire « imbuvable » qu'elles ne souhaitaient pas quitter, persuadées qu'elles finiraient par le transformer par leur amour.
      Aveuglement ! Quand tu nous tiens !…

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    2. Ah je sais Alain, je sais, j'en ai connu... mais je n'arrive pas à m'y faire :-/ C'est épidermique ;-)

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    3. Ceci dit, ça prouve que ton texte est bon! :-))

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    4. Je comprends bien ce côté épidermique… je l'avais aussi quelque peu. Et cependant il me fallait accueillir la personne telle qu'elle se vivait. Pas toujours simple ce genre de job !

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  11. Une bonne idée que cette "petite phrase" qui parcourt le récit et que la narratrice a fini par adopter, comme si son point de vue à lui était devenu le sien. Elle a pris le parti pris du rêve, c'est si bien, et après elle lira "point de vue, images du monde" ;)

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    1. Merci pour ce commentaire. J'apprécie ton regard sur le texte, compte tenu de la qualité de ce que tu écris chez toi.
      Oui, la fin c'est un peu cela que j'ai voulu signifier. Une sorte d'enfermement et la fuite dans le rêve comme seule porte de sortie…
      à moins que… Alfonso…
      ;-)

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  12. Charlotte23/5/18

    Ton texte est vraiment bien mené avec ces répétitions de "tous les mêmes"? J'adore.

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    1. Je dois dire que je m'amuse bien à les écrire !

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  13. Tu t'amuses à les écrire et nous nous aimons les lire, tout est bien.
    Combien de femmes peuvent se retrouver dans ce couple avec le même niveau de discussion !!!
    Tu te doutes que j'imagine bien la femme de ce Monsieur "tous les mêmes", partir vérifier justement si son beau voisin est le même que son mari. Après tout elle ne ferait qu'une simple vérification pour conforter Monsieur dans sa grande analyse de l'être humain !!!
    Mais essayer ne veut pas dire adopter… si l'italien ne lui convient pas il y a d'autres pays à visiter����

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    1. Les voyages forment la jeunesse ! Après tout, peut-être qu'ils forment aussi l'amour…
      et puis, là, le voyage n'est qu'à quelques mètres… ce n'est pas un gros investissement de tenter la chose !

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  14. Il y a une chanson qui porte ce titre et j'en ai eu des bribes qui me revenaient en te lisant (D'ailleurs je ne te remercie pas de me l'avoir mise en tête pour la soirée)
    Je me souviens qu'elle se termine par "tous les mêmes, tous les mêmes et y en a marre".
    Alors sans doute qu'inconsciemment j'espérais que ton personnage en aurait marre à la fin.
    Mais ce n'est sans doute qu'une question de temps ! :)

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    1. Tu pense bien que je suis allé à la recherche… j'ai trouvé Stromae. C'est un artiste dont je ne connais rien, si ce n'est sa rengaine "Papaouté"... (j'ai l'impression qu'on entend plus parler de lui ?). Cela m'amuse parce que un de mes amis, quand il parlait de se faire rouler disait : « se faire empapaouter »
      ;-)

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