mardi 25 septembre 2018

Cesser d'y croire

Mon cœur se balade désormais en plein courant d’air depuis que tu es partie là-bas,
si loin que tu n'en reviendras pas. 
Je voyageais le long de ton corps, comme un pèlerin recherche la félicité définitive
Tu avais dit c'est pour toujours et il fallait te croire.

J'avais la foi en ce temps-là. 


Mon cœur se balade désormais dans l'errance grise sous la froide pluie de larmes qui ne cessera plus. 
Tu avais dit c'est beau la vie et il fallait te croire. C'est vrai qu'elle était belle. En apparence. 

J'avais la joie en ce temps-là.

Mon cœur se balade désormais une valise à la main le long des souvenirs qui envahissent le lit
où coula la rivière de nos amoures folles.
Tu avais dit c'est très beau nos corps emmêlés dans la chaleur de la nuit, et il fallait te croire.

J'avais tout toi en ce temps-là.

Mon cœur se balade désormais avec la cicatrice de ton absence au côté droit
tu avais dit je ferai de nous l'unique certitude qui apaisera ton âme à jamais, et il fallait te croire

J'avais l'émoi en ce temps-là.

Mon cœur se balade désormais sur le viaduc des regrets et je regarde le vide qui bientôt me prendra.
Vivre est une erreur.
Tu avais dit l'amour vaux tous les royaumes, et il fallait te croire.

J'étais ton roi en ce temps-là

Mon cœur se balade désormais entre ciel et terre. Il plane dans le vent. Son voyage n'aura pas de fin.
Tu avais dit… non, tu n'avais plus rien dit. Il ne fallait plus croire.

J'étais ta proie en ce temps-là.


*


Pour une consigne du site d'écriture Kaléïdoplumes


38 commentaires:

  1. quel texte splendide, cher Poète!
    il est superbement balancé, magnifiquement rythmé, avec ses débuts de phrase,toujours les mêmes, amenant chaque fois une autre pensée! et puis la fin des paragraphes : "j'avais la foi... j'avais l'émoi", comme un refrain lancinant...
    Bravo Alain!

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    1. Merci pour tes appréciations. J'avoue que je suis assez content de mon texte…
      tu te souviens sans doute du temps où je me croyais incapable d'écrire dans un style poétique.
      Comme quoi !

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    2. oui bien sûr, je m'en souviens bien...
      mais tu as eu raison (avec les encouragements de certain.e.s de t'y essayer: le résultat est magnifique...
      Mais dis moi: tu as "travaillé" ce texte t'appliquant à ce rythme qui en accentue la valeur?

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    3. J'ai commencé à écrire les cinq premières lignes, sans intentions d'une quelconque forme poétique.
      Puis j'ai eu envie de répéter « mon cœur se balade ». Alors en me laissant écrire la première phrase, m'est apparu ensuite que je pouvais reprendre globalement la structure du début.
      Et puis je me suis pris au jeu. Mais tout était écrit d'affilée…
      c'est en adoptant la présentation que j'ai publiée que le texte a eu meilleure allure.
      Il y eût surtout un travail pour la formule « j'avais… » parce que je désirais reproduire le son « oi » , si possible dans des mots courts.
      Joie — foi — toi — émoi — roi — proie —

      Donc voilà… c'est très artisanal !

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    4. comme quoi, on est parfois surpris soi-même par l'allure que prend le texte...
      et puis, il n'y a plus qu'à accompagner ce qui s'écrit!

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  2. Chut, je sors écouter le vent, dernier témoin des battements de ce cœur chagrin…

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  3. Tellement bien écrit !sur un sujet bien difficile …..

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    1. Oui, sans doute. La photo qui accompagnait la consigne d'écriture n'était pas particulièrement gaie…

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  4. Si joliment écrit, Alain, au coeur de ma nuit.
    Très touchant, très sensible.
    J'ai aimé, et les étoiles aussi
    Merci pour ce beau partage.

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    1. Merci, Den, il y a toujours des étoiles qui brillent dans nos nuits.
      Peut-être quelles sont là pour cela ?
      Je souhaite que la tienne apporte tout ce que tu en attends.

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    2. La tienne aussi.... merci Alain.

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  5. Anonyme26/9/18

    J'ai eu le coeur serré tout le long ! comme un avant gout de ce que doit etre la perte de l'un de nos plus proches. kéa

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    1. J'y ai pensé hier en te lisant, c'est un texte plutôt triste, non?

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    2. On peut y voir cela en effet, kéa, ou les séquelles persistantes d'une rupture amoureuse.
      En fait, en me relisant, je réalise qu'il peut y avoir de multiples évocations, sans doute selon la sensibilité du moment de chacun.
      Avec mon affection.

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    3. @ Coumarine

      je suppose que tu as vu la consigne sur K.
      Elle n'incitait pas spontanément à de la gaudriole !
      Mais tu connais ma propension à tourner le tragique en dérision.
      (Tout du moins dans des textes fictifs d'atelier…)
      Là, mon inspiration ma tournée vers « du sérieux ».
      Finalement, ce n'était pas plus mal, puisque mes lecteurs/trices semblent apprécier.

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    4. oui c'est vrai: tu écris, sur K en tout cas, le plus souvent dans la dérision: tu t'appliques à faire rire, et ça marche!
      Mais moi, j'aime beaucoup quand tu te laisses aller à ce poétique là! Il te va bien!

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  6. Ce texte est infiniment beau.

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    1. Merci à toi de tes mots, Suzame

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  7. Ma foi, la veine des amours déçues te va plutôt bien! Je dis "amours déçues" parce qu'il y a quelque chose de désabusé dans le ton qui m'a plus fait penser à une rupture qu'à un décès... Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu :-)

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    1. En effet, c'est plutôt sur un fond d'amour déçu que je me suis situé.
      D'autres lectures peuvent être faites, en fonction de la sensibilité du lecteur et des épisodes qu'il traverse ou se prépare à traverser.

      L'expression « amours déçues » me fait penser que l'on pourrait se poser la question… déçu de qui ? De quoi ?
      Développez ce thème en vous référant à la littérature de Cro-Magnon à ce jour.
      Vous avez quatre heures.
      ;-)

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    2. Eh bien, je dirais, en quatre minutes, que question littérature, d'un point de vue féminin comme masculin, on résume l'essentiel en imaginant un raccourci qui irait de La Belle au Bois Dormant ou Cendrillon à Belle du Seigneur...
      Le jour où la fille réalise que le prince charmant n'existe pas et où le garçon réalise que Cendrillon pointe trop grand pour la pantoufle ;-) :-D

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    3. Que voilà une démonstration magistrale où l'essentiel de la condition amoureuse en capilotade est exprimée avec brio.
      tu obtiens sans problème les félicitations du jury !
      ;-)

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  8. Un très beau poème, Alain, qui m'a donné envie de retourner sur Kaléïdoplumes.
    Aussitôt pensé, aussitôt fait ! :-)

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    1. Ton retour sur Kaléïdoplumes me réjouit grandement !
      J'aime beaucoup la petite communauté sympathique et sans prétention qui se développe là-bas depuis plusieurs années.

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    2. Merci Alain ! :-)
      Belle fin de semaine.

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  9. Tu as posté ton texte ici, c’est donc que tu l’aimes. C’est donc que tu as compris qu’il fallait le faire lire à tes lecteurs de blog et tu as eu raison.
    Il est beau ce texte, il est poétique, émouvant et attendrissant. La fin m’a énormément ému.
    Qu’est ce que j’aime lorsque tu écris ainsi.
    Qu’est ce que je suis fière de t’avoir parmi nos kaleidoplumiens, tu es capable de folie dans tes textes, d’humour noir, pa fois provoquant, et parfois de poésie comme ici, et ce costume là il te va rudement bien :)

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    1. Les raisons que tu dis de cette publication ici sont exactes. C'est lorsque j'ai fait lire ce texte à ma compagne de vie que je me suis décidé, parce qu'elle a trouvé vraiment très bien. Ce que je ne voyais pas moi-même, tout en l'aimant cependant.
      Mais je n'imaginais pas qu'il puisse avoir autant de retentissement chez le lecteur.
      Je sais que tu n'as qu'un intérêt moyen à mes textes un peu déjantés sur le forum. C'est vrai que j'y vis là-bas plus facilement un temps de récréation.
      C'est vrai aussi je crois que je suis capable de produire dans divers registres, des plus sérieux au plus absurdes.
      Cela doit sans doute tenir à ma faculté de m'adapter à des situations diversifiées dans l'ordinaire de mes jours. J'ai tellement côtoyé de personnes, de milieux, de réalités différentes au long de mon existence, ça doit jouer !

      Merci, Cassy, pour ton commentaire qui me touche.

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  10. C'est un beau texte…..Rupture, abandon comme parfois dans la vie….

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    1. Peut-être que, sans le vouloir, j'ai touché à des zones profondes et sensibles de la personne…

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  11. Le dernier vers me donne le frisson. Ces amours exclusives, incendiaires, possessives, destructrices...j'ai mis du temps à comprendre que ce n'était pas de l'amour.
    Et que le coeur se retrouve en cendres.
    Magnifique d'authenticité ton texte, Alain.
    Bisous ébouriffés
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Peut-être que dans des textes qui se veulent poétiques, chacun frissonne selon son expérience de vie personnelle ou celle qui en a marqué d'autres par proximité.
      Ton premier paragraphe me fait dire que, sans doute, pour vivre un amour vrai il faut une lucidité sur soi que l'on avait peut-être pas acquis auparavant.
      Notre affectivité est souvent noyée dans des brouillards que personne ne nous a aidé suffisamment à dissiper.

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  12. Un texte poétique, émouvant et très profond pour relater la fin d'un amour qu'on avait cru éternel

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    1. Peut-être que les protagonistes dont il n'ont pas réussi à l'éterniser…
      peut-être que c'était impossible…
      peut-être pas…

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  13. Très beau texte qui me touche profondément. Je le ressens au travers de mon vécu, la perte de mon compagnon…
    Je ressens ce départ dont tu parles, non pas comme une rupture amoureuse après le départ volontaire de l'être aimé, mais bien comme un départ définitif de la vie.
    Sa présence est toujours là et la valise est là qui contient tous les beaux souvenirs, le son de la rivière où coulait les amoures folles, la beauté de la vie qui procure la joie………

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    1. Merci beaucoup, chère Angedra, pour ton commentaire qui me touche.
      Il y a des départs définitifs, et la vie se doit de continuer, dans une présence renouvelée, un peu mystérieuse, que tu évoques avec intensité à travers cette valise.
      Avec un baiser affectueux.

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  14. C'est un très beau texte que chacun peut s'approprier, je crois...Il me touche beaucoup.Merci pour le partage

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    1. Merci beaucoup gazou pour tes mots.
      Je suis sensible au fait de lire qu'il te touche beaucoup

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