J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 19 novembre 2018

La consigne du lundi




1) Commencez impérativement votre devoir par la phrase suivante : "Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois."(emprunt à Georges, sous le soleil de Satan).

2) Terminez impérativement par la phrase suivante : "La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison." (emprunt à Alain et sa jalousie).
Entre les deux, casez ce que vous voulez.



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une étrange famille.

Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois. Avant ce n'était qu'une jeune fille ordinaire, menant une vie ordinaire, dans un milieu ordinaire.
L'heure dont il s'agit fut celle de son 18e anniversaire. Lorsque son père lui offrit une petite voiture électrique pour marquer l'obtention de son permis de conduire. Et aussi lorsque sa mère lui offrit en cadeau « Sous le soleil de Satan » de Georges Bernanos, qu'elle avait acquis la semaine précédente sur Amazon.
— Lis ce livre, tu comprendras bien les choses, déclara la mère d'un air aussi solennel que mystérieux, en lui remettant l'ouvrage.

Ce soir-là elle en lira les premières pages du fonds de ses draps chauds. Elle réalisa qu'elle portait le même nom de famille que l'héroïne du roman. De plus elle était née en Artois, mais pas dans la même bourgade que la Germaine. Elle mit longtemps à s'endormir à raison de cette coïncidence troublante.

Le lendemain elle interrogea sa mère qui lui expliqua que leur famille, les Malorthy,  étaient directement issus d'une lignée étrange qui remontait probablement à l'origine de l'imprimerie. Il convenait à présent qu'elle apprenne la vérité. Leur existence dépendait directement d'un certain nombre d'auteurs littéraires.
— Mais alors, mon destin est tout tracé, et je ne peux pas faire ce que je veux, se désola la fille Malorthy. Pourquoi faut-il que je dépende du bon vouloir des auteurs ?
— Tu sais, répliqua la mère, chez les véritables humains c'est un peu pareil. Ils sont menés par des fils invisibles, mais se refusent à le reconnaître. L'avantage que nous avons sur eux, c'est que, sans être éternels, nous vivons très longtemps, aussi longtemps que les auteurs voudront bien s'intéresser à notre sort et nous faire poursuivre une existence qui, surtout en ce qui concerne notre famille, n'est pas prêt de s'arrêter, si j'en crois le succès que remporte notre auteur à travers les années et peut-être les siècles.
Même le cinématographe s'est intéressé à nous, c'est dire si nous avons encore une ou deux éternités devant nous.

Réfléchissant à tout cela, la fille Malorthy, partit faire une promenade dans la campagne environnante, tentant d'apaiser les battements de son cœur, suite aux révélations étonnantes qui venaient de lui être faites.
Dans un éclair nocturne elle comprit tout à coup pourquoi il avait fallu déménager du jour au lendemain pour aller vivre dans le midi.
— C'est à cause d'Alain, lui avait dit sa mère. Elle ne connaissait pas de Alain, mais, trop jeune, ne posa pas de questions.
À présent c'était clair, c'est cet auteur (une sorte d'écrivain philosophe) qui en avait décidé.

Elle  rentra lorsque le crépuscule s'était éteint. Après tout ce n'était pas un destin si tragique d'être à la merci de ces personnes, bien au contraire.

Elle se mit à penser en regardant les étoiles :

— Quelle Aventure extraordinaire, je vis à l'instant exactement ce qu'il a écrit "La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison.


21 commentaires:

  1. L'avantage de savoir, en opposition à tous ceux qui se croient libres et aux ailes non entravées, qui n'ont que leur discours pour dessiner leur indépendance et leur pouvoir de décision :) Vrai qu'alors... si on sait, on est plus apte à jouir du scenario imposé :)

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    1. Avec un peu de recul, je me dis que ce petit texte offre des perspectives que je n'avais même pas envisagées, comme le dit Sandrine (SPL) ci-dessous.
      Je me demande comment on vivrait et réagirait, si nous avions conscience d'un destin tout tracé. Il n'y aurait plus qu'à y consentir en cherchant y trouver avantage.
      Peut-être que nous ne sommes libres que selon l'idée que l'on s'en fait.
      Une liberté surveillée ? Mais par qui ?
      Affaire à suivre… ;-)

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  2. Être héroïne de roman par hérédité, voilà une thème qui ouvre de chouettes perspectives!

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    1. Merci pour les chouettes perspectives…

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  3. Tu trouves toujours un fil pour nous conduire là où tu as décidé. Finalement le voyage en compagnie de Germaine est bien plus agréable qu'avec Bernanos. (je déteste lire Bernanos)

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    1. C'est vrai que j'aime bien conduire le lecteur, si possible, là où il ne s'y attend pas…

      Je n'ai de souvenir de Bernanos que « le dialogue des carmélites » vu en pièce de théâtre à la télévision dans ma jeunesse…
      peut-être me suis-je alors pour la première fois intéressée à ce que pouvait être « un conflit intérieur de conscience ».
      Pour le reste… je ne connais rien à son œuvre.

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  4. C'est habilement amené, et rudement bien écrit. Mais tu sais que je ne crois qu'au hasard, à l'absurdité de la condition humaine et à la seule liberté qui en découle, qui consiste à choisir de continuer à vivre... ;-)

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    1. Merci pour les propos sur l'écriture. Venant de toi j'y suis particulièrement sensible.
      J'aime bien ce que tu dis ensuite. Toutefois, il peut arriver que continuer à vivre prenne une valeur si on trouve un sens à sa vie, et qu'elle devient moins absurde qu'il peut y paraître.
      Il faut dire que j'aime bien avoir cette liberté de donner un sens à ma vie.
      Ça m'aide !

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  5. Tu as choisi un fil assez singulier, et j'aime bien.
    Etre mené par l'imagination d'un écrivain, pourquoi pas ?
    Quant à donner un sens à sa vie, même si elle est absurde (et là je suis d'accord avec la Baladine) , me semble être une sorte de sagesse. (et là je suis d'accord avec toi)
    Bisous
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. J'ignore si l'absurdité et l'essence de la condition humaine. Même si des auteurs (Camus et quelques autres) adoptent cette position.
      Pour ma part j'ai l'expérience d'une situation absurde lors de mon enfance. J'en fus victime dans ma condition du moment. J'en suis sorti de la manière que tu connais, et ma vie a pris pleinement son sens. J'y vois modestement la démonstration que la condition humaine n'est pas absurde par essence.

      Je crois plutôt que l'homme est appelé à donner un sens à sa vie par nature, c'est à dire en raison d'une réalité inscrite en lui. Je me situe donc à l'opposé de la thèse précédente.
      J'y vois la démonstration éminente de sa liberté humaine : il choisit librement le sens qu'il désire, selon son système de valeurs propres.
      Reste bien entendu, comme nous sommes des êtres sociaux, que le système individuel de valeurs, soit compatible avec celui de la société à laquelle on appartient. Compatible ne veut pas dire identique.
      Reste aussi à construire une société qui croit que la condition humaine n'est pas absurde, (ce qui n'est pas gagné compte tenu d'un certain nihilisme ambiant) et met en place les moyens pour que le plus grand nombre puisse s'accomplir dans l'existence selon le sens qu'il donne à sa vie, et dans le respect d'autrui.
      Ce n'est pas une utopie : c'est une perspective à long terme, voire à très long terme. Mais c'est déjà commencé dans bien des domaines, il simplement d'ouvrir les yeux et de regarder autour de soi ce qui se fait en ce sens.

      Le système démocratique permet que le choix de valeurs communes ne soit pas la décision d'un seul ou de quelques-uns.
      La manière de gérer le sort de celui qui ne respecte pas ce bien commun, relève de choix collectifs. Ce ne sont pas toujours les meilleurs choix… c'est évident !
      Heureusement entre le procès équitable , respectueux des droits de la défense et le lynchage… il y a quelques marges…

      Soulignons quand même qu'aujourd'hui les tentations sont grandes d'un lynchage généralisé, par des collectifs minoritaires qui pensent détenir désormais la vérité des vérités…
      On dirait une nouvelle religion ! Et comme dans toute nouvelle religion, on convertit manu militari et on tue tous les impies…
      Comme quoi on n'arrivera pas à s'en débarrasser…

      (ppfiouuu ma réponse à elle seule voudrait un billet plus développé…)

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    2. Merci pour cette longue réponse qui est en effet un billet à part entière.
      Par absurdité, je parlais simplement de la réalité cosmique, je me situais ailleurs que sur terre : par essence, être coincé sur un bout de caillou au milieu d'un univers incommensurable, ça dépasse l'entendement humain. Alors par nature, nous cherchons à calmer cette absurdité en donnant du sens. En trouvant des réponses.
      Et je ne suis adepte d'aucun lynchage, bien évidemment.
      J'ouvre mes yeux grand sur « le silence éternel de ces espaces infinis » et comme Pascal, je m'interroge...
      ( pascal, pas le fontainier, l'autre) ;-)
      ¸¸.•*¨*• 🦋

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    3. Tu vois Célestine, on n'a pas les mêmes ressentis. Ce qui est bien normal d'ailleurs.
      L'immensité cosmique que tu évoques, bien sûr cela dépasse mes capacités de perception, mais je ne ressens pas que ce soit « absurde ». Cela produirait plutôt en moi une sorte d'éblouissement proche de l'extase face à l'immensité dont on ne voit aucune fin.
      Je me sens tout petit face à cela, et c'est tellement grand de pouvoir le contempler par prolongation de la pensée.
      Quel merveilleux possible que, par alchimie dont j'ignore tout, la poussière d'étoiles que je suis puisse effleurer l'immensité des univers…
      Parfois je me dis que je viens d'un long voyage durant des milliards et des milliards d'années-lumière…
      ça donnerait peut-être encore plus de prix à mon existence…

      (dis donc, où as-tu trouvé ce merveilleux papillon bleu ?)

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    4. Pour compléter un peu poétiquement mon propos, j'ai toujours des frissons qui me parcourent le dos quand j'écoute la chanson de Serge Reggiani « dessin dans le ciel », principalement la longue introduction

      https://www.youtube.com/watch?v=P7yYSNfqCh0

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  6. Pour ma part, mon hérédité (pas du tout littéraire) ne risquait pas de peser sur le déroulement de ma vie. Mes deux grands-mères sont nées à une époque où les filles n'étaient pas envoyées à l'école, et elles étaient toutes deux analphabètes.
    Mais quelle belle histoire tu nous as tricotée !

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    1. C'est touchant ce que tu dis de tes grands-mères.
      On a tendance à oublier le privilège que nous avons d'une école obligatoire, ce qui est très loin d'être le cas sur toute la planète.
      Quoi qu'en disent certains nous somment et demeurons des privilégiés.
      Même s'il y a encore bien des situations de péril pour bon nombre d'entre nous. Même s'il y a encore 2,5 millions d'illettrés en France…

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  7. Une voiture pilotée par Georges Bernanos puis par Alain Robbe-Grillet ? Sans GPS ? A fond la caisse ?

    Mais c'est les 24 heures du roMANSonge ! ;-)

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  8. Le poids du destin ?
    C'est mon karma ...

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    1. "L'homme est libre parce qu'il sait sa destinée, et déterminé par ce qu'il ignore son destin…"
      Tu as 4 heures.
      ;-)

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  9. est-ce si absurde ? Ne sommes-nous pas des pantins qu'animent à leur gré quelques manitous ou certains "plus puissants personnages du monde" ?... On se le demande, parfois.
    En tous cas, Alain, rudement bien joué ! J'ai beaucoup aimé.

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  10. Nous sommes forcément conditionnés. Pris par des contraintes qui nous « encadrent ».
    Des pantins ?
    Je n'ai pas ce ressenti. J'ai plutôt le sentiment d'appartenir à une société où la liberté individuelle est préservée.
    C'est loin d'être le cas dans bien des endroits de la planète.

    Il me semble que, hormis les situations d'exception, on est pantin si on se laisse être pantin…
    je vis dans une société de consommation. Nul ne m'oblige à être un consommateur effréné… ce que je ne suis pas…
    et ma liberté intérieure nul ne peut me la prendre.

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