J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 10 décembre 2018

Conte qui n'est pas du tout de Noël




"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"

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Il était une fois, dans une contrée lointaine ignorée du commun des immortels, à 1000 milles de toute planète habitée, une divinité oubliée, répondant au doux nom de Ninmah.

Il n'est pas facile de vivre en errance lorsqu'on ressent au fond de soi la présence des  entrailles de l'univers et l'appel brûlant de la fécondité primaire.

Il n'est pas facile d'avoir l'unique solitude pour compagne. On a beau être d'origine divine, l'amertume envahit la bouche jusqu'à l'étouffement.

Il n'est pas facile d'entrevoir la grandeur de son destin, d'avoir l'intuition d'être l'actrice principale d'une aventure au déploiement considérable.

Il n'est pas facile de percevoir que l'ingratitude de ceux que l'on aura suscités ira jusqu'à vous bannir et vous renier.

Ninmah était une méditative éclairée. Et puis il lui fallait prendre son temps. Elle avait encore quelques millénaires devant elle, avant de voir ses entrailles s'ouvrir et déverser la pulpe fécondante qui germait lentement en elle.
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, pensait-t-elle souvent. Mais pourquoi ma divinité devrait-elle supporter la peur ? Il est temps que cela change. Pourquoi n'utiliserais-je pas mes pouvoirs dès maintenant ? Et pourquoi serais-je seule dans cet univers ?
Ainsi elle se mit en chemin.

Des lustres plus tard, elle arriva dans les parages d'une boule sympathique qu'elle nomma aussitôt : Terre Divine. À l'instant-même ses entrailles furent saisies de tremblements irrépressibles. Dans un cri strident et infini que l'on peut encore entendre jusqu'aux confins de l'univers, elle expulsa sa semence en une pluie de 40 jours sur toute la surface de Terre Divine.

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Ninmah, Enki, et leurs potes
C'est ainsi que les choses se sont passées raconta Enki, le mésopotamien, à sa descendance. Sa semence fit lentement son œuvre et quelques millions d'années plus tard, l'homme apparut sur terre.
Tout le monde avait oublié Ninmah, bien entendu. Les êtres de la terre ont préféré vivre dans l'ignorance de leur origine divine. Toute perte de sens est dramatique.
Les voici donc condamnés à l'errance, ou à se battre entre eux pour faire triompher la dernière théogonie à la mode qu'ils inventent et veulent imposer. Il semblerait, qu'actuellement, tout là-bas sur Terre Divine, la mythologie à la mode soit la possession maximale de richesses au détriment d'autrui. Cela peut paraître étrange, mais c'est ainsi.

L'un où l'autre de ces bipèdes mortels, parfois, un peu plus lucide, se retire au désert et pense : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ».
Mais cette peur l'incite à rentrer chez lui. 
Hélas.

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Cette histoire s'inspire de mythes mésopotamiens. Toutefois, toute ressemblance avec une divinité ayant existé serait tout à fait fortuite et indépendant de notre volonté. C'est la raison pour laquelle nous demandons aux dieux du ciel et des enfers de ne pas nous condamner mais plutôt de s'en prendre à Lakevio qui nous a forcé à la composer.

10 commentaires:

  1. L'épopée de Gilgamesh réactualisée! Ces mythes sont éternels.

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    1. C'est intéressant de voir combien ces mythes se croisent et s'entrecroisent, se piquent les idées les uns aux autres, et finalement sans jamais se ressembler, n'en ont pas moins des bases quelque peu communes.
      Comme quoi l'homme a le génie de renouveler de la même chose.
      :-)

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  2. Si tous les bipèdes étaient bien plus lucides, le monde serait meilleur.
    Bises alpines.
    P.S. J'aime bien la représentation de Ninmah, Enki et ses potes. Mais je trouve que Ninmah fait un peu "fée Clochette". ;-)

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    1. Si tous les bipèdes étaient lucides… on finirait peut-être par s'ennuyer !
      :-)
      Bises de ch'tis

      PS : comment cela la fée clochette ? ? Un peu de respect pour nos pères fondateurs !
      ;-))

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  3. Quel beau voyage par ici ! Les contes disent des vérités qui ne pourraient pas être entendues si elles étaient dites autrement. Conter, conter ; il en restera quelque chose...

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    1. Ou alors Comté ! Comté !
      Bref, tout un fromage !
      ;-)

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  4. Dois-je m'attendre à une pluie di... luvienne de malédictions ?...

    J'aime ce conte étrange des origines.
    Merci, AlainX

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    1. C'est à craindre en effet…
      ;-)
      mais j'ai inventé un parapluie de protection spécialement pour toi, à 350 €, en vente chez les bons marchands de pébroques.

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  5. Une manière de big bang comme un long et puissant orgasme? Intéressant...

    Je ne sais pourquoi (enfin si je sais, j'ai l'esprit d'escalier) ça me ramène à cette légende des pays nordiques qui dit que l'homme et la femme ont été créés à partir de deux morceaux de bois flotté. Plus joli qu'avec une motte de terre, et dénué de la symbolique condescendante de la côte d'homme. Tous deux pareils, tu penses si ça me plait!

    Reste que j'aime beaucoup quand tu te laisses ainsi aller à ton pur talent de conteur ♥

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    1. Je me disais bien que mon big-bang orgasmique ne te déplairait point !

      Je ne connaissais pas cette légende, et je la trouve bien sympathique !
      Cela dit, rendons à la Bible ses mérites, c'est peut-être pas si mal que d'autres légendes et mythes de création :
      Chez les esquimaux de l'Alaska, Dieu créa d'abord un corbeau, puis la femme. Et c'est le corbeau qui fertilisa la première des femmes… avec sa plume…
      tout un programme… !
      Ailleurs, la femme est tirée de l'argile, du sable, des écorces d'arbres, de l'eau des cascades, du cristal de roche, de débris de coquille. La femme est née d'un animal, du cadavre des premiers animaux morts, ou de la loutre, ou de la truite.
      À moins qu'elle ne soit sortie du flanc d'une montagne, d'une excroissance de corail, d'un caillot de sang, s'est formée dans la pulpe de mangue, a jailli des membres ondoyants de la pieuvre.

      Et la liste n'est pas exhaustive…

      JEAN-PIERRE OTTE. "LES NAISSANCES DE LA FEMME". SEGHERS
      on le trouve encore chez les bons bouquinistes

      De quoi alimenter ta (notre) réflexion…
      ;-)

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