J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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jeudi 6 décembre 2018

Une intéressante rencontre.


Elles sont venues. — Le groupe de lecteurs lectrice que j'évoquais dans mon billet précédent. — Neuf femmes de 40 à plus de 60 ans. Un groupe quelque peu hétéroclite que la passion de la lecture rassemble depuis plus de 20 ans !
Il y a les historiques, les plus âgées, et puis des « nouvelles » qui sont quand même là depuis plusieurs années.
C'est la première fois que l'occasion leur a été donnée de rencontrer toutes ensemble l'auteur d'un livre qui avait profondément marqué la responsable du groupe. Je me suis présenté simplement. Aucune intention de leur raconter ma vie. Puis la responsable a parlé du livre en des termes plutôt justes et qui m'ont touché.
Dès lors cela suscitait des questions qui ont animé l'échange qui s'en est suivi. Ainsi je n'ai pas raconté ma vie, mais sans doute donner quelque peu à voir qui je suis. C'est-à-dire un être qui va le chemin de sa vie, et a pris cette option d'en rendre compte par écrit et de partager cela.
Rien de plus. Rien de moins.

J'ai été intéressé par certaines réactions de ses « grandes liseuses » !
D'abord cela m'a fait du bien d'entendre que mon écriture semblait en valoir bien d'autres… et je n'ai pas ressenti cela comme flatterie.
Ensuite, et c'est plus important à mes yeux, l'expérientiel que j'évoque est aussi analysé au regard de ce que peut être une personne fondamentalement humaine.
C'est ce que je tente de donner, peut-être par ce que j'ai  l'expérience que partager à plusieurs ainsi profondément nourrie et construit.  Donne des matériaux qui permettent d'édifier sa propre personne.

Un peu comme l'apprenti qui regarde le maître faire. Puis tente de faire comme lui. Puis peu à peu  fait « à sa manière ». Alors l'apprentissage est achevé et on peut aller sa propre route.
S'il est intelligent, l'apprenti garde une pleine reconnaissance envers son maître, car sans lui il n'aurait jamais réussi « à sa manière propre ».
Le maître enseigne par qui il EST, par sa personnalité et ses actes. Il a aussi l'humilité du pédagogue.
 C'est en cela qu'il n'est pas un professeur qui bavarde.
(J'évoque un seul le maître, mais dans nos vies il y en est plusieurs, voire un certain nombre.)

Au cours de l'échange, j'observais néanmoins les moments où j'étais en train de dériver vers le professeur qui bavarde. Comme si j'avais quelque chose à inculquer. Il m'a fallu revenir consciemment à ce que les personnes du groupe puissent exprimer leur propre ressenti. Et cela supposait que je fasse état du mien.

Ce qui m'a touché, c'est lorsque des passages de mon livre a été lus à haute voix. Les intonations que la lectrice y mettait. C'était moi, sans être moi, tout en étant si proche. Curieux effet. Je n'en avais pas eu l'occasion jusque-là autrement que dans quelques autres groupes où j'étais venu présenter mes livres. Ces fois-là c'était bien préparé, et ma compagne de vie lisait quelques passages. Mais je n'en ressentais pas d'émotion particulière. Là, comme je l'ai dit, je fus profondément touché.
Je réalisais un peu plus combien ce qu'un auteur écrit lui échappe.
Définitivement.


18 commentaires:

  1. Comme je n'aime guère parler de ce que je fais, non par peur des critiques mais plutôt par malaise devant les louanges (mais c'est sûrement aussi un truc d'orgueil pas trop bien placé), je n'imagine même pas être dans ta situation... Déjà en classe quand un prof lisait ou faisait lire ma rédac ou dissert à haute voix, je me dissolvais sur ma chaise, formant le vœu de disparaître en fumée...
    Mais je comprends parfaitement ta dernière phrase, et l'ai plus d'une fois exprimée en commentaire ou en réponse à des commentaires, d'ailleurs. Un texte publié ne nous appartient plus. On y tient, mais il appartient à ses lecteurs...

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    1. Ce que tu exprimes au début, me semble plutôt être l'inverse de l'orgueil, qui consiste surtout avoir une opinion surévaluée de soi-même et de vouloir en persuader les autres…
      Cependant je comprends bien par rapport à la vie scolaire, c'est tout un autre contexte avec des rivalités, des comparatifs, des jalousies les uns par rapport aux autres, tout cela en regard des enseignants… ce n'est pas tout simple !

      Cela dit j'ai longtemps eu de la difficulté à accepter la manifestation de la gratitude à mon égard. En particulier dans ma vie professionnelle. J'avais souvent l'impression de valoir moins, bien moins que ce que l'on me reflétait.

      Grâce à ton commentaire je réalise que c'est quasiment terminé. Reconnaître la réalité telle qu'elle est. Si d'autres disent qu'ils apprécient ce que j'ai écrit, c'est probablement qu'ils en ont retiré quelque chose de bon pour eux-mêmes. Alors tant mieux. Que j'y sois pour quelque chose, probablement, mais j'ai voulu exprimer avec sincérité (dans ces livres) ce que je vivais au avait vécu réellement.
      Et comme j'ai moi-même écrit beaucoup à propos de la gratitude à manifester à ceux qui nous veulent/nous font du bien, parce que la reconnaissance mutuelle favorise l'amélioration de soi-même et des relations. Alors il faut bien accepter la réalité pour ce qu'elle est…

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    2. Je réfléchis... un petit quelque chose du syndrome de l'imposteur?

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    3. Il peut y avoir de cela, en effet. Même si je n'aime pas beaucoup l'emploi du mot « imposteur », très connoté négativement.
      Or ce n'est pas de cela dont il s'agit.
      Il vaudrait mieux partir de l'autre bout de la lorgnette (si l'on peut dire).
      Celui de la sincérité avec soi et non pas de l'imposture.
      Qu'est-ce que je me reconnais comme valeurs indépendamment de ce que d'autres peuvent en penser et même que la terre entière peut en penser…
      Quel est mon potentiel de talents ? Mon faisceau d'aptitudes ? Mes sentiments nobles les plus profonds ? La justesse avec laquelle je sais manifester mon affection concrètement ? Etc.
      qu'est-ce que je suis bien forcé de reconnaître de positif en moi, si je veux être un minimum honnête ?
      (Si tu « sèches » je peux te donner beaucoup d'idées là-dessus rien qu'en lisant les billets de ton blog…)

      Comment se fait-il que j'en doute ?
      D'où cela vient ? Y a-t-il des origines dans mon histoire de vie ?
      Etc.

      Sinon on va mariner dans du négatif contre lequel on ne lutte jamais. C'est impossible ! On sera toujours perdant sur ce terrain !
      On ne peut pas lutter contre un de ses défauts ! On peut seulement développer la qualité symétrique.... C'est bien plus intéressant. Ça marche, et ça rend plus heureux !
      Je suis un combattant du bonheur…

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    4. (Si tu « sèches » je peux te donner beaucoup d'idées là-dessus rien qu'en lisant les billets de ton blog…) Noon! Je ne suis pas en quête de compliments! Honnêtement je crois que j'ai toujours eu une certaine conscience de mes dons mais chez moi, enfin dans le milieu qui m'a élevée, ça ne représente rien, quel que soit le travail que tu accomplis pour ne pas t'arrêter à ça. Je ne suis pas sûre d'être bien claire. En gros le milieu dans lequel j'ai été élevée crache sur les "aisés" et les intellectuels, mais ne méprise pas l'argent, plus on en a, plus on dépense, plus ça prouve qu'on a réussi... Du coup mon problème, depuis toute petite (je reprenais mes parents quand ils s'exprimaient mal et j'étais grondée) est de ne pas me sentir à la bonne place. Alors il y a des moments où ça va bien, où très lucidement je dis "je suis comme je suis et tant pis pour ceux qui ne m'aiment pas telle que je suis", et puis les moments où je m'écroule un peu...

      Mais je rejoins ton combat. Je ne lutte même que pour ça. ;-)
      Merci pour ton écoute patiente et précieuse. ♥

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    5. Je perçois très bien ce que tu exprimes.
      En particulier ce ressenti de n'être pas née au bon endroit. Ne pas être reconnu par les gens importants tels que ceux la sphère parentale, cela crée une faille intérieure qui atteint notre besoin de sécurité. Besoin normal pour tout être humain : Se sentir en sécurité intérieure.
      Je me permets d'écrire une autre phrase, complétant celle que tu mets entre guillemets :
      « je suis comme je suis et tant mieux pour ceux qui m'aiment telle que je suis » j'ai failli ajouter… et ils ont bien de la chance !
      C'est parce que je pense que ce regard là aussi peut t'aider pour ton combat.
      Le nôtre en quelque sorte, car j'ai aussi ce sentiment qu'on a dû se tromper en me déposant dans cette famille. Une sorte d'erreur de livraison d'Amazon !

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  2. tu écris:
    "Au cours de l'échange, j'observais néanmoins les moments où j'étais en train de dériver vers le professeur qui bavarde. Comme si j'avais quelque chose à inculquer. Il m'a fallu revenir consciemment à ce que les personnes du groupe puissent exprimer leur propre ressenti"
    Tu as été assez lucide pour t'en rendre compte...ces personnes n'avaient pas besoin d'un professeur, mais de qqun qui était prêt à écouter, et à PARTAGER

    Oui c'est très bizarre d'écouter une personne qui lit ses textes, tu dis bien ce que c'est: "à la fois moi, et pas moi"
    Parfois on en apprend encore en écoutant une lecture de ce genre, d'autant que on réalise que la lectrice a aimé ton texte

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    1. Cette lucidité là est probablement assez normale. Il faut toujours recadrer avec l'objectif demandé. Si on a un minimum de pratiques en repère facilement les clignotants d'alerte qui s'allument quand on dévie de la route… !
      Et puis j'ai tellement entendu des conférenciers qui s'écoutaient parler avec une jouissance narcissique, que j'ai aussi constaté combien c'était pénible quand on est participant d'une conférence…

      L'expérience d'entendre lire ses textes, je crois que tu l'as également. C'est en effet à la fois étonnant et un enseignement pour soi-même.

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  3. Je comprends tellement bien tes ressentis de ce jour. Ca ne m'est jamais arrivé et n'arrivera sans doute pas, mais finalement, avoir écrit quelque chose qui a touché d'autres personnes, ça reste une petite stupéfaction en nous, et puis peut-être justifie notre "talent", notre "don". Comme Coumarine j'apprécie que tu aies pris garde à ne pas t'égarer dans le rôle du prof, j'imagine que ça doit se faire presque à notre insu, et alors là on perd l'aspect personnel, on devient un émetteur et rien de plus!

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    1. Tu vois, Edmée, j'espère que cela t'arrivera. Je crois que c'est bénéfique au talent et au don que l'on a. Ils s'étiolent et peuvent même disparaître si l'on ne s'en sert pas. Si on s'enorgueillit, évidemment c'est mauvais. Mais si on reconnaît humblement que ces dons nous ont été donnés par la vie pour être redonnés, et faire du bien, alors ça va !
      Pour ce qui est du risque de prof, tu peux voir ma réponse à Coumarine.

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  4. Entendre lire ses propres mots par une autre personne doit donner à ces mots une autre résonance, un peu comme si on les découvrait, comme si on se redécouvrait. Enfin, il me semble que c'est ce que je ressentirais. Je pense que ce doit être très enrichissant. Et bien sûr, la rencontre avec ces grandes liseuses, a dû être un moment particulièrement riche et agréable. Merci Alain pour ce partage. Bon week-end à toi.

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    1. Oui, ce fut pour moi une belle expérience. En raison de tout ce que tu exprimes. C'est exactement cela.
      Merci pour ton commentaire est excellent week-end aussi pour toi.

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  5. Tu t'es retrouvé un peu dans la situation du blogueur, c'est à dire en prise directe avec les ressentis de tes lecteurs.
    Et c'est une expérience fabuleuse que ce retour, parce qu'il aide profondément (du moins je le crois) à réfléchir sur 'acte d'écrire et sur cette force qui nous pousse à faire jaillir de nous quelque chose que l'on donne, finalement puisque, tu as raison, ce que l'on écrit ne nous appartient plus en propre.
    Un beau billet d'expérience de vie, comme tu en as le talent et le secret
    •.¸¸.•*`*•.¸¸✿

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    1. La réflexion sur l'écrit ne peut se faire… que lorsqu'on a écrit !
      Si elle est préalable, probablement qu'elle stérilise l'écriture avant même qu'on ait pu la concevoir.
      Quand on dit : « je n'arrive pas écrire ! » C'est une pensée conceptuelle personnelle. La même que ce que j'entendais parfois dans mes stages : « je suis incapable de parler en public ». Je répondais bravo ! Voilà une incapacité que vous venez de vaincre à l'instant devant ce public du stage ! C'est vraiment un très bon début !
      Par la suite je souriais intérieurement parce que cette personne-là était souvent celle qui devenait la plus bavarde, et pas que pour dire des bêtises, loin de là…
      Quand on descelle une source, elle donne en abondance.

      J'anecdotise parce qu'il s'agit effectivement du don de jaillissement que tu évoques. Faire le don de sa parole, de ses écrits, c'est véritablement faire le don de soi. Et la richesse reçue, à laquelle on ne s'attendait pas, vaut tout l'or du monde.
      Tu en as fait toi-même l'expérience il me semble.

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  6. COMMENTAIRE DE MATHILDE (envoyé par mail, faute de pouvoir "rentrer" directement ce le blog)
    --------------------------------

    Mon expérience fut en tant que lectrice à voix haute , lors d’un salon de lecture, d’une de tes nouvelles Alain.
    Lire le texte d’un auteur que je connaissais un peu au travers de tes ouvrages et pour avoir échanger avec toi , me mettait un peu la pression , je voulais être à la hauteur de l’auteur :-) et en même temps cela me donnait une certaine force.
    Le trac que j’éprouvais face à un auditoire expérimenté à la parole en public (maître de conférences, professeurs, comédiennes...) s’éloigna alors que je me plongeais dans l’intrigue de ta nouvelle.
    Lors de mes hésitations je ressentais ton regard bienveillant et je parvins au bout de la lecture , rassurée et je peux dire contente de moi.
    Une des auditrice me dit que la lecture d’une nouvelle était intéressante dans le fait que l’on connaît ainsi la fin de l’histoire rapidement ...
    Depuis cette expérience peut être ai je un peu plus de facilité à prendre la parole en public ? .. merci à toi.
    (Je n’oublierai pas la fée Céleste dans cette aventure :-) )
    Bon dimanche .
    Je t’embrasse.
    Mathilde **

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    1. Oui, oui, je me souviens que tu m'as relaté cette expérience. J'avais été à la fois touché et étonné que tu aies sélectionné une de mes nouvelles. La manière dont tu relates cela ici me touches à nouveau.
      Je te remercie d'évoquer ici ce petit ouvrage.

      Quelqu'un de ma famille, chef d'entreprise, m'a dit qu'il faisait circuler ces nouvelles parmi ses collaborateurs/trices. Et franchement je ne m'attendais pas à cela ! Ce que l'on publie nous échappe vraiment totalement…

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  7. Il y a plein de thèmes dans ton écrit, transmettre en ETANT, la flatterie, il est souvent délicat de recevoir un commentaire positif (flatterie ou pas ?), cela en dit long sur la personne qui émet le propos ainsi que sur celle qui le réceptionne...
    Ta prise de conscience qu'il ne faut pas devenir professoral, laisser l'espace à l'expression des autres, donner de soi ce qui incite les autres à le faire, etc...
    J'ai fait en octobre une formation "facilitation de groupe", quelle puissance extraordinaire que le groupe ! Je pense à cela en te lisant, un vecteur de découverte et d'accomplissement de soi...

    Tu te demandais il y a peu en réponse à un commentaire où j'en étais dans ma vie. J'ai obtenu en juin dernier ma "certification de praticien dans la relation d'aide" dans l'approche centrée sur la personne, le "titre" est longuet ! Mais qu'importe, je mets en place un début de pratique pro en janvier en espérant pouvoir continuer un jour sur 2 ans de formation axée sur la psychothérapie. J'ai plein d'envies et de projets notamment avec les groupes de rencontre...
    C'est ma participation pour aider le monde à mieux tourner, mon esprit de Noel...
    Bon Noel à toi Alain !

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    1. Merci pour les nouvelles que tu me donnes.
      compte tenu de ce côté m'indique suppose que cette formation se situe dans la lignée de Karl Rogers et de son approche centrée sur la personne.

      Je suis toujours sensible et je me réjouis que des personnes comme toi puisses faire un peu de bien (beaucoup pourquoi pas !…) Autour de soi. Il n'y a jamais assez de personnes qui font du bien…

      Bonne chance pour la suite de ta formation et tous mes vœux pour 2019, mon cher Manuel.

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