J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 18 mars 2019

Hors du commun (devoir du Lundi)





"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."
extrait de  Le Lion de Jodeph Kessel
Admiration, fascination, amour, amitié...
Vous inclurez la phrase citée dans le portrait de votre choix.





Hors du commun

Hors du commun. C'est sans doute ainsi que l'on pourrait le qualifier.
Encore faudrait-il définir ce qu'est le commun. 
Il s'appelle Pierre. Dieu sait si j'en ai connu avec ce prénom  d'une grande banalité.   Lorsque Albéric m'en parla je n'ai pas mis 12 secondes avant de prendre la décision dans ma tête. Il fallait que je le rencontre. Comme un impératif du passé simple pour l'avenir.

D'après Albéric, Pierre aurait trouvé sa voie en entendant un curé du catéchisme lui dire : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai… »
... et lui aurait aussitôt ajouté : «… une HLM des mille et une nuits ! ». 

— Ça, tu vois, Claude, c'est tout à fait lui ! Un homme grandiose et dérisoire à la fois, précisa Albéric

Je rêvais d'être bâtisseur. J'avais trouvé mon maître. Du moins je le croyais.

 Ce fut moins difficile que je l'entrevoyais pour obtenir un rendez-vous. J'ai supposé qu'Albéric lui en avait touché deux mots. La salle d'attente était vaste aux allures de cathédrale. Une chaise unique, au dossier immense trônait  au milieu de celle-ci. Mes pas pour m'y rendre produirent un écho particulièrement sonore. J'attendis un temps qui me parut  particulièrement long. Cependant  l'attente m'offrait   la possibilité  de peaufiner  ce que je dirais.
Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt. Il devait en être ainsi pour  Pierre, certainement. il fallait savoir aller droit au but, à l'essentiel.

Je fus introduit par une sorte de serviteur silencieux. Pierre ne parla pas tout de suite. Il eut ces gestes ordinaires lorsqu'on accueille quelqu'un dans son bureau. Comment se fait-il qu'un homme puisse poser des actes ordinaires et que la manière dont il s'y prend apparaisse peu commune ?

Toujours en silence il fit un signe de la main me faisant comprendre qu'il attendait que je m'exprime. J'ai alors indiqué les raisons de ma visite. De temps à autre il opinait du chef. Il avait saisi un coupe-papier en forme de poignard antique et le faisait tourner entre ses doigts d'une manière quasi magique. Je n'arrivais plus à détacher mon regard de ses mains agiles.
Il toussota une ou deux fois, pour me faire comprendre que j'en avais assez dit. Alors il se leva, contourna le bureau, s'assit sur une fesse à l'angle de celui-ci, tourné vers moi qui demeurai sur le fauteuil. Il avait toujours le poignard à la main.
— Regardez, dit-il
Le poignard tenu verticalement, il étendit son bras gauche à l'horizontale et écarta les doigts. Le lourd poignard vint se ficher d'un bruit sec,  dans le bois du parquet qui datait certainement de plus d'un siècle. Mon regard fasciné fixait la lame enfoncée dans une latte. Je remarquais tout autour une série de trous. Il devait être coutumier de ce geste.
— Voilà ce que je pense de votre proposition continua-t-il. Merci de votre visite, mon secrétaire vous contactera. 

Il était déjà à la porte et l'avait ouverte. Le corps très droit, son regard bleu me transperçait du haut de ses 1m, 85 au moins. Il avait des lèvres épaisses qui ne manifestaient aucun sentiment. Il ne m'a pas serré la main. Tout juste esquissa-t-il un vague sourire lorsque je franchis le seuil de la porte. J'étais à la fois excité et fasciné.

Je racontai tout cela à Albéric. Il me dit :
 — « Voilà ! Tu vois c'est exactement lui. C'est tout à fait ça. C'est quelqu'un quand même ! On pourrait penser que… et puis en fait non. Mais crois-moi, tu ne seras pas déçu. Moi je travaille pour lui depuis cinq ans. Évidemment je dors peu. Mais c'est tellement passionnant. Ma femme est partie avec les enfants il y a deux ans. Je crois qu'ils sont à la campagne. C'est vrai qu'il faudrait que je prenne de leurs nouvelles, mais avec Pierre c'est difficile. Tant d'exigences, c'est exceptionnel. On ne peut pas se permettre de ne pas lui être entièrement dévoué. Il y a tant de personnes qui voudraient être à notre place. Je dis « notre » car je suis certain que tu feras bientôt partie de l'équipe. 

Tu remplaceras certainement Cédric. Il s'est suicidé la semaine dernière, ce con !

21 commentaires:

  1. La Miviludes a du pain sur la planche...

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    1. On peut toujours espérer que la Miviludes puisse un jour s'intéresser aux dérives sectaires des grandes entreprises…
      C'est un rêve puissant que tu as là… ! ;-))

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  2. Tu as bien cerné le personnage et c'est si proche de la réalité.

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  3. Bigre ! Un vrai de vrai, comme tu as dû en entendre parler souvent dans ta carrière.
    Un de ceux qui te prennes dans des rêts dont tes rugissements ne peuvent te défaire...sans l'aide d'un bon psy.
    Kisses my Babar
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Je me suis en effet inspiré de la réalité de quelqu'un que j'ai rencontré dans ma première vie antérieure. Ce n'était pas une question d'embauche. Dans le cadre d'une mission j'étais chargé de trouver un « prestataire » pour la mise en chantier « de quelque chose d'ampleur ». Ce n'est pas le « Pierre » en question qui m'a le plus impressionné, mais son entourage proche, qui me laissait entendre, sans rire, que j'allais quasiment rencontrer Dieu le Père en Personne ! Et je t'assure que c'était sans rire. Même pas une attitude commerciale. Une véritable vénération !
      Bien entendu mon histoire telle que je la raconte est totalement fictive sur le factuel. Mais plutôt juste sur un certain fond des choses.

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  4. Ton récit m'a rappelé le film "Une étrange affaire" qui date des années 80. Ce sont souvent, comme celui-ci, des patrons "meneurs d'hommes", très exigeants et qui demandent une disponibilité permanente. Gare aux collaborateurs qui refusent d'entrer dans leur jeu!
    Ta description de ce boss abusif est parfaitement réussie, réaliste,et plus que jamais d'actualité.

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    1. Ah oui ! Je suis allé voir la bande-annonce de ce film, et je m'en suis souvenu. C'est vrai que c'est un peu de ce genre. Mais je n'y ai pas pensé en rédigeant le texte. Comme je le dis ci-dessus à Célestine, mon inspiration était ailleurs.

      Hélas, je crois que les gourous abusifs séviront encore longtemps. Il fut un temps où les sectes rassemblaient des illuminés un peu paumés (cela existe encore), mais actuellement ces organisations font figure de petits rigolos aux petits bras, à côté des monstruosités d'exploitations consenties et admirées par un certain nombre d'exploités-consentants qui bossent dans les « start-ups », lesquelles, désormais fascinent jusqu'au burnout.

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  5. Curieusement, ton Pierre me fait penser au Grand Saint Pierre qui n'a pas un poignard mais des clés et pourtant a un même effet, t'ouvrir le paradis et... t'expédier en enfer !

    Bravo, Alain. J'ai bien aimé.

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    1. Être expédié en enfer c'est un service rendu. Au moins là-bas tu peux continuer à traficoter avec tous les malfrats de la planète ! Tandis qu'au paradis : adorer Dieu en prière durant toute une éternité, qu'est-ce que ça doit être ch..... !!
      Et grand merci pour ton appréciation.

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  6. Super devoir !
    Mais ce mec remarquable n'est guère qu'un président quelconque.
    Il est difficile, exigeant, dictatorial, non dénué de charme mais un mec à éviter parce qu'il te bouffe et qu'en plus, si tu ne fais pas gaffe, tu aimes ça.
    Encore un qui est persuadé que le monde lui doit ce dont il a besoin et que les autres ne sont là que pour autant qu'ils lui sont utiles...
    Bref, le mec qui donne raison à La Boëtie "Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux".
    Voilà, je l'ai dit ! ;-)

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    1. Hé bien dis donc, mon cher, te voilà bien remonté ce matin !
      Il est vrai que le gazier qui nous fut proposé avait nettement une tête de…
      Oui, exactement une tête de…
      et merci pour le super devoir !

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  7. Ah non hein, pas le remplacer, au vue de la fin qu'il a eue ! ;-)
    Praline

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    1. Peut-être qu'un jour il se dira : — travailler pour ce type ! J'adore ! C'est vraiment mortel !
      (Comment ça, j'ai l'ironie grinçante ! ?)

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  8. Excellent ! ça fait froid dans le dos... c'est un regard si juste sur notre société actuelle dont je n'aime pas l'aspect cynique, mais hélas bien réel.
    Claude, n'y vas pas !

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    1. Espérons que les derniers propos d'Albéric le feront réfléchir…

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  9. Pourquoi ai-je immédiatement pensé à Didier Daurat, Patron autant adoré que détesté, haï des hommes de l'Aéropostale (futur Air-France)?
    Tu fais un portrait remarquable d'un patron odieux qui en avait dans la culotte... mais je conseille au jeunot de prendre ses jambes à son cou tant qu'il en est temps !

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    1. Ils étaient tous un peu fous et passionnés en ce temps-là…
      enfin c'est l'idée que je me fais de l'aventure de l'aérospatiale.
      J'avais visité le musée de l'hydravion à Biscarrosse il y a quelques années. Quand on voit le genre d'engins sur lequel ils volaient, ça donne par moment des frissons…
      alors je crois que ça devait être tous plus ou moins une sacrée bande de durs à cuire !

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  10. J'adore !
    Un rien fantastique.
    Mais moi, j'ai un instinct de survie chevillé au corps et je fuis ce genre d'aimant. ;)

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    1. C'est que, chère Berthoise, tu as atteint un haut niveau de sagesse…
      :-)

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  11. J'espère que Claude comprendra assez vit qu'il court à sa perte...
    PS : impossible de commenter sur blogpost de mon ordi, je dois en trouver un autre, pour le faire, d'où mon grand retard !

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