J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 11 mars 2019

Un lundi = une consigne


Lundi chez Lakavio : Une silhouette dans la rue qui attire votre oeil...

Rencontre à risque

Vers avril, en fin d'après-midi, le soleil se place exactement dans l'axe du boulevard bordé de platanes.
Je remonte celui-ci vers l'ouest. Je n'ai pas pensé à prendre des lunettes de soleil. Il éblouit cet astre, qui a décidé d'aveugler tout le monde. Moi compris. Il fait chaud. Le soleil serait plus haut que l'on se croirait en été. Mais non, c'est juste qu'il va falloir s'habituer à commencer à transpirer dès avril. C'est L'Oréal qui va être content de pouvoir sortir son « Déodorant spécial mois d'avril, à la crème de caribou émasculé ». En vente dans les bonnes épiceries au tarif exceptionnel et promotionnel de 69,99 €, le flacon de 15 ml.

Il est à peine 16h30, et déjà le boulevard est quasiment désert. Les gens sont rentrés chez eux. Pourtant le spectacle n'est pas désagréable. Le brouillard de pollution qui est permanent depuis quelques années laisse quand même pénétrer les rayons du soleil qui projette l'ombre des arbres sur le sol, tels des projecteurs. Cela rappelle le temps des spectacles de grandes salles appelées Zenith. On voyait des effets de lumières colorées qui étaient assez bluffant, valorisés par un effet de brume. J'ai connu cette époque-là dans ma jeunesse. Au temps où l'amusement était encore toléré en public. Lorsque je l'évoque, mes gosses ne me croient même pas.

Tout à coup, au loin je vois surgir de derrière un platane une silhouette humaine, floue et ondulant, à cause du brouillard de pollution. S'agit-il d'une femme ? Elle en a la silhouette et l'allure qui m'en est restée dans mes souvenirs. Cette époque où les femmes déambulaient dans les rues, avec grâce et élégance, légèrement vêtues dès que la température était clémente. Un homme normalement constitué avait immanquable le regard attiré vers elle.
Malheureusement je risque de me trouver en présence d'un androïde de génération Erèbe IX, la plus redoutable. Celle qui porte le nom du dieu des ténèbres.
Je continue à marcher comme si de rien n'était. Après tout, ce n'est pas encore l'heure du couvre-feu. Si peu de personnes circulent, c'est qu'on est mieux chez soi : moins de pollution , grâce aux absorbeurs de particules ; moins de chaleur, grâce au climatiseur. Et puis traîner dans les rues après 16 heures n'est pas recommandé.


La silhouette se rapproche, sur le même trottoir que le mien. Je décide de passer de l'autre côté du boulevard, car le brouillard de pollution est plus épais de ce côté-là et avec un mouchoir sur le nez, je serai mieux protégé d'une éventuelle interpellation par l'androïde. Si c'en est un. Mon pouls commence à s'accélérer. J'aime courir des risques comme au temps de la Révolution des Coquelicots, quand nous luttions pour la protection des ultimes graines végétales naturelles.

Je me cache derrière un platane, laissant la silhouette s'approcher. La voici à même hauteur que moi de l'autre côté de l'avenue. Ce n'est pas un androïde. C'est un être humain. J'hésite sur le sexe. Alors je me décide à traverser la rue pour la rejoindre, car j'en suis quasiment persuadé c'est une berdache, une « femme aux deux esprits », survivante amérindienne. De près, elle en a la silhouette caractéristique. Une minorité qu'il est bien rare de croiser dans une rue. 

Utilisant le code international, je lève ma main à hauteur de mon épaule pour la saluer et lui dire que je n'ai aucune intention malveillante. Malheureusement, elle ne comprend pas se met à courir et à crier. Bêtement je me lance à sa poursuite, ce qui l'incite à accélèrer son allure. Elle crie de plus en plus fort. C'est alors que surgit de nulle part un androïde Erèbe IX qui pointe son PI et tire instantanément, me paralysant sur place.

Par la suite je passe quatre mois en centre de reprogrammation neuronale. Actuellement je vis cloîtré chez moi. Mes enfants ne me parlent plus. L'assistante androide femelleZh m'a été retirée pour leur éducation. J'ai perdu mon travail. Et je ne suis même pas sûr de ne pas avoir rêvé tout cela.

L'histoire se déroule à l'époque évoquée ICI :


31 commentaires:

  1. Oups... Tu nous emmènes dans un futur épouvantable, même si l'exclusion n'est que la prolongation de celle que nous connaissons déjà. Déjà le futur? Un pas dedans, déjà?

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    1. Peut-être qu'au final nous avançons vers le moins pire du mieux ! Et puis on aura peut-être enfin la réponse à la question de Fernand Raynaud :
      — allô Tonton ? Pourquoi tu tousses ?
      — Parce que la pollution m'arrache la gorge… !

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  2. J'aime la Science-Fiction. Enfin, en espérant que ce genre d'histoires reste fiction pour longtemps encore ! Pollution, liberté, confinement, cure de désintox, etc... Ca pue ! :) Mais c'est joliment raconté.
    Merci, Alain.

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    1. Merci à toi, d'estimer que c'est joliment raconté.
      Mais le tableau n'est quand même pas enviable…

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  3. Terrifiant, ton monde du futur ! J'espère qu'il y aura d'autres textes qui permettront de comprendre comment y échapper !

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    1. C'était déjà assez terrifiant dans « 1984 » et je n'ai pas le sentiment que cela s'améliore beaucoup… Bon, pour l'instant à travers ma vitre je vois le ciel bleu, et j'entends quelques oiseaux…
      tout n'est peut-être pas perdu ! ;-)

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  4. Ce futur fait froid dans le dos. Je n'aime pas trop d'ailleurs les films de science-fiction où l'on ne voit plus aucune fleur, plus d'herbe, où la lumière est froide, où les robots remplacent les humains. Je pense que c'est pour ça que j'aime tant les westerns, à cause des paysages de rêve. Mais, on s'en éloigne de plus en plus du rêve américain, rempli de liberté, de grands espaces vierges de toute pollution, rempli de bisons, de vaches, de lynxs, d'ours….Bravo en tout cas...Les devoirs de Lakevio font travailler notre imagination. Et, n'est-ce pas de ça que nous avons besoin quand on vieillit. Faire travailler nos neurones.

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    1. Comme toi, je garde un grand attrait pour les westerns et tous ces paysages de l'Ouest américain ou d'ailleurs.
      Mais mon texte est plutôt du style « anticipation » de ce qui — éventuellement — pourrait nous arriver…
      quand on voit comment George Orwell en 1949 invente Big Brother, qui n'est rien à côté de l'invasif Facebook, et pire encore, notre facilité à accepter d'être surveillé de toutes parts par les GAFAM… il y a peut-être de quoi s'inquiéter un chouïa…
      Mais tu as raison… tout cela n'est qu'invention imaginaire pour nourrir nos neurones qui en ont bien besoin !
      Merci beaucoup de ton passage. Belle journée.

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  5. Je n'aime pas trop la SF mais j'ai adoré ton texte.
    J'ai envie de relire "Vous n'avez pas vu ma planète" mais je ne le trouve pas.

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    1. Dans la science-fiction, le pire côtoie le meilleur… Je fus un grand amateur dans ma jeunesse !
      Aujourd'hui je me contente de petits textes d'anticipation…

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  6. Remarquable !
    Je suis revenu aux années soixante où nombre d'auteurs de SF nous avaient prévenus de ce qui nous pendait au nez.
    Merci de m'avoir retiré une cinquantaine d'années !

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    1. Comme je disais plus haut, il y avait en ce temps-là quelques visionnaires… sur ce qui nous arrive à présent…
      comme quoi il est possible d'inventer un avenir qui se réalise…
      c'est inquiétant, quelque part, comme dit l'autre… !

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  7. Anonyme11/3/19

    Moi aussi, j'aime beaucoup votre texte
    Mme Chapeau

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  8. Je n'ai jamais eu envie de lire de la science fiction: je crois que ces textes m'inquiètent et me font peur
    Par contre un texte comme le tien, bien écrit, j'ai bien apprécié!!

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    1. Et bien on va dire que c'est un bon début pour t' intéresser un jour à la science-fiction !!!…
      Peut-être penses-tu qu'il s'agit de choses du genre guerre des étoiles ou guerres des mondes… pif paf pan pan !
      Mais il y a bien autre chose : Asimov par exemple…
      et son cycle Fondation écrit entre 1951 1993, qui déroulaient 22 000 ans du futur de l'humanité. Il n'invente pas « n'importe quoi » mais se fonde globalement sur un développement de la « psycho – histoire ». On a évolué depuis Neandertal jusqu'à aujourd'hui… et après… ? Quel procédé logique arrivera à se déployer sur 22 000 ans…
      ce n'est pas inintéressant…

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    2. ben tu vois? j'ai une PAL super haute de livres que j'ai vraiment envie de lire... alors ceux ci, je crains fort qu'ils passeront après, et sans doute jamais...
      Mais comme on dit: jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau ;-)

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  9. L'avenir est à portée de mains, hélas ! Celui que tu décris fait peur, mais si on continue comme ça, gare ! Orwell était peut-être en dessous de ce qui risque d'arriver.
    Ton texte est en tout cas très réussi, c'est de l'anticipation au quotidien, ce qui renforce son côté inquiétant!

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    1. Pour l'instant ce n'est qu'une fiction.
      Mais j'ai en effet voulu mettre mon personnage en situation « au présent ».
      Car quand même une histoire de ce genre ce n'est pas seulement : « il était une fois dans un pays lointain… »
      je pense par exemple à l'effroyable pollution dans certaines mégapoles de la planète…
      Reste à continuer à croire à la sagesse des hommes…
      Elle n'a pas disparu... Mais la voir un peu plus ne serait pas une mauvaise chose…

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  10. C'est pas mal du tout comme texte d'anticipation... Je n'ai pas lu beaucoup d'oeuvres de science fiction (juste des nouvelles d'une écrivaine dont j'ai évidemment oublié le nom, assez connue). Mais j'ai vu quelques films, tout de même (et même analysé Matrix, je n'oublierai jamais cette expérience o;) Donc, cela finit plutôt mal ...............

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    1. J'ai adoré Matrix !
      Le premier en tout cas.
      Quand on voit ce dont sont capables les premiers androïdes autonomes… ça laisse rêveur… ou plutôt cauchemardeur....
      voir en particulier le robot militaire et humanoïde Atlas.
      J'imagine le truc entre les mains d'une bande de terroristes… les attentats sanglants que l'on a connus avec beaucoup de mort passeront pour de la douce rigolade...

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  11. Texte bien imaginé, mais bouuuuh ! comme Coum ça m'angoisse. J'aime mieux quand tu fais dans la légèreté (je m'y attendais d'ailleurs) ;-)

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    1. La prochaine fois je mets en scène un petit robot tout rigolo !
      Qui te chatouille les pieds à la demande… et plus si affinités !
      ;-)

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  12. eh bien, même si je ne suis pas une fan de SF, je sens que tu as du potentiel pour devenir l'un de ces auteurs qui comblent les goûts des connaisseurs ! Bravo ! Quel dommage que tu n'aies pu approcher ta belle humaine...
    Dans ton prochain rêve peut-être ?

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    1. Dans mon prochain rêve : j'espère bien !
      Et d'ailleurs ce soir je vais me coucher tôt…
      … en espérant que…

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  13. Tu m'as encore appris un mot !Tu es formidable mon Babar.
    Et cette fiction glaçante malgré le soleil d'avril est un petit bijou d'anticipation.
    Asimov ? Mon fils ne jure que par lui...
    Bisous de l'époque où les hommes regardaient encore les femmes dans la rue. ;-)
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. C'est vrai que tu aimes enrichir ton vocabulaire…
      Ce qui m'inquiète moi-même, c'est que l'un ou l'autre aspect de mon texte reflète déjà une certaine réalité à des endroits de la planète… ça donne à réfléchir.
      Bisous d'un homme qui regarde toujours les femmes belles… et les autres aussi d'ailleurs ! Mais toi tu appartiens manifestement à la première catégorie ;-)

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  14. Eh oui, un autre monde est possible. Quand je pense que je n'y croyais pas ! Merci de l'avoir mis en place afin que je m'en méfie ;)

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    1. Une autre fois je ferai un texte sur les paradis terrestres ou artificiels…
      cela nous donnera la nostalgie de ce qui n'existe pas… encore !…
      ;-)

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  15. Un texte où la tension nous gagne petit à petit, où l'on est emporté avec vous dans cet avenir suffocant, d'autant plus effrayant qu'il a des allures de possible.
    J'espère que cette faculté de "voir" autant vous éclaire sans vous ronger.

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    1. Si cela peut vous rassurer, ça ne me ronge pas.
      À moins qu'il ne s'agisse d'une manière de me mithridatiser !...
      J'évoque un certain possible. Pas un inéluctable.
      je crois aux aptitudes à un retournement personnel, offert à chacun, et à l'effet boule de neige ou tâche d'huile.
      Réalisme ou rêverie ? Je n'ai pas la réponse.

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