J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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mercredi 6 mars 2019

Une nuit sur le mont Chauve



Au hasard d'une promenade sur le net, de clic en clic, je tombe sur un texte évoquant des souvenirs intenses ou à partir de « une nuit sur le mont Chauve » de Moussorgski.
Alors mon propre souvenir m'est remonté comme un jaillissement de sensations, d'abord ténues puis de plus en plus puissantes. J'avais aussi mon histoire avec « La nuit sur le mont Chauve »…

Comment avais-je pu oublier ? Plus exactement, comment le souvenir avait-il pu devenir si ténu, dans un brouillard épais de ces épisodes de vie que l'on finit par ranger dans une arrière-cour de la mémoire.

C'était au Centre de rééducation, dans ma jeunesse, après mon accident de santé. J'étais là sans doute depuis un an ou un an et demi. On préparait des spectacles ou des animations.
L'éducateur chef (quel privilège quand on était choisi par lui), m'avait déjà repéré pour la chorale dont j'étais devenu le soliste. Je n'étais pas peu fier. Sans pour autant en tirer vanité. Après tout, à l'école où j'étais avant je faisais partie de la chorale de l'établissement, après une sélection serrée.

Mais ce n'est pas de cela dont je vais parler.
Cette fois il s'agissait d'un enregistrement magnétophone, sous forme d'un montage un peu du genre pièce de théâtre enregistré. Le but était de raconter aux autres enfants du Centre, une sorte d'histoire fantastique sur la base de « Une nuit sur le mont Chauve ». Dans l'histoire l'éducateur chef s'appelait « Monsieur Jean », c'était son vrai prénom. Mais nous ne l'appelions que par son nom de famille. Privilège de chef !
 Il m'avait choisi à la fois parce que ma voix « passait bien au magnétophone » et pour élaborer avec lui histoire, même s'il en avait écrit les quatre cinquièmes ! Il voulait mon avis, que je construise moi-même mes répliques.J'étais « Petit Pierre » qui allait faire des découvertes étonnantes et fantastiques avec « Monsieur Jean », en allant jusqu'au sommet du mont Chauve.
Les séances d'enregistrement s'étalaient environ sur deux mois, par petites séquences, parce que, dans le Centre, on n'a pas que cela à faire… ! D'ailleurs on appelait parfois l'éducateur chef en plein enregistrement. Il pestait.
— Je reviens vite me disait-il…
Nous ne devions pas avoir la même notion de « vite »…

Finalement, l'enregistrement ne fut jamais diffusé à personne. C'était en attente de le « caser » dans une fête du Centre… cela ne se fit pas. Tant pis.  Aujourd'hui je regrette de ne pas avoir osé demander une copie de la bande magnétique. Enfin, je crois même que je n'y ai pas pensé…

Mais là n'est pas l'essentiel. L'essentiel est tout ce que j'ai vécu avec cet homme, que j'aimais beaucoup d'ailleurs, même s'il était très exigeant et pas tous les jours très commode. Mais bon, il faut dire que nous étions une bande d'ados, pas forcément très faciles à manager…

L'essentiel fut la considération qu'il eut pour moi. Bien sûr j'étais un jeune garçonnet, mais il me considérait « en futur adulte », il a concouru à ce que je grandisse intérieurement, sans que j'en ai conscience à l'époque bien évidemment. J'étais surtout heureux de ce que nous faisions et que je prenais très au sérieux. Lui aussi. Combien de fois avons-nous repris l'enregistrement parce que mon ton n'était pas assez ceci, ou trop cela. Mais c'était toujours une manière positive de dire les choses. Ça me changeait des parents qui sans cesse m'engueulaient pour des bricoles ! Ils ne me considéraient que comme un « gosse » dans le meilleur des cas, et plus généralement comme un « sale gosse » !

Monsieur Jean M. vous auriez mérité une lettre dans mon livre « Le passage se crée » parce que vous avez fait émerger en moi des aptitudes que vous perceviez, dans le jeune que j'étais. 
Il faut en effet ajouter que, par ailleurs, nous étions quelques-uns dans le « Club photo » que vous aviez fondé au Centre : prise de vues, développement, théorie, cours de chimie aussi, recherche artistique et  technique. C'est vous qui m'avez donné la passion de la photo, qui m'anime encore quelque peu, même si c'est devenu plus secondaire à présent.
Vous n'êtes certainement plus de ce monde. Sinon vous seriez largement centenaire.

J'avais quasiment oublié ce projet d'histoire fantastique sur une musique… et en tout cas ce souvenir n'avait pas l'intensité de surgissement ressenti  il y a quelques heures.


Ils sont si nombreux tous ces gens que j'aurais dû mieux gratifier…



31 commentaires:

  1. J’adore cette relation à cet homme et comment elle est amenée.
    Nous sommes décidément faits de ceux quenl’int a admirés, de ces gens importants dans notre chemin de vie.

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    1. Les gens importants sur notre chemin sont essentiels.
      Et toi-même tu es une femme importante qui le demeurera longtemps pour ceux que tu accueilles.

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  2. Anonyme6/3/19

    Quel merveilleux texte.
    S'il pouvait le lire, je suis certaine que Monsieur Jean dirait la même chose.
    Mme Chapeau

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    1. J'ai quitté ce Centre après trois ans, au moment des grandes vacances. Moi et quelques autres qui ne reviendraient pas, on n'avait qu'une hâte, tourner le dos définitivement à cet établissement. C'était bien normal.
      Nous avons dit des « au revoir » qu'on espérait des adieux définitifs.
      Il n'aurait pu être question de « se revoir » un jour…
      Ne nous disait-on pas qu'il fallait tourner la page et « repartir dans la vie » ?
      Alors, si cela avait sa légitimité, je regrette, Monsieur Jean, d'avoir tellement tardé à manifester ma gratitude.

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  3. Les souvenirs que tu évoques sont très émouvants. Avoir eu dans sa jeunesse, un "guide", un mentor, qui vous a compris et qui vous montre le chemin, est une chose dont on se rappelle toute sa vie.
    J'ai eu une prof de français au collège qui pour moi, a eu un peu ce rôle.

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    1. En effet, « adieu Monsieur le professeur, on ne vous oubliera jamais», ce refrain de chanson à toute sa valeur…
      Mesurons nos chances !
      Merci de ton commentaire.

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  4. merci cher Alain pour ces mots de gratitude envers cet éducateur chef qui t'a pris au sérieux, qui t'a encouragé à donner le meilleur de toi-même
    C'est un texte fort qui fait du bien à celui/celle qui le lit.
    Du coup on pense à quelqu'un qui a rempli ce rôle pour nous autrefois, et cela fait un "double bien"

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    1. Voilà une belle chose que « ce double bien » que tu évoques.
      C'est tout à fait ça.
      L'évocation du bien, fais-le bien. Je n'ai pas écrit pour cela, mais je le constate. Merci pour tes mots.

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  5. Un très beau texte vibrant pour Monsieur Jean. Tiens, j'essuie une larme d'émotion. Il y a tellement de "personnes-phrare" qui existent et qui brillent pour nous éclairer dans nos obscurités. Bises alpines.

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    1. Tu as raison, ce n'est pas sans émotion que nous les évoquons, ces personnes qui avaient tellement d'humanité en eux.

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  6. J'aime beaucoup ton billet car je sais combien il t'apporte de ce que tu avais oublié avoir reçu, et ceci à un âge où ça te touche encore plus, un toucher posthume car oui, le brave homme n'est sans doute plus de ce monde, mais voilà qu'il t'a laissé le sentiment de dignité, de "peut y arriver", de doué. Et son toucher posthume est donc encore et toujours sur ton épaule...

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    1. « Et son toucher posthume est donc encore et toujours sur ton épaule... »
      tu ne peux savoir à quel point cette phrase de ton commentaire me touche profondément !

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  7. Bel hommage à Mr Jean.
    Il me semble que ce n'est pas la première fois que tu écris sur lui... je me trompe ?
    Bonne journée

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    1. Tu as meilleure mémoire que moi.
      J'ai en effet retrouvé que j'avais parlé du club photo de ce Centre de rééducation en avril 2017…

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    2. Je ne commente pas souvent mais je lis attentivement.

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  8. C'est une belle histoire écrite avec plein de sensibilité. On rencontre parfois des êtres comme Monsieur Jean. Des êtres se mettent sur notre chemin pour illuminer notre vie. Il ne faut pas louper de telles rencontres.

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    1. Oui, tu as raison.
      La difficulté est que parfois on passe quelque peu à côté, ou plus exactement c'est parfois longtemps après qu'on réalise l'apport qu'ils ont été pour nous.

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  9. Charlotte8/3/19

    Quel beau souvenir que celui qui te revient en mémoire... Merci de nous le partager

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  10. Lors de notre enfance ou adolescence, et même plus tard à l'âge adulte, il y a des personnes qui ont été des moteurs pour notre épanouissement et notre développement, des personnes qui nous ont poussés, encouragés, qui nous ont fait confiance. Je n'ai pas connu de M. Jean, mais une Mlle Valin, qui m'a donné le goût de la lecture et de l'écriture.
    Merci pour ce partage, Alain. Bonne soirée.

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    1. Merci de citer la personne qui fut importante pour toi. C'est une belle manière de lui rendre hommage.
      Et puis l'écriture et la lecture… c'est tellement source de grande joie !
      Bon week-end à toi, chère Françoise !

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  11. C'est très émouvant les hommages de l'enfance à des êtres qui l'ont marquée.
    J'avais en mon temps, écrit moi aussi une lettre à ma prof de français du lycée, celle par qui tout est arrivé...
    Quant à tes talents ils ne font aucun doute. tu es un être bourré de talent, Alain.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. J'ai été relire ce billet. Il m'a rappelé ce temps où tu exerçais et la manière dont tu partageais certaines expériences d'enseignante, me montrait à quel point les élèves passé(e)s par ta classe avaient eu de la chance…
      Quant à mes talents, j'en ai quelques-uns, comme tout un chacun. Bourré ? Je ne sais pas… il faut dire qu'il y a longtemps que je ne dépasse plus la dose prescrite de whisky !
      ;-)
      Merci de ta visite, toi qui en as énormément, des talents !

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  12. En fait, nous sommes tellement redevables. Et souvent, nous ne savons pas exprimer notre reconnaissance. Nous sommes tous liés, d'une façon ou d'une autre, notre humanité commune nous lie. Celui qui sait toucher généreusement la corde sensible de l'autre l'inscrit dans l'éternité. Je crois que c'est tout simplement ça, l'Amour avec un grand A.

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    1. C'est exactement ça, Sandrine.
      Et j'aime énormément cette phrase, que je me plais à recopier.
      «Celui qui sait toucher généreusement la corde sensible de l'autre l'inscrit dans l'éternité. »
      l'amour : une grande aventure de reconnaissance ! J'aime beaucoup !

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  13. Anonyme10/3/19

    C'est un très beau texte, nécessaire, et pourtant nous oublions si
    souvent d'exprimer notre gratitude! C'est comme s'il fallait attendre de
    se trouver sur l'autre versant de la vie pour comprendre l'importance de
    ceux qui nous ont fait avancer, qui ont ajouté leur pierre à l'édifice
    en construction.
    Merci pour monsieur Jean et pour toutes les personnes qui nous ont aidés
    sur le chemin de la vie.

    Nicole GIROUX http://nicole-giroud.fr
    (via AlainX)

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    1. En effet, je suis toujours frappé sur les reportages ou articles après le décès d'une personnalité, internationale ou locale, que, de son vivant, on a critiqué de toutes parts ; voici quelle est morte, et automatiquement c'est une personne méritoire.
      Comme chantait Brassens : « les morts sont toutes ces braves types ».
      Dommage qu'il faille qu'ils s'en aillent pour s'en apercevoir…

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  14. Anonyme10/3/19

    Ces personnes qui ont "tellement d'humanité en eux" sont des miroirs dans lesquels notre propre beauté nous est reflétée, et c'est comme ça qu'on commence à s'aimer soi-même. Il faut un miroir pour se voir soi-même... ainsi que pour voir son propre visage. Un Maître authentique est un fidèle miroir, un faux maître est un miroir déformant. kéa

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    1. J'aime bien ton commentaire. Il est très juste.
      C'est une chance d'avoir quelques maitres authentiques dans sa jeunesse, à l'âge où on commence à s'intéresser à son propre miroir.
      Adulte, la recherche d'un maître « pour le temps présent » grâce à l'expérience que l'on a acquise, permet (pas toujours !), D'éviter de se faire avoir par des miroirs déformant…
      Merci de ton passage, kéa, toujours apprécié…

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  15. Ton texte est émouvant ! Je ne crois pas avoir de souvenir d'un "monsieur Jean" ou d'une "mademoiselle Jeanne", pourtant, je suis sûr d'en avoir croisé.
    A la réflexion, peut-être bien une mademoiselle G......, prof d'Espagnol. Dans un cour, j'ai compris une ou deux choses que seul une "sensibilité" particulière permettait de comprendre (même en espagnol). Je m'en suis rendu compte, là. J'étais assez fier de moi, je crois que je fus le seul garçon à avoir compris "le truc".
    En plus, il fallait s'exprimer en iber, hic !

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    1. Bienvenue Mademoiselle G. au Panthéon de celles que qui nous aide à découvrir une certaine fierté d'être. Fierté légitime. Je suis sûr qu'il faut un certain regard pour que cela fonctionne. Cette femme l'avait certainement.
      Cela m'a rappelé mon prof d'espagnol — réfugié politique — qui nous a transmis son amour de l'Espagne avec ferveur. Au-delà de nous apprendre le catalan officiel, il nous montrait ce que pouvait être « l'amour de sa patrie », qui n'a rien à voir avec le chauvinisme, nous qui étions à l'âge imbécile ou on se moque de tout cela !

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