J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 20 mai 2019

J'embauche chez Lakevio





La consigne du lundi (Lakevio



Les mots de la mémoire 
ou de l'avenir



je vous propose d'écrire à propos d'un des jeunes hommes peints par Michael Carson.





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Cela fait déjà pas mal de temps que je suis chargé de recruter le personnel masculin pour l'usine de fabrication de machine à laver les lessiveuses, qui est en pleine expansion depuis le boom économique de la libération de la femme.

Ce sont des travaux répétitifs et fastidieux sur les chaînes de montage. Pour autant une « formation maison » est absolument indispensable. Le patron ne veut pas investir cette formation sur du personnel qui se montrerait versatile, et profiterait de la moindre occasion pour aller gagner plus ailleurs.

Au début, lorsque je les recevais, ils se montraient sous leur plus belle apparence, polis et souriants, enfin bref, toutes les bonnes attitudes pour pouvoir se faire embaucher et être bien payés. Malheureusement, une fois formés et dans la place, chez certains, le naturel revenait au galop. Ils n'étaient pas vraiment à la hauteur et le patron exigeait qu'ils soient virés. Et moi je me faisais engueuler.

C'est pour cela que j'ai fait installer dans la salle d'attente attenante à mon bureau un petit œilleton dans le mur, quasiment invisible car bien dissimulé dans la tapisserie, qui me permet d'examiner le gars et ses attitudes avant de le faire entrer dans mon bureau. Je me fais ainsi une pré-opinion.

Me voici donc en train de reluquer le dénommé Raoul Dupignon. Il est assis sur la chaise, bras croisés, jambes écartées. Il a mit ses habits du dimanche, pantalon sombre et veste claire, chemise blanche à cravate noire. Jusque-là c'est correct. Quoique, les jambes écartées c'est pas bon signe. Le genre de mec qui veut montrer « qu'il en a » et qu'avec lui on va voir ce qu'on va voir. Il suffit de regarder son visage pour confirmer l'impression. Ce type ne me plaît pas du tout. Il arbore la tête du mec qui va chercher les embrouilles,  attirer des ennuis. Le genre qui ne supporte pas l'autorité et encore moins les remontrances. Je l'imagine déjà en train de monter le personnel de l'atelier contre la direction et pourquoi pas de fonder une section syndicale.
Mon petit gars, ça va être vite réglé : dans un quart d'heure le dossier est classé !

Lorsque je le fais entrer dans mon bureau, il exhibe un sourire éclatant sur des dents d'une blancheur étincelante. Il se montre affable, presque obséquieux et pose beaucoup de questions sur l'organisation de l'usine. Je lui réponds de manière très générale, mais il insiste. Il finit par obtenir des réponses que je n'avais nullement l'intention de lui donner au départ.
Véritablement un drôle de type. Mais à peine est-il sorti de mon bureau que je déchire le dossier. Direction la corbeille à papiers.

*

48 heures plus tard le Grand patron me convoque.
— Alors ? Que pensez-vous de Raoul Dupignon  ?
— Qui ça ?
— Raoul Dupignon  ! Le jeune homme que vous avez reçu il y a deux jours. Vous n'avez quand même pas oublié !
— C'est-à-dire que je reçois beaucoup de candidats à l'embauche, et ceux qui ne sont pas retenus, je les oublie assez vite… sinon ma mémoire serait saturée !
Et à la fin de ma réponse je le gratifie d'un grand sourire.

— Comment ça un candidat à l'embauche ? Raoul Dupignon  est le fils aîné du géant de l'automobile. Notre futur associé qui nous apporte des capitaux conséquents pour le développement de l'usine ! Il est venu vous voir à ma demande pour que vous répondiez à toutes les questions qu'il vous posera. Vous vous souvenez quand même ? Ou alors, mon cher Leglouton, vous commencez sérieusement à sucrer les fraises !

*

Je dois dire que mon travail me plaisait énormément, et que me retrouver du jour au lendemain au chômage m'est plutôt difficile à supporter. Un collègue m'a dit ce midi que Raoul Dupignon  me considérait comme un chef du personnel  incompétent et qu'en plus j'avais une tête qui ne lui revenait pas.
C'est un peu dur à avaler.


23 commentaires:

  1. Le vireur viré, le scanneur scanné quoi... Bien joué ("Callaghan", comme disait un de mes amis, Bien joué, Callaghan, je ne sais d'où ça sortait, sans doute un fil noir américain...)

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    1. Merci d'avoir apprécié cette version contemporaine de l'arroseur arrosé !
      « Bien joué Callaghan », cela semble venir de l'œuvre de Peter Sheyney et de son détective privé Slim Callaghan dans ses romans policiers.
      Ça me rappelle, pour ceux des générations du noir et blanc à la télé, « les cinq dernières minutes » avec l'inspecteur Bourrel (Raymond Souplex) et son fameux : « bon sang ! Mais c'est bien sûr ! »

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  2. On ne parle jamais assez de la cruauté du boomerang...

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  3. Lol. Le comble pour M. Leglouton, que ce soit dur à avaler. :-)) Bises alpines.

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  4. Le DRH va passer à la machine à laver les lessiveuses, bien fait pour lui ! En même temps, il pourra tester l'efficacité de sa fabrication !

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    1. Je n'avais pas pensé à ce bénéfice secondaire en terme de test !
      Bien vu !
      :-)

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  5. Excellent ! Le vireur qui vire à son tour. DRH, quel métier !...

    Bonne soirée, Alain, après ce divertissement.

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    1. « Tel est viré qui ne voulait pas prendre »…

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  6. Comme quoi, ce monsieur Glouton n'a pas été très intuitif... tant pis pour lui. :-)

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    1. Et ne pas être intuitif, pour un DRH… c'est pas terrible, terrible… !

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  7. fameux retour de manivelle!
    comme quoi, rien de plus difficile que de plaire à un patron ;-)

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    1. Et de déplaire à un apporteur de capitaux, ça va pas le faire non plus…

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  8. Au moins, ils étaient d'accord sur un point, ils ne s'aimaient pas.

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    1. Comme chantaait Brassens : il n'était plus d'accord que sur un seul point, la rupture

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  9. Pauvre monsieur Leglouton... qui pensait tout avaler !?
    Quel monde impitoyable !

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    1. Leglouton ! Avaler ! … tu me fais rire… !

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    2. Et... homme qui rit... oups pardon :-)

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  10. A moi non plus il ne plaît pas j'avoue !
    Mais l'histoire oui, et aussi la trouvaille de la machine à laver les lessiveuses. Et j'imagine Monsieur Leglouton en train de scotcher les pages du dossier, ça me fait sourire...

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    1. C'est vrai que le personnage n'était pas très avenant…
      j'ai toutefois essayé d'inventer une histoire à rebondissements
      content de t'avoir fait sourire…

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  11. Bienvenue dans le délicieux monde du travail, de l'entreprise et de la grande humanité de l'ultralibéralisme...
    C'est bien vu, comme toujours
    Bises mon babar
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  12. J'avais voulu mettre un commentaire lorsque j'ai lu ce texte. et puis, et puis… Google n'était plus mon ami. A présent tout va bien. Il m'avait bien plu aussi, ce texte. Dommage, une réaction "à chaud" aurait été mieux...

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