J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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jeudi 19 septembre 2019

Bilan estival


Les années précédentes, j'avais pris pour (mauvaise ?) habitude d'écrire un certain nombre de « Chroniques estivales ». Cette année elles se sont comptées sur les doigts d'un amputé de la main
il faut dire que je n'ai pas le sentiment d'avoir eu « un été ». La plupart des projets sont tombés à l'eau, ou transformés en vapeur, quand ils n'ont pas explosé en vol. J'ai traversé des journées difficiles, car il n'est pas si simple d'apprivoiser la réalité quand elle se fait rebelle à ce que l'on voudrait qu'elle soit. Ce ne fut pas non plus catastrophique, loin de là. J'ai connu bien pire que des vacances gâchées.
Le plus délicat est sans doute d'accepter ce que je considère comme une « perte de temps », d'autant plus que j'arrive à un âge où il y a plus en arrière que devant. Le terne n'est pas dramatique. Il est simplement terne.

Mes problèmes de Zhandi ayant partiellement trouvé une solution, nous sommes partis une semaine à l'hôtel dans les Côtes-d'Armor. Une sorte de « village balnéaire » quasiment déserté en septembre. Le top pour moi ! (On ne pouvait s'empêcher de fredonner « hors saison » de Cabrel). Cela ne rattrape rien, mais ce fut intense en émotions de toutes sortes, et rencontres comme on peut-on faire en vacances, au bar de l'hôtel ou dans un petit resto. Un couple d'amis ( parisiens devenus bretons ) est venu nous rejoindre 48 heures. Que du bonheur, autant de rires que d'échanges profonds. Mon ami D. Se bat contre un cancer métastasé dont chacun sait que ce dernier sera vainqueur. Sur la route du retour, avec ma compagne de vie, on se demandait si c'était la dernière fois que l'on riait ensemble…

je suis rentré physiquement fatigué et intérieurement paisible. Cette paix intérieure m'a étonné cependant. Les heures de voiture, l'absence de mes repères habituels qui ne facilitent pas ma recherche d'équilibre quand je marche encore quelque peu, en particulier dans la chambre d'hôtel. De tout cela j'ai plus ou moins l'habitude. Mais la fatigue s'accroît d'année en année. Normal. La vieillesse est là. Un Zandy de mon espèce doit ajouter 10 ans à son âge d'État civil. Parfois cela peut particulièrement m'énerver et ma brave compagne, compréhensive, subit quand même quelques retombées atomiques. Mais rien de cela cette année et pourtant la fatigue fut vraiment bien plus présente. Comme s'il y avait toujours des ressources cachées prêtes à bondir.
Parfois je me dis que dans ce genre de circonstances je suis peut-être comme un athlète dit de « haut niveau » qui puise en lui au moment des compétitions une puissance énergétique spécifique.
Cette semaine en Bretagne était pour moi importante à plus d'un titre. Il en était de même pour mon ami D. Combien de fois nous l'avons évoquée dans les semaines précédentes au téléphone. Un peu comme si chacun pressentait, sans l'exprimer clairement, qu'il n'y en aurait pas encore des tonnes dans l'avenir…

il y a parfois un niveau de profondeur où les mots deviennent totalement inutiles à exprimer et comprendre. Les gestes et le regard parlent clairement.

33 commentaires:

  1. Ta conclusion résume tout: La présence d'un ami dans les moments difficiles est importante, le rire pour repousser les angoisses et les yeux qui parlent. C'est tout aussi important, si non plus, que tous ces mots qui souvent ne veulent rien dire. Quant à cette fatigue, les émotions n'y sont sans doute pas étrangères non plus. Mais les vacances ont été belles et intenses. Bises alpines et bel automne dans la sérénité.

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    1. Oui, c'est très juste ce que tu dis. En y repensant je pense qu'il n'y a pas eu de ces « mots qui ne veulent rien dire ». Ce fut sans doute le contraire. Chaque mot signifiait. Les silences étaient éloquents. Nous avions sans doute l'allure de vieilles connaissances qui se donnaient du bon temps. L'impression devait être que nous coulions des jours heureux, sans nuage. D'autant que le ciel était bleu. Ce n'est pas faux d'ailleurs. Car ce furent des instants heureux comme il en traverse parfois au cœur de l'épreuve.
      Merci pour ce commentaire et tes souhaits de sérénité.

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  2. Des instants vrais où il est impossible de tricher. Tout le suc de la vie est dans cette réalité brute. Quoiqu'il advienne, ne doutons jamais que cette vie a du sens et qu'elle continuera toujours, sous d'autres modalités. C'est ma seule et unique certitude.

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    1. J'aime beaucoup ton commentaire. Je crois d'ailleurs qu'il n'y a jamais eu de tricherie entre nous. Depuis environ 55 ans que nous nous connaissons. L'éventualité d'une vie qui se poursuit d'une autre manière, nous l'avons souvent abordée au temps de nos « bonnes santés » (si je puis dire ainsi). Pas d'une manière intellectuelle philosophique ou religieuse (encore que), mais surtout à partir de nos convictions intimes personnelles. Là est l'essentiel.
      Et l'unique certitude que tu évoques, je la partage. Je rabâche si souvent que les relations sont éternelles…

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  3. certaines occasions concentrent ce qu'il y a d'important dans cette vie qui n'est jamais qu'un soupir entre deux néants

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    1. Je partage pleinement le début de ta phrase. Je m'interroge sur sa finale, le « entre deux néants ». Peut-être une question de frontière de perception…

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  4. Un beau texte, aux mots simples et foudroyants. Il parle de la vie, de la vraie vie qu'on n'est amenés à sentir et à apprécier que dans des moments forts (qu'il est difficile au quotidien d'être présents et conscients de tout ce qu'elle nous donne. Il faut souvent attendre une maladie, un passage difficile, un moment intense pour s'en rendre compte). Votre été, rempli de contrariétés, je crois qu'il s'est révélé être une superbe et difficile et prenante saison. Belle journée.
    PS : j'ai commenté deux fois déjà, mais... rien n'a été publié... aurais-je plus de chance aujourd'hui!

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    1. Vous percevez très bien ce qu'il en fut pour moi de cette saison, on a parfois le sentiment d'approcher des rives du Styx alors qu'on préférerait la douceur des bords de Loire.
      Et puis l'on finit par se retrouver sur un banc dominant une petite crique bretonne, où l'essentiel rapproche et unifie au crépuscule d'une vie qui n'est qu'annonce de renaissances.

      Désolé pour vos tentatives de commentaires qui ont échoué. Même si nous sommes sur la même plate-forme de blog, ça dysfonctionne lamentablement…
      (j'ai regardé dans les spams, mais rien vous concernant)

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  5. Comme je comprends ce que tu écris. Pas besoin de mot, une présence simplement….Et puis le temps qui passe. On vieillit, nos moyens diminuent inexorablement même si , dans la tête, on est encore jeune. J'ai senti particulièrement ce vieillissement chez moi cette année. ça m'a fichu un petit coup au moral !! La vie m'est de plus en plus précieuse !!

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    1. Comme tu comprends mon texte, je comprends ton commentaire, puisque tu as parlé de ce que tu as eu à traverser.
      Est-il possible de constater son vieillissement sans en ressentir un petit coup au moral ? Je serais curieux de savoir qui traverse tout cela allègrement…
      Raison de plus pour goûter l'intensité du présent.

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    2. Je me le dis souvent: Arrête de penser et vis l'instant présent !!

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  6. Je ne sais toujours pas pourquoi l'essentiel prend sa puissance quand il est suggéré plutôt que démontré... Mais tu sais admirablement dire combien la vie parle en silence. Ce texte est important, d'une pudeur touchante et d'une lucidité extrême, semé de mots simples et sincères, il nous dit la réalité de la vie, le courage et le ressort nécessaires au quotidien quand il est tout sauf ordinaire, et la force de l'amitié.
    Merci
    Je t'embrasse

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    1. Merci à toi pour ce beau commentaire qui me touche. J'ai écrit spontanément, comme je le fais toujours, ne corrigeant que très rarement et très peu mes textes.
      Peut-être que c'est ainsi que peut s'exprimer une sincérité, parce que rien n'est « fabriqué » ? Je ne sais.
      Quand j'animais des stages, répondant à des questions, j'exprimais ce qui me venait spontanément. Parfois un participant me demandait si je pouvais répéter parce que cela semblait aussi important pour lui. Je répondais que j'en étais incapable. Ce qui était sorti de moi une fois, le ressortir une seconde fois ne m'était pas accessible. Je ne mémorisais pas ce que je disais. C'était une parole exprimée « en direct ». Incapable d'une rediffusion.
      J'ai toujours été étonné lorsqu'on me reflétait que j'avais (parfois) une parole forte. Je me demande si ce n'est pas parce que j'exprimais en quelque sorte « mon propre vivant ».

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  7. même tronquées, tes vacances ont été riches. Riches de rencontres profondes et de rires
    Parce que tu es en contact avec ta profondeur, tu peux te permettre d'écrire "spontanément" et ta parole en ressort forte et paisible
    Cela me frappe beaucoup!
    Merci pour ce beau billet

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    1. Sans vouloir être savant je dirais que j'écris (ou parle) en contact avec ce que je pense être l'objectivité de mon être corporé à l'instant où il s'exprime. C'est différent lorsque j'écris un texte de fiction ou lorsque je développe une idée, une pensée, une opinion, même si c'est toujours à partir de moi-même que je m'exprime, ce n'est pas tout à fait « du même endroit ».
      C'est encore différent lorsque je travaille à un projet avec d'autres personnes ayant un objectif commun je suis alors au service d'un but à atteindre.
      C'est alors la centration sur le bien commun qui m'anime. Ce qui suppose de donner un avis personnel sans volonté de l'imposer. J'avoue que j'ai mis du temps à entrer dans cette forme d'humilité. Il faut dire que j'aimais beaucoup convaincre, orgueil qui se dissout peu à peu. Enfin j'espère !

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  8. Je me souviens que tu avais dû repousser cette visite et que tu en avais été contrarié. Lorsque tu as écrit que tu allais en Bretagne en septembre, j'ai été heureuse pour toi, pour lui, j'ai pensé : ils vont pouvoir se rencontrer, échanger, partager. Et c'est ce qui s'est passé. On ne sait jamais si l'on reverra la personne ou non. Elle peut partir du jour au lendemain, c'est pour cela que chaque instant qui nous est donné de passer avec cette personne, est infiniment précieuse.
    Je t'embrasse, Alain.

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    1. infiniment précieux.

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    2. Tu as raison quant à l'autre qui peut disparaître à tout moment. Je pense souvent à cela vis-à-vis de mes proches, tout en me disant : mais non, cela ne sera pas !. (Au sens c'est moi qui partirais d'abord…)
      Mais lorsqu'on sait qu'il y a une échéance à moyen terme parce que certains cancers ne connaissent pas de rémission, c'est quand même un peu différent. La plus grande conscience fait la plus grande intensité.
      Merci pour ce commentaire qui amène à voir plus large.
      Moi aussi je t'embrasse bien.

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    3. Sur ta rectification orthographique, je garde les deux :
      l'instant infiniment précieux et la personne infiniment précieuse.
      :)

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    4. Oui, Alain, c'est un peu différent, je vis également cela avec ma belle-soeur.
      Pour l'orthographe, tu as raison ! :-)
      Belle journée à toi.

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  9. Comme Françoise je me souvenais très bien que tu avais dû annuler ton premier séjour en Bretagne. Je suis heureuse pour toi et pour vous qu'il ait malgré tout pu se faire. Et je suis certaine que vous l'avez tous les deux parfaitement savouré, en silence ou avec des mots... Heureuse aussi que vous ayez pu rire encore...

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    1. Mon ami est reparti en meilleure forme physique et morale que lorsque je l'ai vu arriver en marchant lentement et quelque peu difficilement.
      Je crois que le rire a des vertus thérapeutiques…
      (et je ne pense pas ici à la connerie de la rirothérapie absurde…)

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  10. Votre texte est émouvant car, sans nulle doute, je peux y lire ce que je vivrai un jour - lequel je préfère ne pas le savoir - aussi.
    Cet athlète dit de « haut niveau » que vous évoquez, je lui dis merci et lui souhaite un bon entraînement ;)

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    1. Je ne puis que faire le vœu que vous n'ayez pas cela à vivre.
      Mais quoi qu'il en soit, par expérience, j'affirme que nous disposons de ressources insoupçonnées qui se manifestent en cas de nécessité.
      La vie est plus forte que tout. Définitivement.

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  11. Bilan d'émotions !
    Ta dernière phrase contient toute la puissance des mots que l'on n'exprime pas.
    Non pas que nous ne les ayons pas, mais la formulation en est difficile, voire impossible.

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    1. Nous ne parlons pas que par des mots.
      Même si les mots peuvent avoir une puissance bienfaisante.
      Il y a des gestes et des regards qui ont l'intensité d'une longue histoire partagée au long des années qui ont précédé l'instant.
      Je suis revenu avec cela.

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  12. Oui, les mots sont inutiles lorsque l'émotion submerge l’individu, lui bloque les mâchoires et accélère son pouls. A nos âges, nous devons croire aux vertus du plaisir (c'est du moins ce que je m'applique à faire)

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    1. Je suis certain que le plaisir et le désir accompagnent toute notre existence et jusqu'à son dernier souffle.
      J'en suis certain par témoignage de personnes et par expérience personnelle.

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  13. Anonyme23/9/19

    La vie ça se savoure jusqu'à la dernière minute, un peu comme un bon repas, parfois plus savoureux vers la fin qu'au début. La preuve, mon copain garde toujours les meilleures bouchées pour la fin. Ton ami ne semble pas se laisser engloutir par l'angoisse, cela demande du courage... venant sans doute d'une compréhension du sens de sa vie. Ils sont précieux ces moments que vous avez vécus. kéa

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    1. Ma réponse au commentaire précédent fut écrite avant d'avoir lu le tien. Tu confirmes en quelque sorte. Mon ami m'a donné une fois de plus une leçon de vie. Un peu comme l'apprenti reçoit d'un maître par l'expérience concrète. Je sais qu'il y a cette réciprocité dans notre relation. En réalité c'est cela sans doute l'amitié, chacun apporte à l'autre, par qui il est et par la relation, ce qui lui est bénéfique pour la poursuite de son existence.

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  14. Très "joli" compte-rendu. La justesse de ce billet ne saurait laisser indifférent. Mais j'hésite encore entre mélancolie, presque tristesse, et un sentiment serein, presque souriant... sacrée vague.

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    1. Je te suggère d'opter pour le sentiment serein.
      C'est plutôt dans ce sentiment intérieur que l'été se termine pour moi.
      Les vagues passent, elles donnent parfois le tournis, mais au final la barquette que je suis tient toujours bon le vent…

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    2. C'est l'essentiel et tout ce que je vous souhaite, de toute coeur. Douce fin de journée Alainx.

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