J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 2 septembre 2019

La dame du train




Je suis entre deux voyages.
En transit chez les ch'tis, avant de partir en Bretagne du Nord.
J'en profite pour faire


-o0o-





La dame du train

Il y avait de quoi se poser des questions. Ce n'était pas pourtant dans les habitudes d'Annabelle de se triturer l'esprit. Depuis qu'elle portait le deuil de son défunt mari, qui avait eu la bonne idée de voyager jusqu'à trépas, elle se sentait libérée, et avait plutôt l'âme frivole. Certes il convenait de se donner une contenance sérieuse pendant encore cinq à six mois par respect des conventions du deuil auxquelles sa famille et son entourage était excessivement attachés. Mais dans le fond de son âme c'était plus proche de la fiesta que de l'enterrement de première classe.

Jusqu'à ce qu'elle reçoive cette documentation aussi abondante qu'anonyme quant à sa provenance. La grosse enveloppe avait été déposée dans sa boîte aux lettres. En première page une lettre manuscrite d'une écriture à l'anglaise avec des pleins et des déliés.
« Madame,
Nos sincères condoléances pour le décès de votre époux.
Veuillez consulter les documents ci-joints très attentivement.
Après lecture, vous comprendrez qu'il est impératif de vous présenter à la date indiquée au bar de « l'hôtel la victoire » au Touquet Paris plage, à midi précisément
avec nos respectueuses salutations »
s'ensuivait une signature illisible.

Annabelle relisait dans le train une nouvelle fois ces extraordinaires documents. Et le mot extraordinaire était faible. C'était proprement incroyable pour ne pas dire incompréhensible.
Elle allait de découverte en découverte à propos de ce mari défunt. Qui aurait pu penser que cet homme tiré à quatre épingles de jour comme de nuit, à la moustache élégante, aux lunettes d'écaille et au charme indéniable, avait pu être à l'origine de tout ce qu'elle avait désormais sous les yeux.

Annabelle tenait entre les mains de quoi révolutionner la planète. Rien que ça. Certes elle ne comprenait pas tous ces éléments beaucoup trop techniques qui étaient exposés avec minutie, mais enfin la conclusion apparaissait claire.
Elle songea : — Bien trop claire !…Et il s'en fut de peu qu'elle ne pensa… pour être honnête !.

À la gare d'Etapes le-Touquet, elle prit un taxi jusqu'à l'hôtel où elle arriva près d'une heure à l'avance. Au bar, elle commanda un Guignolet kirsch pour se donner du courage. Elle ne pouvait détacher son regard de la porte tambour, se demandant si chaque personne qui entrait n'était pas son interlocuteur. Annabelle regardait sa montre fréquemment avec impatience. Midi sonnèrent et son cœur palpita. C'est vers 13 heures que l'angoisse mit à monter, d'autant que le serveur lui demandait pour l'énième fois si elle reprenait quelque chose ou si elle voulait déjeuner.
Non merci, j'attends quelqu'un ! S'excusait-elle à la chaque fois.

À 14 heures il fallut se rendre à l'évidence : on appelait cela un lapin !


Annabelle rentra par le train de nuit. Furieuse. Comment avait-elle pu ainsi se laisser berner ! ? Quel était l'imbécile qui lui avait fait cette très mauvaise plaisanterie ?
Le cousin Rodolphe ! C'était clair, cela ne pouvait être qu'un coup du cousin Rodolphe ! Il allait voir ce qu'il allait voir.… D'ailleurs elle n'allait pas tarder à se rendra chez lui. Cette attitude était honteuse !

***

Annabelle ne s'était toujours pas rendue chez le cousin Rodolphe. Elle hésitait. Après tout quelles preuves avait-elle.
Elle s'installa au salon pour boire son thé et lire « La Petite Gazette Parisienne Illustrée » du jour. C'est ainsi qu'elle apprit qu'un homme avait été retrouvé poignardé entre les omoplates et que du sang s'était répandu de la salle de bains jusqu'au salon. Elle poussa un petit cri suraigu et faillit s'étrangler dans son thé. 
Cousin Rodolphe !

***
Plus tard ma mère me raconta qu'Annabelle s'était suicidée dans d'étranges circonstances qu'elle n'a pas voulu me détailler.
On aurait retrouvé dans le feu de la cheminée d'étranges documents aux trois quarts brûlés dont personne n'a pas vraiment réussi à déchiffrer le contenu.





30 commentaires:

  1. Qu'ils m'envoient les cendres, je vais les faire parler, j'ai fait un stage au KGB !

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  2. Mais que disaient ces étranges documents?
    Nous restons sur notre faim.
    A nous d'imaginer !!!!

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    1. Voilà : imaginer !
      Il faut quand même que le lecteur coopère !

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  3. Tu fais saisir exactement le sel de l'expression "rester sur sa faim" !
    Qu'y avait-il sur ces foutus documents ?

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    1. Je me demande moi-même ce qu'il en est de ces fameux documents.

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  4. C'est comme un roman policier où il manque les dernières pages.

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    1. J'aime beaucoup cette comparaison, chère amie.

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  5. Tu revisites la Veuve Joyeuse mais tu prends tes lecteurs pour des Dindons.
    On veut savoir ce qu'il y avait d'écrit !

    Bisous célestes
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Pour ce qui est de ses écrits, le Boss, dénommé Walrus, va bientôt nous éclairer…

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  6. Anonyme3/9/19

    Pas toujours bon d'être bénéficiaire d'un legs! ça peut donner droit à un suicide assisté ! Il y a aussi d'autres circonstances qui y donnent droit… comme le suicide assisté survenu au Metropolitan correctional center de New-York il y a peu de temps, dont on entend plus parler déjà. kéa

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    1. Je suppose que tu fais allusion à un certain Jeffrey.
      Le suicide assisté pour raison d'État : un bon sujet pour un thriller État-Zunien dans les années qui viennent…

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  7. Quel texte extraordinaire! Tu fais fort pour ta rentrée!
    Mais bon sang de bonsoir, que pouvaient bien dire ces documents? C'est rageant de ne pas savoir! ;-)

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    1. J'ignore si je fais fort, mais je me suis bien amusé à l'écrire.
      Figure toi que je voudrais bien moi aussi savoir ce qu'il en est de ces documents, mais, pour l'instant, mon imaginaire se refuse absolument à m'en dire plus.

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  8. Oui, là nous devons imaginer ce que ces documents pouvaient bien raconter. Revolutionner le monde. Oups. Les plans de Buckingham Palace et surtout des souterrains menant aux bordels avoisinants? Les papiers attestant de l'opération de Trump, né Antoinette, à savoir la greffe d'un pénis d'orang outang? Tout est permis!

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    1. Tu as l'imagination fertile, ce qui ne m'étonne pas de l'auteur prolifique que tu es.
      Je dois dire que la révélation proposée concernant Trump… me plaît tout à fait !

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  9. Charlotte3/9/19

    Je t'ai lu avec passion et tension ... Je voulais savoir et puis quoi rien je croyais que la suite devait être là un peu plus bas... Mais non, rien du tout, tu l'as fait exprès. De passionnée je suis devenue très énervée ! Dans quel état tu m'as plongée... Et tout çà pour me laisser sur ma faim....Fais plus jamais çà Alain.

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    1. Pour une fois que j'ai l'occasion de t'énerver !
      Je crois plutôt que je recommencerai !…
      ;-)

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  10. Tu fais bien des mystères, Alain...

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    1. L'art n'est-il pas une source permanente de mystères ?
      (Oui, bon, je sais, ce que je fais ce n'est pas de l'art…)
      ;-)

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  11. Très intriguant, ce récit.
    Comme on aurait aimé en apprendre plus...

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    1. C'est un peu comme les trucs à épisodes…
      l'un se termine sur une attente, et on attend le suivant pour savoir.
      Le suivant on en apprend un peu plus, parfois on est déçu (ah bon ce n'est que ça…) mais heureusement à la fin un nouveau suspense pour attendre l'épisode qui va venir… et ainsi de suite…
      ça peut marcher pendant des années… !

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  12. je ne pense pas quant à moi qu'il faut TOUT dire dans un texte c'est au lecteur à rêver à une explication possible
    et j'ai la mienne dont je ne vous dirai rien!!! (rires)

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    1. Coumarine, tu est une grande rêveuse !
      Alors ? C'est quoi ton explication ?
      Un truc croustillant au moins ?
      ;-)

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  13. Il n'y a pas à dire, tu maîtrises le cliffhanger! On a forcément envie d'une suite!
    De même tu manies à merveille le petit détail délicieusement suranné: la gare du Touquet, le Guignolet Kisrsch, la Gazette Parisienne, c'est topissime!
    ;-)

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    1. Que veux-tu ! On a l'âge de ses artères…
      ;-)
      Mais surtout merci pour les appréciations.

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  14. Bizarre que cette lettre ne fut pas signée (comme c'est souvent le cas) : "un ami qui vous veut du bien".
    Serait ce çà qui aurait aussi amené la Belle Anna à se suicider ?

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  15. ah ah, j'ai cru laisser un com, qui s'est envolé, en cendres peut être - super ton thrille

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