J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 9 septembre 2019

La femme en rouge





Le devoir de Lakevio du Goût, nous demande ce qui attirait de façon si vive l'attention de cette jeune femme.
Ma réponse est programmée pour lundi. Quand vous lirez ce texte je serai en Bretagne pour une semaine, et c'est de là-bas que je lirai vos commentaires sur mon petit Smartphone !


-o0o-





Pourquoi donc fallait-il qu'elle ramène toujours des types de ce genre chez elle chaque week-end ?
Quel genre ?
Le genre dont il vaudrait mieux se méfier. Y regarder à deux fois, ou même trois, et parfois plus que cela. Sauf qu'elle ne savait pas où il fallait regarder exactement. Le physique dans sa globalité ? Le détail qui attire ? La couleur des yeux ? La puissance du regard ? Les mains efféminées ou les grandes paluches ? Le renflement de la braguette ? Les épaules de catcheur à moins qu'elles ne soient tombantes ? Le crâne rasé ou la queue de cheval ? Et cette dernière devait-elle être haute sur le crâne avec un élastique, ou basse sur la nuque avec un catogan ?

En réalité, elle n'en savait rien. Ce n'était pas sa manière de fonctionner. Elle naviguait généralement à l'instinct, la pulsion du moment, le titillement dans le bas-ventre, ou la poitrine qui manifestait un besoin de caresses. Parfois la bouche, avide d'être prise.
Animale et sauvage, voilà qui elle était. 

Elle tenait cela de sa mère qui en avait dévoré des hommes, sous ses yeux, quand elle était petite.
— File dans ta chambre ! qu'elle lui criait si jamais elle entrebâillait la porte du salon, curieuse de découvrir ce qui s'y passait. Elle entrevoyait le dossier du sofa rouge. Un homme s'y était affalé en soupirant, et sa mère assise de côté lui prodiguait on ne savait pas vraiment quoi avec un sourire étrange.

*

Ce soir elle s'interrogeait à propos de cet homme qui regardait par la fenêtre, le verre  à whisky d'une main, une cigarette dans l'autre. Elle l'observait, dubitative. Qu'allait-il vouloir celui-là ? Serait-il comme tous les autres, sans originalité ?

Elle l'avait abordé tandis qu'il sirotait au zinc du « Bar des Loups ». Aussitôt ce léger tremblement, entra de sa poitrine Elle faisait toujours le premier mouvement, tout en craignant le refus, tant elle se sentait improbable et quelconque. Il avait souri. Tous les mêmes : d'abord un sourire. Et puis le regard qui va de haut en bas en vous déshabillant. Il a dû penser :
 — Pourquoi pas ? Puisqu'il n'a pas tardé à lui payer un verre.

*

L'homme s'est retourné, il a éteint sa cigarette et posé son verre.
— Tu te déshabilles ? Ou c'est moi qui dois le faire ?
Voilà. Cela allait se passer comme d'habitude. Et puis il partirait rapidement, à peine quelques mots entre excuses et remerciements.


Et déjà Jeanne se demandait ce qu'elle ferait le week-end suivant.

28 commentaires:

  1. Oh mais c'est triste, ce rituel de bar et de chambre! Finalement le suspens s'arrête au déshabillage, ensuite ce sera la même chose sans doute, avec les différences minimes logiques qui font que c'est toujours la même chose avec un tout petit reflet changeant!

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      En effet, c'est triste pour cette femme, enfermée dans des rituels plutôt mortifères. Ainsi en est-il de toutes les addictions.

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  2. Bonjour Alain, le temps que je relise le texte, Edmée a écrit son commentaire.
    Triste, je n'aurais pas utilisé ce mot trop doux, trop léger pour décrire ce qui doit se passer dans la tête de ton héroïne (et dans la tête de sa mère avant elle) pour qu'elle se "brade" à ce point.
    La solitude sans doute, la solitude lancinante, la désillusion aussi..
    Une fois, j'ai écrit un texte de ce genre, très logiquement appelé "Une seule nuit" :-)

    Joli texte en tout cas.

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      il y a sans doute dans la tête de cette femme une infinie détresse. Espérons qu'elle rencontrera un contexte lui permettant de retrouver son humanité première.

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  3. Franchement, au lieu de penser toujours aux hommes, elle ferait mieux de mettre un peu le nez dehors, de sortir de sa tanière, de s'aérer la tête (et accessoirement de se laver les cheveux). La pauvre sent tellement le renfermé!

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      sa tanière est comme ces cages où tournent sans fin des hamsters sans aller jamais nulle part.

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  4. Mon dieu, ce qu'elle doit s'emmerder cette femme !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Ah oui ! Ça c'est certain…

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  5. Qu'elle remplace le bar par la bibliothèque municipale !
    Evidemment, il y a toujours un risque : elle pourrait tomber sur Marcel !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Ou même le bar de la bibliothèque municipale, et peut-être que cette fois elle tombera sur Amélie N. Qui lui donnera à boire.

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  6. C'est glauque et surtout très triste, il faut dire qu'elle n'a pas eu un bel exemple avec sa mère. J'ai envie de la prendre par la main et de l'emmener voir la beauté de la Nature, celle que tu dois savourer dans cette belle Bretagne !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Voilà une excellente idée ! Avec une personne de ta qualité son destin changerait de cap.
      Et en effet j'ai savouré la belle Bretagne.

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  7. Pourquoi ce texte me fait-il penser à Marnie, l'héroïne d'Hitchcock ?

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      malheureusement je n'ai pas lu ce roman ni vu le film.

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  8. Très beau texte. Très profond. Il y aurait comme ... une sorte de malédiction inévitable, un héritage dans son rapport à l'amour.
    cette femme ne tire aucun plaisir, il me semble, à multiplier les conquêtes sexuelles. Pourtant, elle continue...

    J'aimerais moi aussi participer à ce jeu d'écriture. Je vais voir... si je peux.

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Merci.
      En effet, il n'y a ni amour, ni plaisir, dans ce type de fonctionnement répétitif. Peut-il d'ailleurs y en avoir dans ce comportement névrotique ?

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  9. La rencontre n'aura pas lieu ce jour-là ; égarée peut-être dans un monde inconnu d'elle, pâle comme sa mère, elle comprendra, si elle découvre où est le goût du bonheur : dans les livres, les musiques qui sonnent, délicatement, les accords dans les matins tièdes, admirée entre les bocages ridés, les branchages, la mousse, le flop flop de la pluie, les volets qui claquent au vent, le lavis du ciel, la veine du chemin !...ce qui réanime le coeur solidairement beau !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      voilà un bien beau commentaire.
      mon héroïne d'un instant d'écriture mériterait de te rencontrer. Tu lui apprendrais tout cela. Tu lui ouvrais l'esprit à autre chose dont personne ne lui a jamais donné l'occasion de le faire.
      C'est là son drame. Rien n'est éveillé de l'essentiel

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  10. Quelle désespérance dans son attitude !
    Elle a besoin d'être aimée, et ne prends pas le temps de "choisir" le bon !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Tu as raison sur « être aimée ». Le problème c'est que les amants de passage n'aiment jamais personne d'autre qu'eux-mêmes …

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  11. Qui recherche-t-elle à travers tous ces hommes ? C'est peut-être la vraie question qu'elle devrait se poser...
    Belles vacances en Bretagne, cher Alain ! :-!
    Profite bien !

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Françoise, tu as toujours les bonnes questions !
      La semaine en Bretagne fut excellente…

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  12. Joli texte, Alain…

    Cela pourrait être retranscrit au masculin et là, la société bien pensante y trouverait moins à redire.

    Elle se fuit elle-même en se perdant dans de multiples bras inconnus… Cela la rattrapera, tôt ou tard… et là, il faudra qu'elle fasse enfin face à elle-même. Enfin.

    Bonnes vacances Alain, les rayons de soleil de septembre sont si doux…

    PS : Je dois être un robot, je dois toujours faire l'opération du dessous plusieurs fois avant que l'on m'accorde le droit de n'être qu'humaine ! ;-)

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      Oui, au masculin cela fonctionne aussi. Ce sont les mêmes tenants et aboutissants des abandons et détresses d'enfance.
      La semaine en Bretagne a été très douce, en effet.

      Internet n'aime que les robots. T'inquiète, nous allons tout le devenir. Un jour ou l'autre toi, moi et les autres nous seront devenus des algorithmes performants.

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  13. On dirait bien qu'elle a décidé de prendre Sartre au pied de la lettre, quand il déclare que le désir est soumis à une logique d'échec, qu'on devient la chose de l'autre... Et Kant aussi, qui oppose sexe et dignité humaine.
    Le fait est que cette femme semble bien ne pas s'aimer elle-même. La faute d'une mère dominatrice? Et le père dans tout ça?
    Evidemment, le texte ne fait que poser les questions. C'est en cela qu'il est bon, d'ailleurs.
    Une psychothérapie s'impose ;-)

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    1. (Je réponds à mon retour de Bretagne)
      je suis assez d'accord pour une psychothérapie…
      je me demande, pour Sartre est Kant, s'ils n'auraient pas dû aussi en faire une.
      ;-)

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  14. Un petit récit bien tourné. J'en viens à plaindre cette pauvre Jeanne.. Je valide également le conseil d'une petite thérapie. Elle a oublié trop de choses importantes sur son chemin..

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    1. Elle est à plaindre, en effet.
      Question thérapie : je peux lui donner des adresses !
      ;-)

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