J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 21 octobre 2019

Morceaux de vie






Que fait-elle là, qui semble isolée du groupe ?
Elle semble penser à autre chose.
Mais à quoi ?
Peut-être le savez-vous.


-o0o-








Morceaux de vie

Il nous appelait « la bande des quatre ». Il est vrai que nous étions assez inséparables. Sophie, Ludivine (qui n'était pas de la Rochère, heureusement), Mélanie et moi. Nous étions simplement des copines de bureau dans une grande agence immobilière. On était payé à la commission, et croyez-moi, il n'y a pas que chez Stéphane Plaza qu'on engrange du blé à tous les étages. Le mois dernier, je me suis quand même fait 5000 € de Comm. : tir groupé de vente d'appartements. Les trois autres étaient vertes ! C'est pas pour dire, mais je suis la meilleure des négociatrices.

Ce midi on doit fêter ça « chez Marcel », le resto où on a nos habitudes. C'est moi qui régalerai, question de « cohésion du groupe » comme dirait le patron !
Ludivine, comme d'habitude, n'arrête pas de me poser des questions sur ma méthode de négociation. Elle a toujours cru que c'était une question de méthodologie. Mais non, ma belle, une question de feeling et de physique. « J'en dégage » plus que toi, c'est tout ! Déjà, tu perdrais quelques kilos… Mais je n'allais pas lui dire cela. Je l'aime bien Ludivine les deux autres aussi d'ailleurs.

On vient de franchir l'énorme porche qui permet facilement de passer de la rue des Cendriers au boulevard Mégaud. Grâce à la passerelle on arrive plus vite « chez Marcel », notre QG repas, sans devoir faire le tour par le pont des Six Gares. Et sur la passerelle, la vue du fleuve est splendide.

C'est alors que je l'aperçois. Heureusement il regarde les façades d'en face. Je fais un pas en arrière pour que les trois autres me cachent et m'abritent en quelque sorte. Il n'est absolument pas question qu'il me voit. Ça suffit comme ça !

Malheureusement, je ne peux cacher l'émoi qui me saisit. Mon cœur se met à battre la chamade. J'essaye de me donner une contenance. Je fixe mon regard sur le sol et remonte mon écharpe sur le cou. Évidemment, Ludivine va penser que je fais la gueule d'un seul coup.

Et voilà ! Tu crois l'avoir oublié. Mais rien du tout. Ce type tu l'as encore dans tout le corps, dans les pores de ta peau, le ventre et ailleurs. Ce n'est pas pour rien que tu l'appelais « Mon Sorcier ». Tu vas finir par y croire aux envoûtements. Cela fait six mois que tu ne l'a pas vu. Et ça repart. Tu ne pourrais même plus dire qui exactement a quitté l'autre. Ce fut tellement compliqué dans l'intensité, dans les mots, les cris, et cette passion dévorante qui revenait sans cesse. Fusions et rejets, parfois plusieurs fois en 24 heures. Ne me dis pas que tu as oublié l'épuisement et le délabrement dans lequel tout cela t'a laissée.
Folle comme tu es, tu serais bien capable de recommencer. Retourner au malheur.

***

C'était moi qui les appelais « la bande des quatre ». Moi, le photographe de l'agence immobilière. Moi qui n'en pouvais plus de ma timidité, de ne pas oser lui parler. J'aurais tellement voulu lui faire partager ma persuasion qu'elle était la femme de ma vie. Mais elle ne pensait qu'à son Sorcier ! Ce jour-là je rentrais à l'agence et je les ai croisés toutes les quatre. Et l'autre là, « le Sorcier » avec sa barbe et son bonnet.
J'ai fait cette photo. Je n'ai même pas fait attention qu'il y avait des gouttes de pluie sur l'objectif. J'ai instantanément compris ce que vivait Ludivine. Quand c'est la femme de votre vie, vous devinez tout, même si elle l'ignore.
Alors, peu de temps après, j'ai quitté l'immobilier et travaillé pour Magnum, en grand reportage, sur les terrains de guerre du monde. La recherche de l'oubli.
 Je repense parfois à Ludivine. Parfois ? Soyons honnête, j'y pense très souvent. Certainement qu'elle a fini par faire un ou des enfants.
 Probablement qu'elle est grand-mère à présent…

J'ai toujours la photo, chez moi, dans un cadre.


27 commentaires:

  1. Nom d'une pipe et chapeau bas. J'adore votre devoir.
    ;-)

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  2. Entre agence immobilière et histoires de coeur foireuses, la perspective est basse... La pauvre, elle devrait regarder de temps en temps vers le grand large!

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    1. C'est-à-dire qu'elle, on ne sait pas trop ce qu'elle a pu devenir…
      le temps a tellement passé
      moi ce serait plutôt le photographe qui m'inquiéterait.
      ;-)

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  3. Ah ces amours qui restent aux aguets, qui ne mourront pas, qui se rertrouvent sur notre route avec insistance. On ignore toujours la trace qu'on a laissée dans le coeur de quelqu'un.
    Et, by the way... beau, beau texte!

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    1. Heureusement qu'on ignore cela au final. En plus tout dépend de la nature de « la trace ».
      Mais de nos propres amours, comme dit une chanson :
      « on n'oublie rien de rien,…
      on oublie rien du tout
      on s'habitue, c'est tout ! »
      Mais enfin, là, le photographe, il a fait vraiment fort…
      et merci pour la finale

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  4. J'adore ton devoir, c'est la vie et ses rencontres ratées.

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    1. « À côté, toujours à côté… » c'était dans une chanson de Guy Béart je crois ?

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  5. Par quels tourments ne passe-t-on dans une vie

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    1. Tu as raison, on aimerait tellement les éviter, tout au moins quelques-uns…

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  6. Des rencontres qui ont tellement compté qu'il est impossible que l'amour meurt, quel que soit l'épilogue.

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    1. Je suis bien d'accord, Praline, l'amour ne meurt jamais. Après l'épilogue on en garde la trace avec tendresse et reconnaissance.

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  7. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  8. le passé... et le présent
    c'est curieux (et très bien fait!) le passé est écrit au présent, et le présent est écrit au passé dans l'évocation du souvenir
    J'espère que tu me comprends... sinon je réexplique!!!
    ;-))

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    1. Oui, d'autant qu'il me semble qu'on a eu des échanges épiques sur cette question du présent narratif dans d'autres endroits d'écriture…

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  9. donc la narratrice s'appelle aussi Ludivine?

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    1. Non, enfin si ! Je suis bien obligé d'avoir deux Ludivine, au point où j'en suis ! Car en fait j'ai omis de donner un nom au personnage de gauche. Donc si je réécris le truc je changerai.
      Merci pour la remarque judicieuse !

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  10. J'espère qu'il a malgré tout réussi à trouver l'amour, même si Ludivine occupe une partie de ses pensées !

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    1. Je l'espère pour lui de tout cœur ! Mais n'est-ce pas souvent ainsi ? On n'oublie pas son premier amour…

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  11. Je ne savais pas que Robert Capa avait travaillé un temps dans l'immobilier !

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  12. Mise à part une petite confusion sur les prénoms, qui m'a obligée à relire ton texte quatre fois, (avoue que c'était fait exprès !) eh bien, l'amour passion destructeur, et l'amour timide non dit, sont très bien décrits et analysés, comme les deux pôles opposés d'un même sentiment, quand le juste milieu se situerait plutôt à l'équateur...
    Le tableau ne m'a pas inspirée, j'aurais aimé quelque chose de moins sombre...
    Bisous célestes mon Babar
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. À quelque chose malheur est bon. Cela t'a donné l'occasion de relire quatre fois, tu as pu ainsi te nourrir de la substantifique moelle contenue dans ce merveilleux texte !
      Pour être sérieux, disons que j'ai aimé mettre en scène ces contrastes amoureux.
      L'Équateur est sans doute dans l'expression du cœur profond. On n'y arrive pas tout de suite… peut-être que Ludivine, qui n'est pas Ludivine, et le photographe ont fini par y parvenir. Puisqu'au final le présent se situe bien des années après.
      Les consignes ne nous inspirent pas toujours. Cependant je me fais un challenge personnel de la faire chaque semaine (sauf impondérables par ailleurs). Toutefois j'espère que le choix des propositions ne sera pas toujours dans ce registre là.
      Bises douces nées du cœur chère Céleste.

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  13. Deux amour fortes et croisées dans ce texte. Celle qui n'oublie pas la passion dévorante et destructrice. Et celui qui n'oublie pas la première femme qu'il a aimée. C'est très réaliste, et ça doit parler à chaque lecteur: du vécu! Bravo, Alain.

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  14. J'aime bien ta manière de résumer. C'est vrai que c'est de nature à parler à beaucoup. Même s'il n'y avait là rien d'intentionnel, je me suis laissé aller à mon inspiration.
    Qui oublierait son premier amour ? Mais y rester attaché, façon colle Néoprène… ça pose question…

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  15. Histoire d'amour avec deux intensités différentes et le souvenir qui perturbe les deux mais beaucoup plus le photographe il me semble.
    Je pensais que le flou provenait de la fumée de cigarettes (!!) avec le nom de la rue, du boulevard, du pont…

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    1. En effet, le photographe n'est pas encore « délivré »…
      j'ai souri à l'évocation de la fumée de cigarette : Mais noms farfelus s'y prêtaient effectivement !

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