J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 18 novembre 2019


Ce Lundi ça se passe comme ça pour 

(parce que la France a perdu Poulidor…)




J’aimerais que vous me racontiez quelque chose qui parle de vélo.
J’espère que ce tableau de Miki de Goodaboom vous inspirera.




Faut que je vous parle de cette époque-là

— Évidemment que je m'en souviens, on n'oublie pas ce genre de souvenirs d'enfance. Même si c'était il y a longtemps. En ce temps-là, on était inséparables : moi et Francis. Comme les doigts de la main. Et puis il y avait les deux autres, Firmin et Fernand, des cousins, qui s'étaient souvent acoquinés avec Sébastien pour faire des tours pendables aux fermiers du coin.

Mais le jeudi, c'était sacré on partait à vélo battre la campagne avec la fille du facteur. Il fallait gentiment demander la veille au soir la permission d'embarquer Paulette. Il était sympa le facteur avec sa grosse moustache et sa casquette vissée sur le crâne. Il ne disait jamais non. Il avait confiance, et il avait raison. On n'y pensait même pas en ce temps-là. Enfin pas vraiment, mais quand même certains d'entre nous, dont moi, je l'avoue, on faisait parfois « nos manières » pour attirer l'attention de cette jolie brune « dont j'aimerais voir la lune », comme gloussait Sébastien avec une espèce de rire gras dans la gorge et des yeux gros comme des ronds de flan.

La tradition était d'aller jusqu'à la rivière pour dégoter des sauterelles et des grenouilles que, l'été venu, on entendait croasser de loin. Pendant que les potes cherchaient les batraciens, je restais juste à côté de Paulette qui en avait peur. Alors je m'approchais d'elle le plus près possible pour respirer les senteurs magiques de sa chevelure. J'hésitais à lui prendre la main, j'avais autant peur qu'elle ne la retire brusquement, que d'être surpris dans ma tentative par un des autres ce qui aurait certainement rompu le charme de nos camaraderies.

Quant à mon père, pragmatique, il ne faisait que me dire du bien de Francis dont il aurait aimé que je sois encore plus proche. J'avais bien compris ce qu'il avait dans la tête. Je devais servir de faire-valoir. Mon père rêvait de promotion dans l'usine du père de Francis. J'ignore s'il en était vraiment capable. Je l'admirais beaucoup comme papa, et il semblait apprécié comme ouvrier, d'après ce que l'on disait, mais était-il capable de passer contremaître : telle était la question. Et puis c'était des affaires de grands, pas la mienne.

. Est-ce que Francis te parle parfois de Raymond, son papa ? 
Cela devenait lancinant la question de mon père à laquelle je ne savais que répondre.
La seule chose que je savais c'est que son usine se développait. Il fabriquait des poulies de plus en plus complexes et sophistiqués et même innovatrices, paraît-il.
Il faisait fortune le père de Francis. Si bien qu'on l'avait surnommé « Poulie-d'or ». Surtout des jaloux qui l'appelaient comme ça par derrière, alors que par devant ils mangeaient dans sa main, avec des oui Monsieur Raymond, bien Monsieur Raymond, d'accord Monsieur Raymond. Des vrais faux-culs.

— Vous voulez savoir si c'est vrai ? Eh bien oui, c'est vrai, j'ai épousé Paulette, parce que quelques années après nous avons (comme ils disent) « fauté » dans le champ de blé du père Lafleur. Ça s'est passé comme une lettre à la poste, (plaisanta après coup son père facteur). Mais à l'époque ce ne fut pas la même chanson lorsqu'il vit le ventre de sa fille s'arrondir. Il a fallu régulariser pour pas avoir la honte dans le village.

C'était il y a 45 ans ! On est toujours ensemble. On a eu des enfants, et aujourd'hui un de nos petits-fils vient de recevoir le prix Marcel-Bergereau, la célèbre course cycliste de Saint-Georges des Coteaux.



Quand à « Poulie-d'or ». Tout le monde l'a oublié. Sauf nous, les potes d'antan. Francis, l'héritier de Raymond, a vendu l'entreprise aux chinois. Il paraît que Raymond serait décédé. C'est bien possible. Il aurait eu quel âge déjà ?
 Ah ben oui, au moins....

*
Avec un remerciement posthume à Monsieur Yves Montand.

26 commentaires:

  1. Vos poulies vous ont mené dans un chemin très inattendu que j'ai eu plaisir à suivre. Les amis, les amours, et l'or des "poulies" - quel qu'elles soient - c'est ça la vie de l'écriture !

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    1. Vous êtes très bien placés pour savoir que cette « vie de l'écriture » nous entraîne toujours sur des chemins de découvertes…

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  2. J'ai bien aimé errer sur un chemin ouvert par Yves Montand et qui serpente à travers la vie, les chanps et les usines...

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    1. On a toujours un petit vélo dans la tête pour nous emmener vagabonder…

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  3. Du coup, j'ai la chanson de Montant qui me trotte dans la tête !
    Jolie déclinaison !

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    1. Une chanson en roue libre dans la tête… ça peut agrémenter une journée… !

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  4. J'adore, écrire une suite heureuse à la chanson de Montand, il fallait le faire.

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    1. Ce cher Yves ne pouvait quand même pas laisser Paulette toute seule… !

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  5. Donc tu n'as pas intercédé en faveur de ton père qui a du se débrouiller seul pour gravir les échelons. Tandis qu'avec Paulette, c'était une toute autre chanson, sacré gamin !

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    1. Ce père, il est assez grand pour se débrouiller tout seul ! Et puis, l'avenir est à moi plus qu'à lui !
      ;-)

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  6. Ah oui. Cette histoire est pleine d'inventivité avec des détails bien à la Alain X... c'est aussi plein de tendresse pour la jeunesse.
    J'adore cette chanson de Montand...

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    1. Pour les détails, que veux-tu, on ne se refait pas !

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  7. et puis Pauleeeeeette :-)
    voilà, je vais avoir cette chanson en tête le reste de la journée :-)

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    1. Je reprends le même commentaire qu'un peu plus haut :
      Une chanson en roue libre dans la tête… ça peut agrémenter une journée… !

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  8. Yvanne18/11/19

    Tu ne sais pas que "coller un bidon" est interdit ? Tu ne t'es pas gêné pour Paulette. ;-)
    En tout cas, tu n'as pas pédalé dans la semoule pour extrapoler en roue libre sur la chanson de Montand. Bien vu ! Bravo !

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    1. Merci, Yvanne, on m'a toujours dit que j'avais un petit vélo dans la cervelle !

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  9. Ah la la, tu ne peux donc pas te tenir tranquille, te retenir quoi ! enfin ça va, vous fûtes heureux et eûtes beaucoup d'enfants :-)
    Belle idée, tu me fais chanter !

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    1. Cela ne devait être qu'un coup d'essai, ce fut un coup de maître !
      ;-)

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  10. Mettre un polichinelle dans le tiroir de Paulette, fallait le faire! J'ai adoré, Poulie d'or et le reste, et les mollets de Paulette à bicyclette...

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    1. Ah ! L'expression de ta première phrase, il y a longtemps que je ne l'avais pas entendue.
      un petit texte à l'emporte-pièce… de vélo…

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  11. L'échappée...
    Du retour de prison, un vélo m'attendais. C'était plus qu'un vélo lorsque je l'enfourchais : c'était mon coursier...
    Avec lui, nous filions à brides abattues dans les chemins de campagne, filant aussi vite que le vent. Plus mon coursier s'emballait et plus je riais. je sentais l'air vibrer, le chemin cahoteux glisser sous les pneus, la vitesse enivrante et les couleurs autour se transformer en kaléidoscope multicolore...
    Le temps avait peine à suivre, et mon coursier ne semblait ne jamais vouloir s'arrêter... C'était seulement le crépuscule qui nous faisait revenir au bercail, lui et moi, épuisés et épanouis du chemin conquis...
    C'était un temps où je riais, fou de vitesse, d'éloignement...

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    1. Il est beau ton souvenir… il m'émeut.
      Et puis tu as vraiment une qualité d'écriture évocatrice. Peu à peu tes multiples talents se découvrent… j'ai beaucoup aimé ton commentaire !

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  12. Tu connais mon goût pour le vélo...hum hum...
    Alors je n'ai vraiment pas pu participer à la course du Goût...
    Mais j'ai quand même apprécié ton texte, comme quoi...
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Figure-toi qu'en voyant la consigne, j'ai pensé : c'est pas un truc qui ne va emballer Célestine !
      Merci d'avoir apprécié.
      (D'ailleurs ma nouvelle « le vélo » ne t'avait pas non plus emballée… sans doute pour d'autres raisons également…)

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  13. J'ai bien aimé ton texte, les références à Yves Montant et cet hommage indirect à Poulidor. Il est parti pédaler dans les nuages !!

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  14. Utiliser une petite reine pour en séduire une autre... Voilà qui est fort !
    D’abord, s'entourer de copains, des railleurs de service, oser mettre pied à terre devant Paulette, fut-elle reine des paupiettes, c'est osé ...!
    Tu t'es senti pousser des ailes, et je me suis régalé de ton texte.
    Bravo

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