J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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vendredi 8 novembre 2019

La visite.




Texte écrit pour l'atelier d'écriture Kaléïdoplumes.
Il fallait placer cette phrase, qui aurait été prononcé par Marie Laforêt, décédée il y a quelques jours.

« Le bonheur est un métier, il s'apprend »




La visite.

C'était peu de temps avant Noël. Il y a bien longtemps, bien des années probablement. 

Durant cette période, on le voyait tous les soirs, il arrivait par le Nord en poussant une charrette éclairée par quelques lampes tempêtes à pétrole. Il était vêtu d'une sorte de houppelande jaune. S'il venait ainsi du village d'à côté, situé à quelque 8 km, marchant dans le froid, sous la bise glaçante qui s'infiltrait jusqu'entre les côtes au risque de refroidir le cœur, je me disais qu'il devait avoir un courage extraordinaire.

Il avait une voix tonitruante qui sortait de derrière une longue moustache :
— « Marchand de bonheur !… Qui veut du bonheur ! … Achetez mes petits bonheurs pour pas cher ! »

Il avançait lentement, espérant que s'ouvrent fenêtres et portes pour l'accueillir malgré le froid.  Hélas la plupart du temps les gens restaient calfeutrés bien au chaud chez eux. Peut-être qu'ils avaient déjà leurs petits bonheurs à domicile. Peut-être qu'ils en avaient acheté un les années précédentes et qu'il avait fini par faner sur la cheminée.
Tout le monde ne sait pas comment se comporter avec un petit bonheur. Le bonheur c'est un métier, il s'apprend, savoir en prendre soin est tout un art que malheureusement on n'enseigne pas dans les écoles.

Ce soir-là il est passé devant ma maison. À l'époque, il y avait bien longtemps que je n'étais pas sorti de chez moi pour ramasser un petit bonheur sur le bord d'un fossé. Vous savez, ces petits bonheurs sauvages qui poussent là où coulent les eaux usées, où ça sent mauvais, où parfois les rats d'égout s'en donnent à cœur joie en boulotant les petits bonheurs qui viennent d'éclore.

— « Hé ! Monsieur ! Arrêtez-vous  ! Entrez donc chez moi je suis amateur de votre marchandise ! »

On a longuement discuté. C'était un homme passionnant. Il avait les yeux bleus qui brillaient. Je lui ai préparé un grog, par ce froid c'était bien normal. Il m'a raconté ses aventures avec un talent de conteur que je n'imaginais pas. Il parlait avec une voix grave mais très douce en même temps. Il me faisait penser à mon grand-père, si chaleureux et tendre, que je le chérissais tout particulièrement. Hélas il était mort depuis. C'est comme s'il avait su le faire revivre, car ce grand-père savait lui aussi raconter des histoires que j'écoutais émerveillé avec des paillettes dans les yeux. 
Quand il m'a fait comprendre qu'il allait partir, je lui ai demandé combien je lui devais pour ce petit bonheur qu'il venait de m'apporter.
Il m'a répondu :
— « Ce soir ? Rien du tout ! C'est bientôt Noël, non ? »

*

Ce texte m'a été inspiré par la chanson de Félix Leclerc « le p'tit bonheur »

36 commentaires:

  1. Anonyme8/11/19

    "Sacrebleu !" "Pachyderme !" comme dirait le capitaine Haddock... Comme j'envie ta capacité d'adaptation et d'improvisation (tu vas me dire que c'est "kif kif bourricot").
    Perso, je suis incapable de relever de tels défis de compositions. Ils contraignent l'humeur, hors comme nous le savons, je gère assez mal la contrainte.
    Bref, j'aime bien tes textes, même si parfois je me mords la langue pour ne pas réagir vilainement à certains...
    Rire.
    Merci d'être toi.

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    1. Question contrainte, tu fais quand même de jolis haïkus !
      Il y a parfois de fortes contraintes d'écriture dans les ateliers. On peste un peu au départ, et puis on fait l'expérience que la contrainte libère de nouvelles créativités.
      Merci pour la sincérité de tes commentaires.

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  2. J'avais reconnu la chanson ! Faut dire que mes souliers ont beaucoup voyagé...

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    1. Je constate que Monsieur est connaisseur ! Il est vrai que ce sont nos générations !
      Bon, on ne va pas épiloguer sur le petit bonheur d'avoir des rhumatismes…

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  3. Le petit bonheur….Une belle chanson…..Ton imagination est fertile !! J'aime les petits bonheurs, ceux qui sont pas grand chose, qui sont furtifs…..Ce sont des petites étincelles de vie !!

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    1. Oui, une mise en valeur de ces petits instants que bien souvent on ne savoure pas suffisamment.
      Mais ce n'est pas ton cas, puisque tu sais très bien y être attentif.

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  4. Jolie chanson que celle de Felix Leclerc, et vous la mettez en scène avec aisance.
    Il y a les petits bonheurs qui fanent sur la cheminée, et ceux qui n'y arriveront jamais en raison de l'aveuglement qui parfois ferme les portes. Longue vie au marchand, à ceux qui le font entrer et à ceux qui le mettent en scène !

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    1. Longue vie à toi, car ton blog nous offre ces petits instants de bonheur.

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  5. J'ai immédiatement pensé à cette chanson que tu nommes ! Bien que cela ne soit pas vraiment de ma génération. Beau texte, la phrase à placer est parfaitement amenée et insérée.

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    1. Comment ai-je pu oublier Renaud, et son boucan d'enfer ♫♫♫
      https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE

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    2. Il y a des chansons qui transcendent les générations. Je suis heureux de le constater par toi. Merci d'avoir apprécié mon texte.
      Quant à la chanson de Renaud, merci également, car je l'avais oubliée. Je suis plutôt resté « Renaud première époque » Tin,Ti,Tin ...!
      Tu m'offres un nouveau mistral gagnant.

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  6. Il y a bien des façons d'appréhender et comprendre la chanson de Félix... La tienne est intéressante en ce qu'elle a d'universel, et parce qu'elle nous rappelle combien le bonheur peut résider dans les plus petites choses, celles qui peuvent sembler insignifiantes à beaucoup. Et surtout comme on réalise mieux le bonheur quand il s'en va...
    Ces petits bonheurs qui rendent la vie si précieuse... la vie, l'essentiel.
    ♥♥♥

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    1. Je reviens... mettre un petit mot sur Marie Laforêt, son élégance, évidente dans cette façon qu'elle avait de rester sur son quant-à-soi, saupoudrée d'un zeste d'insolence, et son sens absolu du second degré...

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    2. Le bonheur dans les petites choses. J'ai beaucoup appris ce qu'il en était de ce bonheur-là après mon accident de santé et la paralysie. Il ne restait plus que cela. Les petites choses, les possibles ordinaires qui revenaient peu à peu. À ce sujet j'ai écrit dans mon premier livre une « lettre à un verre d'eau ». Pour la première fois, reboire seul, sans assistance, assis, un premier verre d'eau… comme tu dis : la vie, l'essentiel…
      Merci de tes mots à propos de Marie Laforêt. C'est exactement ça. Une chanteuse qui a beaucoup marqué mes premières années d'adulte. Je passais et repassais ses 33 tours vinyles !...

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  7. J'ai bien entendu la chanson de Félix en bande sonore... que j'aimais beaucoup, je trouvais qu'il avait une voix... paternelle ... Et j'aime ton texe, oh ce serait si beau de boire un grog ou un glog avec ce marchand de bonheur, même si j'en ai à revendre souvent, mais il doit y avoir de nouveaux modèles :)

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    1. Félix : Une voix que l'on reconnaissait entre 1000 !
      Oui, oui, la prochaine fois je parlerai des nouveaux modèles de mon marchand !

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  8. Le bonheur? Les petits bonheurs? Des instants très précieux, parsemés ici et là dans la vie...

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    1. Il y a un petit bonheur que je vis chaque samedi matin, grâce à toi !
      ;-)

      Amis lectrices, si vous ne savez pas de quoi il s'agit, n'allez pas imaginer tout et n'importe quoi…
      allez plutôt ICI

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  9. J'ai beaucoup aimé ce "p'tit bonheur vagabond", invitons les chez nous tous ces bonheurs passagers pour se nourrir de l'essentiel

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    1. Voilà un beau programme, d'application immédiate.

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  10. Très beau texte inspiré par la chanson de Félix Leclerc que je ne peux écouter sans la gorge serrée et les larmes au bord des yeux... que veux-tu je ne m'y ferai jamais ;-)

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    1. Je comprends, c'est une chanson émouvante, qui fait sens, c'est bien pour cela qu'elle est quelque peu « hors du temps ».
      Il y a bien des années, je l'écoutais souvent.

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  11. Un petit moment de bonheur. Joli texte.

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    1. Un petit moment de bonheur, cela fait toujours du bien

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  12. J'aime bien Marie Laforêt mais ne suis pas tout à fait d'accord avec elle. Le bonheur est une aptitude et ne s'apprend pas, il se cultive. Est ce que écrire, écrire aussi bien que toi s'apprend ?

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    1. Comme toi, je ne ferai pas mienne la citation choisie pour cet exercice d'écriture. Je pense en effet que la bonheur est une aptitude ;s'il ne s'apprend pas, en revanche, l'aptitude à être heureux, doit se cultiver. D'ailleurs je te paraphrase…
      Pour l'écriture, je crois que cela tient des deux choses ci-dessus. J'ai toujours eu une aptitude et un goût à écrire dès mon plus jeune âge. Mais aussi, cela s'apprend. Je n'ai pas la prétention d'une écriture qui mériterait de s'y arrêter, mais si je fais une autocritique positive, je dirais que depuis que je fréquente un atelier d'écriture « en live » (environ 10 ans) j'ai progressé dans certaines techniques, à mettre au service de sa particularité propre. J'en profite pour rendre hommage à l'animatrice, agrégée de lettres, mais absolument pas « scolaire », dont nous avons beaucoup reçu, à bien des égards.
      Je suppose qu'il a dû en être ainsi pour toi au regard de l'aquarelle. Un don et une technique au service du don.

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  13. Je la trouve bien triste cette chanson.
    Mais ton texte ne l'est pas.
    Je suis une midinette qui aime quand ça finit bien.
    Sinon je ne suis pas d'accord non plus avec la citation.
    Il se cultive, sans doute, mais il ne s'apprend pas.

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    1. Oh ! Je viens de voir en entier le commentaire de Chinou, mais je n'ai pas copié, je n'avais lu que la toute première phrase. :)

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    2. Je ne sais si c'est une question de génération. Cette chanson a baigné ma jeunesse. Je ne la trouvais pas triste mais pleine d'enseignements. Bien entendu, à l'époque, je balbutiais quant à la quête du bonheur… aujourd'hui je dirais que la fin est plus énigmatique que triste. Encore que… combien de gens « contournent » le bonheur par crainte qu'il ne leur échappe…
      Pour la citation : nous pouvons constater que les grands esprits se rencontrent ! :-)

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  14. Anonyme11/11/19

    Les lampes tempêtes à pétrole !... Ça r'semble à chez nous ça !
    Ton texte m'a fait penser à ce conteur là… que tu connais peut-être… peut-être pas
    dont tu n'auras sans doute pas toute la comprenure étant donné la parlure

    https://youtu.be/83js0XXCkUo

    https://youtu.be/WcGrHrkokAE
    kéa

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    1. Magnifique !
      Magnifique cette chanson, j'en ai eu les larmes aux yeux.
      Tsé, qu'à date, j'peux comprend' s't'accent, là !
      J'ai fréquenté un certain nombre de québécois dans ma vie professionnelle. Des rencontres en France mais aussi des échanges et des conférences téléphoniques. Donc ça a été côté comprenure et parlure…
      Fred Pellerin, ce nom ne m'était pas inconnu, mais sans plus.
      Merci pour cette belle découverte que tu me fais faire.

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  15. Anonyme11/11/19

    Le premier lien que je t'ai envoyé ne fonctionne pas.
    si tu as un peu de temps et que ça t'intéresse, essaie plutôt celui-ci :

    https://www.youtube.com/watch?v=83js0XXCkUo

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  16. Très joli texte ! J'ai beaucoup aimé le lire.

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    1. Merci, Landrynne, content pour toi que tu aies aimé

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  17. J'aime beaucoup votre texte qui me fait penser a la chanson qu ' affectionnait mon papa " toi l 'auvergnat" et vous avez une trés belle écriture.
    Ce soir là c est ce vieillard qui a eu son petit bonheur.
    merci

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    1. Merci pour l'appréciation et cette référence à Brassens. Vous dîtes que votre papa aimait beaucoup cette chanson, lorsque Brassens est décédé, à une amie qui avait en mains un magazine lui rendant hommage, j'ai dit :
      — « mon père est mort ! ».
      Elle n'a pas tout de suite compris, croyant qu'il s'agissait du décés de l'auteur de mes jours ! On a les pères de substitutions qui nous sont nécessaires…

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